Le voile en islam (Introduction et sommaire)

Les différents articles en lien avec le voile sont des classifications thématiques d’un ouvrage de plus de 400 pages que nous avons rédigé sur la question du statut normatif du voile de la tête en islam.

 

A la question « Qui sommes-nous ? », lire notre article où vous trouverez la présentation du gestionnaire principal et du rédacteur principal de cet ouvrage dont voici l’avant-propos :

« Par principe et d’un point de vue politique, je soutiens, au nom de la liberté, les femmes qui veulent se voiler, mais dans le même temps je m’oppose à cette pratique d’un point de vue théologique et ce, au nom du contenu du message coranique. Cette subtilité est souvent incompréhensible pour les gens qui se complaisent dans un esprit binaire, qui plus est dans un monde où l’on nous demande sans cesse de soutenir tel ou tel camps… Mon camps est celui de l’honnêteté intellectuelle et de la recherche objective, autant que je le peux et avec mes limites d’Homme. Mais si je dis que pour moi le voile n’est pas une obligation coranique, alors je deviens un opposant à l’islam et aux musulmans, et l’on m’accuse de donner du crédit aux thèses laïcardes voire islamophobes… Je veux crier ici que les choses ne sont pas ainsi. Les nuances sont importantes pour un esprit libre et ma liberté est de dire que je peux soutenir, en tant que citoyen, la liberté de se vêtir comme on le veut, tout en dénonçant, en tant que croyant, ce que l’on fait dire à mon sens injustement au Coran et à la religion que j’ai fait mienne. »

Reconnaissants, en tant que musulmans, que le Coran appelle tous les êtres doués de raison à réfléchir et à raisonner, et qu’il est justement invraisemblable et irraisonnable d’imaginer un instant que près d’un millénaire et demi d’histoire socio-culturelle et politico-religieuse n’ait eu aucune conséquence plus ou moins néfaste sur une religion du même âge, nous avons cherché modestement, avec nos outils et nos compétences, à nous rapprocher le plus possible de la compréhension originelle et contextualisée de l’islam et ce, en tentant de distinguer ce qui relève du discours que nous considérons comme divin, et que d’aucuns qualifierons simplement de coranique, et ce qui relève de l’interprétation et de la subjectivité de l’Homme et, trop souvent, des hommes, l’Islam tel qu’on le connaît aujourd’hui.

C’est ainsi qu’au détour de lectures et après plusieurs recherches dans le domaine des fondements du droit islamique, des sciences coraniques ou encore des sciences du Ḥadîth, nous nous sommes penchés sur ce qui constitue aujourd’hui l’un des éléments les plus visibles en société de l’appartenance religieuse d’un individu et qui, malheureusement, suscite beaucoup de critiques, voire parfois de mépris et de confusion, à savoir le vêtement.

L’un d’entre eux a évidemment retenue notre attention, tout autant d’ailleurs que celle de nombre de concitoyens et de coreligionnaires, plongeant certaines femmes dans une forme de mutisme ou étant associé à une multitude de fantasmes ; il s’agit du « voile » ou « Hijab ». Ce voile (foulard, fichu, hijab, etc.) est ce qui constitue, en France notamment, l’une des plus grandes visibilités de l’islam dans l’espace social, au point que cela nourrisse chez certains les peurs incontrôlées de la domination d’un islam considéré comme « radical ». D’autant que la question du « voile » sous toutes ses formes, comme le rappelle le chercheur au CNRS et spécialiste du droit musulman Éric Chaumont, n’a probablement jamais suscité autant de passion et fait couler autant d’encre qu’à notre époque, puisqu’historiquement, même au sein des sociétés musulmanes, il n’a jamais eu l’importance qu’on lui accorde aujourd’hui.[1]

C’est dans ce contexte que ce livre intervient, non pour donner raison à ceux qui y voient autre chose qu’un vêtement par lequel la femme musulmane exprime majoritairement une certaine conception de la pudeur, mais clarifier son statut, dédramatiser le choix de son retrait pour certaines femmes, mettre en avant qu’il est loin de représenter le message coranique fondamental ou encore qu’il ne doit pas être l’outil par lequel l’islamité se révèle…

