Le Prophète Muhammad a-t-il reçu d’autres révélation divines que celle du Coran ?

Proposition d’analyse

Certains, pour argumenter le fait que le Messager Muhammad (paix sur lui) aurait reçu des révélations extra-coraniques, s’appuient sur les versets coraniques suivants :

2/187 :

أُحِلَّ لَكُمْ لَيْلَةَ الصِّيَامِ الرَّفَثُ إِلَى نِسَآئِكُمْ هُنَّ لِبَاسٌ لَّكُمْ وَأَنتُمْ لِبَاسٌ لَّهُنَّ عَلِمَ اللّهُ أَنَّكُمْ كُنتُمْ تَخْتانُونَ أَنفُسَكُمْ فَتَابَ عَلَيْكُمْ وَعَفَا عَنكُمْ فَالآنَ بَاشِرُوهُنَّ وَابْتَغُواْ مَا كَتَبَ اللّهُ لَكُمْ وَكُلُواْ وَاشْرَبُواْ حَتَّى يَتَبَيَّنَ لَكُمُ الْخَيْطُ الأَبْيَضُ مِنَ الْخَيْطِ الأَسْوَدِ مِنَ الْفَجْرِ ثُمَّ أَتِمُّواْ الصِّيَامَ إِلَى الَّليْلِ وَلاَ تُبَاشِرُوهُنَّ وَأَنتُمْ عَاكِفُونَ فِي الْمَسَاجِدِ تِلْكَ حُدُودُ اللّهِ فَلاَ تَقْرَبُوهَا كَذَلِكَ يُبَيِّنُ اللّهُ آيَاتِهِ لِلنَّاسِ لَعَلَّهُمْ يَتَّقُونَ
« On vous a permis, la nuit du Ṣiyâm, d’avoir des rapports avec vos femmes; elles sont un vêtement pour vous et vous un vêtement pour elles. Allah sait que vous aviez clandestinement des rapports avec vos femmes. Il vous a pardonné et vous a graciés. Cohabitez donc avec elles, maintenant, et cherchez ce qu’Allah a prescrit en votre faveur; mangez et buvez jusqu’à ce que se distingue, pour vous, le fil blanc de l’aube du fil noir de la nuit. Puis accomplissez le jeûne jusqu’à la nuit. Mais ne cohabitez pas avec elles pendant que vous êtes en retraite rituelle dans les mosquées. Voilà les lois d’Allah: ne vous en approchez donc pas (pour les transgresser).C’est ainsi qu’Allah expose aux hommes Ses enseignements, afin qu’ils deviennent pieux. »

3/124 :

‪ إِذْ تَقُولُ لِلْمُؤْمِنِينَ أَلَن يَكْفِيكُمْ أَن يُمِدَّكُمْ رَبُّكُم بِثَلاَثَةِ آلاَفٍ مِّنَ الْمَلآئِكَةِ مُنزَلِينَ‬‬‬‬
Quand tu disais aux croyants : « Cela ne vous suffirait-il pas que vous assiste votre Seigneur de trois mille Anges qu’Il ferait descendre ! »

66/3 :

‪ وَإِذْ أَسَرَّ النَّبِيُّ إِلَى بَعْضِ أَزْوَاجِهِ حَدِيثاً فَلَمَّا نَبَّأَتْ بِهِ وَأَظْهَرَهُ اللَّهُ عَلَيْهِ عَرَّفَ بَعْضَهُ وَأَعْرَضَ عَن بَعْضٍ فَلَمَّا نَبَّأَهَا بِهِ قَالَتْ مَنْ أَنبَأَكَ هَذَا قَالَ نَبَّأَنِيَ الْعَلِيمُ الْخَبِيرُ‬‬‬‬
« Lorsque le Prophète confia un secret à l’une de ses épouses et qu’elle l’eut divulgué et que Dieu l’en eut informé, celui-ci en fit connaître une partie et passa sur une partie. Puis, quand il l’en eut informée elle dit: « Qui t’en a donné nouvelle? » Il dit: « C’est l’Omniscient, le Parfaitement Connaisseur qui m’en a avisé ». »

