Sunna et manipulation du texte coranique (n°4) : « …enseigner le Kitâb et la Hikma… » ?

رَبَّنَا وَابْعَثْ فِيهِمْ رَسُولاً مِّنْهُمْ يَتْلُو عَلَيْهِمْ آيَاتِكَ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَيُزَكِّيهِمْ إِنَّكَ أَنتَ العَزِيزُ الحَكِيمُ 

Notre Seigneur ! Envoie l’un des leurs comme messager parmi eux, pour leur réciter Tes Signes (âyât), leur enseigner le Livre (al-kitâb) et la Sagesse (al-hikma), et les purifier. Car c’est Toi certes le Puissant, le Sage !

Il n’est pas rare d’entendre des gens expliquer que la ḥikma que Dieu évoque dans le Coran à plusieurs reprises, souvent de façon accolée à Son Livre (Kitâb), n’est autre que la Sunnah du Prophète Muḥammad (paix sur lui). Aussi, l’objet de cet article sera de déterminer ce qu’il en est réellement et de comprendre ce que le Coran nous dit. Pour cela, nous analyserons plusieurs versets coraniques, aborderons des points de langue arabe, chercherons à savoir s’il existe une pluralité d’avis au sein de la Ummah en la matière et mettrons en avant ce qui semble le plus cohérent eu égard à ce que nous dit Dieu dans Son Livre.

I. Quels sont les divers versets évoquant la ḥikma ?

 

  1. Verset 2/129 concernant l’invocation d’Abraham :

رَبَّنَا وَابْعَثْ فِيهِمْ رَسُولاً مِّنْهُمْ يَتْلُو عَلَيْهِمْ آيَاتِكَ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَيُزَكِّيهِمْ إِنَّكَ أَنتَ العَزِيزُ الحَكِيمُ

« Notre Seigneur ! Envoie l’un des leurs comme messager parmi eux, pour leur yatlû (communiquer) Tes âyât[1], leur enseigner le Kitâb et la Sagesse (al-ḥikma), et les purifier. Car c’est Toi certes le Puissant, le Sage ! »

  1. Verset 2/151 concernant l’envoi du Messager Muḥammad :

كَمَا أَرْسَلْنَا فِيكُمْ رَسُولاً مِّنكُمْ يَتْلُو عَلَيْكُمْ آيَاتِنَا وَيُزَكِّيكُمْ وَيُعَلِّمُكُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَيُعَلِّمُكُم مَّا لَمْ تَكُونُواْ تَعْلَمُونَ

« Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous yatlû (communique) Nos âyât, vous purifie, vous enseigne le Kitâb et la Sagesse (al-ḥikma) et vous enseigne ce que vous ne saviez pas. »

  1. Verset 2/231 :

وَاذْكُرُواْ نِعْمَتَ اللّهِ عَلَيْكُمْ وَمَا أَنزَلَ عَلَيْكُمْ مِّنَ الْكِتَابِ وَالْحِكْمَةِ يَعِظُكُم بِهِ وَاتَّقُواْ اللّهَ وَاعْلَمُواْ أَنَّ اللّهَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ

« Et rappelez-vous le bienfait de Dieu envers vous, ainsi que le Kitâb et la Sagesse (al-ḥikma) qu’Il vous a fait descendre, par lesquels Il vous exhorte. Et craignez Dieu, et sachez que Dieu est Omniscient. »

  1. Verset 2/251 concernant David :

فَهَزَمُوهُم بِإِذْنِ اللّهِ وَقَتَلَ دَاوُودُ جَالُوتَ وَآتَاهُ اللّهُ الْمُلْكَ وَالْحِكْمَةَ وَعَلَّمَهُ مِمَّا يَشَاء وَلَوْلاَ دَفْعُ اللّهِ النَّاسَ بَعْضَهُمْ بِبَعْضٍ لَّفَسَدَتِ الأَرْضُ وَلَكِنَّ اللّهَ ذُو فَضْلٍ عَلَى الْعَالَمِينَ

« Ils les mirent en déroute, par la grâce d’Allah. Et David tua Goliath; et Dieu lui donna la royauté et la sagesse (al-ḥikma), et lui enseigna ce qu’Il voulut. Et si Dieu ne neutralisait pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue. Mais Dieu est Détenteur de la Faveur pour les mondes. »

  1. Verset 2/269 concernant le fait que Dieu donne la Ḥikmah à qui Il veut, Prophète ou non :

يُؤتِي الْحِكْمَةَ مَن يَشَاء وَمَن يُؤْتَ الْحِكْمَةَ فَقَدْ أُوتِيَ خَيْرًا كَثِيرًا وَمَا يَذَّكَّرُ إِلاَّ أُوْلُواْ الأَلْبَابِ

« Il donne la sagesse (al-ḥikma) à qui Il veut. Et celui à qui la sagesse (al-ḥikma) est donnée, vraiment, c’est un bien immense qui lui est donné. Mais les doués d’intelligence seulement s’en souviennent. »

  1. Verset 3/48-49 concernant Jésus :

وَيُعَلِّمُهُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَالتَّوْرَاةَ وَالإِنجِيلَ ـ وَرَسُولاً إِلَى بَنِي إِسْرَائِيلَ

« Et (Dieu) lui enseignera l’écriture, la sagesse (al-ḥikma), la Thora et l’Évangile, ¤ et Il sera le messager aux enfants d’Israël […] »

  1. Verset 3/81 concernant les Prophètes :

وَإِذْ أَخَذَ اللّهُ مِيثَاقَ النَّبِيِّيْنَ لَمَا آتَيْتُكُم مِّن كِتَابٍ وَحِكْمَةٍ ثُمَّ جَاءكُمْ رَسُولٌ مُّصَدِّقٌ لِّمَا مَعَكُمْ لَتُؤْمِنُنَّ بِهِ وَلَتَنصُرُنَّهُ قَالَ أَأَقْرَرْتُمْ وَأَخَذْتُمْ عَلَى ذَلِكُمْ إِصْرِي قَالُواْ أَقْرَرْنَا قَالَ فَاشْهَدُواْ وَأَنَاْ مَعَكُم مِّنَ الشَّاهِدِينَ

« Et lorsque Dieu prit cet engagement des prophètes: « Chaque fois que Je vous accorderai un Kitâb et de la Sagesse (ḥikma), et qu’ensuite un messager vous viendra confirmer ce qui est avec vous, vous devez croire en lui, et vous devrez lui porter secours. » Il leur dit: « Consentez-vous et acceptez-vous Mon pacte à cette condition? » – « Nous consentons », dirent-ils. « Soyez-en donc témoins, dit Dieu. Et Me voici, avec vous, parmi les témoins. »

  1. Verset 3/164 concernant le fait que le Messager Muḥammad enseigne le Kitâb et la Ḥikmah :

لَقَدْ مَنَّ اللّهُ عَلَى الْمُؤمِنِينَ إِذْ بَعَثَ فِيهِمْ رَسُولاً مِّنْ أَنفُسِهِمْ يَتْلُو عَلَيْهِمْ آيَاتِهِ وَيُزَكِّيهِمْ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَإِن كَانُواْ مِن قَبْلُ لَفِي ضَلالٍ مُّبِينٍ

Dieu a très certainement fait une faveur aux croyants lorsqu’Il a envoyé chez eux un messager de parmi eux-mêmes, qui leur yatlû (communique) Ses âyât, les purifie et leur enseigne le Kitâb et la Sagesse (al-ḥikma), bien qu’ils fussent auparavant dans un égarement évident.

  1. Verset 4/54 Concernant Abraham et sa famille :

أَمْ يَحْسُدُونَ النَّاسَ عَلَى مَا آتَاهُمُ اللّهُ مِن فَضْلِهِ فَقَدْ آتَيْنَآ آلَ إِبْرَاهِيمَ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَآتَيْنَاهُم مُّلْكًا عَظِيمًا

Envient-ils aux gens ce que Dieu leur a donné de par Sa grâce? Or, Nous avons donné à la famille d’Abraham le Kitâb et la Sagesse (al-ḥikma); et Nous leur avons donné un immense royaume.

  • Verset 4/113 :

وَلَوْلاَ فَضْلُ اللّهِ عَلَيْكَ وَرَحْمَتُهُ لَهَمَّت طَّآئِفَةٌ مُّنْهُمْ أَن يُضِلُّوكَ وَمَا يُضِلُّونَ إِلاُّ أَنفُسَهُمْ وَمَا يَضُرُّونَكَ مِن شَيْءٍ وَأَنزَلَ اللّهُ عَلَيْكَ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَعَلَّمَكَ مَا لَمْ تَكُنْ تَعْلَمُ وَكَانَ فَضْلُ اللّهِ عَلَيْكَ عَظِيمًا

Et n’eût été la grâce de Dieu sur toi (Muhammad) et Sa miséricorde, une partie d’entre eux t’aurait bien volontiers égaré. Mais ils n’égarent qu’eux-mêmes, et ne peuvent en rien te nuire. Dieu a fait descendre sur toi le Kitâb et la Sagesse (al-ḥikma), et t’a enseigné ce que tu ne savais pas. Et la grâce de Dieu sur toi est immense.

