Femme : comment s’habiller en public conformément à l’éthique coranique ?

Il n’est pas rare d’entendre sur le net ou dans certaines mosquées des imams ou prédicateurs recourir aux exagérations et autres emphases afin de mettre en garde  contre le danger immense qu’encourt la femme qui ne porte pas le voile face à un monde empli de perversité, de désordre et de tentation en tout genre.

Or, non seulement nous avons démontré que de telles affirmations étaient infondées puisque les femmes voilée sont autant voire davantage victimes des actes de violence dénoncés (et inadmissibles), mais ce sont ces mêmes individus qui crient à l’islamophobie lorsque certains non-musulmans se mettent à faire les mêmes raccourcis stupides et exagérés quand une femme portant le voile est reléguée au rang de pestiférée, pratiquante d’un islam intolérant et radical, asociale, marginale et autres absurdités sans fondement… Ceci est d’ailleurs assez paradoxale, mais au fond assez prévisible. En effet, en islam, la technique de la peur et de l’exagération a toujours été l’apanage de ceux qui s’enferment dans leur idéologie, sans désire aucun d’objectivité et de recherche, si ce n’est celle d’assouvir leur passion en se contentant d’une lecture justifiant leur rapport à la femme, ce qu’ils veulent voir d’elles et qui assoit, d’une certaine manière, leur autorité vis-à-vis d’elle.

Or, rien n’est plus faux et trompeur que de faire croire aux femmes musulmanes que le fait de se découvrir la chevelure serait une œuvre impudique et diabolique. La femme est parfaitement libre de se voiler si elle le désire, aucun texte de droit, canon ou positif, le lui interdisant et ce, sachant qu’aucun texte coranique ne le lui impose non plus. L’argument du risque de la tentation est, comme nous l’avons vu, invalide, d’autant que Dieu n’a jamais interdit l’attirance saine entre homme et femme. Montrer ses cheveux n’a donc rien de malsain en islam jusqu’à preuve du contraire car, même si Dieu n’a certainement que faire de la visibilité de la pilosité humaine, encore faudrait-il qu’un texte prouve cet aspect immoral explicitement.

Le voile et la pudeur sont deux choses distinctes et les femmes arabes du VIIe siècle, pour ne citer qu’elles, ne portaient pas le Khimâr initialement par pudeur, puisque d’après l’exégèse classique, bien que couverte en partie au niveau de la tête, certaines d’entre elles pouvaient mettre en avant leur poitrine notamment via leur décolleté.

Le rapport à ce qu’il est indécent de percevoir d’un corps en société dépend en partie de la culture de cette dernière et chaque femme musulmane aura la liberté de définir ce qu’elle souhaite cacher ou montrer de sa Zînah permise en tenant compte de l’éthique islamique en la matière et des mœurs de son monde.

Ceci dit, quels sont donc les éléments coraniques permettant de définir cette éthique islamique élémentaire dans le vêtement de la musulmane ?

Ces derniers peuvent être résumés en quatre points que nous justifierons coraniquement par la suite :

  • Couvrir ses parties intimes et user du « vêtement de la Taqwâ » (préservation, prévention, être précautionneux).
  • Faire preuve de réserve/pudeur dans la tenue, notamment en couvrant sa poitrine/décolleté.
  •  Adopter une tenue permettant de repousser au mieux les personnes malintentionnées.
  • Ne pas chercher à attirer/provoquer et s’exhiber par la tenue vestimentaire.
    • Première élément : couvrir ses parties intimes et emprunter le « vêtement » (libâs at taqwâ) de la prémunition (7/26) : 

    يَا بَنِي آدَمَ قَدْ أَنزَلْنَا عَلَيْكُمْ لِبَاسًا يُوَارِي سَوْءَاتِكُمْ وَرِيشًا وَلِبَاسُ التَّقْوَىَ ذَلِكَ خَيْرٌ ذَلِكَ مِنْ آيَاتِ اللّهِ لَعَلَّهُمْ يَذَّكَّرُونَ

    « Ô enfants d’Adam ! Nous avons fait descendre pour vous un Libâs (vêtement) pour cacher vos Saw`ât (partie intime), ainsi que comme parures. – Mais le vêtement qui permet de se garde (de se prémunir – Taqwâ) voilà qui est meilleur. – C’est un des signes d’Allah. Afin qu’ils se rappellent. »

