2. La femme doit-elle obéir à son mari ?

Deuxième partie du verset (4/34) :

« Les femmes obéissent à leur mari et protègent ce qui doit l’être en son absence »

Voici le verset en entier avec sa traduction courante :

الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاء بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ وَبِمَا أَنفَقُواْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ فَالصَّالِحَاتُ قَانِتَاتٌ حَافِظَاتٌ لِّلْغَيْبِ بِمَا حَفِظَ اللّهُ وَاللاَّتِي تَخَافُونَ نُشُوزَهُنَّ فَعِظُوهُنَّ وَاهْجُرُوهُنَّ فِي الْمَضَاجِعِ وَاضْرِبُوهُنَّ فَإِنْ أَطَعْنَكُمْ فَلاَ تَبْغُواْ عَلَيْهِنَّ سَبِيلاً إِنَّ اللّهَ كَانَ عَلِيًّا كَبِيرًا

« Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes à leur mari, et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leur époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leur lit et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand ! »

La partie qui nous intéresse dans cette deuxième partie est le début du verset :

فَالصَّالِحَاتُ قَانِتَاتٌ حَافِظَاتٌ لِّلْغَيْبِ بِمَا حَفِظَ اللّهُ

D’après les traductions généralement proposées, cette partie est donc traduite comme suit :

« Les femmes vertueuses (Ṣâliḥât) sont obéissantes (Qânitât) à leur maris, et protègent ce qui doit être protégé (Ḥâfiẓât), pendant l’absence de leur époux (lilghayb), avec la protection d’Allah (Ḥafiẓallah). »

Ainsi, les trois termes principaux sur lesquels nous allons nous pencher dans cet article sont : Ṣâliḥât, Qânitât et Ḥâfiẓât. Pour commencer et pour plus de cohérence, nous allons nous arrêter sur les deux derniers termes pour finir par celui de « Ṣâliḥât ».

I. Les femmes sont Qânitât

La première chose qui frappe l’esprit dans la traduction du terme « Qânitât » par « obéissantes » c’est qu’il est suivi par l’interpolation « à leur époux ». Or, cet ajout orientant la compréhension du verset n’est absolument pas présent dans le texte coranique. C’est une pure adjonction détournant le sens originel du verset car ce dernier n’évoque absolument par le « mari » dans ce passage.

Le terme « Qânitât » est le féminin pluriel de « Qânit » qui exprime l’idée d’être « abstinent », « dévoué », « modeste » ou encore « pieux ». Ceci est donc davantage lié à l’unicité de Dieu et au fait de Lui être soumis et dévoué. En effet, le terme « Qânit » ou ses dérivés sont utilisés à plusieurs reprises dans le Coran et ce, toujours dans le but de mettre en avant la dévotion envers Dieu et non envers une créature.

Sourate Al Baqarah (2/116) :

وقَالُواْ اتَّخَذَ اللّهُ وَلَدًا سُبْحَانَهُ بَل لَّهُ مَا فِي السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضِ كُلٌّ لَّهُ قَانِتُونَ

« Et ils ont dit : « Dieu s’est donné un fils »! Gloire à Lui ! Non ! mais c’est à Lui qu’appartient ce qui est dans les cieux et la terre et c’est à Lui que tous obéissent (Qânitûn). »

Sourate Âl ‘Imrân (3/17) :

الصَّابِرِينَ وَالصَّادِقِينَ وَالْقَانِتِينَ وَالْمُنفِقِينَ وَالْمُسْتَغْفِرِينَ بِالأَسْحَارِ

« [qui disent : « Ô notre Seigneur, nous avons foi; pardonne-nous donc nos péchés, et protège-nous du châtiment du Feu »]ce sont, les endurants, les véridiques, les obéissants (Qânitîn), ceux qui dépensent [dans le sentier de Dieu] et ceux qui implorent pardon juste avant l’aube. »

Sourate Al Aḥzâb (33/31 et 35) :

ومَن يَقْنُتْ مِنكُنَّ لِلَّهِ وَرَسُولِهِ وَتَعْمَلْ صَالِحًا نُّؤْتِهَا أَجْرَهَا مَرَّتَيْنِ وَأَعْتَدْنَا لَهَا رِزْقًا كَرِيمًا

« Et celle d’entre vous qui est entièrement soumise (Yaqnut) à Dieu et à Son messager et qui fait le bien, Nous lui accorderons deux fois sa récompense, et Nous avons préparé pour elle une généreuse attribution. »