  • Verset 5/110 concernant Jésus :

إِذْ قَالَ اللّهُ يَا عِيسى ابْنَ مَرْيَمَ اذْكُرْ نِعْمَتِي عَلَيْكَ وَعَلَى وَالِدَتِكَ إِذْ أَيَّدتُّكَ بِرُوحِ الْقُدُسِ تُكَلِّمُ النَّاسَ فِي الْمَهْدِ وَكَهْلاً وَإِذْ عَلَّمْتُكَ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَالتَّوْرَاةَ وَالإِنجِيلَ وَإِذْ تَخْلُقُ مِنَ الطِّينِ كَهَيْئَةِ الطَّيْرِ بِإِذْنِي فَتَنفُخُ فِيهَا فَتَكُونُ طَيْرًا بِإِذْنِي وَتُبْرِئُ الأَكْمَهَ وَالأَبْرَصَ بِإِذْنِي وَإِذْ تُخْرِجُ الْمَوتَى بِإِذْنِي وَإِذْ كَفَفْتُ بَنِي إِسْرَائِيلَ عَنكَ إِذْ جِئْتَهُمْ بِالْبَيِّنَاتِ فَقَالَ الَّذِينَ كَفَرُواْ مِنْهُمْ إِنْ هَذَا إِلاَّ سِحْرٌ مُّبِينٌ

Et quand Dieu dira: « O Jésus, fils de Marie, rappelle-toi Mon bienfait sur toi et sur ta mère quand Je te fortifiais du Saint-Esprit. Au berceau tu parlais aux gens, tout comme en ton âge mûr. Je t’enseignais le Kitâb, la Sagesse (al-ḥikma), la Thora et l’évangile! Tu fabriquais de l’argile comme une forme d’oiseau par Ma permission; puis tu soufflais dedans. Alors par Ma permission, elle devenait oiseau. Et tu guérissais par Ma permission, l’aveugle-né et le lépreux. Et par Ma permission, tu faisais revivre les morts. Je te protégeais contre les Enfants d’Israël pendant que tu leur apportais les preuves. Mais ceux d’entre eux qui ne croyaient pas dirent: « Ceci n’est que de la magie évidente ».

  • Verset 16/125 :

ادْعُ إِلِى سَبِيلِ رَبِّكَ بِالْحِكْمَةِ وَالْمَوْعِظَةِ الْحَسَنَةِ وَجَادِلْهُم بِالَّتِي هِيَ أَحْسَنُ إِنَّ رَبَّكَ هُوَ أَعْلَمُ بِمَن ضَلَّ عَن سَبِيلِهِ وَهُوَ أَعْلَمُ بِالْمُهْتَدِينَ

Par la sagesse (al-ḥikma) et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon. Car c’est ton Seigneur qui connaît le mieux celui qui s’égare de Son sentier et c’est Lui qui connaît le mieux ceux qui sont bien guidés.

  • Verset 17/39 concernant ce que le Messager Muḥammad reçu de la Ḥikmah par révélation :

ذَلِكَ مِمَّا أَوْحَى إِلَيْكَ رَبُّكَ مِنَ الْحِكْمَةِ وَلاَ تَجْعَلْ مَعَ اللّهِ إِلَهًا آخَرَ فَتُلْقَى فِي جَهَنَّمَ مَلُومًا مَّدْحُورًا

Tout cela fait partie de ce que ton Seigneur t’a révélé de la Sagesse (al-ḥikma). N’assigne donc pas à Dieu d’autre divinité, sinon tu seras jeté dans l’Enfer, blâmé et repoussé.

  • Verset 31/12 concernant Luqman :

وَلَقَدْ آتَيْنَا لُقْمَانَ الْحِكْمَةَ أَنِ اشْكُرْ لِلَّهِ وَمَن يَشْكُرْ فَإِنَّمَا يَشْكُرُ لِنَفْسِهِ وَمَن كَفَرَ فَإِنَّ اللَّهَ غَنِيٌّ حَمِيدٌ

Nous avons effectivement donné à Luqman la sagesse (al-ḥikma) : « Sois reconnaissant à Dieu, car quiconque est reconnaissant, n’est reconnaissant que pour soi-même; quant à celui qui est ingrat…, En vérité, Dieu se dispense de tout, et Il est digne de louange ».

  • Verset 33/34 concernant les épouses du Prophète :

وَاذْكُرْنَ مَا يُتْلَى فِي بُيُوتِكُنَّ مِنْ آيَاتِ اللَّهِ وَالْحِكْمَةِ إِنَّ اللَّهَ كَانَ لَطِيفًا خَبِيرًا

Et rappelez-vous (Dhkurnâ) ce qui, dans vos foyers, est Yutlâ (communiqué) des Âyât de Dieu et de la sagesse (al-ḥikma). Allah est Doux et Parfaitement Connaisseur.

  • Verset 38/20 concernant David (Dâwûd) :

وَشَدَدْنَا مُلْكَهُ وَآتَيْنَاهُ الْحِكْمَةَ وَفَصْلَ الْخِطَابِ

« Et Nous renforçâmes son royaume et lui donnâmes les sagesse (al-ḥikma) et la faculté de bien juger. »

  • Verset 43/63 concernant Jésus :

¤وَلَمَّا جَاء عِيسَى بِالْبَيِّنَاتِ قَالَ قَدْ جِئْتُكُم بِالْحِكْمَةِ وَلِأُبَيِّنَ لَكُم بَعْضَ الَّذِي تَخْتَلِفُونَ فِيهِ فَاتَّقُوا اللَّهَ وَأَطِيعُونِ ¤

« Et quand Jésus apporta les preuves, il dit: « Je suis venu à vous avec la sagesse (al-ḥikma) et pour vous expliquer certains de vos sujets de désaccord. Craignez Dieu donc et obéissez-moi. »

  • Verset 54/4-5 :

وَلَقَدْ جَاءهُم مِّنَ الْأَنبَاء مَا فِيهِ مُزْدَجَرٌ ـ حِكْمَةٌ بَالِغَةٌ فَمَا تُغْنِ النُّذُرُ

« Ils ont pourtant reçu comme nouvelles de quoi les empêcher (du mal); ¤[Cela est] une sagesse (ḥikma) parfaite. Mais les avertissements ne [leur] servent à rien »

  • Verset 62/2 concernant le fait que le Messager Muḥammad enseigne le Kitâb et la Ḥikmah :

هُوَ الَّذِي بَعَثَ فِي الْأُمِّيِّينَ رَسُولًا مِّنْهُمْ يَتْلُو عَلَيْهِمْ آيَاتِهِ وَيُزَكِّيهِمْ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَإِن كَانُوا مِن قَبْلُ لَفِي ضَلَالٍ مُّبِينٍ

« C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Kitâb (les Arabes) un Messager des leurs qui leur Yatlû (communique) Ses âyât, les purifie et leur enseigne le Kitâb et la Sagesse (al-ḥikma), bien qu’ils étaient auparavant dans un égarement évident, »

Remarques :

  • Le terme « ḥikma » est cité à 19 reprises dans le Coran : 17 fois avec l’article défini « Alif-Lam » et deux fois sans.
  • Sur les 19 occurrences de ce terme, certaines s’adressent au Prophète Muḥammad (paix sur lui) et d’autres font référence à diverses personnes et circonstances.
  • Les 19 occurrences témoignent que la ḥikma n’est pas spécifique au Prophète, mais qu’elle fut accordée à plusieurs personnes, Prophète ou non.

 

II. Les termes « kitâb »,« hikma » et « âyât » dans le Coran ?

 

Le kitâb : Ce terme désigne « l’Écriture » (parfois traduit par « Livre », ce qui dénature sensiblement le sens de ce terme). Il fait effectivement référence à l’acte d’écrire mais, plus que cela, à l’Écriture qui se trouve auprès de Dieu et qui fait partie de Umm al Kitâb (Matrice ou Archétype du l’Écriture). A ce titre, umm al-Kitâb représente le Prototype de toute Écriture de Dieu et une potentialité infinie de sens en Dieu (cf. 43/4 et 13/39) qui se trouve auprès de Lui. Le Coran est donc un Kitâb puisqu’il est une partie de cette Matrice (Umm) immuable représentant l’ensemble des révélations reçues par divers réceptionnaires (43/2 à 4) :

وَالْكِتَابِ الْمُبِينِ ـ إِنَّا جَعَلْنَاهُ قُرْآنًا عَرَبِيًّا لَّعَلَّكُمْ تَعْقِلُونَ – وَإِنَّهُ فِي أُمِّ الْكِتَابِ لَدَيْنَا لَعَلِيٌّ حَكِيمٌ

« Par le kitâb (l’Écriture) explicite ! ¤ Nous en avons fait un qur`ân arabe afin que vous raisonniez. ¤ Il est auprès de Nous, dans umm al-kitâb (Matrice de l’Écriture), sublime et rempli de sagesse. »

D’ailleurs, à l’instar du Coran, les autres kitâb révélés sont également désignés comme une partie de umm al-kitâb dont l’origine est divine comme Dieu l’affirme en 4/44, 4/51 ou encore ci-contre en 3/23 en parlant de « niṣâb min al-kitâb » :

أَلَمْ تَرَ إِلَى الَّذِينَ أُوْتُواْ نَصِيبًا مِّنَ الْكِتَابِ يُدْعَوْنَ إِلَى كِتَابِ اللّهِ لِيَحْكُمَ بَيْنَهُمْ ثُمَّ يَتَوَلَّى فَرِيقٌ مِّنْهُمْ وَهُم مُّعْرِضُونَ

« N’as-tu pas eu la vision de ceux à qui une part de l’Écriture (niṣâb min al-kitâb), et qui sont maintenant invités au kitâb de Dieu pour trancher leurs différends; comment un groupe des leurs tourne le dos et s’esquive ? »

D’ailleurs, c’est également en ce sens que s’explique l’expression coranique de « ahl al-Kitâb » (Gens de l’Écriture) puisque concrètement les Juifs ou encore les Chrétiens n’ont pas reçu le même Livre que les Musulmans, mais tous proviennent originellement de Umm al Kitâb (Matrice ou Archétype de l’Écriture) qui se situe auprès de Dieu.