33/37 :

وَإِذْ تَقُولُ لِلَّذِي أَنْعَمَ اللَّهُ عَلَيْهِ وَأَنْعَمْتَ عَلَيْهِ أَمْسِكْ عَلَيْكَ زَوْجَكَ وَاتَّقِ اللَّهَ وَتُخْفِي فِي نَفْسِكَ مَا اللَّهُ مُبْدِيهِ وَتَخْشَى النَّاسَ وَاللَّهُ أَحَقُّ أَن تَخْشَاهُ فَلَمَّا قَضَى زَيْدٌ مِّنْهَا وَطَراً زَوَّجْنَاكَهَا لِكَيْ لاَ يَكُونَ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ حَرَجٌ فِي أَزْوَاجِ أَدْعِيَائِهِمْ إِذَا قَضَوْا مِنْهُنَّ وَطَراً وَكَانَ أَمْرُ اللَّهِ مَفْعُولاً
« Quand tu disais à celui que Dieu avait comblé de bienfaits, tout comme toi-même l’avais comblé: « Garde pour toi ton épouse et crains Dieu », et tu cachais en ton âme ce que Dieu allait rendre public. Tu craignais les gens, et c’est Dieu qui est plus digne de ta crainte. Puis quand Zayd eût cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu’il n’y ait aucun empêchement pour les croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci cessent toute relation avec elles. Le commandement de Dieu doit être exécuté. »

2/143 (avec traduction classique)

وَكَذَلِكَ جَعَلْنَاكُمْ أُمَّةً وَسَطًا لِّتَكُونُواْ شُهَدَاء عَلَى النَّاسِ وَيَكُونَ الرَّسُولُ عَلَيْكُمْ شَهِيدًا وَمَا جَعَلْنَا الْقِبْلَةَ الَّتِي كُنتَ عَلَيْهَا إِلاَّ لِنَعْلَمَ مَن يَتَّبِعُ الرَّسُولَ مِمَّن يَنقَلِبُ عَلَى عَقِبَيْهِ وَإِن كَانَتْ لَكَبِيرَةً إِلاَّ عَلَى الَّذِينَ هَدَى اللّهُ وَمَا كَانَ اللّهُ لِيُضِيعَ إِيمَانَكُمْ إِنَّ اللّهَ بِالنَّاسِ لَرَؤُوفٌ رَّحِيمٌ
« Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de justes pour que vous soyez témoins aux gens, comme le Messager sera témoin à vous. Et Nous n’avions établi la direction (Cibla) vers laquelle tu te tournais que pour savoir qui suit le Messager (Muhammad) et qui s’en retourne sur ses talons. C’était un changement difficile, mais pas pour ceux qu’Allah guide. Et ce n’est pas Allah qui vous fera perdre [la récompense de] votre foi, car Allah, certes est Compatissant et Miséricordieux pour les hommes. »

 

ANALYSE DES VERSETS SUSMENTIONNÉS

ANALYSE DE 2/187

En 2/187, la traduction classique rend le segment « ‘alima-Allahu annikum kuntum takhtânûna anfusikum » par « Allah sait que vous aviez clandestinement des rapports avec vos femmes. » Selon cette traduction, le fait d’avoir des rapports intimes avec son épouse durant les nuits du mois de Ramadân est qualifié de « khiyânah » (ruse, tromperie).

En effet, il est rapporté via certains récits qu’au tout début de l’institution du jeûne (siyâm), les rapports intimes après s’être endormi étaient interdits, et ce n’est qu’à la suite de cette révélation qu’ils furent autorisés. Pourtant, si on scrute le texte coranique du début à la fin, on n’y trouvera aucun passage énonçant cette interdiction. Ainsi, certains affirment en conséquence que celle-ci a été exprimée par l’intermédiaire d’une autre révélation qui, tout en n’étant pas consignée dans le Coran, n’en garde pas moins une portée législative indiscutable, étant donné que son non-respect est qualifié de « khiyânah »…‬‬

Réfutation :

