2. La basmalah est-elle une condition d’abattage pour que la viande soit licite ?

La viande abattue pour le commerce et non pour un rite polythéiste en question

Dans le Coran, il apparaît évident que la viande de la bête abattue pour une autre divinité que Dieu est strictement interdite à la consommation, comme cela serait encore le cas aujourd’hui avec la viande provenant d’une bête abattue rituellement par des hindouistes ou des shintoïstes par exemple. En effet, comme avec de nombreux actes Ḥarâm, notamment à l’époque prophétique, il s’agissait de rompre définitivement avec ce qui était lié au polythéisme, notamment dans un monde où l’islam et le message monothéiste était naissant, de portée relativement faible et parfois encore fragilisé.

Toutefois, rien ne semble interdire coraniquement la consommation de la viande d’une bête abattue avec une tout autre intention, comme celle naturelle de se nourrir ou de fournir de la viande à autrui via le commerce par exemple et ce, que le tueur (nom de celui qui abat) soit musulman ou non. Ainsi, aucun argument coranique ne permet d’interdire la consommation d’une viande au seul prétexte qu’elle proviendrait d’une bête abattue par un non-musulman ou qu’elle ne serait pas estampillée « Ḥalâl ». 

Mais qu’en est-il de la prononciation du nom de Dieu au moment de l’abattage ? Est-ce une condition de licéité de la chair de l’animal ?

I. La question de la prononciation du Nom de Dieu avant abattage

A cette question, il suffirait de citer le verset 6/145 qui est explicite quant à ce qui est considéré comme tabou (muharram) en islam :

قُل لاَّ أَجِدُ فِي مَا أُوْحِيَ إِلَيَّ مُحَرَّمًا عَلَى طَاعِمٍ يَطْعَمُهُ إِلاَّ أَن يَكُونَ مَيْتَةً أَوْ دَمًا مَّسْفُوحًا أَوْ لَحْمَ خِنزِيرٍ فَإِنَّهُ رِجْسٌ أَوْ فِسْقًا أُهِلَّ لِغَيْرِ اللّهِ بِهِ فَمَنِ اضْطُرَّ غَيْرَ بَاغٍ وَلاَ عَادٍ فَإِنَّ رَبَّكَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ

« Dis : « Dans ce qui m’a été révélé, je ne trouve de Muharram (tabou), à aucun mangeur d’en manger, que la bête trouvée morte (maytah), ou le sang qu’on a fait couler (dam masfûh), ou la chair de porc (lahm al khinzîr) – car c’est une souillure – ou ce qui, par perversité, a été consacré à autre que Dieu. » Quiconque est contraint, sans toutefois abuser ou transgresser, ton Seigneur est certes Pardonneur et Miséricordieux. »(6/145)

Ainsi, on comprend aisément, notamment avec la formule sans équivoque « Dans ce qui m’a été révélé, je ne trouve de Muharram que [ceci et cela] » que la liste en question est complète et définitive. Ce verset fait référence notamment à la bête qui, par perversité lié au Shirk (associationnisme), est consacrée à une autre divinité que Dieu, mais il ne mentionne nullement l’interdiction de consommer la chair d’une bête sur laquelle le Nom de Dieu n’a pas été prononcé ni même qu’il faille absolument consacrer la bête à Dieu pour que sa chair soit licite à la consommation.

En outre, il n’est pas dit « mangez uniquement de ce sur quoi a été mentionné le nom de Dieu. » Il ne s’agit donc pas de limiter le licite à cela.

Ajoutons, c’est certainement un point important, que le passage est souvent mal traduit lorsqu’il utilise le terme « sacrifié » à la place de celui de « consacré ». En effet, le verset n’évoque pas spécifiquement ce qui a été sacrifié pour autre que Dieu, mais ce qui a été dédié ou proclamé rituellement à autre que Lui. Ici, le terme « Uhilla  – أهل »  fait linguistiquement référence au fait de « lever la voix », notamment pour annoncer la raison pour laquelle on fait telle ou telle chose, et non au fait de sacrifier par l’abattage.

La traduction qui nous semble donc la plus correcte de ce verset est la suivante :

« Dis : « Dans ce qui m’a été révélé, je ne trouve de tabou, à aucun mangeur d’en manger, que la bête trouvée morte (sans en connaître la cause ou la charogne), le sang qu’on a fait couler (ou extravasé), la chair de porc – car est une souillure et ce qui, par perversité/fisq, a été dédié (ou proclamé rituellement) à autre que Dieu. » Mais, quiconque est contraint, sans toutefois abuser (désirer) ou transgresser, ton Seigneur est certes Pardonneur et Miséricordieux. »

II. Tentative de réfutation ?

Certains pourraient être tentés de répondre que Dieu a bel et bien demandé à ce que Son Nom soit prononcé, ce qui n’est pas le cas lors d’un abattage non « islamique », et ils se réfèreront alors aux versets suivants : 5/4 et 6/118 à 121.