La ḥikma : Le principe avec un kitâb présenté par Dieu Lui-même comme cohérent, explicite et sans ambiguïté est d’affirmer que lorsque Dieu utilise le même mot en divers endroit du texte coranique, c’est qu’il désigne alors la même chose à chaque fois et ce, à moins qu’un indice textuel clair nous permette d’infirmer cela. C’est donc à ceux qui prétendent sans aucune preuve explicite que les différentes occurrences du terme « Ḥikmah » ne désignent pas la même chose de le démontrer clairement. Quant à nous, nous ne voyons aucunement la raison pour laquelle il faudrait traduire de façon différente le terme « ḥikma », surtout quand cela est destiné à arranger telle ou telle idéologie, alors qu’il désigne de façon générale la sagesse, ce vocable étant doté d’une vaste potentialité de significations.

Les âyât : Il en est de même pour le terme « âyât », tantôt traduit par « versets », tantôt par « miracles » et ce, dépendamment des idées préconçues que l’on veut mettre en exergue. Or, la traduction de « âyât » par « Signes », comme le préconise d’ailleurs Maurice Gloton, nous semble plus pertinente étant donné les différentes occurrences de ce terme dans le Coran et la richesse de sens qu’il implique. Ainsi, un verset coranique, un miracle, un fait merveilleux, un argument ou encore une leçon peuvent constituer des Signes de Dieu pour Ses créatures. C’est ainsi que le terme « âyah » peut indiquer linguistiquement divers sens : la ‘alâmah (signe), la ‘ibrah (leçon), la ‘ajaybah (fait extraordinaire), le burhân (preuve, argument) ou encore la mu’jizah (miracle).

 

III. Comment le Coran explique le terme « ḥikma » ?

 

Coraniquement, le Livre de Dieu nous répond lui-même et il apparaît alors clairement que la Ḥikmah est contenue en grande partie dans le Coran. Nous expliquerons ci-après cela et nous appuierons nos propos par le commentaire de plusieurs versets qu’en ont fait certains linguistes. Concernant la ḥikma, le Coran nous répond qu’il ne peut nullement s’agir de la Sunnah du Prophète Muḥammad (paix sur lui) spécifiquement et ce, pour les raisons suivantes :

  1. Abraham invoque Dieu pour qu’Il envoie un Messager qui enseigne le kitâb et la ḥikma

Dieu nous dit que d’autres Prophètes ont reçu la ḥikma, à l’instar de Jésus, Abraham ou David. Or, il est évident qu’il n’ont pas pu recevoir la Sunnah du Prophète Muḥammad. D’ailleurs, le verset 2/129 évoquant l’invocation que firent Abraham et son fils Ismaël concernant leur descendance et les Arabes témoigne qu’il ne peut s’agir spécifiquement de la Sunnah de Muḥammad :

رَبَّنَا وَابْعَثْ فِيهِمْ رَسُولاً مِّنْهُمْ يَتْلُو عَلَيْهِمْ آيَاتِكَ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَيُزَكِّيهِمْ إِنَّكَ أَنتَ العَزِيزُ الحَكِيمُ

« Notre Seigneur ! Envoie l’un des leurs comme messager parmi eux, pour leur yatlû (communiquer) Tes âyât, leur enseigner le kitâb et la Sagesse (al-ḥikma), et les purifier. Car c’est Toi certes le Puissant, le Sage ! »

Or, comment Abraham et son fils (paix sur eux) peuvent-ils, en leur temps, demander que Dieu envoie un Messager qui enseigne le Coran et la Sunnah de Muḥammad spécifiquement ?! Ceci n’a aucun sens.

   2.  D’autres Prophètes que Muḥammad ont reçu la ḥikma

وَإِذْ أَخَذَ اللّهُ مِيثَاقَ النَّبِيِّيْنَ لَمَا آتَيْتُكُم مِّن كِتَابٍ وَحِكْمَةٍ ثُمَّ جَاءكُمْ رَسُولٌ مُّصَدِّقٌ لِّمَا مَعَكُمْ لَتُؤْمِنُنَّ بِهِ وَلَتَنصُرُنَّهُ قَالَ أَأَقْرَرْتُمْ وَأَخَذْتُمْ عَلَى ذَلِكُمْ إِصْرِي قَالُواْ أَقْرَرْنَا قَالَ فَاشْهَدُواْ وَأَنَاْ مَعَكُم مِّنَ الشَّاهِدِينَ

« Et lorsque Dieu prit cet engagement des prophètes: « Chaque fois que Je vous accorderai un kitâb et une Sagesse (ḥikma), et qu’ensuite un messager vous viendra confirmer ce qui est avec vous, vous devez croire en lui, et vous devrez lui porter secours. » Il leur dit: « Consentez-vous et acceptez-vous Mon pacte à cette condition? » – « Nous consentons », dirent-ils. « Soyez-en donc témoins, dit Dieu. Et Me voici, avec vous, parmi les témoins. »

Devrait-on comprendre que l’ensemble des Prophètes (paix sur eux) ont reçu la sunna de Muḥammad ? Evidemment que non.

  1. La ḥikma peut être accordée à tout le monde, Prophète ou non

Dieu dit que la ḥikma peut être donnée à tout le monde (2/269), Prophète ou non. :

يُؤتِي الْحِكْمَةَ مَن يَشَاء وَمَن يُؤْتَ الْحِكْمَةَ فَقَدْ أُوتِيَ خَيْرًا كَثِيرًا وَمَا يَذَّكَّرُ إِلاَّ أُوْلُواْ الأَلْبَابِ

« Il donne la sagesse (al-ḥikma) à qui Il veut. Et celui à qui la sagesse (al-ḥikma) est donnée, vraiment, c’est un bien immense qui lui est donné. Mais les doués d’intelligence seulement s’en souviennent. »

Or, comment une autre personne que Muḥammad, Prophète ou non, pourrait-elle recevoir la Sunnah de Muḥammad ? Tous ceux qui ont vécu avant lui et qui ont reçu la ḥikma ont-ils reçu sa sunna ? Cela n’a, encore une fois, aucun sens.

  1. Le kitâb et la ḥikma font référence à la même chose

Linguistiquement, affirmer que le kitâb et la ḥikma sont strictement différents pose quelques problèmes. En effet, il semble plutôt cohérent de dire que la ḥikma fait partie intégrante du kitâb de Dieu. Dans le verset 2/231 Dieu dit :

وَاذْكُرُواْ نِعْمَتَ اللّهِ عَلَيْكُمْ وَمَا أَنزَلَ عَلَيْكُمْ مِّنَ الْكِتَابِ وَالْحِكْمَةِ يَعِظُكُم بِهِ وَاتَّقُواْ اللّهَ وَاعْلَمُواْ أَنَّ اللّهَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ

Ce passage est classiquement traduit comme suit :

« Et rappelez-vous le bienfait de Dieu envers vous, ainsi que le Livre et la Sagesse qu’Il vous a fait descendre, par LESQUELS Il vous exhorte. Et craignez Dieu, et sachez que Dieu est Omniscient. »

Or, en arabe il est dit « wa mâ anzalna ‘alaykum min al-kitâb wal-ḥikma ya’izukum bihi » c’est-à-dire « lequel » et non « lesquels ». S’il s’agissait de deux choses différentes, Dieu aurait certainement dit « bihimâ », mais Il a dit « bihi ». D’ailleurs, même s’il peut y avoir divergence grammaticale sur ce point, nous pouvons dire que le Ḍamîr (pronom) « hi » présent dans le verset cité, fait référence à une règle linguistique stipulant que le Ḍamîr peut renvoyer à l’élément mentionné le plus proche dans la phrase, il peut donc parfaitement s’agir de l’ensemble « al-kitâb wal-ḥikma » qui formerait un tout unique :

الضمير يرجع إلى أقرب المذكور

« Le pronom renvoie à l’élément mentionné la plus proche ».

En outre, même si l’on considère que le Ḍamîr renvoie à « mâ anzala » (« ce que nous avons fait descendre »), cela implique donc la référence à l’ensemble « le kitâb et la ḥikma » puisque ce sont eux deux qui furent descendus (via le Coran). Ajoutons d’ailleurs que Dieu qualifie Lui-même le Coran d’al-Ḥâkim, plein de sagesse (voir 36/2, 31/2, 10/1).

De même, une autre question se pose : doit-on nécessairement opérer la distinction (mughayyarah) lorsque la particule « wa » sépare deux mots comme dans les versets où Dieu dit « al-kitâb wa al-ḥikma » ?

Il existe en réalité deux sortes de mughayyrah :

  • La mughayyarah fî adh-dhât: il s’agit de la distinction dans l’essence même de la chose comme lorsque l’on évoque « un livre et un stylo ». On sait ici que le stylo est différent, dans sa constitution, du livre. Il en est de même lorsque l’on cite deux personnes différentes en disant : « Zayd et ‘Umar sont entrés ». Il est clair ici que Zayd et ‘Umar ne sont pas deux mêmes individus. Le ‘aṭf (conjonction de coordination) « wa » présent dans ces exemples impliquent la distinction (mughayyarah) entre le ma’ṭûf (coordonné) et ma’ṭûf ‘alayhi (second coordonné), les deux ayant leur propre essence, constitution et réalité.

