La mythe de l’abrogation coranique

Cet article constitue un condensé de différents travaux de recherche sur la question de l’abrogation (naskh) dans le Coran que l’on trouve dans le monde arabophone et francophone.

 

L’affirmation de l’existence de versets abrogés dans le Coran et donc de la présence d’autres versets abrogatifs constitue certainement l’une des plus grandes calamités et inventions entourant le Coran née, très probablement, vers le IVe siècle de l’Hégire (Xe siècle) dans le but quasi-évident de régler le problème posé par la contradiction d’apparence (et non réelle) de certains versets et dans un soucis probablement politique. Notre objectif est donc d’expliciter notre position, tout en sachant que d’autres analyses de réfutation existent, et ce, même si les prédécesseurs (mutaqaddimûn) n’en vinrent pas à les considérer.

 

A ce titre, il convient que nous prenions comme témoignage la parole d’Ibn Mâlik (que Dieu lui fasse miséricorde) lorsqu’il dit :

« Si les sciences sont des grâces divines et des dons particuliers, il n’est pas inconcevable que soit réservé aux tardifs ce qui a été difficile d’accès dans la compréhension de beaucoup de prédécesseurs. »
Ceci étant dit, pour mieux comprendre le sujet du naskh (abrogation) il convient de rappeler que la thématique porte sur l’existence ou non de verset abrogé dans le Coran, et non sur le fait que Dieu ait pu, via le Coran, abroger des règles existantes dans les anciennes Écritures. De même, il faut rappeler les principaux versets coraniques généralement cités pour aborder cette thématique :
Premier verset : al-Baqarah, 2/106
مَا نَنسَخْ مِنْ آيَةٍ أَوْ نُنسِهَا نَأْتِ بِخَيْرٍ مِّنْهَا أَوْ مِثْلِهَا أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللّهَ عَلَىَ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
« Si Nous nansakh une âya quelconque ou que Nous la fassions nunsihâ, Nous en apportons une meilleur, ou une semblable. Ne sais-tu pas que Dieu est Omnipotent ? »
Deuxième verset : an-Naḥl, 16/101
وَإِذَا بَدَّلْنَا آيَةً مَّكَانَ آيَةٍ وَاللّهُ أَعْلَمُ بِمَا يُنَزِّلُ قَالُواْ إِنَّمَا أَنتَ مُفْتَرٍ بَلْ أَكْثَرُهُمْ لاَ يَعْلَمُونَ
« Quand Nous baddalnâ une âya par une autre – et Dieu sait mieux ce qu’Il fait descendre – ils disent : « Tu n’es qu’un menteur ». Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. »
Troisième verset : al-A’lâ, 87/6-7
سَنُقْرِؤُكَ فَلَا تَنسَىإِلَّا مَا شَاء اللَّهُ إِنَّهُ يَعْلَمُ الْجَهْرَ وَمَا يَخْفَى
« Nous te ferons réciter, de sorte que tu n’oublieras (tansâ) ¤que ce que Dieu veut. Car, Il connaît ce qui paraît au grand jour ainsi que ce qui est caché. »
Ainsi, les quatre termes les plus importants permettant d’y voir plus clair dans le sujet sont les termes naskh, âya, nunsi et badal.

I. La polysémie du terme « Naskh »

Chez les partisans de l’abrogation (mutanassikhûn), le terme « naskh » possède plusieurs sens et implique au niveau principologique le retrait de verset coranique, dans la récitation et/ou la règle, et leur remplacement par d’autres versets coraniques. Ainsi, linguistiquement, ils mettent en avant trois sens au terme « naskh »  :
1. An-naql (transcrire, recopier) on dit alors :
نسخت الكتاب نقلت ما فيه
J’ai transcris (nasakhtu) le livre, (c’est-à-dire) j’ai copié ce qu’il y a dedans.
Il y a comme exemple la parole de Dieu :
إِنَّا كُنَّا نَسْتَنْسِخُ مَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ
« Nous enregistrions (nastansikhu) [tout] ce que vous faisiez. »[1]
2. Al-izâlah bi-badal (enlever, supprimer avec un substitut) on dit alors :
نسخت الشمس الظل أي أزالته وحلت بدله
Le soleil a dissipé l’ombre, c’est-à-dire qu’il l’a faite disparaître et a pris sa place.
3. Al-izâlah bidûni badal (enlever supprimer sans substitut) on dit alors :
نسخت الريح الأثر أي أزالته ولم تبقي هي أيضاً
Le vent a dissipé la trace, c’est-à-dire qu’il la fait disparaître sans demeurer non plus lui-même.
Quant à la définition conventionnelle présente dans la sharî’a (législation), les théologiens divergèrent à propos du terme « naskh ». Ash-Shawkânî donna plusieurs définitions dans son livre irshâd al-fuḥûl, puis il choisit pour définir ce terme ce qui suit :
« Le naskh (abrogation) c’est la suppression d’un jugement légiféré (hukm shar’î) par un jugement semblable qui lui est postérieur. Nous illustrons cette définition par l’exemple suivant : le fait de se tourner vers bayt al-maqdîs était une condition dans la prière, mais seize mois après l’Hégire elle fut abrogée par le fait de se tourner vers la ka’bah et ce, à cause de la parole de Dieu :
وَمِنْ حَيْثُ خَرَجْتَ فَوَلِّ وَجْهَكَ شَطْرَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ ۚ وَحَيْثُ مَا كُنْتُمْ فَوَلُّوا وُجُوهَكُمْ شَطْرَهُ
« Et d’où que tu sortes, tourne ton visage vers la Mosquée sacrée… »[2]
Aussi, pour les pro-abrogation, le naskh peut indiquer, conventionnellement, ce qui suit :
  • Le hadhf (retrait, suppression) – الحذف
  • Le maḥw (effacement, oblitération) – المحو
  • Le ilghâ` (annulation, abolition) – الإلغاء
  • Le tabdîl (remplacement) – التبديل
  • Le taghyîr (changement, modification) – التغيير
  • La izâlah (suppression) – الإزالة
  • Le tarâju’ (retrait) – التراجع, etc.

 

En réalité, de nombreux écrivains ont rédigé sur le sujet affirmant, après avoir réalisé une étude de l’abrogation, de l’abrogeant et de l’abrogé, que l’on a exagéré en la matière et que le nombre de versets abrogés ne dépassaient pas le nombre des « doigt des deux mains ou d’une seule, ou des deux mains et deux pieds », etc. En vérité, la thèse de ces derniers semble plus néfaste encore que celles affirmant l’abrogation de 500 ou 600 versets, car les gens appartenant à l’école de l’élargissement de l’abrogation pour une multitude de versets ont réalisé un travail suscitant la critique et l’étonnement dès le premier regard. Quant à ceux qui furent sommaires dans leurs travaux en abrégeant le sujet et en le synthétisant ne suscitèrent pas les remontrances pour cela. Ils firent alors entrer progressivement l’idée selon laquelle il existait bel et bien un principe d’abrogation dans le Coran puis, naturellement, la chose devint telle qu’elle nécessite désormais des efforts importants afin de déconstruire cette influence néfaste et revenir sur ce qu’ils affirmèrent concernant le fait que Dieu aurait abrogé certains de Ses versets dans Son Livre.

L’objectif est donc de démontrer l’erreur des partisans de l’abrogation (de verset coranique), quel que soit leur tendance et ce, qu’il s’agisse de la voie de l’élargissement prônée Ibn Ḥazm (214 versets abrogés), celle de ceux qui restreignirent sa portée avec as-Suyûṭî (20 versets abrogés) ou encore az-Zarqanî (9 versets abrogés) ou encore celle de ceux qui furent très sommaires sur le sujet, comme ad-Dahlawî (6 versets abrogés) et Mustafa Zayd.