Verset 5/4 :

يَسْأَلُونَكَ مَاذَا أُحِلَّ لَهُمْ قُلْ أُحِلَّ لَكُمُ الطَّيِّبَاتُ وَمَا عَلَّمْتُم مِّنَ الْجَوَارِحِ مُكَلِّبِينَ تُعَلِّمُونَهُنَّ مِمَّا عَلَّمَكُمُ اللّهُ فَكُلُواْ مِمَّا أَمْسَكْنَ عَلَيْكُمْ وَاذْكُرُواْ اسْمَ اللّهِ عَلَيْهِ وَاتَّقُواْ اللّهَ إِنَّ اللّهَ سَرِيعُ الْحِسَابِ
« Ils t’ interrogent sur ce qui leur est permis. Dis : « Vous sont permises les bonnes – Ṭayyibât – (nourritures), ainsi que ce que capturent les carnassiers que vous avez dressés, en leur apprenant ce que Dieu vous a appris. Mangez donc de ce qu’elles capturent pour vous et rappelez (ou prononcez) dessus le nom de Dieu. Et craignez Dieu. Car Dieu est, certes, prompt dans les comptes. » 

Verset 6/118 et 119 :

كُلُواْ مِمَّا ذُكِرَ اسْمُ اللّهِ عَلَيْهِ إِن كُنتُمْ بِآيَاتِهِ مُؤْمِنِينَ

« Mangez donc de ce sur quoi on a prononcé(énoncé, rappelé) le nom de Dieu si vous êtes croyants en Ses versets (le Coran). »

وَمَا لَكُمْ أَلاَّ تَأْكُلُواْ مِمَّا ذُكِرَ اسْمُ اللّهِ عَلَيْهِ وَقَدْ فَصَّلَ لَكُم مَّا حَرَّمَ عَلَيْكُمْ إِلاَّ مَا اضْطُرِرْتُمْ إِلَيْهِ وَإِنَّ كَثِيرًا لَّيُضِلُّونَ بِأَهْوَائِهِم بِغَيْرِ عِلْمٍ إِنَّ رَبَّكَ هُوَ أَعْلَمُ بِالْمُعْتَدِينَ

« Qu’avez- vous à ne pas manger de ce sur quoi le nom de Dieu a été prononcé ? Alors qu’Il vous a détaillé ce qu’Il vous a interdit, à moins que vous ne soyez contraints d’y recourir. Beaucoup de gens égarent, sans savoir, par leurs passions. C’est ton Seigneur qui connaît le mieux les transgresseurs. » (6/119)

Or, si nous sommes bien d’accord quant au fait qu’il puisse être recommandé de prononcer le Nom de Dieu avant chaque action, notamment celle d’abattre un animal ou de consommer de de sa chair (et ce, pour diverses raisons liées au bienfait de se rappeler Dieu, le fait que l’on agit par Sa permission et que l’on prend conscience de la dimension de nos actes), il n’est nullement précisé ici que cela doit être fait absolument/obligatoirement au moment de la mise à mort de l’animal.

Certains répondront encore à cela par le verset 6/121 :

وَلاَ تَأْكُلُواْ مِمَّا لَمْ يُذْكَرِ اسْمُ اللّهِ عَلَيْهِ وَإِنَّهُ لَفِسْقٌ وَإِنَّ الشَّيَاطِينَ لَيُوحُونَ إِلَى أَوْلِيَآئِهِمْ لِيُجَادِلُوكُمْ وَإِنْ أَطَعْتُمُوهُمْ إِنَّكُمْ لَمُشْرِكُونَ

« Et ne mangez pas de ce sur quoi le nom de Dieu n’a pas été prononcé, car ce serait (assurément) une perversité (fisq). Les diables inspirent à leurs alliés de disputer (de polémiquer) avec vous. Si vous leur prêtez attention, vous deviendrez certes des associateurs. » 

Or, comme vous le constaterez, cette lecture de la sourate 6 est atomique, c’est-à-dire fragmentaire. Les versets sont isolés les uns des autres, alors même qu’ils se suivent et font partie d’un ensemble textuel commun. Mais le fait d’isoler des segments d’un tout pour en tenter d’en comprendre le sens engendre des incohérences étant donné qu’un segment ne trouve son sens plein qu’en l’insérant au corps qui est le sien.

Reprenons donc l’analyse du passage en question de la sourate 6 afin de mettre en avant le sens des versets susmentionnés.

III. Analyse des versets de la sourate Al An’âm (6)

Les interdits divins nous concernant sont explicites en 6/145 :

« Dis: « Dans ce qui m’a été révélé, je ne trouve d’interdit (tabou), à aucun mangeur d’en manger, que la Maytah, ou le sang qu’on a fait couler (extravasé), ou la chair de porc – car c’est une souillure – ou ce qui, par perversité, a été consacré à autre que Dieu. » Quiconque est contraint, sans toutefois abuser ou transgresser, ton Seigneur est certes Pardonneur et Miséricordieux. »

Le verset parle explicitement de ce qui, par perversité/perfidie (Fisq), fut consacré à un autre que Dieu. Cela est clair.