Premièrement, précisons que cette traduction du segment par « Allah sait que vous aviez clandestinement des rapports avec vos femmes », sous-entendu cela était interdit, est une orientation du sens. En effet, on peut très bien comprendre de ce verset ce qui suit :

عَلِمَ اللّهُ أَنَّكُمْ كُنتُمْ تَخْتانُونَ أَنفُسَكُمْ
« Dieu sait que vous vous manqueriez à vous-mêmes… »

Cette traduction littérale du passage proposée par le docteur Moreno ne fait nullement place à une pseudo-révélation extra-coranique. Il y est simplement dit que si Dieu n’avait pas permis les rapports intimes les nuits de jeûne, alors les Hommes auraient certainement transgressé en ayant des rapports la journée par exemple.

En effet, la position classique est d’autant plus incohérente qu’il est très difficile d’admettre que Dieu ait révélé la prescription du jeûne au v.183, précisé sa durée, donné les motivations, fixé les dispenses, et ait dans le même temps omis d’en préciser les règles essentielles mentionnées au verset 187.

Et puis cela constituerait une injustice car comment reprocher à des gens une pratique sans qu’ils ne sachent que cela n’étaient pas à faire ? Comment est-il possible de concevoir que Dieu leur a pardonné un acte dont ils ne connaissaient pas le statut alors que, précisément, sans cette connaissance il n’y a pas de faute commise.

D’ailleurs, Dieu précise explicitement à la fin du verset qu’il s’agit d’établir les limites divines. Donc les musulmans ne pouvaient en avoir connaissance avant la révélation de ce verset.

En outre, en reprenant la théorie de la révélation extra-coranique, comment peut-on expliquer qu’une règle soit établie par Dieu en dehors du Coran et corrigée par Dieu via le Coran ? Ceci n’a pas de sens.

Deuxièmement, même selon la traduction classique, ceci ne permet pas clairement d’établir qu’il y avait un ordre divin instaurant cette interdiction à l’époque du prophète et son abrogation par les versets suscités.‬‬ Cette traduction permet de faire la déduction que cette pratique était considérée comme une faute, d’où la mention de la grâce divine après la révélation des versets, mais nullement qu’il s’agissait d’une révélation divine antérieure et non coranique.

On peut parfaitement entrevoir le fait, selon cette traduction classique, que sans repère les premiers musulmans auraient dû s’inspirer du jeûne des juifs de Médine. Or, il est interdit chez ces derniers d’avoir des rapports sexuels lors du jeûne, y compris la nuit. En effet, ce n’est pas la Thora qui interdit les rapports durant la période de jeûne, mais c’est la Mishna ou Torah orale du judaïsme rabbinique (cf : mishna yoma 8/1). De même, concernant le christianisme, ce n’est pas le Nouveau Testament qui est en cause, mais cette pratique était observée dans le christianisme ancien à la suite du judaïsme (cf : Sermon d’Augustin d’Hippone, 142/7).

Ainsi, en considérant la traduction classique, il est tout à fait possible de comprendre que cette pratique se faisait dans le cadre de la prescription du jeûne aux ahl al-kitâb et le Prophète la respectait en l’absence de révélation divine comme cela lui est attribué pour d’autres préceptes, mais le Coran est venu pour l’alléger par la suite.‬‬ Toutefois, cette idée est développée dans le cadre d’une lecture du v.187 qui ne nous semble pas correcte et pertinente comme fut explicité.

Ainsi, l’une des traductions qui semble la plus pertinente de ce verset est la suivante :

« Il vous est permis les nuits de jeûne de fréquenter vos femmes, elles sont votre vêtement et vous êtes le leur. Dieu sait que vous vous manqueriez à vous-mêmes, aussi vous a-t-Il fait indulgence et vous a-t-Il exemptés. Maintenant, donc, avertissez-les. Et recherchez ce que Dieu vous a prescrit : mangez et buvez jusqu’à ce que vous distinguiez le fil blanc du fil noir de l’aube. Puis, poursuivez le jeûne jusqu’à la nuit. Mais, ne les approchez point alors que vous faites retraite dans les sanctuaires. Telles sont les limites établies par Dieu, ne les atteignez pas, c’est ainsi que Dieu explicite Ses versets aux hommes, puissent-ils craindre pieusement ! »