II. Les catégories classiques du naskh et leurs incohérences

Les savants ont classé le naskh qui se trouverait dans le Coran en trois catégories :

1. L’abrogation de l’application du verset mais pas de sa récitation, c’est-à-dire l’abrogation du jugement (hukm) que le verset indique, bien qu’il soit toujours récité. L’exemple de cela serait selon eux l’abrogation du statut de la consommation du vin. En effet, il est alors expliqué que les versets 2/219 (première étapes) et 4/43 (deuxième étapes) s’abrogeraient afin de mener, dans la troisième étapes (5/90), à une interdiction formelle. Or, aucun des versets cités n’abroge l’autre. Soit on considèrera que l’interdiction s’est faite par étapes successives dans une forme de progressivité de la législation, chaque verset complétant le contenu du verset précédent et ne l’abrogeant pas, soit on considèrera qu’il n’y a pas d’interdiction coranique de la consommation de l’alcool, et alors il n’y aura aucune abrogation non plus (mais le statut coranique de l’alcool est un autre sujet). 

2. L’abrogation de la récitation (lafẓ) du verset, mais aussi de son application. La signification de cela est l’abrogation du lafẓ à cause du fait qu’elle ne fasse plus partie du Coran et l’interdiction de sa récitation. L’exemple souvent cité ici est le récit attribué à ‘Âïsha dans lequel elle aurait précisé qu’il a existé un verset dans le Coran qui indiquait que la fraternité de lait s’établissait à partir de 10 tétées d’une même nourrice. Or, à l’instar du « fameux verset » de la lapidation, il n’y a aucune preuve coranique de l’existence d’un tel verset et de son abrogation. Ce n’est que du déclaratif ou des récits singuliers qui en font mention. Rien de probant donc.

3. L’abrogation de la récitation du verset et la continuité de son application, c’est-à-dire la suppression de son lafẓ (prononciation) et de sa récitation (tilâwa) avec le maintien de son jugement (hukm). C’est le cas, d’après ce que certains en disent, du verset justifiant la peine du rajm (« lapidation ») qui se serait trouvée initialement dans la sourate al-Aḥzâb présentée comme ayant connu la même taille que la sourate al-Baqarah (rapporté par Ibn Ḥibbân) et qui aurait dit :

الشيخ و الشيخة إذا زنيا فارجموهما البتة
« Le vieillard et la vielle [ou l’homme honorable et la femme honorable]  lapidez-les s’il commettent la zinâ (adultère). »

Or, cette histoire suscite moult questions :

  1. Il faudra expliquer comment un verset coranique, censé être connu de tous, peut se retrouver appliqué au nom du Coran sans que l’on ne trouve sa trace à l’intérieur… ?
  2. En effet, comment peut-on considérer qu’un verset coranique connu par les Ṣaḥâba n’ait pas été sciemment retranscrit dans le muṣḥaf alors, qu’en outre, on précise que son application est toujours valable ?
  3. De quel droit retire-t-on un verset coranique du Livre ? Qui en a donné la permission ?
  4. De quel droit impose-t-on l’application d’un verset coranique totalement virtuel ?
  5. Qui a décrété que ce « verset » serait abrogé ? Quelle preuve coranique a-t-on de cela ? Et même hadistique ?
  6. Certains affirme que le propos de ‘Umar fut transmise par le Propète qu’il l’aurait lui-même reçue Dieu : mais ceci n’est que déclaratif. Quelle preuve ont-ils d’une telle affirmation ? Ce n’est pas parce qu’ils n’arrivent pas à accepter que l’on ait inventé des récits à ce sujet afin de justifier une politique plus rude et sévère ou bien que l’on ait voulu copier la loi juive, qu’il faut attribuer à Dieu et Son Messager ce dont ils n’ont aucune preuve à présenter. En effet, la loi judaïque précise ce qui suit : « Si l’on trouve qu’un homme a couché avec une femme mariée, ils mourront tous deux, l’homme qui a couché avec la femme et la femme aussi. Tu ôteras ainsi le mal du milieu d’Israël. Si une jeune fille vierge est fiancée à quelqu’un, et qu’un homme la rencontre dans une ville et couche avec elle, vous les conduirez tous deux à la porte de la ville, et vous les lapiderez jusqu’à ce qu’ils meurent… ». Deutéronome XXII : 22-24.
  7. Comment prendre en considération un tel récit quand on apprend d’une part qu’il existe en réalité plusieurs versions de ce même verset (au moins sept) et que, d’autre part, on apprend d’après ce que rapporte Ibn Mâjah dans ses Sunan que c’est une chèvre ou une poule qui serait la cause de la disparition du « verset » en question dans le Coran ?
  8. Allah n’est-Il pas capable de préserver Son Livre contre l’altération d’une simple créature parmi les animaux de la ferme ? De plus, il n’y a aucune preuve coranique de l’existence de tel verset et de son abrogation.
  9. Et comment expliquer, alors que le Coran était au préalable récité et mémorisé, que sa disparition d’un support physique (comme le suppose le récit susmentionné) entraîne sa disparition tout court ? L’animal aurait-il mangé le support et le cerveau  de tout ceux qui avaient mémorisé ce verset ?
  10. Comment est-il possible que le Prophète juge par l’application de la peine du rajm, comme certains hadîths le précisent, alors que Dieu Lui demande expressément de juger par le Kitâb (Coran) et qu’Il témoigne qu’il ne cherche pas d’autres sources de lois que le Coran : cf 6/114, 4/105… En effet, si le Prophète a appliqué cette peine, alors qu’elle n’est pas dans le Coran, alors le Prophète a désobéi à Dieu…

Source Ibn Majah pour le récit du verset dévoré par un dâjin :

 

Ces versets auraient donc été récités durant des années et, malgré la transmission prophétique de l’intégralité du Coran aux Ṣaḥâba, aucun d’eux n’aurait mémorisé lesdits versets au point d’être capable de les restituer oralement lors de la compilation du Coran ou de s’étonner de leur absence alors qu’on demandait dans le même temps leur application au nom du Coran ?! Comment est-il concevable que Dieu nous demande de suivre le contenu d’un verset qui n’aurait figuré que de façon présumée dans Son Kitâb et dont nous n’aurions finalement connaissance que par un récit attribué à ‘Umar après la mort du Prophète. Ainsi, cette manoeuvre ressemble davantage à un tour de passe-passe afin de faire dire au Coran ce que l’on n’arrivait pas lui faire dire via son texte. En outre,  cette histoire est improbable, d’autant qu’un verset coranique n’a ce titre que s’il est mutawâtir à l’image des autres versets composant le Coran.

 

III. La légalité de l’abrogation (naskh) coranique en question

Malgré tout ce qui vient d’être dit, nous pouvons toutefois admettre l’idée que l’annulation d’un hukm précédent la révélation coranique ait lieu via la révélation d’un verset coranique. Ainsi, à travers le Coran, Dieu a pu théoriquement annuler des règles présentes dans les Livres révélés auparavant, bien que ce point nécessite une recherche minutieuse et détaillée afin de le démontrer. 

En outre, ne confondons pas ce qu’est l’abrogation d’un point de vue principologique avec le fait de modifier des règles mises en place par une société X ou spécifiques à un individu ou groupe Y. Il y a des versets et des prescriptions qui furent révélés en accompagnant les événements contemporains du Prophète (paix sur lui) et qui prirent donc fin avec les causes dont elles dépendaient et ce, car ces événements impliquaient la présence de prescriptions qui s’élaboraient en fonction de leur survenance mais dont la « durée de vie » dépendait uniquement de l’évènement contextuel en question.