Ainsi, coraniquement, le verset 25/59 nous dit ce qui suit :

الَّذِي خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ وَمَا بَيْنَهُمَا فِي سِتَّةِ أَيَّامٍ ثُمَّ اسْتَوَى عَلَى الْعَرْشِ الرَّحْمَنُ فَاسْأَلْ بِهِ خَبِيرًا

« C’est Lui qui, en six jours, a créé les cieux et (wa) la terre et (wa) tout ce qui existe entre eux (baynahumâ), et le Tout Miséricordieux S’est établi (istawâ) ensuite sur le Trône. Interroge donc qui est bien informé de Lui. »

Ici, le verset distingue par la particule « wa » les cieux et la terre qui sont, évidemment, deux entités distinctes. Cela est d’ailleurs appuyé par l’accord du pronom « humâ » au duel impliquant la séparation par l’essence entre les deux éléments. A ce titre, rappelons que dans le verset précédent, Dieu a utilisé le pronom « hi » et non le pronom « himâ » pour séparer le kitâb et la ḥikma, comme pour indiquer qu’il s’agissait d’une seule entité spécifiée par deux caractéristiques différentes.

  • La mughayyarah fî as-sifât[2]: il s’agit de la distinction dans la description, c’est-à-dire que le premier et le second coordonnés indiquent un seul élément, bien qu’il y ait une différence entre les caractéristiques mises en avant. Par exemple, on peut donner un livre à une personne en lui disant : « Voici la sagesse et le savoir. » Cela ne signifie pas que la personne a reçu deux choses différentes, mais que le livre qu’on lui donne contient ces deux éléments : le savoir et la sagesse.

 

Ainsi, le verset 27/1 nous dit la chose suivante :

طس تِلْكَ آيَاتُ الْقُرْآنِ وَكِتَابٍ مُّبِينٍ

« Ta, Sin. Voici les âyât du qur`ân et (wa) un kitâb explicite »

Ici, nous avons affaire à l’utilisation de la particule « wa » qui sépare les « âyât du qur`ân » et le « kitâb explicite ». Le Coran est appelé « qur`ân » car il est désormais lu. De même, on l’a appelé « kitâb Mubîn » (livre explicite) car il fut mis par écrit et permet d’identifier toute chose. La réalité du Muṣḥaf en tant que Qur`ân n’implique pas la même chose que sa réalité en tant que Kitâb, puisque l’une implique sa lecture et l’autre son écriture. Toutefois, bien que les deux supposent des caractéristiques et un aspect différents, elles indiquent et englobent la même entité : la révélation divine. De même, le verset 15/1 vient confirmer la désignation de cette même entité puisque désormais on parle de « âyât du kitâb » et de « qur’ân explicite », ces mêmes entités (dhawât) aux qualificatifs (sifât) distincts indiquent le même élément (la révélation divine) :

الَرَ تِلْكَ آيَاتُ الْكِتَابِ وَقُرْآنٍ مُّبِينٍ

« Alif, Lam, Ra. Voici les âyât du kitâb et (wa) un qur`ân explicite. »

A ce titre, précisons que âyât al-kitâb et âyât al-qur`ân représentent à la fois la guidée et la loi, objet de la révélation.

De même, citons encore le passage suivant 22/52 :

وَمَا أَرْسَلْنَا مِن قَبْلِكَ مِن رَّسُولٍ وَلَا نَبِيٍّ

«Nous n’avons envoyé, avant toi, ni Messager (rasûl) ni Prophète (nabî) [qui n’ai récité…]»

Ici, le rasûl (Messager) et le nabî (Prophète) peuvent se rassembler en une seule et même personne puisque un même individu peut bénéficier des deux statuts. La conjonction « wa » distingue donc deux qualificatifs (sifât) en ce sens que le statut de la prophétie (nubuwwah) n’est pas comme le statut de la risâlah, mais pour autant les deux peuvent se retrouver en une personne, à l’instar de Muḥammad qui était Prophète et Messager. On peut donc avoir, via ces deux qualificatifs, deux personnes différentes dans l’essence (Dhât) ou bien la même personne désignées par deux qualificatifs (Ṣifât) différents.[3]

Encore, Dieu évoque que Mûsâ a reçu le kitâb et le furqân (2/53) :

وَإِذْ آتَيْنَا مُوسَى الْكِتَابَ وَالْفُرْقَانَ لَعَلَّكُمْ تَهْتَدُونَ

« Lors, Nous avons donné à Moïse le kitâb et (wa) le furqân afin que vous soyez guidés. »

Or, il est évident ici que la révélation faites à Moïse est à la fois un kitâb et un furqân (critère, discernement). Le « wa » ne sépare donc pas deux entités distinctes, mais deux caractéristiques d’une même entité : la révélation faite à Moïse qui est issue du kitâb et qui est le Furqân puisqu’elle permet notamment de distinguer le vrai du faux.

A ce titre, Dieu précise que le Messager Muḥammad a reçu également le furqân (25/1), qui n’est autre que le Coran :

تَبَارَكَ الَّذِي نَزَّلَ الْفُرْقَانَ عَلَى عَبْدِهِ لِيَكُونَ لِلْعَالَمِينَ نَذِيرًا

« Qu’on exalte la Bénédiction de Celui qui a fait descendre le furqân (Critère, Discernement) sur Son serviteur, afin qu’il soit un avertisseur à l’univers. »

Le Coran précisera d’ailleurs que le mois de Ramaḍân fut celui au cours duquel le Coran fut révélé (2/185) :

شَهْرُ رَمَضَانَ الَّذِيَ أُنزِلَ فِيهِ الْقُرْآنُ هُدًى لِّلنَّاسِ وَبَيِّنَاتٍ مِّنَ الْهُدَى وَالْفُرْقَانِ
« Le mois de ramaḍân est celui au cours duquel le qur`ân a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la hudâ (bonne direction) et du furqân (discernement) […] »

  • De même, le « wa » peut indiquer non pas la Mughayyrah (distinction), mais la Mumâthalah (similitude) en ce sens que cette particule peut coordonner une chose générale et l’un de ses éléments plus spécifique ou une particularité avec une chose plus globale.

Ainsi, concernant les différents versets évoquant l’ensemble « al-kitâb wal-ḥikma », la particule « wa » séparant les deux termes peut parfaitement distinguer deux éléments dans leur sifât, mais désignant la même chose, ou, et cela est également cohérent, une chose générale (le kitâb) avec une de ses caractéristiques (la ḥikma). Ainsi, le Coran se trouve être al Kitâb, une partie de umm al-kitâb, al-furqân, al-ḥikma, adh-Dhikr, etc.

  1. Le Coran explique qu’une partie de la ḥikma se trouve en son sein

Ce qui précède est appuyé par le passage 17/22 à 39 expliquant ce qu’est la ḥikma. Dans ce passage, Dieu ordonne de n’adorer que Lui, d’honorer les parents, de donner l’aumône aux proches parents, aux nécessiteux, aux pauvres, aux voyageurs, sans être gaspilleur ou avare, de ne pas tuer les enfants par peur de la pauvreté, de ne pas commettre l’adultère, de ne pas abuser de l’argent des orphelins, de tenir les engagements, de commercer de manière juste et équitable ou encore de vérifier toute chose avant de le suivre aveuglément et ne pas agir en vain :

لاَّ تَجْعَل مَعَ اللّهِ إِلَهًا آخَرَ فَتَقْعُدَ مَذْمُومًا مَّخْذُولاً ¤وَقَضَى رَبُّكَ أَلاَّ تَعْبُدُواْ إِلاَّ إِيَّاهُ وَبِالْوَالِدَيْنِ إِحْسَانًا إِمَّا يَبْلُغَنَّ عِندَكَ الْكِبَرَ أَحَدُهُمَا أَوْ كِلاَهُمَا فَلاَ تَقُل لَّهُمَآ أُفٍّ وَلاَ تَنْهَرْهُمَا وَقُل لَّهُمَا قَوْلاً كَرِيمًا ¤وَاخْفِضْ لَهُمَا جَنَاحَ الذُّلِّ مِنَ الرَّحْمَةِ وَقُل رَّبِّ ارْحَمْهُمَا كَمَا رَبَّيَانِي صَغِيرًا ¤رَّبُّكُمْ أَعْلَمُ بِمَا فِي نُفُوسِكُمْ إِن تَكُونُواْ صَالِحِينَ فَإِنَّهُ كَانَ لِلأَوَّابِينَ غَفُورًا ¤وَآتِ ذَا الْقُرْبَى حَقَّهُ وَالْمِسْكِينَ وَابْنَ السَّبِيلِ وَلاَ تُبَذِّرْ تَبْذِيرًا ¤إِنَّ الْمُبَذِّرِينَ كَانُواْ إِخْوَانَ الشَّيَاطِينِ وَكَانَ الشَّيْطَانُ لِرَبِّهِ كَفُورًا ¤وَإِمَّا تُعْرِضَنَّ عَنْهُمُ ابْتِغَاء رَحْمَةٍ مِّن رَّبِّكَ تَرْجُوهَا فَقُل لَّهُمْ قَوْلاً مَّيْسُورًا ¤وَلاَ تَجْعَلْ يَدَكَ مَغْلُولَةً إِلَى عُنُقِكَ وَلاَ تَبْسُطْهَا كُلَّ الْبَسْطِ فَتَقْعُدَ مَلُومًا مَّحْسُورًا ¤إِنَّ رَبَّكَ يَبْسُطُ الرِّزْقَ لِمَن يَشَاء وَيَقْدِرُ إِنَّهُ كَانَ بِعِبَادِهِ خَبِيرًا بَصِيرًا ¤وَلاَ تَقْتُلُواْ أَوْلادَكُمْ خَشْيَةَ إِمْلاقٍ نَّحْنُ نَرْزُقُهُمْ وَإِيَّاكُم إنَّ قَتْلَهُمْ كَانَ خِطْءًا كَبِيرًا ¤وَلاَ تَقْرَبُواْ الزِّنَى إِنَّهُ كَانَ فَاحِشَةً وَسَاء سَبِيلاً ¤وَلاَ تَقْتُلُواْ النَّفْسَ الَّتِي حَرَّمَ اللّهُ إِلاَّ بِالحَقِّ وَمَن قُتِلَ مَظْلُومًا فَقَدْ جَعَلْنَا لِوَلِيِّهِ سُلْطَانًا فَلاَ يُسْرِف فِّي الْقَتْلِ إِنَّهُ كَانَ مَنْصُورًا ¤وَلاَ تَقْرَبُواْ مَالَ الْيَتِيمِ إِلاَّ بِالَّتِي هِيَ أَحْسَنُ حَتَّى يَبْلُغَ أَشُدَّهُ وَأَوْفُواْ بِالْعَهْدِ إِنَّ الْعَهْدَ كَانَ مَسْؤُولاً ¤وَأَوْفُوا الْكَيْلَ إِذا كِلْتُمْ وَزِنُواْ بِالقِسْطَاسِ الْمُسْتَقِيمِ ذَلِكَ خَيْرٌ وَأَحْسَنُ تَأْوِيلاً ¤وَلاَ تَقْفُ مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ إِنَّ السَّمْعَ وَالْبَصَرَ وَالْفُؤَادَ كُلُّ أُولئِكَ كَانَ عَنْهُ مَسْؤُولاً ¤وَلاَ تَمْشِ فِي الأَرْضِ مَرَحًا إِنَّكَ لَن تَخْرِقَ الأَرْضَ وَلَن تَبْلُغَ الْجِبَالَ طُولاً ¤كُلُّ ذَلِكَ كَانَ سَيٍّئُهُ عِنْدَ رَبِّكَ مَكْرُوهًا

