« Ecoute les savants et tais-toi ! » ?

« ECOUTE LES SAVANTS ! ARRÊTE DE PARLER ET DE DONNER TON AVIS ! TU N’AS AUCUN DROIT DE PRENDRE POSITION ! TU N’ES PAS UN SAVANT ! »

Nombreux sont ceux qui jouent aux moralisateurs en ordonnant à ceux qui sont en désaccord avec certains points de l’orthodoxie islamique de confronter leur point de vue devant des Shuyûkh. Alors, il convient de mettre en exergue la mascarade et l’hypocrisie d’une telle posture.

En premier lieu, il faut rappeler le message subliminal qui se trouve derrière une telle apostrophe. Il faut donc comprendre :

« (Toi qui n’est rien et qui n’a pas le droit de raisonner en islam) écoute les savants (de la « vérité », ceux qui suivent la « vraie » voie, qui sont guidés, dont les erreurs sont récompensées et qui ont suivi un « vrai » cursus d’apprentissage dans le minhaj al Haqq) et arrête de parler et de donner ton avis (car même si Allah t’a doté d’une capacité à raisonner, rechercher et réfléchir, tu dois te taire et de prosterner devant les grands shuyûkh). Tu n’as aucun droit de prendre position (pauvre orgueilleux, prétentieux et inconscient que tu es) ! Tu n’es pas savant (et ton attitude est inspirée par le Shaytân) ! »

Voilà… c’est dit.

Il faut cesser l’enfumage deux minutes car, en réalité, peu importe qui nous irions consulter, si son avis ne leur convient pas, ces fanatiques justifieront toujours par un moyen ou un autre que nous avons tort : soit l’avis du théologien consulté sera considéré comme isolé, soit le théologien sera accusé d’être hérétique pour avoir contredit le « clergé » islamique, soit son avis sera entendu mais considéré comme à l’écart de la position majoritaire et autres bla-bla du genre.

Peu importe même notre parcours dans la recherche et l’apprentissage. Peu importe la qualité de l’argumentation et de l’analyse. Tant que la positon est contraire à celle que ces gens partagent, alors elle n’a aucune valeur et son auteur est discrédité de toutes les manières possibles.

C’est ici que se trouve en réalité le paradoxe d’une telle déclaration prétentieuse :

1. Qu’est-ce qui oblige à passer par la confrontation avec des théologiens pour avoir le droit d’avoir une opinion ?

2. Et si cela est obligatoire, quels savants faut-il consulter ? Selon quels critères ? Doit-il être connu et célèbre ?

3. Est-ce que les « Shuyûkh » à consulter doivent être au préalable agréés par ceux qui l’exigent et donc appartenir à l’orthodoxie ?

4. Si le shaykh en question n’est pas très orthodoxe bien que compétent, son avis sera-t-il pris en compte ?

5. Et s’il est orthodoxe, à quoi bon le consulter alors que sa position sera connue d’avance puisque selon l’orthodoxie il ne peut dévier de l’avis majoritaire, de l’Ecole X ou Y ou d’un pseudo-ijmâ’ fictif déclaré ?

6. Et si un savant orthodoxe est d’accord avec le point de vue défendu, sera-t-il toujours considéré orthodoxe selon les fanatiques ? Sa parole aurait-elle un poids ou bien son accord lui vaudra-t-il l’excommunication et l’anathème ?

7. Si ce savant orthodoxe dit que la position hétérodoxe est pertinente et argumentée, prendront-ils en compte son avis ou bien lui sera-t-il fait la remarque que son avis est isolé et ultra-minoritaire ?

8. De combien de Shuyûkh orthodoxes et « vrais » à leurs yeux faudra-t-il alors l’approbation pour que cela ait un poids ?!

Cessons cette comédie minable, sournoise et artificielle !

Ce qui prévaut c’est l’argument, l’approche, la méthodologie et l’analyse. Si une position est infondée et nulle, alors il suffit de le démontrer. Point final.