Conséquence :

Le Coran ne se contredisant pas et se lisant dans une démarche d’auto-explicitation, il convient de revenir à ce qui, dans cette thématique de l’alimentation, est considéré comme un fisq. Or, nous constatons que cela est repris par le passage coranique en 6/121, lequel dit :

« …et ne mangez pas de ce sur quoi le nom de Dieu n’a pas été mentionné, car c’est une abomination, perversité/fisq. Certes, les démons inspirent à leurs alliés d’en controverser et, si vous les suiviez, vous feriez acte de polythéisme. »

Poursuivons l’analyse en réinsérant maintenant le verset 6/121 dans son ensemble textuel afin d’en saisir la portée. Celui-ci débute par le verset 6/117 et se termine par le verset 121 :

« En vérité, ton Seigneur est celui qui connaît le mieux qui s’égare de son chemin, tout comme Il est celui qui connaît le mieux ceux qui sont les bien-guidés. Mangez donc de ce sur quoi a été mentionné le nom de Dieu si en ces versets vous êtes croyants ! Car, qu’avez-vous donc à ne pas manger de ce sur quoi a été mentionné le nom de Dieu, alors même qu’il vous a été détaillé ce qui vous a été rendu tabou/ḥarrama, sauf si vous y êtes contraints ! Cependant, nombreux sont ceux qui s’égarent du fait de leurs passions, sans aucun savoir ! Certes, ton Seigneur est celui qui connaît le mieux qui sont les transgresseurs ! Abandonnez le péché, manifesté ou dissimulé, car ceux qui acquièrent le péché seront rétribués pour ce qu’ils auront commis ; et ne mangez pas de ce sur quoi le nom de Dieu n’a pas été mentionné, car c’est une abomination/fisq. Certes, les démons inspirent à leurs alliés d’en controverser et, si vous les suiviez, vous feriez acte de polythéisme. »

Une première question se pose à la lecture de ce passage : pourquoi donc Dieu reprocherait-Il aux musulmans de l’époque de ne pas manger de ce sur quoi le nom de Dieu fut prononcé ? Pourquoi eux qui reconnaissent Dieu comme l’unique divinité agiraient-il ainsi ?

A cela, on répond très logiquement que ceux qui sont visés par l’action de la prononciation du Nom de Dieu sur la bête abattue ne sont pas les musulmans, mais en réalité les mushrikûn de l’époque qui, bien que polythéistes, croyaient en Dieu en tant que divinité supérieure.

Ceci dit, le segment en question disant « qu’avez-vous donc à ne pas manger de ce sur quoi a été mentionné le nom de Dieu » est suivi directement de la mention : « alors même qu’il vous a été détaillé ce qui vous a été rendu tabou/ḥarrama »

Une autre question se pose alors : à quoi fait référence le fait que ce qui est muharram ait déjà été détaillé par Dieu ?

Pour cela, il suffit de revenir au verset précédemment cité qui détaille les tabous alimentaires en islam, à savoir le verset 6/145.

En conséquence, le passage « qu’avez-vous donc à ne pas manger de ce sur quoi a été mentionné le nom de Dieu » ne peut logiquement concerner ni la Maytah (charogne) ni le sang ni la chair du porc… il ne peut donc s’agir que du quatrième tabou faisant le lien avec ce qui fut consacré pour un autre que Dieu.

On confirme dès lors, en lien avec le passage de la même sourate allant de 6/136 à 6/153 et évoquant les tabous des arabes avant l’islam et les inventions qu’ils attribuèrent à Dieu (voir partie VI), que les musulmans s’interdisaient la consommation de ce sur quoi fut prononcé le nom de Dieu car cela provenait des mushrikûn qui avaient inventé une multitude de tabous.

Or, Dieu dit aux musulmans qu’il n’est pas interdit de consommer de ce sur quoi fut prononcé le nom de Dieu, même si cela provient des mushrikûn, car cela ne fait pas partie de ce que Dieu a tabouisé en 6/145 puisque rien n’est tabou si ce n’est ce qui a été consacré à un autre que Dieu.

Ainsi, le passage en 6/121 « et ne mangez pas de ce sur quoi le nom de Dieu n’a pas été mentionné, car c’est une abomination/fisq » ce comprend dans ce cadre de polythéisme explicité dans les différents passages de la sourate 6. Dieu dit en somme aux musulmans que de ce que les polythéistes sacrifient, ils ne peuvent manger que ce sur quoi le nom de Dieu fut prononcé et qu’il ne convient pas de « mangez […] de ce sur quoi le nom de Dieu n’a pas été mentionné, car c’est un fisq »… ce même fisq dont il est question en 6/145, à savoir le fait de sacrifier pour des idoles.

Ceci est donc parfaitement cohérent ! Les musulmans ne peuvent manger de ce sur quoi les polythéistes n’ont pas prononcer le nom de Dieu car cela revient, dans ce contexte, à manger de ce qu’ils ont consacré à leurs idoles.

