La femme musulmane peut-elle épouser un non-musulman ?

En d’autres termes, la femme musulmane peut-elle épouser une personne non-musulmane, à l’instar de celles appartenant aux Ahl al Kitâb (Gens du Livre) ?

Dieu dit en 5/5 :

وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ مِن قَبْلِكُمْ
« (Vous sont permises) […] les femmes vertueuses/libres (muhsanât) d’entre les gens qui ont reçu le Livre (al ladhîna ûtû al kitâb) avant vous »

I. L’un des principaux arguments des opposants

Les opposants au fait qu’une femme musulmane puissent épouser un non-musulmans affirment que dans ce verset 5/5 Dieu n’a permis qu’à l’homme d’épouser une femme vertueuse parmi les communautés ayant reçu le Kitâb, puisque la formulation du verset indique qu’il est permis d’épouser des femmes parmi les gens qui ont reçu le Kitâb et non qu’il est permis d’épouser les hommes. Ceci s’adresse donc, selon eux, aux hommes uniquement et il n’est pas permis aux femmes la même chose.

II. Réfutation

Comprendre le passage du verset 5/5 nécessite de l’analyser de façon inclusive, c’est-à-dire en l’insérant dans l’ensemble du texte coranique auquel il appartient. Il faut donc revenir au verset précédent pour comprendre le contexte du passage (verset 5/4-4) :

 

يَسْأَلُونَكَ مَاذَا أُحِلَّ لَهُمْ قُلْ أُحِلَّ لَكُمُ الطَّيِّبَاتُ وَمَا عَلَّمْتُم مِّنَ الْجَوَارِحِ مُكَلِّبِينَ تُعَلِّمُونَهُنَّ مِمَّا عَلَّمَكُمُ اللّهُ فَكُلُواْ مِمَّا أَمْسَكْنَ عَلَيْكُمْ وَاذْكُرُواْ اسْمَ اللّهِ عَلَيْهِ وَاتَّقُواْ اللّهَ إِنَّ اللّهَ سَرِيعُ الْحِسَابِ ¤الْيَوْمَ أُحِلَّ لَكُمُ الطَّيِّبَاتُ وَطَعَامُ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ حِلٌّ لَّكُمْ وَطَعَامُكُمْ حِلُّ لَّهُمْ وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الْمُؤْمِنَاتِ وَالْمُحْصَنَاتُ مِنَ الَّذِينَ أُوتُواْ الْكِتَابَ مِن قَبْلِكُمْ إِذَا آتَيْتُمُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ مُحْصِنِينَ غَيْرَ مُسَافِحِينَ وَلاَ مُتَّخِذِي أَخْدَانٍ وَمَن يَكْفُرْ بِالإِيمَانِ فَقَدْ حَبِطَ عَمَلُهُ وَهُوَ فِي الآخِرَةِ مِنَ الْخَاسِرِينَ
« Ils t’interrogent sur ce qui leur permis. Dis: « Vous sont permises les bonnes [nourritures] (Tayyibât), ainsi que ce que capturent les carnassiers que vous avez dressés, en leur apprenant ce que Dieu vous a appris. Mangez donc de ce qu’elles capturent pour vous et prononcez dessus le nom d’Allah. Et craignez Dieu. Car Dieu est, certes, prompt dans les comptes. ¤ « Vous sont permises, aujourd’hui, les bonnes [nourritures] (Tayyibât). Vous est permise la nourriture (Ta’âm) de ceux qui ont reçu le Livre (Kitâb), et votre propre nourriture (Ta’âm) leur est permise. [Vous sont permises] les femmes vertueuses/libres (Muhsanât) d’entre les croyantes, et les femmes vertueuses/libres d’entre les gens qui ont reçu le Kitâb avant vous, si vous leur donnez leur dot en hommes vertueux/libres, non en licencieux ni en preneurs d’amantes. Et quiconque abjure la foi, alors vaine devient son action, et il sera dans l’au-delà, du nombre des perdants. »

 

A. Remarques

Il convient ici de formuler deux remarques importantes :