« N’assigne point à Dieu d’autre divinité; sinon tu te trouveras méprisé et abandonné. ¤ et ton Seigneur a décrété: « n’adorez que Lui; et (marquez) de la bonté envers les père et mère: si l’un d’eux ou tous deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi; alors ne leur dis point: « Fi! » et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses. ¤ et par miséricorde; abaisse pour eux l’aile de l’humilité; et dis : « O mon Seigneur, fais-leur; à tous deux; miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit ». ¤ Votre Seigneur connaît mieux ce qu’il y a dans vos âmes. Si vous êtes bons; Il est certes Pardonneur pour ceux qui Lui reviennent se repentant. ¤ « Et donne au proche parent ce qui lui est dû ainsi qu’au pauvre et au voyageur (en détresse). Et ne gaspille pas indûment, ¤ car les gaspilleurs sont les frères des diables; et le Diable est très ingrat envers son Seigneur. ¤ Si tu t’écartes d’eux à la recherche d’une miséricorde de Ton Seigneur, que tu espères; adresse-leur une parole bienveillante. ¤ Ne porte pas ta main enchaînée à ton cou [par avarice], et ne l’étend pas non plus trop largement, sinon tu te trouveras blâmé et chagriné. ¤ En vérité ton Seigneur étend Ses dons largement à qu’Il veut ou les accorde avec parcimonie. Il est, sur Ses serviteurs, Parfaitement Connaisseur et Clairvoyant ¤ Et ne tuez pas vos enfants par crainte de pauvreté; c’est Nous qui attribuons leur subsistance; tout comme à vous. Les tuer, c’est vraiment, un énorme pêché. ¤ Et n’approchez point la fornication. En vérité, c’est une turpitude et quel mauvais chemin! ¤ Et; sauf en droit, ne tuez point la vie que Dieu a rendu sacrée. Quiconque est tué injustement, alors Nous avons donné pouvoir à son proche [parent] . Que celui-ci ne commette pas d’excès dans le meurtre, car il est déjà assisté (par la loi). ¤ Et n’approchez les biens de l’orphelin que de la façon la meilleur, jusqu’à ce qu’il atteigne sa majorité. Et remplissez l’engagement, car on sera interrogé au sujet des engagements ¤ Et donnez la pleine mesure quand vous mesurez; et pesez avec une balance exacte. C’est mieux [pour vous] et le résultat en sera meilleur. ¤ Et ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. L’ouïe, la vue et le cœur : sur tout cela, en vérité, on sera interrogé. ¤ Et ne foule pas la terre avec orgueil: tu ne sauras jamais fendre la terre et tu ne pourras jamais atteindre la hauteur des montagnes! ¤ Ce qui est mauvais en tout cela est détesté de ton Seigneur. »

Or, c’est après nous avoir donné tous ces précieux conseils emplis de sagesse, que d’autres versets coraniques abordent et détaillent par ailleurs, que Dieu informe Son Messager en ces termes :

ذَلِكَ مِمَّا أَوْحَى إِلَيْكَ رَبُّكَ مِنَ الْحِكْمَةِ…

« Tout cela fait partie de ce que ton Seigneur t’a révélé de la ḥikma (Sagesse) […] »

Or, ces versets font-ils partie du kitâb ou de la sunna de Muḥammad ? S’ils font partie des riwâyât (narrations), alors la ḥikma fait partie de riwâyât, mais s’ils sont issus du Coran, alors ceux qui affirment que la ḥikma n’est autre que la sunna mentent en affirmant que le Coran fait référence à la sunna prophétique spécifiquement quand il évoque la ḥikma.

A l’évidence, ces versets font partie du kitâb, nul doute là-dessus, et nous en bénéficions via le Coran qui donne les statuts de la législation et les conduites à adopter en tant que croyant. Le « mim » dans ce passage coranique (min al-ḥikma) est un ḥarf at-tab’idiyya qui indique la partie d’un tout. Ainsi, après avoir exposé depuis le verset 22 jusqu’au verset 39 certaines sagesses contenues dans le Coran, Dieu demande au Prophète de ne pas Lui assigner d’autres divinités. En effet, outre les sagesses coraniques, ce terme est vaste et on peut parfaitement retrouver des traces de sagesse dans beaucoup de domaines et de civilisations.

En somme, Dieu dit que la ḥikma fut révélée par Ses soins. Partant de là, on ne peut prétendre qu’elle soit sunna car Dieu n’accorde pas un gage de préservation à une partie de Sa Révélation et non à l’autre !

 

  1. Concernant le verset 33/34

وَاذْكُرْنَ مَا يُتْلَى فِي بُيُوتِكُنَّ مِنْ آيَاتِ اللَّهِ وَالْحِكْمَةِ إِنَّ اللَّهَ كَانَ لَطِيفًا خَبِيرًا

Et rappelez-vous (dhkurnâ) ce qui, dans vos foyers, est yutlâ (communiqué) des âyât de Dieu et de la sagesse (al-ḥikma). Dieu est Doux et Parfaitement Connaisseur.

Une question se pose dès lors : qu’est-ce qui fut communiqué dans les maisons des épouses du Prophète (paix sur lui) : le Coran ou bien la sunna ? La sunna était-elle communiquée dans les demeures du Prophète comme l’étaient les versets du Livre de Dieu ? Comme susmentionné, les âyât (Signes) de Dieu et la ḥikma désigne en vérité une seule et même chose :  le Coran qui est communiqué et récité dans les demeures du Prophète et ses épouses.

  1. Le Prophète enseigne al-kitâb wa-ḥikma wa yu’allimukum mâ lam takûnû ta’lamûn:

كَمَا أَرْسَلْنَا فِيكُمْ رَسُولاً مِّنكُمْ يَتْلُو عَلَيْكُمْ آيَاتِنَا وَيُزَكِّيكُمْ وَيُعَلِّمُكُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَيُعَلِّمُكُم مَّا لَمْ تَكُونُواْ تَعْلَمُونَ

« Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous yatlû (communique) Nos âyât, vous purifie, vous enseigne le kitâb et la Sagesse (al-ḥikma) et vous enseigne ce que vous ne saviez pas (mâ lam takûnû ta’lamûn). »

Imaginons maintenant que nous concédions le fait que la ḥikma signifie la Sunnah de Muḥammad en adoptant la méthode viciée de certains, le sens sera alors que le Messager de Dieu (paix sur lui) enseigne aux gens le kitâb, la sunna mais également une troisième chose désignée par l’exemple mâ lam takûnû ta’lamûn. Or, quelle est cette chose distincte du Kitâb et de la Sunnah que l’on a nommé « mâ lam takûnû ta’lamûn » ?

Si ce qui est visé par la Parole de Dieu le Très-Haut (« yu’allimukum mâ lam takûnû ta’lamûn ») est, comme certains l’ont affirmé, les histoires d’antan (qiṣaṣ al-ghâbirah)[4], il serait alors supposé que ces histoires fassent partie de la ḥikma, car elles seraient dans ce cas des détails des histoires coraniques générales, globales… Elles nous parviendraient donc de la même façon que les riwâyât (narrations). Or, les sunnites disent que les histoires des communautés précédentes font partie de la Sunnah, en témoignent les nombreux livres de Sunan et de Ṣiḥâḥ qui comprennent ces récits, ce qui nous fait entrer dans une boucle sans fin et perturbée.