Aussi, nous nous sommes rendus compte depuis plusieurs années, après quelques recherches en librairie ou sur internet, que le musulman et la musulmane désireux de connaître la position de l’islam sur le port du voile (de tête) trouveront une multitude de livres, de vidéos et d’articles affirmant qu’il est une obligation religieuse. On peut ainsi lire sur le site d’un institut musulman par exemple une réponse type (sans le détail des arguments qui seront abordés dans l’ouvrage) à la question de savoir si le fait de porter le voile est obligatoire et si le fait de ne pas le porter constitue un péché. L’élément de réponse donné ici le fut par un imam et professeur spécialisé dans les sciences islamiques [2] :

« Le voile est une obligation pour la femme en islam.[3]Nous avons des arguments sûrs prouvant cette obligation. Sans ces arguments, personne ne se serait amusé à demander à une femme de porter le voile aujourd’hui. »

 Or, rien n’est moins sûr que ce que cette réponse affirme et osons mettre les pieds dans le plat en affirmant également que, même si les légistes musulmans ont probablement et invariablement conclu à son caractère obligatoire pour les femmes musulmanes libres et nubiles en s’appuyant sur divers critères et arguments[4], il est tout à fait envisageable, étant donné l’indigence de source explicite, de s’interroger sur ledit « voile » afin de savoir s’il est islamique historiquement, féminin exclusivement et obligatoire législativement. Nous tenterons de répondre à cette question en mettant en exergue des éléments de réponses à travers cette approche historique de la question du « voile ».

Bien qu’ayant déjà connaissance des arguments principaux cités dans le sujet, il convenait d’approfondir la recherche pour déterminer si oui ou non ces arguments étaient fiables et explicites. Après une investigation et avec le souci de l’honnêteté intellectuelle, cet ouvrage tentera de répondre aux question suivantes :

  • Ce que l’on appelle communément « voile » (principalement celui de la tête) relève-t-il du discours coranique ou de l’interprétation exégétique ?
  • Relève-t-il de ce qui est circonstancié ou bien de ce qui s’applique à tout temps et tout espace ?
  • Dispose-t-il d’arguments clairs, explicites et péremptoires tirés du Coran ou de la Sunnah[5]ou bien sont-ce des tentatives, parfois maladroites ou du moins orientées, pour imposer ce que certains voudraient que la femme soit ?
  • Les théologiens qui se sont succédés pour confirmer son obligation l’ont-ils fait après une étude complète et objective du sujet ou bien furent-ils influencés par leur époque, leurs coutumes et leur éducation, en plus d’être parfois victime du Ta’assub (sectarisme) consistant à croire que ce qui avait été fait auparavant, personne ne pourrait l’égaler et donc qu’il fallait suivre aveuglément les conclusions de jadis et les répéter sans regard critique ?
  • En somme, quand on parle de ce « voile », évoque-t-on une obligation cultuelle ou bien une simple tradition culturelle ?

Autant dire de suite que la réponse développée ici est sans appel : ce que l’on appelle aujourd’hui communément le « Ḥijâb » (voile, foulard) censé couvrir la chevelure de la femme n’est absolument pas une prescription religieuse et elle n’est présente ni dans le Coran ni dans la Sunnah (tradition prophétique) acceptable, si toutefois il fallait user de cette dernière comme source législative.

Aussi, dans le développement à suivre il fut question de poser un regard critique et le plus objectif possible sur les preuves textuelles présentées par les tenants de l’obligation du voile de la tête (entre autres) et ce, afin de savoir initialement si celles et ceux qui optent pour sa non-obligation se dirigent vers une compréhension conforme au texte coranique dans sa formulation arabe ou vers ce que certains nomment un « égarement manifeste ». Notre conclusion déjà évoquée fut le fruit d’une recherche approfondie, mais en même temps tranchée, limpide et détaillée.