    • Second élément : adopter une attitude pudique au niveau vestimentaire, notamment en couvrant la poitrine (24/31), objet quasi-universel d’attirance érotique :

    « Et dis aux croyantes

    وَقُل لِّلْمُؤْمِنَاتِ

    1- de retenir certains de leurs regards (de les refreiner),

     يَغْضُضْنَ مِنْ أَبْصَارِهِنَّ

    2- de préserver leurs parties intimes (ou d’être chaste),

     وَيَحْفَظْنَ فُرُوجَهُنَّ

    3- et qu’elles ne montrent de leur Zînah (atours, parure ou beauté) que ce qui (peut) en paraître,

     وَلَا يُبْدِينَ زِينَتَهُنَّ إِلَّا مَا ظَهَرَ مِنْهَا

     4- et qu’elles (re)couvre (Ḍaraba) de leurs Khumûr (« voiles ») leurs Juyûb

    وَلْيَضْرِبْنَ بِخُمُرِهِنَّ عَلَى جُيُوبِهِنَّ

    5- et qu’elles ne montrent leur Zînah qu’à leurs Bu’ûl, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs Bu’ûl, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs Bu’ûl, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères « qui ignorent tout des parties cachées » des femmes,

    وَلَا يُبْدِينَ زِينَتَهُنَّ إِلَّا لِبُعُولَتِهِنَّ أَوْ آبَائِهِنَّ أَوْ آبَاء بُعُولَتِهِنَّ أَوْ أَبْنَائِهِنَّ أَوْ أَبْنَاء بُعُولَتِهِنَّ أَوْ إِخْوَانِهِنَّ أَوْ بَنِي إِخْوَانِهِنَّ أَوْ بَنِي أَخَوَاتِهِنَّ أَوْ نِسَائِهِنَّ أَوْ مَا مَلَكَتْ أَيْمَانُهُنَّ أَوِ التَّابِعِينَ غَيْرِ أُوْلِي الْإِرْبَةِ مِنَ الرِّجَالِ أَوِ الطِّفْلِ الَّذِينَ لَمْ يَظْهَرُوا عَلَى عَوْرَاتِ النِّسَاء

    6- Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon à ce que l’on sache ce qu’elles cachent de leur Zînah. Et repentez-vous tous devant Dieu, ô croyants, afin que vous récoltiez le succès.

     وَلَا يَضْرِبْنَ بِأَرْجُلِهِنَّ لِيُعْلَمَ مَا يُخْفِينَ مِن زِينَتِهِنَّ ۚ وَتُوبُوا إِلَى اللَّهِ جَمِيعًا أَيُّهَ الْمُؤْمِنُونَ لَعَلَّكُمْ تُفْلِحُونَ

    • Troisième élément : adopter une tenue permettant de mettre en avant la pudeur de la femme et d’éloigner au mieux les personnes malintentionnées, notamment en évitant les vêtements attisant le désir et la sensualité car trop près du corps et dessinant les formes de la femme par exemple (passage coranique évoquant, entre autre, le verset 33/59) : 

    يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ قُل لِّأَزْوَاجِكَ وَبَنَاتِكَ وَنِسَاء الْمُؤْمِنِينَ يُدْنِينَ عَلَيْهِنَّ مِن جَلَابِيبِهِنَّ ذَلِكَ أَدْنَى أَن يُعْرَفْنَ فَلَا يُؤْذَيْنَ وَكَانَ اللَّهُ غَفُورًا رَّحِيمًا

    « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs Jalâbîb (mantes) : c’est le moyen le plus simple (le plus rapide) d’être reconnues et de ne pas être offensées. Dieu est Pardonneur et Miséricordieux. »

    • Quatrième élément : ne pas chercher à provoquer et à s’exhiber par la tenue en mettant en avant ce qui peut susciter le désir charnel (24/60) :

    والْقَوَاعِدُ مِنَ النِّسَاء اللَّاتِي لَا يَرْجُونَ نِكَاحًا فَلَيْسَ عَلَيْهِنَّ جُنَاحٌ أَن يَضَعْنَ ثِيَابَهُنَّ غَيْرَ مُتَبَرِّجَاتٍ بِزِينَةٍ وَأَن يَسْتَعْفِفْنَ خَيْرٌ لَّهُنَّ وَاللَّهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ

    « Et quant aux femmes d’un âge avancé (Qawâ’id) qui n’éprouvent plus de désir sexuel (Nikâḥ), nul reproche à elles d’alléger leurs tenue, sans cependant exhiber (Tabarruj/mutabarrijât) leur Zînah et sans impudeur (wan Yasta’fifna), c’est mieux pour elles. Dieu est Audient et Omniscient. »

    Après ceci, rappelons comme susmentionné que le meilleur vêtement reste celui de la droiture et de la prémunition. Chaque société est différente, Dieu nous a laissé libre de décider par nous-mêmes ce qui était le plus en adéquation avec le contexte de notre vie, car le moyen de se prémunir en France n’est pas forcément le même que celui utilisé au Mexique, en Arabie Saoudite, en Algérie ou en Inde. De même, le moyen de se prémunir dans une société tribale d’Arabie au VIIe siècle n’est pas forcément le même dans la forme que celui qu’il convient d’user dans une société européenne du XXIe siècle.

    Le Coran s’adresse en premier lieu à un groupe de tribus très localisées dans l’espace et le temps où les hommes s’habillaient globalement de la même manière et les femmes également. A ce titre, on peut aisément imaginer que les femmes portaient un châle, une pièce de tissu couvrante ou quelque chose d’équivalent, surtout que la région était connue pour ses fortes températures où la population, comme ailleurs en pareille situation, cherchait constamment à se prémunir contre les méfaits de l’astre du jour.

    La référence aux Khumûr, à considérer qu’il s’agisse d’un vêtement, est justifiée par le peuple auquel s’adresse le Coran à cette époque et ce, sans qu’il n’impose son port pour autant. Si donc le Coran était descendu sur un autre peuple, il aurait à l’évidence utilisé un autre terme que le Khimâr et aurait fait référence à un vêtement que les gens de ce peuple connaissaient. Dans sa portée universelle, s’adressant à tous les peuples et à toutes les époques, il faudrait donc retenir, non pas le vêtement mentionné qui n’est qu’un moyen préconisé à un instant T pour réaliser un objectif, mais l’objectif lui-même visé par Dieu dans Sa révélation. En effet, quand bien même tel ou tel verset aurait un contexte précis et serait lié à des circonstances particulières, il faut essayer autant que possible d’en tirer la quintessence universelle. En conséquence, si le message coranique est universel (ce qu’il est selon notre conviction), que devrait faire une française ou une australienne sachant que le Khimâr ne représente absolument rien pour elle qui n’en est pas coutumière ? La réponse est simple et évidente : elles s’en tiendront au fond du message, à savoir éviter d’étaler dans l’espace publique la visibilité de ce qui relèvent de caractères sexuels érotiques, notamment le décolleté de la poitrine. Elles se vêtiront donc de manière décente, selon les canons de leur société, de leur temps et en conformité avec l’éthique coranique.

    Ceci dit, il est évident que la femme musulmane qui voudra vivre sa spiritualité et son rapport au corps tout en se couvrant la chevelure sera en droit, islamiquement, de le faire et il convient que ce droit soit préservé car la liberté ne se définit comme étant celle d’être libre à la manière des autres. Toutefois, elle saura que ce choix n’est pas motivé par une quelconque obligation coranique en la matière, mais par le fait que cela relève de son choix et de sa liberté.

    Enfin, il convient de préciser que le vêtement a des fonctions particulières mises en avant dans le texte coranique : couvrir la nudité/parties intimes, cacher une partie du corps à la vue, protéger contre le climat, protéger le corps en cas d’attaque, permettre un bien-être…

    Or, le vêtement n’a pas pour fonction d’exclure celui ou celle qui le porte de la vie en société, de l’empêcher d’être utile à cette dernière, de participer à sa gestion, à sa progression, à son évolution… Aussi, le choix vestimentaire de la musulmane ne doit aucunement faire d’elle un objet d’exclusion, être un handicap à ce qu’elle puisse étudier, participer à la vie économique et sociale de la cité ou encore la gérer, et entraîner son mépris voire sa mise en danger, ce qui est complètement contraire au message coranique.

    Que Dieu nous permette de comprendre

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