De même, il y a des prescriptions (aḥkâm) personnelles, particulières au Messager lui-même, qui prirent fin naturellement avec sa mort. Mais, dans tous les cas, ce qu’il est important de retenir ici c’est qu’il ne s’agit nullement d’abrogation de verset coranique, mais de spécification ou d’annulation (ilghâ`). A ce titre, l’annulation d’un verset dans son sens réel par un autre verset coranique n’est jamais survenue dans le Livre de Dieu (Coran). Ceci dit, les différents types de spécifications/annulations existantes et tirées du Coran sont les suivantes :

  • Les prescriptions personnelles et particulières au Messager (paix sur lui).
  • Les prescriptions qui s’achevèrent avec la fin de l’événement pour lequel elles furent révélés.
  • Les prescriptions qui prirent fin à la mort du Messager.
  • Les prescriptions allégées (aḥkâm khufifât).

 

En résumé, nous pouvons affirmer clairement que jamais le naskh (abrogation) n’a concerné un verset coranique lui-même via un autre verset coranique. En revanche, l’annulation du statut normatif d’un verset a pu concerner spécifiquement la personne du Prophète ou encore ce qui fut lié particulièrement à un événement à l’époque du Prophète.

Nous allons donc ci-après mettre en avant des exemples afin de réfuter certaines positions concernant ce qui est considéré comme une prescription abrogée (mansûkh hukm) parmi les versets coraniques. Mais avant cela, précisons le sens du mot « naskh » dans le Coran.

 

IV. Le sens réel du mot « naskh » dans le Coran

Le sens du « naskh » dans le Coran est « l’affirmation », « l’enregistrement » ou encore « la transcription » (l’écriture). De même, l’un de ces synonymes est le terme « naqala » qui signifie transporter, emporter ou transférer. La mention du « naskh » dans le Coran nous est parvenu (via sa racine) en quatre endroits :

· al-Baqarah, 2/106 :

مَا نَنسَخْمِنْ آيَةٍأَوْ نُنسِهَا نَأْتِ بِخَيْرٍ مِّنْهَا أَوْ مِثْلِهَا أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللّهَ عَلَىَ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
« Si Nous nansakh une âya quelconque ou que Nous la fassions oublier (nunsihâ), Nous en apportons une meilleure, ou une semblable. Ne sais-tu pas que Dieu est Omnipotent ? »

Nous traiterons ce verset ci-après.

· al-A’râf, 7/154 :

وَلَمَّا سَكَتَ عَنْ مُوسَى الْغَضَبُ أَخَذَ الْأَلْوَاحَ ۖ وَفِي نُسْخَتِهَاهُدًى وَرَحْمَةٌ لِلَّذِينَ هُمْ لِرَبِّهِمْ يَرْهَبُونَ
« Et quand la colère de Moïse se fut calmée, il prit les tablettes. Il y avait dans leur nuskhat (écriture) guide et miséricorde à l’intention de ceux qui craignent leur Seigneur. »

Ici, il s’agit évidemment de l’écriture que reçue Mûsâ et non de l’abrogation qui n’aurait aucun sens, car ce qui est abrogé ne peut être un guide et une Raḥmah.

· al-Ḥajj, 22/52 :

وَمَا أَرْسَلْنَا مِنْ قَبْلِكَ مِنْ رَسُولٍ وَلَا نَبِيٍّ إِلَّا إِذَا تَمَنَّىٰ أَلْقَى الشَّيْطَانُ فِي أُمْنِيَّتِهِ فَيَنْسَخُاللَّهُ مَا يُلْقِي الشَّيْطَانُ ثُمَّ يُحْكِمُ اللَّهُ آيَاتِهِۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ
« Nous n’avons envoyé, avant toi, ni Messager ni prophète qui n’ait récité sans que le Diable n’ait essayé d’intervenir dans sa récitation. Dieu yansakhu (repousse) ce que le Diable suggère, et Allah renforce Ses âyât (signes). Dieu est Omniscient et Sage. »

Ici, le sens d’abroger ne convient pas puisque dans le verset suivant Dieu précise qu’Il a fait des agissements du shayṭân une fitnah pour ceux qui ont une maladie au cœur. Or, si ce qu’il fait est abrogé, alors cela ne peut constituer une fitnah…

· al-Jâthiyah, 45,29 :

هَٰذَا كِتَابُنَا يَنْطِقُ عَلَيْكُمْ بِالْحَقِّ ۚ إِنَّا كُنَّا نَسْتَنْسِخُ مَا كُنْتُمْ تَعْمَلُونَ
« Voici Notre kitâb. Il parle de vous en toute vérité car Nous nastansikhu (enregistrons) ce que vous faisiez. »

Ici, il paraît évident que le terme dérivé de « naskh » signifie transcrire ou enregistrer, et non abroger.

V. Le sens du terme « Âya »

Voici la signification du terme « aya » au niveau linguistique et conventionnel :

Linguistiquement, le terme « âyah » possède plusieurs sens[3]:

  • La ‘alâmah (signe) – العلامة
  • La ‘ibrah (leçon) – العبرة
  • La jamâ’ah (groupe) – الجماعة
  • La ‘ajaybah (fait extraordinaire, merveille) – العجيبة
  • Le burhân (preuve, argument) – البرهان
  • La mu’jizah (miracle) – المعجزة

Conventionnellement, la âyât possède les sens suivants :

  • La ‘alâmah (Signe) – العلامة
  • La mu’jizah (miracle) – المعجزة
  • La phrase (verset) parmi celles du Coran.

 

VI. Est-ce que Dieu affirme avoir abrogé des versets coraniques dans Son Livre par d’autres versets ?

Les pro-abrogations utilisent deux versets principaux pour étayer leur thèse affirmant qu’au sein du Coran se trouveraient des versets qui auraient été remplacés par d’autres.

Le premier d’entre eux est le suivant avec sa traduction répandue :

مَا نَنسَخْ مِنْ آيَةٍ أَوْ نُنسِهَا نَأْتِ بِخَيْرٍ مِّنْهَا أَوْ مِثْلِهَا أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللّهَ عَلَىَ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
« Si Nous abrogeons (nansakh) un verset quelconque ou que Nous le fassions oublier (nunsihâ), Nous en apportons un meilleur ou un semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah est Omnipotent ? »

Or, une telle explication du verset est inconcevable, notamment pour les raisons suivantes (que met également en avant le docteur Cyrille Moreno dans l’un de ses articles sur le sujet) :

Première critique : Il est inconcevable que Dieu remplace un de Ses versets par un autre meilleur, car cela impliquerait qu’Il aurait jugé le premier moins bon que le second et donc que ce qu’Il avait révélé la première fois n’était pas parfait… Or, la perfection est ce qui émane de Dieu.

Deuxième critique : Il n’y a ni cohérence ni utilité à remplacer un premier verset par un second qui lui serait semblable, à moins d’admettre que Dieu doute, ce qui n’est pas envisageable.

Troisième critique : D’après le dogme majoritaire (sunnite) le Coran est incréé, il est en Dieu de façon éternelle. Comment la parole de Dieu pourrait-elle dès lors connaître des modifications alors que ces dernières touchent à des réalités créées… ?

Outre ses trois premières critique liées à l’incohérence de la traduction et de l’explication classique, il convient d’ajouter ce qui suit :

Quatrième critique : Comment est-il concevable que Dieu ait abrogé certains de Ses versets par d’autres sans que jamais Dieu ne nous dise lesquels et par quels autres versets ? Est-ce à nous de jouer aux devinettes avec la révélation divine ?

Cinquième critique : Pourquoi ne disposons-nous pour ainsi dire d’aucun Ḥadîth fiable sur le sujet ? Le Messager de Dieu n’était-il pas au courant que Dieu avait abrogé certains versets et les avait remplacé par d’autres ?! Si oui, pourquoi n’avons-nous aucune information sûre et explicite de sa part sur le sujet nous permettant de savoir précisément ce qu’il en est de l’ensemble des versets abrogés et abrogeants ?