Ce contexte de polythéisme dans lequel s’inscrit le verset 6/121 est très clair quand on lit le passage commençant en 6/106 :

Dès le verset 106, Dieu demande à Son Prophète de s’écarter des mushrikûn (associateurs) et dans la dizaine de versets y faisant suite (v. 107 à 117), la thématique porte sur l’égarement et le mensonge des associateurs que Dieu ordonne de ne pas suivre sous peine d’être égaré. C’est donc au cœur de ce sujet que Dieu appelle, dès le verset 118, à manger de ce sur quoi on a prononcé Son nom, puis qu’Il interpelle les musulmans au sujet du fait qu’ils ne mangent pas de ce sur quoi on a prononcé le nom de Dieu (v. 119). Ensuite, Il demande aux musulmans d’éviter le péché (v. 120), qu’il soit apparent ou caché. Enfin, dans ce contexte de shirk (polythéisme), Dieu demande aux musulmans de ne manger que de ce sur quoi on a prononcé le Son nom car, dans le cas contraire, cela constituerait du fisq, une perversité, en ce sens qu’il serait alors question d’emprunter la voie que « les diables inspirent à leurs alliés (les mushrikûn) » pour polémiquer avec les musulmans. Or, si ces derniers prêtent attention à ce qu’ils disent, ils risquent de se détourner de la voie de l’islam en accréditant, par le fait d’en manger, l’acte consistant à abattre un animal pour une idole, ce qui est totalement contraire au monothéisme.

En résumé, le verset sous-entend que le fait de ne pas manger de ce sur quoi on a prononcé le nom de Dieu revient, à cette époque mecquoise où le polythéisme est répandu, à manger ce que l’on a consacré pour des divinités et cela n’est logiquement pas acceptable du point de vue du monothéisme, d’autant que dans cette communauté musulmane naissante et fragile, il ne fallait pas laisser de place à des soubresauts de shirk

On remarque ainsi que la portée des versets 6/118 à 121 prennent tout leur sens dès lors qu’on prend la peine de ne pas opérer une analyse coranique de façon fragmentaire. Ainsi, cette demande coranique de ne manger que de ce sur quoi le nom de Dieu fut prononcé n’a de sens que dans un tel contexte, et non dans celui où les bêtes sont abattues pour des besoins alimentaires et commerciaux, sans référence à aucun divinité, comme c’est le cas de nos jours en France par exemple.

En effet, ne dédier un acte à personne ce n’est pas dédier à un autre que Dieu. Ceci serait un non-sens. Dédier à un autre, c’est dédier à une autre divinité que Dieu. Or, ne dédier à personne ne signifie pas dédier à un autre que Dieu. La traduction du segment en 6/145 est donc la suivante :« De même, est une abomination/fisq [la consommation de ce qui est] consacré/uhilla à un autre que Dieu. »

Or, abattre un animal pour des raisons commerciales par exemple ce n’est pas consacré à un autre que Dieu. Il convient donc de préciser que le tabou interdisant de consommer ce qui a été « consacré à un autre que Dieu » ainsi que l’antiphrase de la sourate 6 disant  « qu’avez-vous donc à ne pas consommer de ce sur quoi le nom de Dieu a été évoqué » ne supposent en rien l’obligation de sacrifier à Dieu les bêtes avant de les consommer comme le rappelle très justement le docteur Moreno.

Si Dieu avait voulu interdire la viande de la bête non consacrée pour Dieu, alors la tournure de la phrase aurait été par exemple : est interdit « tout ce qui n’est pas sacrifié pour Dieu ». Mais ce n’est pas ce que Dieu a dit. Dieu a dit : «… tout ce qui est sacrifié à un autre que Dieu »

Ajoutons que ce passage n’indique pas qu’il faille obligatoirement prononcer le nom de Dieu au moment de l’abattage, pas plus qu’il n’indique qu’il soit interdit d’abattre un animal pour une intention autre que le rite, à l’instar de la volonté naturelle de se nourrir ou de commercer par exemple. Ce qui n’est pas explicitement interdit n’a donc pas à l’être. Enfin, Dieu permet explicitement ici que l’on puisse manger la viande provenant d’un polythéiste, à la condition que celui-ci n’ait pas consacré la bête qu’il abat à une idole.

Enfin, n’oublions pas que l’objectif du rappel du nom de Dieu au moment de se nourrir tient dans le fait de se rappeler justement qu’Il est Celui qui nous nourrit et qui nous attribue ces bienfaits. C’est une forme de témoignage de Son unicité et une expression de notre foi en Lui :

فَكُلُواْ مِمَّا رَزَقَكُمُ اللّهُ حَلالاً طَيِّبًا وَاشْكُرُواْ نِعْمَتَ اللّهِ إِن كُنتُمْ إِيَّاهُ تَعْبُدُونَ

« Mangez donc de ce que Dieu vous a attribué de licite et de bon. Et soyez reconnaissants pour les bienfaits de Dieu, si c’est Lui que vous adorez. »(16/114)

IV. Complément d’information

Les théologiens ont en réalité divergé quant au fait de savoir s’il fallait obligatoirement prononcer le nom de Dieu au moment d’abattre la bête, sachant que le Coran ne l’impose nullement explicitement :

  • On attribue à Mâlik, Ibn Sîrîn et certains mutakallimûn le fait que cela soit obligatoire. Si cela n’est pas fait, par oubli ou volontairement, la chair de la bête est illicite. Toutefois, l’avis de l’école Mâlikite apporte des nuances.
  • On attribue à Abû Ḥanîfah que si cela n’est pas fait par oubli, la viande est alors licite.
  • On attribue à Ash Shâfi’î le fait que la viande soit licite, que le nom de Dieu ait été prononcé ou non, volontairement ou par erreur.