إنَّ الْمُسْلِمِينَ وَالْمُسْلِمَاتِ وَالْمُؤْمِنِينَ وَالْمُؤْمِنَاتِ وَالْقَانِتِينَ وَالْقَانِتَاتِ وَالصَّادِقِينَ وَالصَّادِقَاتِ وَالصَّابِرِينَ وَالصَّابِرَاتِ وَالْخَاشِعِينَ وَالْخَاشِعَاتِ وَالْمُتَصَدِّقِينَ وَالْمُتَصَدِّقَاتِ وَالصَّائِمِينَ وَالصَّائِمَاتِ وَالْحَافِظِينَ فُرُوجَهُمْ وَالْحَافِظَاتِ وَالذَّاكِرِينَ اللَّهَ كَثِيرًا وَالذَّاكِرَاتِ أَعَدَّ اللَّهُ لَهُم مَّغْفِرَةً وَأَجْرًا عَظِيمًا

« Les Musulmans et Musulmanes, croyants et croyantes, obéissants (Qânitîn) et obéissantes (Qânitât), loyaux et loyales, endurants et endurantes, craignants et craignantes, donneurs et donneuses d’aumônes, jeûnants et jeûnantes, gardiens de leur chasteté et gardiennes, invocateurs souvent de Dieu et invocatrices : Dieu a préparé pour eux un pardon et une énorme récompense. »

Sourate An Naḥl (16/120) :

إِنَّ إِبْرَاهِيمَ كَانَ أُمَّةً قَانِتًا لِلّهِ حَنِيفًا وَلَمْ يَكُ مِنَ الْمُشْرِكِينَ

« Abraham était un guide parfait. Il était soumis (Qânit) à Dieu, voué exclusivement à Lui et il n’était point du nombre des associateurs. »

Sourate Ar Rûm (30/26) :

وَلَهُ مَن فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ كُلٌّ لَّهُ قَانِتُونَ

« A Lui tous ceux qui sont dans les cieux et la terre : tous Lui sont entièrement soumis (Qânitûn). »

Sourate Az Zumar (39/9) :

أمَّنْ هُوَ قَانِتٌ آنَاء اللَّيْلِ سَاجِدًا وَقَائِمًا يَحْذَرُ الْآخِرَةَ وَيَرْجُو رَحْمَةَ رَبِّهِ قُلْ هَلْ يَسْتَوِي الَّذِينَ يَعْلَمُونَ وَالَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ إِنَّمَا يَتَذَكَّرُ أُوْلُوا الْأَلْبَابِ

« Est-ce que celui qui, aux heures de la nuit, reste en dévotion (Qânit), prosterné et debout, prenant garde à l’au-delà et espérant la miséricorde de son Seigneur… Dis : « Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas? » Seuls les doués d’intelligence se rappellent. »

Ainsi, ces quelques exemples témoignent que le terme « Qânit » et ses dérivés sont à chaque fois liés à la dévotion et à l’adoration de Dieu, Seul et Unique, et non à une créature.

Il est donc extrêmement surprenant et choquant de voir que, lorsqu’il s’agit de la femme vis-à-vis de son mari, on ait voulu à ce point montrer qu’elle devait être soumise à ce dernier en liant la notion d’obéissance (voire de soumission) à une créature et non au Créateur contrairement à ce qu’il en est à chaque fois dans le Coran. C’est comme si, indirectement, la femme devait être dévouée à l’époux comme elle l’est vis-à-vis de son Seigneur… le mari serait-il le seigneur de la femme ?!

En résumé, le terme « Qânitât » qualifiant les femmes dans ce verset ne fait pas référence à l’obéissance et encore moins à celle du mari. Il est donc plus cohérent de dire que les femmes doivent être Qânitât, c’est-à-dire pieuses et dévotes envers Dieu, en ce sens qu’en tant que croyantes elles sont animées d’un réel attachement à Dieu et observent les pratiques de la religion. En revanche, si on devait faire le lien avec l’époux, on pourrait alors dire qu’il leur est demandé de faire preuve de modestie ou d’humilité (conformément à l’un des sens de ce terme) vis-à-vis de leur conjoint, notamment en estimant la responsabilité qu’endosse ce dernier en tant que « Qawwâmûn »[1].

 

II. Les femmes sont Ḥâfiẓât

Le terme « Ḥâfiẓât » est le pluriel féminin de « Ḥâfiẓ » qui signifie, sous sa forme verbale, « préserver », « protéger » ou encore « garder ». On dira ainsi d’un individu qu’il est « Ḥâfiẓ al Qur`ân » lorsqu’il aura mémorisé entièrement le texte coranique et ce, car par la mémorisation il aura ainsi préservé et gardé le Coran.