Sixième critique : Si le Prophète avait eu connaissance de l’abrogation de certains versets par d’autres et qu’il l’avait en conséquence transmise aux Ṣaḥâbah, pourquoi avoir continuer à transcrire dans le muṣḥâf des versets abrogés sans les indiquer explicitement ? Quelle preuve a-t-on que tel verset devait être abrogé par sa récitation uniquement et d’autres par l’application uniquement ?

Autant le dire, il semble totalement inconcevable que Dieu, dans Sa sagesse infinie, nous demande de nous référer à un Livre révélée pour nous guider sans que l’on ne sache quel est le nombre précis de versets abrogés, leur emplacement exact et ce par quoi ils furent remplacés dans le Kitâb. Il est totalement inconcevable que la guidée de l’humanité dépendent des divergences de la part de plusieurs clercs nous indiquant que les verset abrogés vont d’une poignée à plusieurs centaines et qui ne sont même pas d’accord parfois sur le verset qui est abrogé et celui qui est abrogeant. Le comble est que, comme le stipule l’Imâm as-Suyûṭî dans Al-itqân fî ‘ulûm al -qur`ân, il soit demandé impérativement à celui qui commente le Coran de connaître l’abrogeant et l’abrogé, alors même que ni Dieu (ni même Son Messager) ne nous a indiqué clairement qu’elles étaient ses « fameuses » paroles divines concernées ! C’est un paradoxe sans fin qui ne peut qu’entraîner le rejet de toute la tradition scripturaire affirmant une telle abrogation, notamment celle d’un prétendu verset sur la lapidation qui ne serait plus présent dans le Coran après avoir été mangé par une chèvre (ou une volaille), mais dont la valeur juridique aurait malgré tout perduré !

En somme, il semble évident que le procédé de l’abrogation de certains versets par d’autres fut institué après la mort du Messager de Dieu pour ainsi permettre de justifier certaines interprétations exégétiques. De même, parmi les versets que prennent en argument les partisans du naskh pour affirmer le « remplacement » (tabdîl) de la parole de Dieu par une autre, nous trouvons celui-ci :

يَمْحُو اللَّهُ مَا يَشَاءُ وَيُثْبِتُ ۖ وَعِنْدَهُ أُمُّ الْكِتَابِ
« Allah efface (yamḥû) et confirme ce qu’Il veut et la « Mère » du Livre (umm al-kitâb, écriture primordiale) est auprès de Lui. »[4]

Selon eux, ce verset témoigne que Dieu peut abroger un verset coranique. Ceci est en fait la chose la plus étonnante qu’ils aient pu affirmer mettant surtout en exergue leur ignorance du sens des versets au point que ceci les contraigne à en donner une telle interprétation. Si nous nous intéressons de plus près à ce verset et celui qui précède, nous constaterons que le fil directeur et le sens sont bien différents de ce qu’ils en disent :

وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا رُسُلًا مِنْ قَبْلِكَ وَجَعَلْنَا لَهُمْ أَزْوَاجًا وَذُرِّيَّةً ۚ وَمَا كَانَ لِرَسُولٍ أَنْ يَأْتِيَ بِآيَةٍ إِلَّا بِإِذْنِ اللَّهِ لِكُلِّ أَجَلٍ كِتَابٌ¤ يَمْحُو اللَّهُ مَا يَشَاءُ وَيُثْبِتُ ۖ وَعِنْدَهُ أُمُّ الْكِتَابِ
« Et Nous avons certes envoyé avant toi des Messagers et leur avons donné des épouses et des descendants. Et il ne convient pas à un Messager d’apporter (de venir) bî âyah (avec un miracle/signe), si ce n’est qu’avec l’accord de Dieu. Chaque échéance à son terme prescrit ¤ Dieu efface ou confirme ce qu’Il veut et la Matrice du Livre est auprès de Lui. »[5]

Conséquemment, il paraît évident que le propos ici concerne les âyât dans le sens de signes (‘alâmah) ou de miracles (mu’jizât) manifestes et non dans celui de « paragraphe  divisant le texte coranique ». Le sens sera donc que ces ayât (signes/miracles) ne peuvent être apportées par un Messager que par la permission de Dieu et qu’elles se doivent d’être patentes. Parmi elles, nous trouvons ce que Dieu efface (via le temps qui s’écoule) par Sa volonté et ce qu’Il corrobore, confirme.

Ceci soutien d’ailleurs les paroles de Dieu suivantes souvent utilisées pour prétendre que Dieu aurait affirmé l’abrogation de versets coraniques. Or, il n’en est rien, car Dieu évoque en fait, en lien avec le verset précédent, les Signes divins et non les versets :

مَا نَنسَخْمِنْ آيَةٍأَوْ نُنسِهَانَأْتِ بِخَيْرٍ مِّنْهَا أَوْ مِثْلِهَا أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللّهَ عَلَىَ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
« Si Nous nansakh (affirmons/confirmons) une âya (signes/miracles) quelconque ou que Nous la nunsihâ (fassions oublier) [6], Nous en apportons une meilleure ou une semblable. Ne sais-tu pas que Dieu est Omnipotent ? »[7]

وَإِذَا بَدَّلْنَاآيَةًمَكَانَ آيَةٍۙ وَاللَّهُ أَعْلَمُ بِمَا يُنَزِّلُ قَالُوا إِنَّمَا أَنْتَ مُفْتَرٍ ۚ بَلْ أَكْثَرُهُمْ لَا يَعْلَمُونَ
« Quand Nous badalnâ (remplaçons) une âya (signe/miracle) par une autre – et Dieu sait mieux ce qu’Il fait descendre – ils disent : « Tu n’es qu’un menteur ». Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. »[8]

D’ailleurs, précisons que feu le professeur ‘Ubaydullah Maurice Gloton, que Dieu lui fasse miséricorde, proposa la traduction suivante pour les versets susmentionnés :

« Que Nous supprimions un Signe ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur ou un équivalent. Ne sais-tu pas qu’Allâh est Puissant sur toute chose ? »

« Or, lorsque Nous substituons un Signe à un (autre) Signe– et Allâh est infiniment Savant au sujet de ce qu’Il fait descendre -, ils disent : « Tu n’es qu’un faussaire ! » Bien plutôt, la plupart d’entre eux ne savent pas ! »[9]

Le sujet des miracles sensoriels fait l’objet d’un long travail d’explication qu’il convient de ne pas relater ici afin de ne pas perdre l’objectif principal et alourdir le propos. Mais précisons que le Coran nous enseigne que les dénégateurs, les hypocrites et ceux qui avaient dans leur cœur une maladie demandèrent au Messager (paix sur lui) de leur apporter un « signe » parmi les « miracles » qu’ils ne cesseraient d’évoquer, semblables à ceux des premières générations et ce, comme une sorte de mise à l’épreuve pour rendre le Prophète incapable. Ainsi, ils lièrent leur adhésion à l’islâm à la venue de ce Signe (âya) :

وَقَالُوا لَوْلَا يَأْتِينَا بِآيَةٍ مِنْ رَبِّهِ ۚ
« Et ils disent : « Pourquoi ne nous apporte-t-il pas une âya (miracle) de son Seigneur?»[10]

بَلْ قَالُوا أَضْغَاثُ أَحْلَامٍ بَلِ افْتَرَاهُ بَلْ هُوَ شَاعِرٌ فَلْيَأْتِنَا بِآيَةٍ كَمَا أُرْسِلَ الْأَوَّلُونَ
«
Mais ils dirent : “Voilà plutôt un amas de rêves ! Ou bien Il l’a inventé ou c’est plutôt un poète. Qu’il nous apporte donc une âya (miracle) comme celui dont furent chargés les premiers envoyés”. »[11]

La réfutation divine vint afin d’entourer de toute part leur tentative et montrer que les miracles ou signes (âyât) n’ont pas persuadé tous ceux d’avant, sur lesquels ils sont descendu :