1. La réciprocité est la règle en l’absence d’indication contraire. C’est-à-dire qu’il n’y a aucune raison d’interdire à la femme ce qui est permis ici à l’homme, à moins qu’une indication contraire soit spécifiée. Or, tel n’est pas le cas. En outre, cette règle trouve sa cohérence dans l’ensemble du texte coranique puisque si l’on applique le raisonnement des opposants, alors il faut affirmer que seuls les hommes sont concernés par la pratique des ablutions, celles du bain rituel ou encore celle du tayammum puisque le verset 5/6, dans sa formulation, s’adresse aux hommes en spécifiant par exemple que le tayammum est de rigueur quand l’homme a commercé avec sa femme. Or, il n’est pas précisé que la femme devra faire la même chose…

2. De même, le verset 4 indique qu’il s’agit en réalité de répondre à un groupe d’hommes venus interrogés le Prophète quant à ce qui leur était permis dans différents domaines. En effet, ce qui prouve qu’il s’agit d’un groupe d’hommes, et non de femmes, c’est justement la réponse donnée qui évoque la chasse (activité principalement masculine, surtout dans les sociétés très patriarcales) ou encore le fait qu’il soit indiqué que ces gens peuvent épouser des femmes. Ceci indique donc logiquement que ceux qui vinrent interroger le Messager (paix sur lui) furent des hommes. En conséquence, la réponse fut formulée en s’adressant à eux en premier lieu.

 

B. Critiques

En réalité, la réciprocité est évidente et implique donc que ce qui est permis ici aux hommes le soit également aux femmes. Le raisonnement de cela s’appuie sur deux options :

  • Soit on affirme logiquement que les femmes ont les mêmes droits que les hommes, sauf indication explicite contraire, ce qui n’est pas le cas ici. Ajoutons que la règle généralement admises et appuyée par le texte coranique est que la permission est le statut de base de chaque chose (notamment dans le domaine de mu’âmalât – interactions sociales), à moins qu’une preuve textuelle interdise ladite chose. En somme, pour interdire aux femmes ce que le verset permet aux hommes, il faudrait un texte interdisant explicitement cela aux femmes. Or, un tel texte n’existe pas, ce qui engendre que la permission soit la règle.

 

  • Soit on persiste en disant que le segment suivant n’est valable que pour les hommes et qu’il n’y a pas de réciprocité : « (Vous sont permises) […] les femmes vertueuses/libres d’entre les gens qui ont reçu le Livre avant vous ». En conséquence, selon cette lecture, il n’a pas été permis aux femmes musulmanes la même chose vis-à-vis des hommes vertueux/libres parmi les gens ayant reçu le Kitâb.

Mais alors il faut être cohérent avec ce raisonnement et ne pas sélectionner, sans aucune preuve, un segment coranique que l’on isole de son ensemble textuel pour lui appliquer un statut particulier, tout en affirmant que le reste du verset en revanche serait valable pour les femmes également. En effet, c’est l’ensemble de la réponse qui est dirigée vers le groupe d’hommes questionneurs et non ce seul segment, il n’y a donc pas lieu d’appliquer le principe de réciprocité à certains éléments et non d’autres.

En conséquence, ceux qui agissent malgré tout de la sorte devront être honnêtes et cohérents en interdisant également à la femme tout ce que ce verset autorise aux hommes :

  1. Les femmes auront interdiction de manger de la bonne nourriture.
  2. Elles auront interdiction de manger de ce que capturent les carnassiers ou animaux utilisés pour la chasse.
  3. Elle n’auront pas à prononcer le Nom de Dieu sur cela.
  4. Elles auront interdiction de manger la nourriture des Gens du Livre.
  5. Leurs nourritures ne sera pas permises aux Gens du Livre.
  6. Elles auront également l’interdiction d’épouser un homme vertueux/libres parmi les Gens ayant reçu le Livre.
  7. Et les femmes musulmanes auront enfin l’interdiction d’épouser des hommes vertueux/libres parmi les croyants.

