7. Le voile, Paul de Tarse et le Coran

Pour corroborer l’obligation présumée du port du voile sur la tête faite aux femmes musulmanes, nombreux sont ceux qui évoquent, par exemple, le voile qu’aurait très probablement porté Marie, mère de Jésus, celui que portent certaines religieuses chrétiennes ou juives ou encore les références au voile que l’on trouve dans plusieurs passages de l’Ancien Testament (notamment la Torah) comme si cela indiquait la présence et la continuité d’une législation divine s’étant perpétuée jusqu’à l’avènement de l’islam.

Or, plusieurs points doivent être rappelés ici :

1. Les interprétations humaines de la Bible ne constituent pas une Loi pour les musulmans.

2. Les fondements sur lesquels reposent l’interprétation de la Bible pour imposer le voile ne sont pas en accord avec le Coran.

3. Les femmes concernées par le voile dans le judaïsme et le christianisme ne sont pas, au niveau interprétatif, forcément les mêmes qu’en islam d’après les interprétations que certains font.

Autant de différences qui ne permettent pas d’établir clairement un parallèle entre les différentes exégèses des Livres saints et les statuts juridiques qui en découlent concernant le port du voile au sein des trois religions monothéistes. Effectivement, ce n’est ni la Torah ni l’Évangile (via les évangiles canoniques) qui imposent, clairement et explicitement, le port du voile de la chevelure à la femme. Ce sont en revanche des interprétations des textes plus ou moins tardives comme ce que l’on trouve dans la Mishnah (et Talmud) ou dans les lettres de Paul.

A ce titre, concernant les fondements censés expliquer le port du voile, Paul, le seul à évoquer l’obligation du voile de la femme dans le Nouveau Testament, le justifie de cette façon (1 Corinthien 11 ; 3 à 10) :

« 11.3Je veux cependant que vous sachiez que Christ (Messie) est le chef de tout homme, que l’homme est le chef de la femme, et que Dieu est le chef de Christ.11.4 Tout homme qui prie ou qui prophétise, la tête couverte, déshonore son chef.11.5 Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise (transmet son inspiration), la tête découverte, déshonore son chef : c’est comme si elle était rasée.11.6 Car si une femme n’est pas voilée, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile.11.7 L’homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme.11.8 En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme ;11.9 et l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l’homme.11.10 C’est pourquoi la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend. »

La femme est donc décrite comme étant la subordonnée de l’homme, celui-ci étant son chef. Ainsi, il découvrira la tête en l’honneur de son chef (Dieu) et la femme se couvrira la tête en l’honneur du sien (l’homme). Or, n’oublions pas que Paul fut un témoin de la pratique et de la conception juive des textes au Ier siècle. En outre, comme cela est explicité dans le passage susmentionné, Paul évoque les raisons du port du voile et son cadre que le Père de l’Église, Tertullien, reprend dans De Virginibus velandis (Du voile des vierges) en tentant de démontrer que les femmes vierges sont concernées par le voile au même titre que les femmes mariées :

« Si “l’homme est le chef de la femme”, il l’est aussi de la vierge, ce qu’était la femme avant son mariage, à moins que peut-être la vierge ne forme une troisième espèce à part, ayant son chef à elle. “S’il est honteux à une femme d’avoir les cheveux coupés ou rasés”, il ne l’est pas moins à une vierge. […] Si “la femme doit porter sur sa tête la marque du pouvoir que l’homme a sur elle”, jamais elle ne doit le porter avec plus de justice que quand elle est vierge, puisqu’alors elle possède ce qui en est la cause. En effet, si c’est à cause des anges, qui, comme nous le lisons, ont perdu Dieu et le ciel pour avoir convoité les femmes, qui pensera que ces mêmes anges se soient laissés séduire par des corps souillés, soupirant ainsi après les restes de la volupté humaine, au lieu de rechercher les vierges dont l’attrait sert en quelque sorte d’excuse à la passion humaine ? L’Ecriture s’exprime ainsi : “Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la terre, et qu’ils eurent engendré des filles, il arriva que les enfants de Dieu, voyant que les filles des hommes étaient belles, prirent des épouses choisies entre toutes les autres.” […] Il faut donc voiler une beauté si dangereuse qui a pu porter le scandale jusque dans le ciel, afin qu’en la présence de Dieu aux yeux duquel elle est coupable de la chute de ces anges, elle rougisse aussi devant les autres anges, qu’elle réprime cette liberté perfide de se montrer à découvert, et qu’elle se cache même aux regards des hommes. Supposons même que ces anges eussent convoité des femmes déjà souillées, les vierges auraient été d’autant plus obligées de se cacher à cause des anges, que les anges auraient été plus capables de pécher à cause des vierges… »[1]