وَمَا مَنَعَنَا أَنْ نُرْسِلَ بِالْآيَاتِ إِلَّا أَنْ كَذَّبَ بِهَا الْأَوَّلُونَ ۚ
« Rien ne Nous empêche d’envoyer les signes/miracles (âyât), si ce n’est que les Anciens les avaient traités de mensonges… »[12]

وَمَا تَأْتِيهِمْ مِنْ آيَةٍ مِنْ آيَاتِ رَبِّهِمْ إِلَّا كَانُوا عَنْهَا مُعْرِضِينَ
« Et il ne leur vient aucun des signes d’entre les signes (âyât) de leur Seigneur, sans qu’ils ne s’en détournent. »[13]

سَأَصْرِفُ عَنْ آيَاتِيَ الَّذِينَ يَتَكَبَّرُونَ فِي الأَرْضِ بِغَيْرِ الْحَقِّ وَإِن يَرَوْاْ كُلَّ آيَةٍ لاَّ يُؤْمِنُواْ بِهَا
« J’écarterai de Mes signes (âyât) ceux qui, sans raison, s’enflent d’orgueil sur terre. Même s’ils voyaient tous les âyah (miracles), ils n’y croiraient pas. »[14]

فَعَقَرُوا النَّاقَةَ وَعَتَوْا عَنْ أَمْرِ رَبِّهِمْ وَقَالُوا يَا صَالِحُ ائْتِنَا بِمَا تَعِدُنَا إِنْ كُنْتَ مِنَ الْمُرْسَلِينَ
« Ils tuèrent la chamelle, désobéirent au commandement de leur Seigneur et dirent: “Ô Ṣâliḥ, fais nous venir ce dont tu nous menaces, si tu es du nombre des Envoyés.” »[15]

Par la suite, le fait de traiter de mensonge les signes/miracles de Dieu après leur venue impliqua une punition (divine) exemplaire :

قَالَ عِيسَى ابْنُ مَرْيَمَ اللَّهُمَّ رَبَّنَا أَنْزِلْ عَلَيْنَا مَائِدَةً مِنَ السَّمَاءِ تَكُونُ لَنَا عِيدًا لِأَوَّلِنَا وَآخِرِنَا وَآيَةً مِنْكَ ۖ وَارْزُقْنَا وَأَنْتَ خَيْرُ الرَّازِقِينَ * قَالَ اللَّهُ إِنِّي مُنَزِّلُهَا عَلَيْكُمْ ۖ فَمَنْ يَكْفُرْ بَعْدُ مِنْكُمْ فَإِنِّي أُعَذِّبُهُ عَذَابًا لَا أُعَذِّبُهُ أَحَدًا مِنَ الْعَالَمِينَ
« “Ô Dieu, notre Seigneur, dit Jésus, fils de Marie, fais descendre du ciel sur nous une table servie qui soit une fête pour nous, pour le premier d’entre nous, comme pour le dernier, ainsi qu’un signe (aya) de Ta part. Nourris-nous, Tu es le meilleur des nourrisseurs.” ”Oui, dit Dieu, Je la ferai descendre sur vous. Mais ensuite, quiconque d’entre vous refuse de croire, Je le châtierai d’un châtiment dont Je ne châtierai personne d’autre dans l’univers.” »[16]

Aussi, après avoir mentionné cela, il nous apparaît clairement que le sens de la parole de Dieu dans le verset suivant…

وَلَقَدْ أَرْسَلْنَا رُسُلًا مِنْ قَبْلِكَ وَجَعَلْنَا لَهُمْ أَزْوَاجًا وَذُرِّيَّةً ۚ وَمَا كَانَ لِرَسُولٍ أَنْ يَأْتِيَ بِآيَةٍ إِلَّا بِإِذْنِ اللَّهِ ۗ لِكُلِّ أَجَلٍ كِتَابٌ * يَمْحُو اللَّهُ مَا يَشَاءُ وَيُثْبِتُ ۖ وَعِنْدَهُ أُمُّ الْكِتَابِ
« Et Nous avons certes envoyé avant toi des Messagers, et leur avons donné des épouses et des descendants. Et il n’appartient pas à un Messager d’apporter un miracle (âya), si ce n’est qu’avec la permission de Dieu. Chaque échéance à son terme prescrit.¤ Dieu efface ou confirme ce qu’Il veut et la Matrice du Livre est auprès de Lui. »[17]

…est que Dieu envoie Ses Signes/miracles, mais qu’Il « efface », « supprime », « fait disparaître » ce qu’Il veut parmi lesdits signes miraculeux et confirme ce qu’Il veut d’eux, et auprès de Lui se trouve umm al-kitâb qui contient le Noble Coran, le Signe/miracle du dernier Messager :

بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَٰنِ الرَّحِيمِ حموَالْكِتَابِ الْمُبِينِإِنَّا جَعَلْنَاهُ قُرْآنًا عَرَبِيًّا لَعَلَّكُمْ تَعْقِلُونَوَإِنَّهُ فِي أُمِّ الْكِتَابِ لَدَيْنَا لَعَلِيٌّ حَكِيمٌ
« Hâ, Mîm ¤ Par le kitâb explicite ! ¤ Nous en avons fait un Coran arabe afin que vous raisonniez.¤ Il (ce Coran) est auprès de Nous, dans umm al-kitâb sublime et rempli de sagesse. »[18]

 

VII. Que dire du sens de ces passages coraniques en utilisant le sens de « verset » pour le terme « aya » ?

Malgré ce qui vient d’être dit, que pouvons-nous dire de la traduction considérant que le terme « aya » fasse référence à des versets coraniques et non aux miracles ou Signes de Dieu ?

مَا نَنسَخْ مِنْ آيَةٍ أَوْ نُنسِهَا نَأْتِ بِخَيْرٍ مِّنْهَا أَوْ مِثْلِهَا أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللّهَ عَلَىَ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
« Si Nous nansakh (abrogeons) une âya (verset) quelconque ou que Nous le nunsihâ (le fassions oublier), Nous en apportons un meilleure ou un semblable. Ne sais-tu pas que  Dieu est Omnipotent ? »

D’après l’orthodoxie exégétique, il s’agirait ici de dire que Dieu a abrogé un verset coranique ou l’a fait oublier en le remplaçant par un autre verset meilleur ou semblable. Toutefois, cela provoque d’emblée des contradictions inacceptables :

1. Quelle est l’utilité d’abroger un verset pour le remplacer par un verset semblable, similaire ?

2. Comment admettre que Dieu, le Parfait, puisse révéler un verset meilleur qu’un autre, alors que cela implique que le premier soit perfectible et améliorable quand Dieu précise que Son Kitâb est révélé dans une langue arabe parfaitement claire ? Est-il raisonnablement acceptable d’admettre que Dieu ait besoin de corriger ou de perfectionner ce qu’Il révèle ?!

En conséquence, même si le terme « verset » devait être retenu, ce qui ne semble pas pertinent, le sens « d’abroger » ne pourrait être admis en ce passage pour le terme « nansakh ». De même, le terme « nunsihâ », qui vient du verbe ansâ (faire oublier), est traduit par « (Nous) le fassions oublier ». Or, ce segment engendre les mêmes problématiques :

1. Quel est l’utilité de faire oublier un verset pour le remplacer par un autre verset semblable, puisque c’est l’une des possibilités données par Dieu ?
2. Et comment admettre que Dieu ait besoin d’effacer un verset en le faisant oublier pour le remplacer par un verset meilleur, impliquant donc que le premier était perfectible ou à corriger ?!

Ci-après, traitons les quatre endroits dans lesquels l’on mentionne le terme « naskh ».