En outre, nous l’esquissions plus haut, nous devons d’emblée préciser que le recours aux Ḥadîths, aux paroles de Compagnons ou à celles de certains savants dans le développement n’a pas vocation à prétendre qu’il s’agit de sources fiables et convenables de l’islam. Nous considérons en effet que la véritable Sunnah, par exemple, ne peut contredire ou abroger le Coran ni même légiférer à sa place, bien qu’elle puisse parfaitement être utilisée pour d’autres motifs (historique, informatif, spirituel, éthique, consultatif ou « confirmatif » – répétitif). Cela n’a pas pour but d’amoindrir le rôle du Prophète Muḥammad (paix sur lui) en islam, mais au contraire de le confirmer dans celui que lui a donné, avec honneur et prestige, Dieu dans Son Livre, à savoir suivre la Révélation, la transmettre et n’agir ou ne juger que par elle. Nous reviendrons sur ce point en détails dans un ouvrage dédié.

En outre, nous l’esquissions plus haut, nous devons d’emblée préciser que le recours aux Ḥadîths (paroles attribuées au Prophète), aux paroles de Compagnons ou à celles de certains savants dans le développement n’a pas vocation à prétendre qu’il s’agit de sources absolument fiables et convenables de l’islam. Nous considérons en effet que la véritable Sunnah, par exemple, ne peut contredire ou abroger le Coran ni même légiférer à sa place, bien qu’elle puisse parfaitement être utilisée pour d’autres motifs (historique, informatif, éthique, consultatif ou « confirmatif » – répétitif). Cela n’a pas pour but d’amoindrir le rôle du Prophète Muḥammad (paix sur lui) en islam, mais au contraire de le confirmer dans celui que lui a donné le Coran, à savoir suivre la Révélation, la transmettre et n’agir ou juger que par elle sans rien n’y ajouter. Ainsi, et sans entrer dans les détails de cela via cet ouvrage, la Sunnah est alors l’application circonstanciée du Coran dans un contexte précis, celui de l’Arabie du VIIe siècle, et n’a pas vocation coraniquement à être universelle.

L’ornement de la tête a toujours fait l’objet de pratiques, souvent religieuses ou culturelles, depuis l’antiquité et, contrairement à certaines idées reçues, il concerna souvent les hommes également et eut différentes significations selon la couleur utilisée : lenémèsdes pharaons, le fèsou tarbouchottoman, le chèche (‘Imâmah), le tagelmustou lithamdes Touaregs, le dastarou pagrides sikhs ou encore le keffieh porté au Proche-Orient en sont des illustrations. Ainsi, évoquer cet habit coutumier et traditionnel chez certains peuples revient à aborder une histoire vieille de plus de 3000 ans, aussi vieille que l’écriture ou plus…

Ci-après, vous trouverez donc le lien des différents articles rédigés sur la question du voile que nous mettrons à jour régulièrement lorsque nous en ajouterons un nouveau extrait de notre ouvrage :

Références : 

[1]Éric Chaumont, Dictionnaire du Coran, in « Voile », Robert Laffont, 2007, p. 924.

[2]Réponse de l’Imâm Khaṭîb, Mohamed Najah, docteur en science physique et théologien sunnite, sur le site de l’institut Najah, spécialisé dans l’enseignement des sciences islamiques. Mohamed Najah est le vice-président et l’un des fondateurs du CTMF (Conseil Théologique Musulman de France) composés de plusieurs dizaines de théologiens. Nous avons mis en avons sa réponse, non pour le viser spécifiquement, mais parce que cette réponse est représentative de celle que l’on entend extrêmement souvent et a le mérite de synthétiser grandement le sujet.

[3]L’élément en gras étant ainsi écrit dans la réponse trouvée.

[4]du Coran, des Ḥadîths[4], de ce qu’on appelle le Ijmâ’ (consensus), sur le critère du « Ma’lûm min ad Dîn bi ad Ḍarûrah » ( ce qui relève de la connaissance nécessaire de la masse en matière religieuse) ou encore sur des avis de quelques Ṣaḥâbah(Compagnons du Prophète) comme Ibn ‘Abbâs ou ‘Â`ishah.

[5]C’est ce que l’on appelle communément la tradition prophétique. Nous y reviendrons.

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