Elles n’auront donc le droit qu’à la mauvaise nourriture ainsi que d’épouser les mauvais hommes parmi les musulmans ou bien des musulmans serviles !

En effet, si le fait de mentionner les hommes entraîne que cela soit spécifique à eux seuls, alors il faut appliquer ce raisonnement au moins sur tous les passages évoquant les hommes uniquement, et donc interdire aux femmes ce qui est permis ici aux hommes.

Evidemment, cela est d’une absurdité sans nom et une telle conclusion est insoutenable. La réciprocité est la règle ici comme ailleurs, sauf indication contraire explicite dans le texte coranique, d’autant qu’en l’absence d’interdiction la règle est la permission comme cela fut mentionné. La femme musulmane pourra donc, selon le Coran, épouser des hommes vertueux parmi les croyants et les gens ayant reçu le Kitâb auparavant. Si on s’oppose à cela, alors il faudra répondre aux remarques et aux critiques formulées ci-dessus.

En outre, il convient de préciser que le fait de savoir si les chrétiens trinitaires font partie de la catégorie des Gens ayant reçu le Kitâb peut se poser, mais ceci nécessite un autre développement qui a fait l’objet d’un article dédié (voir notre article).

Enfin, notons que le verset 2/221 interdit le mariage avec des mushrikûn (polythéistes) et que le verset 60/10 y fait en réalité référence :

¤يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِذَا جَاءكُمُ الْمُؤْمِنَاتُ مُهَاجِرَاتٍ فَامْتَحِنُوهُنَّ اللَّهُ أَعْلَمُ بِإِيمَانِهِنَّ فَإِنْ عَلِمْتُمُوهُنَّ مُؤْمِنَاتٍ فَلَا تَرْجِعُوهُنَّ إِلَى الْكُفَّارِ لا هُنَّ حِلٌّ لَّهُمْ وَلا هُمْ يَحِلُّونَ لَهُنَّ وَآتُوهُم مَّا أَنفَقُوا وَلا جُنَاحَ عَلَيْكُمْ أَن تَنكِحُوهُنَّ إِذَا آتَيْتُمُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ وَلا تُمْسِكُوا بِعِصَمِ الْكَوَافِرِ وَاسْأَلُوا مَا أَنفَقْتُمْ وَلْيَسْأَلُوا مَا أَنفَقُوا ذَلِكُمْ حُكْمُ اللَّهِ يَحْكُمُ بَيْنَكُمْ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ ¤

Traduction approchée :

« Ô vous qui avez cru ! Quand les croyantes viennent à vous en émigrées, éprouvez-les; Dieu connaît mieux leur foi; si vous constatez qu’elles sont croyantes, ne les renvoyez pas aux Kuffâr. Elles ne sont pas permises pour eux, et eux non plus ne sont pas permis pour elles, et rendez-leur ce qu’ils ont dépensé. Il ne vous sera fait aucun grief en vous mariant avec elles quand vous leur aurez donné leur ujûr (ajr, dotation de noces). Et ne gardez pas de ‘isam (sous protection) avec les Kawâfir. Réclamez ce que vous avez dépensé et qu’ils aussi réclament ce qu’ils ont dépensé. Tel est le Hukm de Dieu par lequel Il juge entre vous, et Allah est Omniscient et Sage. »

Pour comprendre le sens de ce verset, comme de bien d’autres, il convient de ne pas l’isoler, mais de prendre en compte l’ensemble textuel auquel il appartient. En effet, un texte n’a de sens que si tous les éléments qui le compose sont lus ensemble et non isolément pour leur faire dire ce qu’ils ne disent pas via le recours à une lecture fragmentaire.

Plusieurs remarques sont ici possibles :

1. Le contexte de ce verset donné par le Coran est explicite et met en avant les relations très difficiles de l’époque entre musulmans et polythéistes de la Mecque. Il suffit pour cela de revenir au début de la sourate et au verset 9 qui précède le verset 10 en question. Ici, on comprend donc parfaitement que le terme kuffâr désigne les mushrikûn.