 

VIII. Du naskh et des âyat

 

Rappelons déjà que, théoriquement, le naskh ne concerne pas tous les aḥkâm (statuts juridiques), mais seulement certains d’entre eux, à savoir l’obligation (Wujûb), l’interdiction (Taḥrîm) et la permission (Ibâḥah). L’inclusion du naskh de versets normatifs révélés dans les autres Écritures peut éventuellement être considérée comme essentielle à cause de l’évolution des communautés, leur déliquescence ou leur apogée. Ainsi, pour chaque génération ou communauté, il existe des statuts juridiques convenant à sa situation. Dans la Torah et les Évangiles, il semble exister des aḥkâm et des législations (tashri’ât) que Dieu aurait abrogés via la révélation coranique et ce, car elles convenaient seulement à la société hébraïque de l’époque par exemple leur permettant d’accomplir leurs objectifs. Il faut toutefois approfondir cette thématique avant de trop s’avancer car il semble pertinent de considérer qu’il s’agisse simplement d’ouvrir d’autres voies, et non d’abroger les précédentes et c’est notamment pour cela que Dieu a dit :

.. لِكُلٍّ جَعَلْنَا مِنْكُمْ شِرْعَةً وَمِنْهَاجًا
« A chacun de vous Nous avons assigné une voie générale (shir’a) et une voie spécifique (minhâj)… »[19]

De même, il y a dans notre sharî’a l’existence de la gradation du bon vers le meilleur pour les personnes responsables (mukallifûn) et leur déplacement vers un jugement permanent et harmonieux pour toute époque, individu et société. C’est ainsi que Dieu a révélé :

الْيَوْمَ أَكْمَلْتُ لَكُمْ دِينَكُمْ وَأَتْمَمْتُ عَلَيْكُمْ نِعْمَتِي وَرَضِيتُ لَكُمُ الْإِسْلَامَ دِينًا ۚ
« Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre dîn, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée al-islâm comme dîn pour vous… »[20]

En réalité, le fait de considérer que Dieu évoque l’abrogation dans le verset suivant (2/106-108) constitue un non-sens total, mais Dieu dit plutôt :

 

مَا نَنْسَخْ مِنْ آيَةٍ أَوْ نُنْسِهَا نَأْتِ بِخَيْرٍ مِنْهَا أَوْ مِثْلِهَا ۗ أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ * أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللَّهَ لَهُ مُلْكُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۗ وَمَا لَكُمْ مِنْ دُونِ اللَّهِ مِنْ وَلِيٍّ وَلَا نَصِيرٍ * أَمْ تُرِيدُونَ أَنْ تَسْأَلُوا رَسُولَكُمْ كَمَا سُئِلَ مُوسَىٰ مِنْ قَبْلُ ۗ وَمَنْ يَتَبَدَّلِ الْكُفْرَ بِالْإِيمَانِ فَقَدْ ضَلَّ سَوَاءَ السَّبِيلِ

« Si Nous confirmons un signe/miracle quelconque ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur ou un semblable (pour ces réceptionnaires). Ne sais-tu pas que Dieu est Omnipotent ? ¤ Ne sais-tu pas qu’à Dieu, appartient le royaume des cieux et de la terre, et qu’en dehors de Dieu vous n’avez ni protecteur ni secoureur? ¤Voudriez-vous interroger votre Messager comme auparavant on interrogea Moïse ? Quiconque substitue le kufr à la foi s’égare certes du droit chemin. »

Premier remarques :

D’après la traduction classique le début de ce verset nous informerait que Dieu aurait supprimer un verset coranique en référence au terme « aya ». Or, nous avons démontré que ce verset n’évoquait ni l’abrogation ni les versets coraniques spécifiquement, mais plutôt les Signes divins dans leur globalité.

En effet, « mâ nansakh = ما ننسخ » signifie « mâ nuthbit =ما نثبت», à savoir « si nous affirmons, corroborons, validons, etc ». S’il avait réellement le sens du « mahw =المحو » c’est-à-dire de la suppression comme l’ont dit les théologiens des écoles sunnites et chiites, le sens serait alors : « Si Nous effaçons/supprimons une aya ou si nous l’effaçons/supprimons (par l’oubli)… ».

Or, un tel propos n’aurait que peu de cohérence puisque la particule « aw – أو » est connue pour indiquer un « choix » entre deux choses complètement distinctes/différentes, ce qui n’est pas le cas ici puisqu’il s’agit dans les deux cas de la suppression d’une aya.

Aussi, bien que ce dernier point puisse se discuter, il convient de rappeler que « min ayatin – من آية » , de « al-aya », signifie linguistiquement, comme nous l’avons mentionné, le signe, la leçon, le fait extraordinaire, la preuve ou encore le miracle. Coraniquement, ce terme a pour sens le signe (العلامة) ou le miracle (المعجزة) sachant qu’un verset coranique est également un signe/miracle divin.

 

Deuxième remarque :

Dans le verset traité, le terme « aya » possède également le sens de signe/miracle et non de « verset » parmi ceux du Coran. La preuve de cela se trouve dans ce qui nous est parvenu des versets eux-mêmes. Dieu dit :

مَا نَنْسَخْ مِنْ آيَةٍ أَوْ نُنْسِهَا نَأْتِ بِخَيْرٍ مِنْهَا أَوْ مِثْلِهَا ۗ أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ * أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللَّهَ لَهُ مُلْكُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ ۗ وَمَا لَكُمْ مِنْ دُونِ اللَّهِ مِنْ وَلِيٍّ وَلَا نَصِيرٍ

« Si Nous confirmons une aya quelconque ou que Nous la fassions oublier, Nous en apportons une meilleur ou une semblable . Ne sais-tu pas que Dieu est Omnipotent ? ¤ Ne sais-tu pas qu’à Dieu, appartient le royaume des cieux et de la terre, et qu’en dehors de Dieu vous n’avez ni protecteur ni secoureur?

Puis, après avoir dit ceci, Dieu dit :

أَمْ تُرِيدُونَ أَن تَسْأَلُواْ رَسُولَكُمْ كَمَا سُئِلَ مُوسَى مِن قَبْلُ وَمَن يَتَبَدَّلِ الْكُفْرَ بِالإِيمَانِ فَقَدْ ضَلَّ سَوَاء السَّبِيلِ
« Voudriez-vous interroger votre Messager comme auparavant on interrogea Moïse? Quiconque substitue la mécréance à la foi s’égare certes du droit chemin. »

Mais qu’avaient donc demandé les Juifs à Moïse ? Des versets de la Torah ? Non, des miracles, des Signes de Dieu !

En effet, ils demandèrent des signes miraculeux et la sourate al-Baqara a débuté en présentant le cas des banû isrâ`îl avec Moïse. Dieu a mentionné comment Il leur montra Ses Signes miraculeux (aya) afin qu’ils soient guidés. Parmi cela, il y eut le fait qu’Il ait ouvert la mer devant eux :

وَإِذْ فَرَقْنَا بِكُمُ الْبَحْرَ فَأَنجَيْنَاكُمْ وَأَغْرَقْنَا آلَ فِرْعَوْنَ وَأَنتُمْ تَنظُرُونَ
« Et [rappelez-vous] lorsque Nous avons fendu la mer pour vous donner passage!… Nous vous avons donc délivrés, et noyé les gens de Pharaon, tandis que vous regardiez. »

Malgré cela, les banû isrâ`îl ont renié le bienfait de Dieu et rejeté le fait de se soumettre à Lui seul en adorant une idole.