Quelle est donc cette chose distincte du kitâb et de la sunnah que l’on a nommé « mâ lam takûnû ta’lamûn » ? S’ils sont cohérents, il faudra donc ajouter un troisième élément en plus du Coran et de la Sunnah… Mais, en vérité, ces trois éléments ne représentent ni plus ni moins que trois aspects d’une même chose, la révélation divine, et « mâ lam takûnû ta’lamûn » représente ce que l’Homme, d’une manière générale, ignorait des évènements passés à propos desquels le Coran l’informe. Ainsi, Dieu dit à Son Messager en 4/113 :

وَلَوْلاَ فَضْلُ اللّهِ عَلَيْكَ وَرَحْمَتُهُ لَهَمَّت طَّآئِفَةٌ مُّنْهُمْ أَن يُضِلُّوكَ وَمَا يُضِلُّونَ إِلاُّ أَنفُسَهُمْ وَمَا يَضُرُّونَكَ مِن شَيْءٍ وَأَنزَلَ اللّهُ عَلَيْكَ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَعَلَّمَكَ مَا لَمْ تَكُنْ تَعْلَمُ وَكَانَ فَضْلُ اللّهِ عَلَيْكَ عَظِيمًا

« Et n’eût été la grâce de Dieu sur toi (Muḥammad) et Sa raḥmah, une partie d’entre eux t’aurait bien volontiers égaré. Mais ils n’égarent qu’eux-mêmes, et ne peuvent en rien te nuire. Dieu a fait descendre sur toi le kitâb, la Ḥḥikmakmah, et t’a enseigné ce que tu ne savais pas (mâ lam takun ta’lamu). Et la grâce de Dieu sur toi est immense. »

En d’autres termes, via le Coran révélé à Muḥammad, ce dernier reçut le Kitâb, la Ḥikmah et des informations sur ce dont il était Ghâfil (ignorant) parmi les histoires des peuples et Prophètes précédents notamment (12/3) :

نَحْنُ نَقُصُّ عَلَيْكَ أَحْسَنَ الْقَصَصِ بِمَا أَوْحَيْنَا إِلَيْكَ هَذَا الْقُرْآنَ وَإِن كُنتَ مِن قَبْلِهِ لَمِنَ الْغَافِلِينَ

« Nous te racontons le plus beau récit, grâce à l’inspiration que Nous te faisons de ce qur`ân même si tu étais auparavant du nombre des ghâfilîn (méconnaisseurs de ces récits). »

Il a donc pu, via la révélation coranique, enseigner aux gens le kitâb, la ḥikma et ce que les gens ignoraient sur plusieurs sujets :

كَمَا أَرْسَلْنَا فِيكُمْ رَسُولاً مِّنكُمْ يَتْلُو عَلَيْكُمْ آيَاتِنَا وَيُزَكِّيكُمْ وَيُعَلِّمُكُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَيُعَلِّمُكُم مَّا لَمْ تَكُونُواْ تَعْلَمُونَ

« Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous Yatlû (communique) Nos âyât, vous purifie, vous enseigne le kitâb et la Sagesse (al-ḥikma) et vous enseigne ce que vous ne saviez pas (mâ lam takûnû ta’lamûn). »

  1. Dieu aurait-Il préservé une révélation et non l’autre ?

Si la ḥikma est la sunna et qu’elle fut révélée en plus du Coran, comment peut-on expliquer et concevoir que Dieu ait préservé une partie de la Révélation (notamment via sa transmission mutawâtirah) et non l’autre et ce, tout en nous demandant de suivre les deux ? Pour preuve que la Sunnah ne fut pas préservée, mentionnons le fait qu’elle a besoin de la mise en place d’outils humains pour distinguer subjectivement et partialement ce qui est acceptable en elle et ce qui est inacceptable et ce, avec toutes les divergences connues que cela engendre et le doute, acté au niveau principologique, qu’entraîne l’information singulière (catégorie dans laquelle entre l’extrême majorité des ḥadîths à notre disposition). En outre, La sunna ne fut pas préservée de façon sûre et catégorique puisque moins de 1% des ḥadîths sont considérés mutawâtir (transmis notoirement de génération en génération) si l’on tient compte d’une moyenne haute. Or, si tel est le cas, alors Dieu ne peut nous reprocher de suivre la seule révélation des deux qui fut préservée dans le temps puisqu’Il est le Juste et le parfaitement Informé.

  1. L’incohérence principologique

D’un point de vue principologique, le fait de considérer que la ḥikma est la sunna n’est, dans le meilleur des cas, qu’une présomption mineure (Ẓanniyah marjûḥâ) quant au sens indiqué par le verset, en ce sens qu’elle peut être rejetée ou réfutée par une explication prévalente. Or, comment peut-on construire un fondement péremptoire (indiscutable) en le basant sur une position présomptive ? Cela n’a aucun sens, d’autant qu’il y a absence d’indication permettant de parler de Sunnah dans les versets coraniques évoquant la ḥikma.

     10. Dieu nous laisserait-Il jouer aux devinettes avec Sa Révélation ?!

Il est en effet fort étonnant et totalement improbable (en plus d’être inacceptable) de considérer que Dieu n’ait pas été clair quant au fait de désigner les sources du tashrî’ (législation), étant donné l’importance de l’affaire en islam et ce, alors qu’Il aurait parfaitement pu utiliser les termes « kitâb et sunna du Prophète » pour ainsi désigner clairement cette seconde source accolée au Coran. En effet, Dieu a déjà utilisé le terme « Sunnah » dans le Coran, mais pour désigner Sa Sunnah, la Sunnah divine. En revanche, Il n’a jamais évoqué la Sunnah du Prophète Muḥammad. La raison en est simple : quand la ḥikma est accolée au kitâb, elle ne désigne qu’une caractéristique du de la révélation. En d’autres cas, elle est la Sagesse de façon générale et n’est, de toute façon, pas une législation dans le sens où elle n’a pas vocation à légiférer, à instaurer une norme.

    11. Tous les théologiens ont-ils expliqué le terme « ḥikma » par « sunna du Prophète Muḥammad » ?

Il faut déjà noter qu’il n’y a aucun « ijmâ’ » (pseudo-consensus)  au sein de la umma concernant le sens de la « ḥikma » puisque les chiites et les sunnites ont clairement divergé en la matière. Pour les premiers, il s’agirait globalement de l’imâma, plus exactement de la connaissance de l’imâm qui expliquera la religion, et cela est considéré comme un pilier de l’islam qui, s’il est nié, rend kâfir (dénégateur). Ils s’appuient sur des riwâyât affirmant cela.[5] Chez les Sunnites, il est dit que la ḥikma correspond aux narrations et aux ḥadîths, sachant que celui qui le nie devient également kâfir pour certains. En somme, il s’agit de la sunna qui viendrait expliquer la religion. Ils s’appuient également sur des Riwâyât (narrations) affirmant cela.

En résumé, nous serions donc en présence d’une religion énigmatique dont le texte fondateur porte en lui-même l’ambiguïté, au point qu’il faille l’expliquer par des sources externes, chacune d’elles, selon le groupe, étant considérées comme apportant la véritable explication.

Deux questions corolaires restent alors en suspens, notamment pour ceux qui prétendent que le Coran a besoin du Ḥadîth pour être compris :

  1. Comment Dieu peut-il conditionner la compréhension du Coran à une source aussi incertaine que le ḥadîth, transcrite tardivement des siècles après la mort du Prophète (paix sur lui) d’un point de vue manuscriptologique et dont quasiment aucun manuscrit d’époque ne nous ait parvenu aujourd’hui ?
  2. De même, comment la sunna pourrait-elle avoir vocation à expliquer le Coran sans que Dieu ne le stipule clairement dans son Livre ?

Une telle affirmation est à l’image d’une personne qui affirmerait garantir la pureté de l’eau que boivent les gens au robinet, sans surveiller et garantir l’assainissement du chemin emprunté par ladite eau dans la tuyauterie… ne serait-ce pas totalement incohérent ?

La chose paraît en fait évidente puisqu’il est totalement improbable que l’on exige la présence de récits singuliers et donc potentiellement erronés ou inventés, pour expliquer ce qui est notoire, à savoir le Coran, ce dernier étant présenté intrinsèquement comme suffisant, clair et explicite. En d’autres termes, conditionner la compréhension d’un texte de fiabilité certaine (qaṭ’iyyah ath-thubût), le Coran, à un texte de fiabilité douteuse (Ẓanniyyah ath-thubût), le ḥadîth, rend le premier douteux quant à son indication et limité dans sa compréhension, ce qui est totalement incompréhensible et paradoxal avec la volonté coranique de transmettre un message universel clair, fiable et s’adressant à l’humanité entière.

Il faut ici noter que les Sunnites ont, à l’instar des chiites, mis en avant à l’extrême leurs Imâms en répétant durant des siècles ce que l’imâm ash-Shâfi’î notamment a rapporté d’un inconnu. Ainsi, dans ar-Risâlah (p.77) d’ash-Shâfi’î (environ 200 ans après l’Hégire) on trouve ce qui suit :

5

« 251. Dieu a dit : Et gardez dans vos mémoires ce qui, dans vos foyers, est récité des Ayât de Dieu et de la sagesse (al-ḥikma). Dieu est Doux et Parfaitement Connaisseur.

  1. Dieu a mentionné le kitâb, c’est-à-dire le Coran, et Il a mentionné la ḥikma. Or, j’ai entendu une personne agréée parmi les gens de science du Coran dire que la ḥikma était la sunna du Messager de Dieu. »

Le suivisme de cet avis est confirmé entre autres par sa présence dans divers ouvrages, comme celui d’un principologiste contemporain, Ḥujiya as-sunna de ‘Abd al-Ghanî, dans lequel la parole d’ash-Shâfi’î (p.297) est rapportée :

6

Ibn Kathîr précisera que cette parole provenant d’un inconnu fut rapportée de Qatâdah, de Muqâtil et d’Abû Mâlik.[6] Cette définition témoigne en fait de la volonté de faire dire au Coran ce qu’il ne dit pas explicitement puisqu’elle ne possède pas de fondement, en plus de la préméditation d’ash-Shâfi’î quant à sa volonté de ne pas mentionner clairement l’identité de l’auteur de cette parole (à notre connaissance).