Voir le Tafsîr al Kabîr :

الإمام فخر الدين الرازي أبو عبد الله محمد بن عمر بن حسين القرشي / ص138-139

Ici, ce qui nous semble le plus pertinent est le dernier avis évoqué, celui attribué à l’Imâm Ash Shâfi’î et ce, notamment pour les raisons susmentionnés dans l’article. Qui plus est, voici ce qu’explique l’Imâm Abû ‘Abdillah :

Le passage coranique en 6/121 précise que le fait de ne pas respecter l’injonction coranique est « une perversité », un fisq. Or, ce passage fait référence au verset 145 susmentionné de la sourate 6 qui évoque également le fisq. Dans ce verset (121), Dieu évoque la polémique mise en place par les « alliés du diable », les polythéistes de l’époque.

Cette polémique, d’après ce qui est rapportée par des textes extra-coraniques, eut lieu concernant la charogne, la bête trouvée morte (maytah). On rapporte alors que des gens parmi les associateurs dirent aux musulmans : « Ce que tue le faucon et le chien vous le mangez (lors de la chasse) et ce que Dieu a tué (c’est-à-dire la bête trouvée morte) vous ne le mangez pas !? » Et selon Ibn ‘Abbâs ils dirent : « Vous mangez ce que vous tuez et vous ne mangez pas de ce que Dieu tue ? » Cette polémique était particulière à la charogne.

En outre, le passage {et si vous vous laissez convaincre par eux, alors vous deviendrez des associateurs (Mushrikûn)}est spécifique à ce qui a été consacré pour les pierres dressées (les Nuṣub). Ce passage signifie donc : « Si vous agréez ces bêtes égorgées (immolées) au nom de ces divinités et idoles, c’est que vous agréez d’une certaine manière leur caractère divin (ou le rite polythéiste) et ceci implique le Shirk (incompatible avec l’islam). »

Ainsi, Ash Shâfi’î a dit : « Si la première partie du verset (121) a une portée générale à cause de la formule employée, nous apprenons à la fin du verset […] que le sens voulu de cette généralité (exprimée au début) est en vérité ce sens spécifique (que l’on retrouve à la fin). »

Ce qui renforce ce sens c’est que Dieu a dit : {Et ne mangez pas de ce sur quoi le nom de Dieu n’a pas été prononcé, car ce serait (assurément) une perversité (fisq)} Or, cette interdiction est spécifique lorsque la chose devient « une perversité » (fisq) et en cherchant dans le Livre de Dieu ce qui fait d’une chose une perversité concernant l’abattage d’un animal, on trouve le verset explicite suivant déjà évoqué :

قُل لاَّ أَجِدُ فِي مَا أُوْحِيَ إِلَيَّ مُحَرَّمًا عَلَى طَاعِمٍ يَطْعَمُهُ إِلاَّ أَن يَكُونَ مَيْتَةً أَوْ دَمًا مَّسْفُوحًا أَوْ لَحْمَ خِنزِيرٍ فَإِنَّهُ رِجْسٌ أَوْ فِسْقًا أُهِلَّ لِغَيْرِ اللّهِ بِهِ فَمَنِ اضْطُرَّ غَيْرَ بَاغٍ وَلاَ عَادٍ فَإِنَّ رَبَّكَ غَفُورٌ رَّحِيمٌ

« Dis : « Dans ce qui m’a été révélé, je ne trouve de tabous, à aucun mangeur d’en manger, que la bête trouvée morte, ou le sang qu’on a fait couler, ou la chair de porc – car c’est une souillure – ou ce qui, par perversité (fisq), a été consacré à autre que Dieu. » Quiconque est contraint, sans toutefois abuser ou transgresser, ton Seigneur est certes Pardonneur et Miséricordieux. »(6/145)

Dans ce verset, le fisq est détaillé et correspond à ce qui a été dédié à un autre que Dieu. Si cela est comme tel, le verset suivant sera spécifique à ce qui fut consacré à une idole :

وَلاَ تَأْكُلُواْ مِمَّا لَمْ يُذْكَرِ اسْمُ اللّهِ عَلَيْهِ وَإِنَّهُ لَفِسْقٌ وَإِنَّ الشَّيَاطِينَ لَيُوحُونَ إِلَى أَوْلِيَآئِهِمْ لِيُجَادِلُوكُمْ وَإِنْ أَطَعْتُمُوهُمْ إِنَّكُمْ لَمُشْرِكُونَ

« Et ne mangez pas de ce sur quoi le nom de Dieu n’a pas été prononcé, car ce serait (assurément) une perversité/fisq. Les diables inspirent à leurs alliés de disputer avec vous. Si vous vous laissez convaincre par eux, vous deviendrez certes des associateurs. » (6/121)

En outre, il convient ici de rappeler que la compréhension d’un verset ne doit pas se faire isolément du corps du texte. Ainsi, comme nous l’avons vu, lorsque l’on replace le verset 121 de la sourate Al An’âm dans son ensemble, on comprend clairement le cadre de cette parole divine.