 

ANALYSE DE 3/124

Le v.124 s’inscrit dans un ensemble textuel allant du v.121 au v.128 et abordant le cadre général de la confrontation des musulmans avec les polythéistes à Badr, bien que les deux premiers versets évoquent les évènements de Uḥud. De même, l’ensemble précédent celui-ci (du v.116 au V.120) évoque cette confrontation, mais cette fois-ci avec les polythéistes de la Mecque.

Ainsi, le segment allant du v.123 au v.125 nous dit la chose suivante :

« Pourtant, Dieu vous avait secourus à Badr quand vous étiez en position de faiblesse, craignez donc pieusement Dieu ; puissiez-vous être reconnaissant ! Quand tu disais aux croyants : « Cela ne vous suffirait-il pas que vous assiste votre Seigneur de trois mille Anges qu’Il ferait descendre ! » Certainement ! Si vous endurez et craignez pieusement et qu’ils vous assaillent de toute leur violence, votre Seigneur vous assistera de cinq mille Anges lancés à l’assaut. »

Certains voient ici une allusion à une révélation extra-coranique dans le sens où la question de savoir comment le Prophète peut savoir que Dieu va envoyer tel nombre précis d’anges en guise d’aide est posée.

Toutefois, on peut parfaitement considérer que ce propos a une dimension purement rhétorique et ne sert qu’à mettre en avant le fait que Dieu fera déferler un grand nombre d’anges pour soutenir les croyants puisque le nombre d’anges présents à la bataille de Badr semble différer à première vue entre ce qu’en dit le v.3/124 (à savoir 3000 anges) et ce qu’en dit le v.8/9 (1000 anges).

Ainsi, quand bien même il serait possible de comprendre de ce verset qu’il témoignerait de l’existence d’une révélation extra-coranique, ce qui n’est pas explicite, il convient de préciser que cette « révélation » n’a pas une dimension de Législation universelle et ne concerne pas l’ensemble de la umma, mais elle est en rapport avec des circonstances conjecturales de l’époque (combats de Uḥud ou Badr par exemple).‬‬

 

ANALYSE DE 66/3

L’un des versets souvent mentionné pour appuyer l’existence d’une révélation extra-coranique est le verset 66/3 nous disant approximativement :

« Lorsque le Prophète confia un secret à l’une de ses épouses et qu’elle l’eut divulgué et que Dieu l’en eut informé, celui-ci en fit connaître une partie et passa sur une partie. Puis, quand il l’en eut informée elle dit: « Qui t’en a donné nouvelle? » Il dit: « C’est l’Omniscient, le Parfaitement Connaisseur qui m’en a avisé ». »

Or, bien que la traduction classique traduit le segment « wa aẓhara-hu–llâhu ‘alay-hi » par « et que Dieu l’en eut informé », le verset en question ne dit pas qu’à cette occasion Muhammad reçut une inspiration/waḥî. En effet, l’expression « wa aẓhara-hu–llâhu ‘alay-hi » utilise la quatrième forme du verbe aẓhara signifiant faire voir, montrer, ici au sens figuré. Cela ne présage en rien de la manière employée (révélation ou autre) et se comprend préférentiellement comme signifiant que Dieu a permis au Prophète de prendre conscience de ce qui s’était passé, comme pour tout un chacun en quelque sorte.‬‬

C’est comme si l’un de nous, après avoir confié à une personne un secret, se rendait compte par diverses situations que son secret avait été divulgué. Dieu lui aurait donc permis de s’en rendre compte en faisant de lui un témoin de certaines situations permettant de comprendre la divulgation de son secret.‬‬

Ainsi, comme pour les deux versets précédents, il n’y a pas de preuve en ce verset de l’existence d’une révélation extra-coranique. Toutefois, même à considérer que ce soit le cas, on constate encore une fois que celle-ci ne traite pas d’un sujet général touchant la umma entière, mais aborde le domaine de la vie privée de Muhammad (paix sur lui).