Toutefois, au sein du sunnisme, plusieurs positions passées sont rapportées quant à ce que serait la Ḥikmah, ce qui démontre l’aspect perturbé des définitions données :

  • On rapporte qu’Ibn ‘Abbâs a dit que la ḥikma est la connaissance du Coran, de l’abrogé, de l’abrogeant, de l’explicite, de l’implicite, du licite, de l’illicite, etc.
  • On attribue encore à Ibn ‘Abbâs le fait que la ḥikma soit simplement le Coran.
  • Mujâhid a dit qu’il s’agirait de la parole pertinente (iṣâbah fîl-qawl) ou encore qu’il ne s’agissait pas de la prophétie (nubuwah), mais du ‘Ilm (science), du Fiqh (compréhension) et du Coran.
  • Abû al-‘Âliyah a dit que la ḥikma était le kitâb et le fahm (compréhension).
  • Ibrâhîm an-Nakhâ’î a dit qu’il s’agit du fahm.
  • L’imâm Mâlik a dit qu’il s’agissait du fiqh dans le dîn de Dieu.
  • Abû Ḥayyân al-Andalûsî a dit qu’il s’agissait du ‘Aql (raison).[7]
  • Shurayk a dit qu’il s’agissait du fahm (compréhension).[8]
  • Al-Qurṭubî a dit qu’il s’agissait de la connaissance (ma’rifah) du dîn, du fiqh dans le ta`wîl, du fahm naturel et d’une lumière provenant de Dieu. Il précise que c’est la position de Mâlik rapportée par Ibn Wahb et c’est ce qu’a dit Ibn Zayd.[9]

Nous constatons alors que la définition en tant que sunna n’est pas présente, méditez donc sur cela…

An-Nawawî, le shâfi’ite, a dit :

7

« Nous disposons de plusieurs positions concernant ce qu’est la ḥikma qui sont perturbées. Chaque auteur s’est contenté de certaines caractéristiques de la Ḥikmah. »[10]

Ibn Ḥajar, le shâfi’ite, a commenté les différents propos et a dit :

8

« Les commentateurs ont divergé sur la signification du terme “ḥikma”. Certains ont dit qu’il s’agissait du Coran, d’autres qu’il s’agissait de sa mise pratique, d’autres encore qu’il s’agissait de la Sunnah, d’autres de la parole pertinente, d’autres de la crainte (khashiyah), d’autres de la compréhension au sujet de Dieu, d’autres de la raison, d’autres de ce que la raison témoigne comme étant sain, d’autres d’une lumière qui permet de distinguer l’inspiration divine (ilhâm) du susurrement satanique (waswasah) et d’autres de la réponse vive et perspicace… »[11]

Comment peut-on donc imposer qu’il s’agit de la seule sunna de Muḥammad quand on constate, en plus de tout ce qui précède, les nombreux avis divergents dans le sujet ?

Au sein du chiisme, les divergences sont également présentes :

  • At-Ṭabṭabâ`î a dit que la ḥikma représente les connaissances réelles que le Coran contient.[12]Il dit également que c’est la connaissance profitable liée au dogme et à la pratique. C’est pour cela que dans le Coran, Dieu a coordonné la Torah et l’Évangile au kitâb et à la ḥikma, mais l’a isolée de ces trois éléments afin d’insister sur son importance.[13]
  • Al-Kâshânî a dit que le kitâb et la ḥikma était le Coran et la sharî’ah.[14]
  • D’autres, malgré cette divergence, ont dit qu’il s’agissait de l’imâma, tout comme certains sunnites affirment, malgré les évidences et les divergences, qu’il s’agit de la Sunnah de Muḥammad (paix sur lui).

Ceci étant dit, notons que le shaykh juriste ḥanbalite, grammairien et exégète saoudien, ‘Abd ar-Raḥmân ibn Nâṣir as-Sa’dî, a dit dans son tafsîr :

وَمَا أَنْزَلَ عَلَيْكُمْ مِنَ الْكِتَابِ وَالْحِكْمَةِ -أي: السنة اللذين بيّن لكم بهما طرق الخير ورغبكم فيها, وطرق الشر وحذركم إياها, وعرفكم نفسه ووقائعه في أوليائه وأعدائه, وعلمكم ما لم تكونوا تعلمون. وقيل: المراد بالحكمة أسرار الشريعة, فالكتاب فيه, الحكم، والحكمة فيها, بيان حكمة الله في أوامره ونواهيه، وكلا المعنيين صحيح، ولهذا قال {يَعِظُكُمْ بِهِ} أي: بما أنزل عليكم, وهذا مما يقوي أن المراد بالحكمة, أسرار الشريعة, لأن الموعظة ببيان الحكم والحكمة

(Concernant le passage du verset 2/231) « ainsi que le kitâb et la sagesse (al-ḥikma) qu’Il vous a fait descendre » : c’est-à-dire que (la ḥikma désigne) la sunna. Ces derniers (al-kitâb was-sunna) sont ceux par lesquels Dieu a mis pour vous en exergue les chemins du bien et vous les a fait désirer, ainsi que ceux par lesquels Il a indiqué les chemins du mal et vous a mis en garde les concernant. Il S’est fait connaître à vous par ceux-ci ainsi que par Ses réalisations envers Ses partisans et Ses ennemis, de même qu’Il vous a enseigné ce que vous ignoriez. On a (également) dit : “La signification de la ḥikma sont les subtilités de la sharî’ah (Législation). Quant au kitâb, il contient le ḥukm (jugement) et la ḥikma contient la mise en évidence de la sagesse de Dieu dans Ses ordres et Ses interdits” et les deux sens sont corrects. C’est pour cela que dieu a dit “ par lesquels Il vous exhorte”, c’est-à-dire par ce qu’Il a révélé pour vous. C’est cela qui renforce le fait que la ḥikma représente les subtilités (secrets) de la sharî’ah, car l’exhortation met en exergue le ḥukm et la ḥikma. »

Voici maintenant les commentaires du célèbre linguiste mâlikite de la Zaytûnah, Muḥammad Ṭâhir ibn ‘Âshûr (1879-1973), l’un des plus illustres commentateurs et exégètes du Coran de l’époque contemporaine ayant rédigé son tafsîr encyclopédique en 50 volumes.

  • Concernant le verset 2/231 :

وَاذْكُرُواْ نِعْمَتَ اللّهِ عَلَيْكُمْ وَمَا أَنزَلَ عَلَيْكُمْ مِّنَ الْكِتَابِ وَالْحِكْمَةِ يَعِظُكُم بِهِ وَاتَّقُواْ اللّهَ وَاعْلَمُواْ أَنَّ اللّهَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ

« Et rappelez-vous le bienfait de Dieu envers vous, ainsi que le Kitâb et la Sagesse (al-ḥikma) qu’Il vous a fait descendre, par lesquels Il vous exhorte. Et craignez Dieu, et sachez que Dieu est Omniscient. »

يعظكم -خبراً ، والكتاب : القرآن . والحكمة: العلم المستفاد من الشريعة ، وهو العبرة بأحوال الأمم الماضية وإدراك مصالح الدين ، وأسرار الشريعة ، كما قال تعالى ، بعد أن بين حكم الخمر والميسر {كذلك يبين الله لكم الأَيات لعلكم تتفكرون في الدنيا والآخرة} [ البقرة : 219 ، 220 ] ومعنى إنزال الحكمة أنها كانت حاصلة من آيات القرآن كما ذكرنا ، ومن الإيماء إلى العلل ، ومما يحصل أثناء ممارسة الدين ، وكل ذلك منزل من الله تعالى بالوحي إلى الرسول صلى الله عليه وسلم ومن فسر الحكمة بالسنة فقد فسرها ببعض دلائلها.

« ya’iẓukum » est un khabar, « wal-kitâb » est le Coran. Quant à « al-ḥikma » : Il s’agit de la science tirée de la sharî’ah (Loi), conformément à l’enseignement tiré des situations (conditions) des communautés précédentes, la perception (compréhension) des intérêts de la religion et les subtilités (secrets) de la sharî’ah. Dieu a dit, après avoir expliqué le statut du khamr et du maysir (2/219-220) : “Ainsi, Dieu vous explique Ses âyât afin que vous méditiez sur ce monde et sur l’au-delà !”. Le sens de la révélation de la ḥikma c’est qu’elle est le fruit (la résultante) des âyât du Coran comme nous l’avons déjà mentionné, et de la foi vers les causes (motifs), c’est aussi ce qui se produit lorsque l’on pratique la religion et tout cela est révélé de Dieu par le waḥî au Messager (paix sur lui). Ceux qui expliquent la ḥikma par la sunna l’expliquèrent en vérité par certaines de ses indications. »

  • Concernant le verset 17/39 :

ذَلِكَ مِمَّا أَوْحَى إِلَيْكَ رَبُّكَ مِنَ الْحِكْمَةِ وَلاَ تَجْعَلْ مَعَ اللّهِ إِلَهًا آخَرَ فَتُلْقَى فِي جَهَنَّمَ مَلُومًا مَّدْحُورًا

Tout cela fait partie de ce que ton Seigneur t’a révélé de la Sagesse (al-ḥikma). N’assigne donc pas à Dieu d’autre divinité, sinon tu seras jeté dans l’Enfer, blâmé et repoussé.

 والحكمة : معرفة الحقائق على ما هي عليه دون غلط ولا اشتباه ، وتطلق على الكلام الدال عليها.