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اتَّبِعْ مَا أُوحِيَ إِلَيْكَ مِن رَّبِّكَ لا إِلَهَ إِلاَّ هُوَ وَأَعْرِضْ عَنِ الْمُشْرِكِينَ ¤وَلَوْ شَاء اللّهُ مَا أَشْرَكُواْ وَمَا جَعَلْنَاكَ عَلَيْهِمْ حَفِيظًا وَمَا أَنتَ عَلَيْهِم بِوَكِيلٍ ¤وَلاَ تَسُبُّواْ الَّذِينَ يَدْعُونَ مِن دُونِ اللّهِ فَيَسُبُّواْ اللّهَ عَدْوًا بِغَيْرِ عِلْمٍ كَذَلِكَ زَيَّنَّا لِكُلِّ أُمَّةٍ عَمَلَهُمْ ثُمَّ إِلَى رَبِّهِم مَّرْجِعُهُمْ فَيُنَبِّئُهُم بِمَا كَانُواْ يَعْمَلُونَ ¤وَأَقْسَمُواْ بِاللّهِ جَهْدَ أَيْمَانِهِمْ لَئِن جَاءتْهُمْ آيَةٌ لَّيُؤْمِنُنَّ بِهَا قُلْ إِنَّمَا الآيَاتُ عِندَ اللّهِ وَمَا يُشْعِرُكُمْ أَنَّهَا إِذَا جَاءتْ لاَ يُؤْمِنُونَ ¤وَنُقَلِّبُ أَفْئِدَتَهُمْ وَأَبْصَارَهُمْ كَمَا لَمْ يُؤْمِنُواْ بِهِ أَوَّلَ مَرَّةٍ وَنَذَرُهُمْ فِي طُغْيَانِهِمْ يَعْمَهُونَ ¤وَلَوْ أَنَّنَا نَزَّلْنَا إِلَيْهِمُ الْمَلآئِكَةَ وَكَلَّمَهُمُ الْمَوْتَى وَحَشَرْنَا عَلَيْهِمْ كُلَّ شَيْءٍ قُبُلاً مَّا كَانُواْ لِيُؤْمِنُواْ إِلاَّ أَن يَشَاء اللّهُ وَلَكِنَّ أَكْثَرَهُمْ يَجْهَلُونَ ¤وَكَذَلِكَ جَعَلْنَا لِكُلِّ نِبِيٍّ عَدُوًّا شَيَاطِينَ الإِنسِ وَالْجِنِّ يُوحِي بَعْضُهُمْ إِلَى بَعْضٍ زُخْرُفَ الْقَوْلِ غُرُورًا وَلَوْ شَاء رَبُّكَ مَا فَعَلُوهُ فَذَرْهُمْ وَمَا يَفْتَرُونَ ¤وَلِتَصْغَى إِلَيْهِ أَفْئِدَةُ الَّذِينَ لاَ يُؤْمِنُونَ بِالآخِرَةِ وَلِيَرْضَوْهُ وَلِيَقْتَرِفُواْ مَا هُم مُّقْتَرِفُونَ ¤أَفَغَيْرَ اللّهِ أَبْتَغِي حَكَمًا وَهُوَ الَّذِي أَنَزَلَ إِلَيْكُمُ الْكِتَابَ مُفَصَّلاً وَالَّذِينَ آتَيْنَاهُمُ الْكِتَابَ يَعْلَمُونَ أَنَّهُ مُنَزَّلٌ مِّن رَّبِّكَ بِالْحَقِّ فَلاَ تَكُونَنَّ مِنَ الْمُمْتَرِينَ ¤وَتَمَّتْ كَلِمَتُ رَبِّكَ صِدْقًا وَعَدْلاً لاَّ مُبَدِّلِ لِكَلِمَاتِهِ وَهُوَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ ¤وَإِن تُطِعْ أَكْثَرَ مَن فِي الأَرْضِ يُضِلُّوكَ عَن سَبِيلِ اللّهِ إِن يَتَّبِعُونَ إِلاَّ الظَّنَّ وَإِنْ هُمْ إِلاَّ يَخْرُصُونَ ¤إِنَّ رَبَّكَ هُوَ أَعْلَمُ مَن يَضِلُّ عَن سَبِيلِهِ وَهُوَ أَعْلَمُ بِالْمُهْتَدِينَ ¤فَكُلُواْ مِمَّا ذُكِرَ اسْمُ اللّهِ عَلَيْهِ إِن كُنتُمْ بِآيَاتِهِ مُؤْمِنِينَ¤وَمَا لَكُمْ أَلاَّ تَأْكُلُواْ مِمَّا ذُكِرَ اسْمُ اللّهِ عَلَيْهِ وَقَدْ فَصَّلَ لَكُم مَّا حَرَّمَ عَلَيْكُمْ إِلاَّ مَا اضْطُرِرْتُمْ إِلَيْهِ وَإِنَّ كَثِيرًا لَّيُضِلُّونَ بِأَهْوَائِهِم بِغَيْرِ عِلْمٍ إِنَّ رَبَّكَ هُوَ أَعْلَمُ بِالْمُعْتَدِينَ ¤وَذَرُواْ ظَاهِرَ الإِثْمِ وَبَاطِنَهُ إِنَّ الَّذِينَ يَكْسِبُونَ الإِثْمَ سَيُجْزَوْنَ بِمَا كَانُواْ يَقْتَرِفُونَ ¤وَلاَ تَأْكُلُواْ مِمَّا لَمْ يُذْكَرِ اسْمُ اللّهِ عَلَيْهِ وَإِنَّهُ لَفِسْقٌ وَإِنَّ الشَّيَاطِينَ لَيُوحُونَ إِلَى أَوْلِيَآئِهِمْ لِيُجَادِلُوكُمْ وَإِنْ أَطَعْتُمُوهُمْ إِنَّكُمْ لَمُشْرِكُونَ ¤