2. Cela est d’ailleurs appuyé par le fait que le terme « kuffâr », utilisé avec ce pluriel cassé (et non avec le pluriel Kâfirûn), désigne dans la grande majorité des cas du texte coraniques les mushrikûn. Et cela sera encore davantage appuyé par l’utilisation du terme mushrikûn en 2/221 :

¤وَلاَ تَنكِحُواْ الْمُشْرِكَاتِ حَتَّى يُؤْمِنَّ وَلأَمَةٌ مُّؤْمِنَةٌ خَيْرٌ مِّن مُّشْرِكَةٍ وَلَوْ أَعْجَبَتْكُمْ وَلاَ تُنكِحُواْ الْمُشِرِكِينَ حَتَّى يُؤْمِنُواْ وَلَعَبْدٌ مُّؤْمِنٌ خَيْرٌ مِّن مُّشْرِكٍ وَلَوْ أَعْجَبَكُمْ أُوْلَئِكَ يَدْعُونَ إِلَى النَّارِ وَاللّهُ يَدْعُوَ إِلَى الْجَنَّةِ وَالْمَغْفِرَةِ بِإِذْنِهِ وَيُبَيِّنُ آيَاتِهِ لِلنَّاسِ لَعَلَّهُمْ يَتَذَكَّرُونَ ¤

“Et n’épousez pas les femmes associatives (codéificatrices) – mushrikât – tant qu’elles n’auront pas la foi, et certes, une esclave croyante vaut mieux qu’une associative (codéificatrice), même si elle vous enchante. Et ne donnez pas d’épouses aux associateurs (codéificateurs) – mushrikûn – tant qu’ils n’auront pas la foi, et certes, un esclave croyant vaut mieux qu’un associateur (codéificateur) même s’il vous enchante. Car ceux-là invitent au Feu; tandis que Dieu invite, de part Sa Grâce, au Paradis et au pardon. Et Il expose aux gens Ses enseignements afin qu’ils se souviennent!”

Ainsi, le terme “Kuffar” en 60/10 désigne exclusivement les mushrikûn.

3. En outre, le verset 10 fait référence à des femmes croyantes et mariées à des gens de la Mecque qui se sont exilées pour leur foi. Aussi, le verset répond qu’il ne faut pas les renvoyer auprès des Kuffâr, donc auprès des polythéistes de la Mecque, car « elles ne sont pas permises pour eux, et eux non plus ne sont pas permis pour elles ». Dieu ajoutera d’ailleurs, pour montrer qu’il s’agit bien de femmes déjà mariées, qu’il convient de rendre aux kuffâr en question la dot qu’ils ont donné pour justement les épouser.

Il s’agit donc de ne pas rendre à des mushrikûn, kuffâr, polythéistes de la Mecque, des femmes musulmanes qui ont fui pour leur foi. En aucun cas il s’agit de désigner par ce terme les chrétiens ou les juifs dans leur ensemble, à moins de dire que Dieu, dans le verset 5/5, permet aux hommes musulmans de se marier avec des mushrikât…

 

Conclusion

  1. Aucun verset coranique n’interdit à une femme musulmane d’épouser un homme juif ou chrétien.
  2. Les versets coraniques interdisent le mariage avec des polythéistes.
  3. Par voie d’incidence, on peut logiquement penser que le mariage avec des personnes athées, convaincues donc que Dieu n’existe pas et qu’il s’agit d’une supercherie, n’est pas permis. Le Coran traite en effet des cas existants dans l’Arabie du VIIe siècle, à savoir la présence de juifs, de chrétiens et de polythéistes. Ceci dit, les objectifs du mariage mis en avant dans le Coran impliquent logiquement de jouir d’une base commune et indispensable à l’accomplissement spirituel, à la sérénité dans le foyer et à l’éducation dans la foi  : la reconnaissance du divin. Ceci dit, la nécessité de mettre en place des lois visant la masse n’exclut pas des dérogations au cas par cas.

Wallahu a’lam

Rédaction LVDH

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