A ce titre, le docteur et chercheur indépendant, Ahmed Amine Khelifa, précise que le segment « wa aẓhara-hu–llâhu ‘alay-hi »- souvent traduit par « et que Dieu l’en eut informé » ne présage pas du moyen de cette mise en évidence qui est apparue au nabî/النبي. Toutefois, nuance-t-il, à la fin du verset nous avons une allusion à la prophétie en utilisant le verbe nabba’ (nubuw’a et nabî) sachant que ce naba’ ne vient pas de n’importe qui, mais du Savant Connaisseur Exalté Soit-Il. Ceci évidemment n’est pas une preuve indiscutable en faveur d’une révélation extra-coranique, puisque l’on peut évoquer un usage métaphorique, mais cet un élément qui pèse beaucoup dans la balance du tarjih/préférence du sens voulu.

 

ANALYSE DE 33/7

Ce verset fait allusion au mariage du Prophète avec l’ex-femme de Zayd (ibn Hârithâ), l’enfant qu’il avait adopté, et que le Prophète redoutait d’épouser étant donné le lien qui l’unissait à Zayd. Ainsi, Dieu dit dans un sens approximatif :

« Quand tu disais à celui que Dieu avait comblé de bienfaits, tout comme toi-même l’avais comblé: « Garde pour toi ton épouse et crains Dieu », et tu cachais en ton âme ce que Dieu allait rendre public. Tu craignais les gens, et c’est Dieu qui est plus digne de ta crainte. Puis quand Zayd eût cessé toute relation avec elle, Nous te la fîmes épouser, afin qu’il n’y ait aucun empêchement pour les croyants d’épouser les femmes de leurs fils adoptifs, quand ceux-ci cessent toute relation avec elles. Le commandement de Dieu doit être exécuté. »

On comprend donc de ce verset que le Prophète savait que Dieu allait dévoiler publiquement le fait qu’il devait épouser la femme de Zayd que la tradition nomme Zaynab. On comprend dès lors de ce verset que l’union entre Zayd et Zaynab battait de l’aile et qu’ils finirent par divorcer.

Alors, après que Dieu ait précisé que les enfants adoptifs n’étaient pas comme des fils et des filles de filiation (cf : 33/4), et alors qu’il est connu que dans l’Arabie de ce temps il était mal vu d’épouser la veuve ou la divorcée d’un enfant adoptif, Dieu révéla le verset 33/7 pour ainsi montrer que ce tabou n’avait pas lieu d’être.

Toutefois, il convient de remarquer deux points absolument essentiels :

1. Si le segment « et tu cachais en ton âme ce que Dieu allait rendre public » témoigne que le Prophète recevait une forme de révélation extra-coranique, il faut encore une fois bien percevoir qu’il s’agissait d’une information relevant de la vie privée de Muhammad. A cela, certains pourraient répondre que, bien que cela concerne effectivement sa vie privée, le but est que cela serve de preuve pour l’ensemble de la umma, en premier lieu les Arabes de cette époque pour qui cette pratique était tabou.

Mais, d’où tiennent-ils que le but était cela ? La réponse est qu’ils tiennent cela du Coran. Ce qui nous mène à notre point 2.

2. C’est justement parce que cet élément de la vie privée de Muhammad avait une dimension censée toucher l’ensemble de la umma que Dieu fit une révélation cette fois-ci via le Coran. Ceci corrobore donc le fait que lorsque la révélation concernant la umma avait une dimension générale, elle se trouvait inévitablement dans le Coran.

 

ANALYSE DE 2/143

Certains utilisent ce verset pour affirmer existence d’une révélation extra-coranique puisque Dieu nous dit qu’Il a informé le Prophète (paix sur lui) d’une première qibla à suivre. Or, ceci lui fut révélé en dehors du Coran puisqu’aucun verset coranique ne nous dit ce que fut cette première qibla.