« Suis ce qui t’est révélé de la part de ton Seigneur. Point de divinité autre que Lui. Et écarte-toi des associateurs. ¤ Si Dieu voulait, ils ne seraient point associateurs ! Mais Nous ne t’avons pas désigné comme gardien sur eux ; et tu n’es pas leur garant. ¤ N’injuriez pas ceux qu’ils invoquent, en dehors de Dieu, car par agressivité, ils injurieraient Dieu, dans leur ignorance. De même, Nous avons enjolivé (aux yeux) de chaque communauté sa propre action. Ensuite, c’est vers leur Seigneur que sera leur retour ; et Il les informera de ce qu’ils œuvraient. ¤ Et ils jurent par Dieu de toute la force de leurs serments, que s’il leur venait un miracle, ils y croiraient (sans hésiter,) Dis : « En vérité, les miracles ne dépendent que de Dieu. » Mais qu’est-ce qui vous fait penser que quand cela (le signe) arrivera, ils n’y croiront pas ?¤ Parce qu’ils n’ont pas cru la première fois, nous détournerons leurs cœurs et leurs yeux ; nous les laisserons marcher aveuglement dans leur rébellion. ¤ Et si Nous faisions descendre les Anges vers eux, [comme ils l’avaient proposé] si les morts leur parlaient, et si Nous rassemblions toute chose devant eux, ils ne croiraient que si Dieu veut. Mais la plupart d’entre eux ignorent.¤ Ainsi, à chaque prophète avons-Nous assigné un ennemi : des diables d’entre les hommes et les djinns, qui s’inspirent trompeusement les uns aux autres des paroles enjolivées. Si ton Seigneur avait voulu, ils ne l’auraient pas fait ; laisse-les donc avec ce qu’ils inventent.¤ Et pour que les cœurs de ceux qui ne croient pas à l’au-delà se penchent vers elles, qu’ils les agréent, et qu’ils perpètrent ce qu’ils perpètrent. ¤ Chercherai-je un autre juge que Dieu, alors que c’est Lui qui a fait descendre vers vous ce Livre bien exposé ? Ceux auxquels Nous avons donné le Livre savent qu’il est descendu avec la vérité venant de ton Seigneur. Ne sois donc point du nombre de ceux qui doutent.¤ Et la parole de ton Seigneur s’est accomplie en toute vérité et équité. Nul ne peut modifier Ses paroles. Il est l’Audient, l’Omniscient.¤ Et si tu prêtes attention à la majorité de ceux qui sont sur la terre, ils t’égareront du sentier de Dieu : ils ne suivent que la conjecture et ne font que fabriquer des mensonges.¤ Certes ton Seigneur connaît le mieux ceux qui s’égarent de Son sentier, et c’est Lui qui connaît le mieux les bien-guidés.¤ Mangez donc de ce sur quoi on a prononcé le nom de Dieu si vous êtes croyants en Ses versets (le Coran).¤ Qu’avez-vous à ne pas manger de ce sur quoi le nom de Dieu a été prononcé ? Alors qu’Il vous a détaillé ce qu’Il vous a interdit, à moins que vous ne soyez contraints d’y recourir. Beaucoup de gens égarent, sans savoir, par leurs passions. C’est ton Seigneur qui connaît le mieux les transgresseurs.¤ Evitez le péché apparent ou caché, (car) ceux qui acquièrent le péché seront rétribués selon ce qu’ils auront commis.¤ Et ne mangez pas de ce sur quoi le nom de Dieu n’a pas été prononcé, car ce serait (assurément) une perversité. Les diables inspirent à leurs alliés de disputer avec vous. Si vous vous laissez convaincre par eux, vous deviendrez certes des associateurs. » (6/v 106 à 121)

V. Qu’en est-il du verset 5/4 ?

Dieu dit :

يَسْأَلُونَكَ مَاذَا أُحِلَّ لَهُمْ قُلْ أُحِلَّ لَكُمُ الطَّيِّبَاتُ وَمَا عَلَّمْتُم مِّنَ الْجَوَارِحِ مُكَلِّبِينَ تُعَلِّمُونَهُنَّ مِمَّا عَلَّمَكُمُ اللّهُ فَكُلُواْ مِمَّا أَمْسَكْنَ عَلَيْكُمْ وَاذْكُرُواْ اسْمَ اللّهِ عَلَيْهِ وَاتَّقُواْ اللّهَ إِنَّ اللّهَ سَرِيعُ الْحِسَابِ
« Ils t’ interrogent sur ce qui leur est permis. Dis : « Vous sont permises les bonnes – Ṭayyibât – (nourritures), ainsi que ce que capturent les carnassiers que vous avez dressés, en leur apprenant ce que Dieu vous a appris. Mangez donc de ce qu’elles capturent pour vous et rappelez (ou prononcez) dessus le nom de Dieu. Et craignez Dieu. Car Dieu est, certes, prompt dans les comptes. » 

Ce verset concernant ce que capturent les animaux dressés pour la chasse est une exception à la catégorie de la Maytah, car il est évident que la bête capturée est très probablement morte suite à cela. En revanche, il ne convient pas d’en déduire qu’il s’agit d’une exception à la prononciation du nom de Dieu avant d’abattre l’animal et ce, précisément car jamais Dieu n’impose cela comme nous l’avons démontré.