Dieu nous a donné une raison et nous demande de suivre Sa Révélation. Il nous interdit de suivre aveuglément des gens et nous demande de garder notre esprit critique. Au nom de quoi devrions-nous suivre obligatoirement l’avis de théologiens, si respectables soient-ils, sous prétexte qu’ils ont parlé, alors que jamais Dieu ne nous demande de les suivre absolument et encore moins aveuglément ? Le musulman ne suit pas les créatures pour ce qu’elles sont intrinsèquement, tout comme le musulman ne suit pas le Messager Muhammad parce qu’il est arabe, éloquent, aimable ou autres. Mais le musulman suit les preuves et les arguments venues de la Révélation divine et qui nous furent transmis par le Messager. C’est à ce titre qu’il fut suivi, pas en tant que « Muhammad », et c’est au nom des preuves venues de la Révélation divine que nous pouvons adhérer à la positon de tel ou tel théologiens.

Donc soit ces théologiens ont des arguments clairs provenant de la Révélation, soit il n’y a aucune raison d’imposer leur suivi obtusément, sans réflexion, surtout s’ils imposent ou interdisent ce que Dieu n’impose pas et n’interdit pas.

Mais ces gens qui imposent cette confrontation avec l’orthodoxie, auraient-ils des droits que nous n’aurions pas ?

1. Partager un avis qui nous convainc et le défendre ce n’est pas être exégète ou érudit. C’est être musulman et croyant en espérant être sincère. Au nom de quoi ces gens aussi banaux que nous auraient le droit de défendre et propager la conception et compréhension de l’islam qui leur plaît, qui les convainc et à laquelle ils adhèrent et que nous autres n’aurions pas ce même droit ?! Ces gens n’ont aucun droit dont nous ne jouissions pas. Libre à eux d’avoir leurs convictions, leurs références, leurs arguments, de les partager et de les défendre, et il faut accepter cela. Mais ils ne sont rien ni personne pour empêcher les autres d’avoir ce même droit. L’islam ne leur appartient pas et n’appartient pas à un clergé ou une élite auto-proclamée.

2. Ces gens n’ont aucun droit de venir demander de suivre des avis qui interdisent des choses au nom de Dieu sans présenter aucune preuve textuelle ou évidente de l’interdiction divine en question. Si nous discutons certains avis, c’est au nom de notre foi car nous refusons d’attribuer à Dieu ce qu’Il ne dit pas et l’avis majoritaire, celui de l’orthodoxie ou de Shaykh tel et Shaykh tel n’y changera rien. Nous pouvons même être musulman depuis deux jours, ne rien connaître à l’arabe, pas même l’alphabet, ne rien mémoriser du Coran, pas même la dernière sourate, cela ne nous empêchera pas de dire que ces gens n’ont aucun droit d’imposer ce que Dieu n’impose pas.

3. Ils exigent de nous que nous appuyons notre position sur l’avis de « sommités » ou plus généralement de théologiens, évidemment conformes à ce qu’eux-mêmes considèrent comme théologiens… Mais ont-ils perdu la tête ?! Au nom de quoi faudrait-il citer la parole des créatures, si savantes soient-elles, alors que nous citons déjà le Kitâb Mubîn de Dieu ? D’où vient cette obsession pour les « théologiens et les clercs » ? Qui impose d’avoir leur aval ? Est-ce Dieu ? Quel sens à cette exigence alors que, de toute façon, quel que soit le chercheur ou théologien que nous citerions, il ne serait jamais assez savant, jamais assez orthodoxe, toujours un peu trop hérétique ou toujours un peu trop marginal à leurs yeux ?

L’argument qu’il nous est demandé de suivre doit venir de la Révélation divine. Le reste ne sont que les avis des Hommes et nous sommes des Hommes, et Allah n’a pas fait de l’avis de certains théologiens en particulier une Sharî’ah.

Que Dieu nous permette de raisonner.

Rédaction LVDH

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