Par la suite, les signes miraculeux se multiplièrent, et tandis qu’en leur foisonnement ils se vantèrent, ils répondirent à la bienfaisance divine par le mal et l’ingratitude. Ils tuèrent les Prophètes, désobéirent aux ordres divin et, pire encore, certains doutèrent en leur Seigneur et ne se suffirent pas de tous les miracles précédents, mais demandèrent à Le voir clairement :

وَإِذْ قُلْتُمْ يَا مُوسَىٰ لَنْ نُؤْمِنَ لَكَ حَتَّىٰ نَرَى اللَّهَ جَهْرَةً فَأَخَذَتْكُمُ الصَّاعِقَةُ وَأَنْتُمْ تَنْظُرُونَ
« Et [rappelez-vous] lorsque vous dites : «Ô Moïse, nous ne te croirons qu’après avoir vu Dieu clairement »!… Alors la foudre vous saisit tandis que vous regardiez. »

Conséquemment, les ayah (signes miraculeux) n’ont pas été utiles pour ces gens et les ahl al-kitâb demandèrent également au Messager Muhammad de leur apporter des signes miraculeux (ayat al-mu’jizat) comme l’ont demandé leurs prédécesseurs à Moïse. Ils lui demandèrent de leur faire descendre un livre du ciel… voulant signifier par là le fait de le voir directement comme il verrait un oiseau se poser sur la terre :

وَقَالُوا لَنْ نُؤْمِنَ لَكَ حَتَّىٰ تَفْجُرَ لَنَا مِنَ الْأَرْضِ يَنْبُوعًا * أَوْ تَكُونَ لَكَ جَنَّةٌ مِنْ نَخِيلٍ وَعِنَبٍ فَتُفَجِّرَ الْأَنْهَارَ خِلَالَهَا تَفْجِيرًا * أَوْ تُسْقِطَ السَّمَاءَ كَمَا زَعَمْتَ عَلَيْنَا كِسَفًا أَوْ تَأْتِيَ بِاللَّهِ وَالْمَلَائِكَةِ قَبِيلًا * أَوْ يَكُونَ لَكَ بَيْتٌ مِنْ زُخْرُفٍ أَوْ تَرْقَىٰ فِي السَّمَاءِ وَلَنْ نُؤْمِنَ لِرُقِيِّكَ حَتَّىٰ تُنَزِّلَ عَلَيْنَا كِتَابًا نَقْرَؤُهُ ۗ قُلْ سُبْحَانَ رَبِّي هَلْ كُنْتُ إِلَّا بَشَرًا رَسُولًا
« Et ils dirent: «Nous ne croirons pas en toi, jusqu’à ce que tu aies fait jaillir de terre, pour nous, une source;¤ ou que tu aies un jardin de palmiers et de vignes, entre lesquels tu feras jaillir des ruisseaux en abondance;¤ ou que tu fasses tomber sur nous, comme tu le prétends, le ciel en morceaux; ou que tu fasses venir Dieu et les Anges en face de nous;¤ ou que tu aies une maison [garnie] d’ornements; ou que tu sois monté au ciel. Encore ne croirons-nous pas à ta montée au ciel, jusqu’à ce que tu fasses descendre sur nous un Livre que nous puissions lire». Dis-[leur]: «Gloire à mon Seigneur! Ne suis-je qu’un être humain-Messager?»

Mais Dieu répondit :

يَسْأَلُكَ أَهْلُ الْكِتَابِ أَن تُنَزِّلَ عَلَيْهِمْ كِتَابًا مِّنَ السَّمَاء فَقَدْ سَأَلُواْ مُوسَى أَكْبَرَ مِن ذَلِكَ فَقَالُواْ أَرِنَا اللّهِ جَهْرَةً فَأَخَذَتْهُمُ الصَّاعِقَةُ بِظُلْمِهِمْ ثُمَّ اتَّخَذُواْ الْعِجْلَ مِن بَعْدِ مَا جَاءتْهُمُ الْبَيِّنَاتُ فَعَفَوْنَا عَن ذَلِكَ وَآتَيْنَا مُوسَى سُلْطَانًا مُّبِينًا
« Les ahl al-kitâb te demandent de leur faire descendre du ciel un kitâb. Ils ont déjà demandé à Moïse quelque chose de bien plus grave quand ils dirent: « Fais-nous voir Dieu à découvert ! » Alors la foudre les frappa pour leur tort. Puis ils adoptèrent le Veau (comme idole) même après que les preuves leur furent venues. Nous leur pardonnâmes cela et donnâmes à Moïse une autorité déclarée. »

En effet, Dieu a montré dans plusieurs versets que les miracles ne changent pas la conduite des dénégateurs :

وَإِنْ يَرَوْا كُلَّ آيَةٍ لَا يُؤْمِنُوا بِهَا ۚ
« Quand même ils verraient toutes sortes de signes (âya), ils n’y croiraient pas. »

وَإِذَا جَاءَتْهُمْ آيَةٌ قَالُوا لَنْ نُؤْمِنَ حَتَّىٰ نُؤْتَىٰ مِثْلَ مَا أُوتِيَ رُسُلُ اللَّهِ ۘ
« Et lorsqu’un signe (âya) leur vient, ils disent: «Jamais nous ne croirons tant que nous n’aurons pas reçu un don semblable à celui qui a été donné aux messagers de Dieu» »

فَلَمَّا جَاءَتْهُمْ آيَاتُنَا مُبْصِرَةً قَالُوا هَٰذَا سِحْرٌ مُبِينٌ
« Et lorsque Nos prodiges (âya) leur parvinrent, clairs et explicites, ils dirent: «C’est là une magie évidente!»

وَمَا تَأْتِيهِمْ مِنْ آيَةٍ مِنْ آيَاتِ رَبِّهِمْ إِلَّا كَانُوا عَنْهَا مُعْرِضِينَ
« Et il ne leur vient aucun des signes (âya) d’entre les signes (âya) de leur Seigneur, sans qu’ils ne s’en détournent. »

Dieu justifia donc l’absence de signes miraculeux (âya) par le fait que l’époque des miracles tangibles qui s’appuient sur les cinq sens connus avait disparu et en précisant que les générations antérieures n’avaient pas su tiré avantage de cela. Dieu a dit :

وَلَئِنْ أَتَيْتَ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ بِكُلِّ آيَةٍ مَا تَبِعُوا قِبْلَتَكَ ۚ وَمَا أَنْتَ بِتَابِعٍ قِبْلَتَهُمْ ۚ وَمَا بَعْضُهُمْ بِتَابِعٍ قِبْلَةَ بَعْضٍ ۚ وَلَئِنِ اتَّبَعْتَ أَهْوَاءَهُمْ مِنْ بَعْدِ مَا جَاءَكَ مِنَ الْعِلْمِ ۙ إِنَّكَ إِذًا لَمِنَ الظَّالِمِينَ
« Certes si tu apportais tous les signes (âyat) à ceux à qui le Livre a été donné, ils ne suivraient pas ta direction (qibla) ! Et tu ne suivras pas la leur; et entre eux, les uns ne suivent pas la direction des autres. Et si tu suivais leurs passions après ce que tu as reçu de science, tu serais, certes, du nombre des injustes. »

C’est pour cela que le discours était adressé à ceux présents autour du Prophète parmi les croyants, les hypocrites et d’autres en dehors d’eux parmi les gens simples, comme pour leur rappeler que parmi les miracles qui ont précédé, il y a ce que Dieu a confirmé et c’est ce qui est connu et célèbre et parmi eux il y a ceux qui a disparu à cause de leur non mention de la part de Dieu et le fait qu’ils se soient effacé des mémoires, les gens ayant oublié avec le temps. Mais quoiqu’il en soit, Dieu amène toujours un (miracle) meilleur ou semblable à ce qui est confirmé pour les réceptionnaire, connu historiquement auprès des gens ou à ce qui a disparu par « le fait de faire oublier » (al-insâ’) ce genre de miracles (al-mu’jizat) en leur rappelant Sa capacité à faire toute chose :

مَا نَنْسَخْ مِنْ آيَةٍ أَوْ نُنْسِهَا نَأْتِ بِخَيْرٍ مِنْهَا أَوْ مِثْلِهَا ۗ أَلَمْ تَعْلَمْ أَنَّ اللَّهَ عَلَىٰ كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ
« Nous ne confirmons pas un miracle (âya) quelconque ou Nous ne le faisons oublier, (sans que) Nous en apportions un meilleur ou un semblable. Ne sais-tu pas que Dieu est Omnipotent? »

