Accéder à la langue arabe : est-ce nécessaire pour analyser le texte coranique ?

Il est surprenant de lire de plus en plus que l’accès à la langue arabe ne serait pas nécessaire pour analyser le texte coranique. Au nom de l’universalisme de son message, d’aucuns prétendent ainsi qu’il n’y a aucune nécessité à accéder à l’arabe et que l’apprendre est une perte de temps. Aussi, ils avancent que les chrétiens par exemple lisent la Bible dans leur langue d’origine depuis des siècles et y accèdent de cette façon.

En réalité, il semble que ces gens confondent deux choses, en ce sens qu’il faut distinguer la volonté d’accéder à un sens approché ou approximatif (et parfois malheureusement faussé) du texte biblique ou coranique et le fait de vouloir étudier et analyser sérieusement ledit texte et ses subtilités.

Dans le premier cas, la traduction peut effectivement suffire puisque, généralement, la traduction conserve le sens général/global du texte (bien que sur ce point il y ait parfois des choses à redire). En revanche, dans le second cas, il est impossible de s’en contenter.

Nous ajoutons qu’en ce qui concerne la Bible, il en est de même. En effet, lorsque les spécialistes veulent analyser dans les détails ou même proposer une autre traduction à l’AT ou du NT, alors ils reviennent à l’hébreu et au grec. A ce titre, le retour au grec se fait par défaut, car les évangiles dans leur langue originelle ne nous sont parvenus.

Il ne faut donc pas tout mélanger. Une traduction ne permet que de méditer sur le sens global d’un texte, mais nullement de l’analyser sérieusement et d’en percevoir les subtilités ou nuances, parfois importantes et primordiales pour une saine compréhension.

Et ceci est d’autant plus vrai en ce qui concerne le texte coranique pour lequel les exemples d’approximations et d’erreurs dans les traductions sont nombreuses. Pour palier cela, il faudra toujours que nous ou un autre (si l’on veut s’en contenter) fasse le travail de retour au texte dans sa langue d’origine. Mais si la règle est de s’en passer, alors nul apport de vision nuancée ou de correction possible. Ceci dit, il n’y a rien d’élitiste là-dedans puisque le Coran reste accessible à la masse pour méditer sur son contenu et l’essentiel de son message. Ensuite, pour une analyse plus poussée, il est accessible au plus grand nombre avec un minimum de prérequis, comme le fait d’accéder à l’arabe puisque c’est la langue du texte originel.

A ceci, certains seraient tentés de répondre que ce sont bien des arabophones et des théologiens qui ont souvent trahi le sens du texte coranique et qui ont fait des interprétation/traductions ou donné des explication du texte coranique qui étaient complètement encensées. Mais le problème de cet argumentaire est qu’il fait référence à des gens qui ne cherchent pas à déterminer ce que dit le Coran, mais qui cherchent à faire dire au Coran ce que les textes extra-coraniques imposent comme orientation de sens. Nuance. Evidemment qu’avec une telle démarche on ne produira bien souvent que des inepties sans nom… que l’on accède à l’arabe ou non.

Toutefois, pour être en mesure de nous offusquer de ce que ces gens arabophones ont pu dire ou faire dire au Coran et saisir ce qu’ils ont pu répandre comme position stériles, il faut être en capacité de revenir au texte coranique, en arabe, sans intervention de source extra-coranique et analyser le texte afin de comprendre et mettre en avant la supercherie et la faiblesse linguistique de certaines positions.

Qu’on le veuille ou non, les critiques de la traduction-orientation des traditionnistes furent mises en avant par des analyses littérales (et non littéralistes) du texte coranique produites par des gens en mesure de les faire. Or, si on ne peut accéder à l’arabe, ou si on ne s’appuie pas sur quelqu’un qui accède à cette langue, alors nous sommes dans l’incapacité de démontrer que leur traduction/explication de tel ou tel verset est fausse ou infondée.

Accéder à un sens global et approximatif via la traduction est parfaitement possible, mais analyser le texte sérieusement et avec force argumentative nécessite de retourner à l’arabe. 

A bon entendeur

Rédaction LVDH

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