D’ailleurs, pourrions-nous même dire que ce verset est une preuve supplémentaire démontrant qu’il est suffisant/recommandé de prononcer le nom de Dieu avant de consommer la chair de l’animal et non qu’il est obligatoire de le prononcer absolument avant de l’abattre puisque dans le cas présent la bête ramenée par les animaux de chasse est morte.

A noter que le sens de la prononciation du nom de Dieu ici est justement à replacer dans ce contexte d’exception une règle coranique : celle interdisant de consommer la maytah. Il convient donc de se remémorer que cette exception est permise au nom de Dieu.

VI. Qu’en est-il du verset 6/138 ?

Le verset en question s’inscrit dans un passage plus vaste de la même sourate allant de 6/136 à 6/153 et évoquant les tabous des arabes avant l’islam et les inventions qu’ils attribuèrent à Dieu. Dans ce passage, nous apprenons alors que les Arabes de la période pré-islamique réservaient à Dieu un part de leurs récoltes et bestiaux et une autre part à leurs autres divinités (136), ils interdisaient à la consommation une partie de ce qui provient de leurs bestiaux et de leurs champs, s’interdisaient de monter certaines bêtes, de prononcer le nom de Dieu sur d’autres (138) et réservaient une autre partie aux hommes uniquement (139) en l’interdisant aux femmes.

Le verset 6/138 ne fait ainsi que mettre en avant une partie des forgeries des Mushrikûn envers Dieu. Ils rendaient des bêtes interdites alors que Dieu ne les interdisait pas et ils s’interdisaient de prononcer le nom de Dieu sur certaines d’entre elles ce qui ne correspond à aucune demande divine en la matière. En effet, que la prononciation du nom de Dieu ne soit pas obligatoire ne signifie pas qu’Il est interdit cela :

وَقَالُواْ هَذِهِ أَنْعَامٌ وَحَرْثٌ حِجْرٌ لاَّ يَطْعَمُهَا إِلاَّ مَن نّشَاء بِزَعْمِهِمْ وَأَنْعَامٌ حُرِّمَتْ ظُهُورُهَا وَأَنْعَامٌ لاَّ يَذْكُرُونَ اسْمَ اللّهِ عَلَيْهَا افْتِرَاء عَلَيْهِ سَيَجْزِيهِم بِمَا كَانُواْ يَفْتَرُونَ

« Ils disent : Voici des bêtes et des labours frappés d’interdiction. Ne s’en approchent que ceux que nous voulons. Telle est leur prétention ! Et des bêtes dont on a interdit la montée et d’autres animaux sur lesquels le nom de Dieu n’a pas été prononcé… Forgeries contre Lui ! Mais ils seront payés en retour pour tout ce qu’ils inventent. »

Il n’y a donc ici aucune indication quant à obligation à prononcer le nom de Dieu avant l’abattage pour que la viande soit licite. Ce n’est pas ce que dit le verset 6/138. Ce dernier cite des inventions/propos de polythéistes au sujet des animaux et qu’ils considéraient comme étant des tabous. Le Coran rejette les rejettent et critique le fait qu’ils se refusent/s’interdisent de prononcer le nom de Dieu sur une partie des bêtes, c’est-à-dire à les consacrer à Dieu, car s’interdire une telle chose est une invention, un mensonge envers Dieu.

Enfin, ce n’est pas parce que Dieu décrit ce que faisaient les Mushrikûn qu’il y a ici une obligation à prononcer systématiquement le nom de Dieu. Dieu décrit une situation, mais ne rend pas la mention de Son nom obligatoire avant tout abattage. Il faut distinguer ce que le texte dit de ce qu’on fait dire au texte bien souvent…

VII. Conclusion

Aucun verset du Noble Coran n’impose la mention du nom de Dieu avant d’abattre un animal pour que sa chair devienne licite à la consommation. Plus que cela, Dieu n’impose nullement que le tueur, celui qui abat l’animal, soit un musulman ou une personne des Gens du Livre (Ahl al Kitâb) absolument. Il permet d’ailleurs de façon explicite de manger de ce qui provient des Mushrikûn tant qu’ils n’ont pas consacré les bêtes en question à des idoles.

Or, c’est précisément l’inverse de tout cela qu’implique une lecture atomique du Coran. Il convient donc d’analyser le texte coranique comme un tout cohérent dans lequel les passages se lient et se complètent afin que le contexte et la portée des versets s’en dégagent et donnent leur plein sens.

Wallahu a’lam

Nous aborderons dans d’autres articles des thèmes très importants en lien avec cette question de la « viande halal » :

  • La question de l’éthique et du bien-être animal
  • La question de la trop grande important de la nourriture carnée à notre époque par rapport à celle du Prophète
  • La question de l’obligation d’abattre par égorgement
  • La question de la viande de la bête abattue par un non-musulman
  • La question de l’abattage par « étourdissement »

Rédaction LVDH

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