Beaucoup d’entre les hypocrites et les dénégateurs considéraient les miracles qui se produisaient et ceux qui ne s’étaient pas encore produits (en supposant qu’ils adviennent) comme étant de la sorcellerie :

وَقَالُوا مَهْمَا تَأْتِنَا بِهِ مِنْ آيَةٍ لِتَسْحَرَنَا بِهَا فَمَا نَحْنُ لَكَ بِمُؤْمِنِينَ
« Et ils dirent: « Quel que soit le miracle que tu nous apportes pour nous fasciner, nous ne croirons pas en toi». »

…Puis, Dieu les mit en garde dans le discours suivant :

أَمْ تُرِيدُونَ أَنْ تَسْأَلُوا رَسُولَكُمْ كَمَا سُئِلَ مُوسَىٰ مِنْ قَبْلُ ۗ وَمَنْ يَتَبَدَّلِ الْكُفْرَ بِالْإِيمَانِ فَقَدْ ضَلَّ سَوَاءَ السَّبِيلِ
« Voudriez-vous interroger votre Messager comme auparavant on interrogea Moïse? Quiconque substitue la mécréance à la foi s’égare certes du droit chemin. »

Ensuite, Dieu a décrit le cas de ceux qui ne savent pas parmi les ahl al-kitâb et qui lient leur foi avec la survenance de miracles (âyat) :

وَقَالَ الَّذِينَ لَا يَعْلَمُونَ لَوْلَا يُكَلِّمُنَا اللَّهُ أَوْ تَأْتِينَا آيَةٌ ۗ كَذَٰلِكَ قَالَ الَّذِينَ مِنْ قَبْلِهِمْ مِثْلَ قَوْلِهِمْ ۘ تَشَابَهَتْ قُلُوبُهُمْ ۗ قَدْ بَيَّنَّا الْآيَاتِ لِقَوْمٍ يُوقِنُونَ
« Et ceux qui ne savent pas ont dit: «Pourquoi Dieu ne nous parle-t-Il pas [directement], ou pourquoi un signe (âya) ne nous vient-il pas?» De même, ceux d’avant eux disaient une parole semblable. Leurs cœurs se ressemblent. Nous avons clairement exposé les signes (âyat) pour des gens qui ont la foi ferme. »

Troisième remarque :

Le fait de considérer que Dieu puisse remplacer un verset coranique par un autre meilleur est en contradiction avec le Coran lui-même. Car il n’y a pas, dans le Kitâb de Dieu, de versets qui soient moins bons que d’autres, ou en dessous de certains. Les versets du Livre sont la Parole de Dieu et Son Coran à propos duquel Il a dit :

لَوْ أَنْزَلْنَا هَٰذَا الْقُرْآنَ عَلَىٰ جَبَلٍ لَرَأَيْتَهُ خَاشِعًا مُتَصَدِّعًا مِنْ خَشْيَةِ اللَّهِ ۚ وَتِلْكَ الْأَمْثَالُ نَضْرِبُهَا لِلنَّاسِ لَعَلَّهُمْ يَتَفَكَّرُونَ
« Si Nous avions fait descendre ce Coran sur une montagne, tu l’aurais vu s’humilier et se fendre par crainte d’Allah. Et ces paraboles Nous les citons aux gens afin qu’ils réfléchissent. »

Selon ceci, le sens visé par « meilleur » (dans le verset) est ce qui est lié aux miracles tangibles pour les réceptionnaires. Les paroles de Dieu se renforcent les unes avec les autres confirmant Sa Parole :

أَفَلَا يَتَدَبَّرُونَ الْقُرْآنَ ۚ وَلَوْ كَانَ مِنْ عِنْدِ غَيْرِ اللَّهِ لَوَجَدُوا فِيهِ اخْتِلَافًا كَثِيرًا
« Ne méditent-ils donc pas sur le Coran? S’il provenait d’un autre qu’Allah, ils y trouveraient certes maintes contradictions (Ikhtilâfan kathîran) ! »

 

Or, Si Dieu devait abroger un verset par un autre meilleur, c’est alors qu’Il se serait contredit et vaudrait corriger ce qui est moins bon ! De même, faire ceci sans préciser quel verset est abrogé et par quel autre, comme c’est précisément le cas, reviendrait à faire coexister des versets qui se contredisent, ce qui est contraire au tête coranique. En outre, les versets sont la Parole de Dieu au sujet de laquelle nulle distinction ou partition de valeur !

Que le lecteur raisonnable se représente à l’esprit combien les spécialistes des narrations (riwâyât) ont noirci des milliers de pages pour expliquer que le naskh dans ce verset signifiait « retirer, annuler » (en d’autre terme : abroger ) afin que le sens ahurissant chez eux du verset soit comme suit :

« Si nous effaçons/retirons/annulons un verset parmi les versets du Coran ou que nous l’effaçons/retirons/annulons (par l’oubli), nous en apportons un meilleur (verset) ou similaire. Ne sais-tu pas que Dieu est omnipotent ! »

Conclusion succincte

L’abrogation de versets du Coran par d’autres versets du Coran est non seulement une règle établie à postériori et sans fondement scripturaire fiable, mais elle constitue en plus un principe complètement incohérent et injustifié que, pourtant, les théologiens demandent de connaître et de maîtriser notamment en vue de l’ijtihâd. Mais quelle incohérence est-ce cela ?! Comment peut-on demander de maîtriser et de connaître ce qui ne repose que sur des détournements de sens et des spéculations ? Et pourtant, combien diront qu’il y a sur ce point consensus (ijmâ’) ?

N’étant que pure fiction, il semble évident qu’il existe au moins deux buts principaux et précis justifiant que l’on ait inventé et imposé un tel principe :

  • Permettre de justifier une politique plus violente, plus dure et plus restrictive puisqu’en général c’est dans cette direction que ce produit « l’abrogation », notamment envers les femmes et les minorités.
  • Permettre de justifier plusieurs positions idéologiques, souvent intolérantes, en prétextant qu’un verset « inclusif » serait abrogé par un verset « exclusif ».

 

Wallahu A’lam

Rédaction LVDH


Références :


[1]Coran (Al Jâthiyah, 45/29)
[2]Coran (Al Baqarah, 2/149). Notons toutefois que le Coran ne fait pas expressément mention du fait que la première Qiblah ait été celle de Bayt al Maqdîs. Ceci est un sujet à développer ultérieurement.
[3]Voir Lisan al ‘Arabd’Ibn Manẓûr (41/61) et Majma’ al Baḥraynd’At Tirîḥî le chiite (1/141).
[4]Coran (Ar Ra’d, 13/39)
[5]Coran (Ar Ra’d, 13/38-39)
[6]Nous reviendrons ci-après sur la raison de cette traduction.
[7]Coran (Al Baqarah, 2/106)
[8]Coran (An Naḥl, 16/101)
[9]Le conditionnel utilisé dans la traduction de Maurice Gloton est conforme aux verbes arabes conjugués à l’apocopé dans les versets.
[10]Coran (Ṭâhâ, 20/133)
[11]Coran (Al Anbiyâ 21/5)
[12]Coran (Al Isrâ`, 17/59)
[13]Coran (Al An’âm, 6/4)
[14]Coran (Al A’râf 7/146)
[15]Coran (Al A’râf 7/77)
[16]Coran (Al Mâ`idah 5/114-115)
[17]Coran (Ar Ra’d, 13/38-39)
[18]Coran (Az Zukhrûf, 43/1 à 4)
[19]Coran (Al Mâ`idah, 5/48)
[20]Coran (Al Mâ`idah, 5/3)

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