En réalité, cela ne réfute en rien la position décrite : si révélation extra-coranique il y a (ce qui est envisageable et même fort probable en ce verset), elle ne touche qu’au domaine personnel du Prophète ou à des événements conjecturaux n’ayant aucune portée normative universelle et intemporelle.

Or, le verset 2/143 confirme cela en informant que cette « qibla » (si on doit la comprendre au sens d’orientation dans la prière) devait être suivie par le Prophète et les musulmans en son temps. Il s’agissait donc d’un « test » de « changement » de qibla (selon cette hypothèse) qui ne nous concerne en rien. Ce fut un « test » pour les gens de cette époque-là, afin de savoir qui allait suivre Muhammad et qui allait « en retourner sur ses talons »..

Révélation extra-coranique faite au Prophète pour la première qibla ? Oui probablement, mais qui ne se trouve pas dans le Coran précisément car elles ne concerne qu’un évènement conjectural circonstancié à cette époque. Il suffisait aux croyants de l’époque, présent au temps de la révélation coranique, de vivre en ce temps pour connaitre cette fameuse « primo-qibla » dont il est question ici. En somme, pas besoin absolument de révélation coranique puisque cette « primo-qibla » n’avait pas de dimension universelle et intemporelle.

Aujourd’hui, savoir quelle fut cette primo-qibla et s’il s’agit bien d’une orientation en prière ou autre, n’a pas d’intérêt premier pour notre pratique quotidienne de la prière.

Cela confirme ce qui est dit puisqu’il ne s’agit pas de nier farouchement l’existence d’une révélation extra-coranique, mais simplement de dire qu’elle ne nous concerne pas quoiqu’il en soit et que dès que quelque chose nous concerne (dans un aspect universel et intemporel) cela se trouve forcément dans la révélation divine faite au Prophète par l’intermédiaire de Jibrîl : Coran.

 

CONCLUSION

Coraniquement, rien n’interdit de penser que Dieu ait pu directement inspirer à d’autres occasions le Prophète sans que cela ne passe par la voie de la révélation/nuzûl qui, rappelons-le est médiée par Jibrîl. Par ailleurs, en 42/51 l’ensemble des modalités de communication de Dieu envers sa créature est listé et l’inspiration/waḥî en fait partie :

وَمَا كَانَ لِبَشَرٍ أَن يُكَلِّمَهُ اللَّهُ إِلَّا وَحْيًا أَوْ مِن وَرَاء حِجَابٍ أَوْ يُرْسِلَ رَسُولًا فَيُوحِيَ بِإِذْنِهِ مَا يَشَاء إِنَّهُ عَلِيٌّ حَكِيمٌ
« Il n’a pas été donné à un mortel que Dieu lui parle autrement que par révélation (wahî), ou de derrière un voile (hijâb), ou qu’Il [lui] envoie un messager (ange) qui révèle, par Sa permission, ce qu’Il [Dieu] veut. Il est Sublime et Sage. »

Cela ne change rien à la problématique sous-jacente : le Prophète n’a été chargé que de transmettre ce qui lui a été révélé par voie de révélation/nuzûl.‬‬ De même, la seule révélation que Dieu nous demande de suivre est, quoiqu’il en soit, celle transmise au Messager par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, à savoir le Qur`ân al-karîm.

Toutefois, rien n’empêche de croire que le Prophète, à l’instar d’autres avant lui, recevait des révélations extra-coraniques par d’autres voies que l’intermédiation de Jibrîl, cela est même plutôt cohérent.‬‬‬ Toutefois, Dieu ne nous demande de suivre qu’une seule Révélation : le Coran, révélé au Prophète par l’intermédiaire de Jibrîl.‬‬ Le Kitâb de Dieu est clair sur point.

Enfin, il faut retenir que les révélations extra-coraniques présumées en question n’ont pas un caractère normatif pour la umma. Elles relèvent du domaine privé propre à Muhammad (paix sur lui) ou concernent des circonstances conjecturales (combats de l’époque par exemple, mais sont hors du champ Législatif divin universel et intemporel).‬

Que Dieu nous permette de comprendre.

William Laywis

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