Ceci étant dit, il convient de se demander ce qui est demandé à la femme de garder ou de préserver à travers ce passage du verset 34 de la sourate An Nisâ :

حَافِظَاتٌ لِّلْغَيْب

« Ḥâfiẓât lil Ghayb »

Classiquement, ce passage est traduit comme suit : 

« [Les femmes] protègent ce qui doit être protégé pendant l’absence de leur époux… »

On notera encore une fois ici que l’interpolation « de leur époux » est totalement absente du texte arabe et qu’il s’agit donc d’un pur ajout des traducteurs.

Certes, le terme « Ghayb » peut linguistiquement signifier « absence » et donc éventuellement faire référence à celle du mari, mais ceci reste une éventualité seulement. En outre, l’une des premières acceptions de ce terme évoque les sens de « mystérieux », « invisible » ou encore « secret ».

Or, si l’on admet logiquement que le texte coranique met en évidence des réciprocités entre ce qu’il revient à l’homme de faire vis-à-vis de son foyer et ce qui relève du devoir de l’épouse, on pourra admettre qu’il s’agisse ici pour elle de préserver, non pas les biens de son époux en son absence, mais tout simplement l’intimité (secret) du foyer conjugal.

Ceci étant dit, cela ne signifie nullement que l’homme doive passer son temps dehors en délaissant sa famille et donc ses devoirs ni même que la femme doive se retrouver cloîtrée quotidiennement dans une sorte de gynécée. Chacun pourra vaquer à ses occupations, professionnelles ou autres, dans le respect de ses responsabilités premières et dans un esprit d’harmonie familiale. Il conviendra donc de faire attention à ce à quoi son ou sa partenaire est attaché.

En d’autres termes, face à l’obligation qu’assume l’homme dans le fait d’assurer la cohésion et la sécurité du foyer, notamment financière et physique, la femme sera coopérative, faisant preuve de piété envers Dieu ou de modestie (respect) vis-à-vis de l’implication de son époux et ce, tout en étant attachée à préserver l’harmonie et la cohésion de son foyer ainsi que son intimité (Ḥâfiẓât lil Ghayb).

Il est vrai que le terme Ghayb est vaste et que l’intimité du foyer peut, entre autres, porter sur la sexualité, l’enfantement, la pudeur, etc. Nous pourrions ajouter également le fait de ne pas crier l’un sur l’autre afin que ne pas étaler la vie familiale devant le voisinage, le fait de faire du foyer un cocon douillet dans lequel il fait bon vivre et dans lequel on s’épanouit. De même, peut entrer dans ce qu’implique ce terme le fait de contribuer à une vie familiale forte marquée par une grande chaleur affective, une forte confiance entre l’homme et la femme ou encore la création d’un espace de bien-être propice aux confidences et à la confiance profonde. En somme, des éléments extrêmement importants pour une cohésion familiale.

III. Les femmes sont Ṣâliḥât

Les différents éléments précédemment cités font en fait de la femme une Ṣâliḥah pour son époux, non pas dans le sens qu’elle serait pieuse (quoique cela puisse parfaitement être le cas), mais dans le sens où elle est « bonne et appropriée » pour lui, profitable à la vie de couple et favorable à sa bonne marche.

En effet, rappelons que si le terme « Ṣâliḥ » (masculin singulier de « Ṣâliḥât ») signifie « vertueux », il signifie également bon, approprié, être capable de, être compétent pour et encore être adéquat ou en adéquation.

En somme, face à un homme responsable, la femme devra être capable de contribuer à son tour au bon fonctionnement du foyer et d’être en concordance et en harmonie avec son mari en se montrant coopérative, reconnaissante et actrice de la vie de couple.

 

IV. Comment traduire ce passage coranique en le liant avec le précédent ?

 Voici donc la traduction rapprochée du sens de ce passage coranique que nous pouvons proposer en lien avec les potentialités de la langue arabe évoquées dans les deux premiers articles :

الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاء بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ وَبِمَا أَنفَقُواْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ فَالصَّالِحَاتُ قَانِتَاتٌ حَافِظَاتٌ لِّلْغَيْبِ بِمَا حَفِظَ اللّهُ

« Les hommes ont une responsabilité concernant les femmes [dans le cadre du mariage][2]en lien avec ce que Dieu a préféré pour certains sur d’autres, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens.[En contrepartie] (les femmes) bonnes et appropriées (Ṣâliḥât) sont pieuses (Qânitât) et préservatrices (Ḥâfiẓât) [de la cohésion et de l’intimité de leur foyer] avec la protection de Dieu […] »

 

Références :

[1]Evidemment, cela suppose au préalable qu’il assume pleinement ses charges et qu’il ne soit ni oisif ni irresponsable.

[2]Comme l’indique clairement le verset suivant celui-ci.

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