« La ḥikma : C’est la connaissance des réalités en ce qu’elles sont réellement sans erreur et sans ambiguïté. On nomme par cela les propos indiquant (la ḥikma). »

  • Concernant le verset 33/34 :

{من آيات الله والحكمة} بيان لما يتلى فكل ذلك متلوّ، وذلك القرآن، وقد بين المتلو بشيئين : هما آيات الله، والحكمة، فآيات الله يعم القرآن كلَّه ، لأنه معجز عن معارضته فكان آية على أنه من عند الله.وعطف {والحكمة} عطف خاص على عام وهو ما كان من القرآن مواعظ وأحكاماً شرعية، قال تعالى بعد ذكر الأحكام التي في سورة الإِسراء (39) {ذلك مما أوحى إليك ربك من الحكمة} أي ما يتلى في بيوتهن عند نزوله، أو بقراءة النبي ودراستهن القرآن، ليتجدد ما علِمْنه ويلمع لهن من أنواره ما هو مكنون لا ينضُب معينه ، وليكُنّ مشاركاتتٍ في تبليغ القرآن وتواتره (…).

« Concernant le passage “des âyât de Dieu et la ḥikma” : Il s’agit d’un éclaircissement de ce qui est récité (d’après le verset), tout ceci est récité et ceci est le Coran. (Dieu) a distingué ce qui est récité (dans les demeures) en deux éléments : les âyât de Dieu et la ḥikma. Les âyât de Dieu englobent le Coran dans son entièreté, car ce dernier rend inefficiente toute opposition. (Le Coran) est une âya (Signe) car il provient de Dieu. Et la coordination “wal ḥikma” est une coordination du particulier (khâṣṣ) vers le général (‘âm), c’est ce qui provient du Coran comme exhortations et jugements législatifs. Dieu le Très-Haut a dit, après avoir mentionné les jugements se trouvant dans la sourate al-isrâ, « ceci fait partie de la ḥikma (sagesse) que ton Seigneur t’a révélée » :  cela met en avant ce qui est communiqué dans vos demeures lors de la Révélation ou par la lecture du Prophète (paix sur lui) et qui leur enseigne du Coran et ce, afin que se renouvelle ce qu’elles savent et que s’illuminent pour elle, de ses lumières tirées, les subtilités (du Coran) sans jamais que la source ne se tarisse et qu’elles deviennent associées dans la transmission du Coran et sa transmission notoire […]. »

IV. Conclusion

La ḥikma n’évoque en vérité ni plus ni moins que la sagesse dans son sens général et profond. Celle-ci est évidemment contenu dans le Coran, mais ressort également de divers comportements ou paroles chez les créatures de Dieu qui ont bénéficié de cette ḥikma. Le Prophète Muḥammad a évidemment profité de cette ḥikma puisqu’il fut un être honorable et ce, soit par la révélation coranique (comme nous autres qui y avons accès) soit par son expérience personnelle, même si lorsque ce terme est accolé au kitâb, il désigne simplement une autre caractéristique de la révélation divine.

D’ailleurs, à travers un ḥadîth attribué au Prophète par la voie d’Ibn Mas’ûd et qualifié de « muttafaqun ‘alayhi », il est itéré que la ḥikma peut être donnée à la personne que Dieu choisit  :

لَا حَسَدَ إِلَّا فِي اثْنَتَيْنِ رَجُلٌ آتَاهُ اللَّهُ مَالًا فَسلِّطهُ عَلَى هَلَكَتِهِ فِي الْحَقِّ وَرَجُلٌ آتَاهُ اللَّهُ الْحِكْمَةَ فَهُوَ يَقْضِي بِهَا وَيُعَلِّمُهَا

« L’envie n’est permise que dans deux cas : un homme auquel Dieu a accordé des biens et qui les dépense dans ce qui est juste, et un homme auquel Dieu a accordé la ḥikma avec laquelle il juge et qu’il enseigne. »

Aussi, le Prophète Muḥammad était forcément un homme sage, un homme d’une haute moralité comme le confirme le Coran, et cette ḥikma fut un bienfait dont il a joui par la révélation coranique en grande partie, celle-ci étant un concentré de sagesse. Et nous autres pouvons aujourd’hui bénéficier également de cette Ḥikmah contenue dans le Coran.

Toutefois, dans son sens global, la ḥikma (sagesse) est un terme très vaste qui ne signifie absolument pas explicitement la sunna. Elle désigne la parole et l’acte pertinent, la perspicacité, la parole juste et vraie, ou encore la compréhension subtile.

Les versets de Dieu ne se contredisent pas. Si Dieu ne donne comme rôle au Messager que de transmettre/enseigner, suivre et juger selon le Coran, ce n’est pas à nous de lui en donner un autre. Aussi, la ḥikma n’est pas une législation et c’est pour cette raison que, même à considérer que la véritable Sunnah prophétique contiennent une partie de la ḥikma, Dieu ne l’a pas préservée de façon sûre, que le Prophète n’a pas demandé à ce qu’elle soit écrite et transmise en masse ou encore que les premiers califes parmi les plus proches compagnons du Prophète ne l’ont ni consignée ni préservée comme ils le firent pour le Coran. La sagesse du Messager de Dieu était principalement la sagesse coranique. Or, le Coran fut préservé et Dieu nous demande explicitement de suivre Sa Révélation. L’autre part de sagesse existante et dont les Hommes, Prophète ou non, bénéficient éventuellement par leur expérience personnelle et leur éducation ne fait pas partie de la révélation que Dieu nous demande de suivre. En matière de sagesse, le qur`ân al-ḥakim est suffisant et c’est ce à quoi Dieu nous demande de nous référer, tout en précisant que d’autres peuvent bénéficier du bienfait de la ḥikma :

أَفَغَيْرَ اللّهِ أَبْتَغِي حَكَمًا وَهُوَ الَّذِي أَنَزَلَ إِلَيْكُمُ الْكِتَابَ مُفَصَّلاً وَالَّذِينَ آتَيْنَاهُمُ الْكِتَابَ يَعْلَمُونَ أَنَّهُ مُنَزَّلٌ مِّن رَّبِّكَ بِالْحَقِّ فَلاَ تَكُونَنَّ مِنَ الْمُمْتَرِينَ

« Chercherai-je un autre juge (ḥakam) que Dieu, alors que c’est Lui qui a fait descendre vers vous le kitâb bien exposé ? Ceux auxquels Nous avons donné le kitâb savent qu’il est descendu avec la vérité venant de ton Seigneur. Ne sois donc point du nombre de ceux qui doutent. »

يُؤتِي الْحِكْمَةَ مَن يَشَاء وَمَن يُؤْتَ الْحِكْمَةَ فَقَدْ أُوتِيَ خَيْرًا كَثِيرًا وَمَا يَذَّكَّرُ إِلاَّ أُوْلُواْ الأَلْبَابِ

« Il donne la sagesse (al-ḥikma) à qui Il veut. Et celui à qui la sagesse (al-ḥikma) est donnée, vraiment, c’est un bien immense qui lui est donné. Mais les doués d’intelligence seulement s’en souviennent. »

Que Dieu nous permette de comprendre.

Rédaction LVDH

***

[1]Ici, la traduction de âyât par « signes » nous semble plus pertinente étant donné les différentes occurrences de ce terme dans le Coran et la richesse de sens qu’il implique. Ainsi, un verset coranique, un miracle, un fait merveilleux, un argument ou encore une leçon peuvent constituer des Signes de Dieu.

[2]Celle-ci peut se diviser en d’autres sous-catégories comme la mughayyrah at-talâzum (la distinction mettant en avant la corrélation des éléments) ou la mughayyarah at-tab’îḍ (de partition).

[3]Voir différents livres de linguistique au chapitre des particules tels que Mughnî al-labîb d’Ibn Hishâm ou encore ‘Uqûd al-jumân de l’imâm as-Suyûṭî.

[4]Dans le Jâmi’ al-bayân de l’imâm at-Ṭabarî (2/51) :

1

« Quant à sa parole : “mâ lam takûnû ta’lamûn” : cela signifie qu’il enseigne les récits des Prophètes, les histoires des communautés passées et l’information de ce qui est actuel et présent parmi les choses que les Arabes ne connaissaient pas. Ils apprirent cela du Messager de Dieu (paix sur lui). Dieu le Très-Haut informa les Arabes qu’ils appréhenderont tout ceci via Son Messager.” »

Dans At-ta’dîl wat-tajrîḥ de Sulaymân ibn Khalaf al-Bâjî (1/24) :

2

« Concernant le verset : “Ainsi, Nous avons envoyé parmi vous un messager de chez vous qui vous communique Nos âyât, vous purifie, vous enseigne le kitâb et la ḥikma et vous enseigne ce que vous ne saviez pas.” La signification du kitâb est le Coran, celle de ḥikma est la sunna prophétique qui explicite, appuie et complète le Coran. Quant au segment “mâ lam takûnû ta’lamûn”, il s’agit des récit des prédécesseurs parmi les communautés et ce qui provient de l’invisible.” »

[5]Uṣûl al-kâfî d’al-Kulaynî (1/185) : 3 – Tafsîr as-sâfî d’al-Kashânî, qui cite al-Kâfî et al-‘Iyâshî (1/298) : 4.

[6]Nous ne rentrons pas ici dans le statut de la parole attribuée à un inconnu parmi les trois premiers siècles Nous l’aborderons dans un article.

[7]Toutes les opinions précédentes se trouvent dans le Tafsîr Ibn Kathîr (1/304).

[8]Al-jâmî’ al-khaṭîb (2/253-1575).

[9]Ibid.

[10]Ṣaḥîḥ Muslim, avec le commentaire d’an-Nawawî (2/33).

[11]Fatḥ d’Ibn Ḥajar (1/267).

[12]Tafsîr d’at-Ṭabṭabâ’î du verset 62/2.

[13]Tafsîr d’at-Ṭabṭabâ’î du verset 3/48.

[14]Tafsîr as-Sâfî (5/172).

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close