Ainsi, résumons les trois causes invoquées par Paul pour justifier le voile de la femme et intéressons à la compatibilité des causes invoquées par rapport à ce qu’en dit le Coran :

  1. La femme porte le voile par respect pour son chef, l’homme, et pour la gloire de ce dernier

La conception du voile comme l’expression de la soumission de la femme à l’homme est davantage chrétienne que musulmane, du moins dans les sources. Or, en islam, l’homme n’est pas considéré comme le chef de la femme, n’en déplaise à ceux qui citent une traduction approximative du Coran pour justifier le contraire et, de toute façon, il n’est jamais fait mention de ce prétexte pour imposer le voile de la tête à la femme. La traduction évoquée pour prétendre que l’islam fait de la femme un être soumis à l’homme est celle du verset 4/34 :

« Les hommes ont autorité (Qawwâmûna) sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci[2], et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. […] »

Ici, le terme traduit par « autorité sur » est celui de « Qawwâmûna » :

الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاء

« Les hommes (Rijâl) sont (Qawwâmûn) sur les femmes (Nisâ)

Ainsi traduit, le terme « Qawwâmûn » renvoie à l’autorité qu’aurait l’homme sur la femme, et donc à une forme de soumission de cette dernière par rapport à son époux étant donné la supériorité hiérarchique qu’il détiendrait. D’ailleurs ce sens est appuyé par la traduction donnée aux termes succédant cette partie, « Qânitât » et « Ḥâfiẓât », à savoir respectivement « obéissantes (soumises) » et « préservatrice » des biens du mari précise-t-on, indication qui, au passage, n’est absolument pas présente dans le texte coranique et sachant que les deux termes cités subissent une traduction orientée.

Quant au terme « Qawwâmûn », il est dérivé du verbe « Qâma – قام» qui signifie « se tenir droit » ou encore « se mettre debout ». D’ailleurs, c’est pour cela que l’on parle d’Iqâmah de la Ṣalât (prière) comme pour s’inviter et inviter les orants à se mettre debout devant Allah afin d’accomplir cette dernière.

Ainsi, le terme « Iqâmah » fait linguistiquement référence au fait de « s’implanter », « d’instaurer » ou encore « d’établir ». Quant au verbe « Qâma » évoqué, il porte également le sens de « base », de « racine », de « fondation » ou encore « d’assise » sur laquelle repose une charge par exemple et qui lui donne sa stabilité, comme l’indique clairement le terme dérivé « Qiwâm » signifiant « base », « fondement », « appui », « soutien » ou encore « béquille ».

En somme, les hommes sont Qawwamûn sur les femmes car ils doivent assumer et assurer, de par leur rôle « d’appui », de « soutien » ou de « base », ce qui contribue à la stabilité du couple, sa cohésion et sa sécurité, que cette dernière soit liée à l’aspect physique, affectif ou à l’aspect financier. C’est ce qui explique d’ailleurs le renvoi dans le même passage aux « dépenses » (Anfaqu) des biens (Amwâl), puisque si le mari dépense c’est pour mettre à l’abri du besoin la famille dont il a la charge.

Le verset suivant vient d’ailleurs renforcer le fait que l’homme soit appelé à subvenir aux besoins pécuniaires de l’épouse :

أسْكِنُوهُنَّ مِنْ حَيْثُ سَكَنتُم مِّن وُجْدِكُمْ وَلَا تُضَارُّوهُنَّ لِتُضَيِّقُوا عَلَيْهِنَّ وَإِن كُنَّ أُولَاتِ حَمْلٍ فَأَنفِقُوا عَلَيْهِنَّ حَتَّى يَضَعْنَ حَمْلَهُنَّ فَإِنْ أَرْضَعْنَ لَكُمْ فَآتُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ وَأْتَمِرُوا بَيْنَكُم بِمَعْرُوفٍ وَإِن تَعَاسَرْتُمْ فَسَتُرْضِعُ لَهُ أُخْرَى

« Et faites que ces femmes habitent où vous habitez, et suivant vos moyens. Et ne cherchez pas à leur nuire en les contraignant à vivre de façon oppressante. Et si elles sont enceintes, pourvoyez à leurs besoins jusqu’à ce qu’elles aient accouché. Puis, si elles allaitent [l’enfant né] de vous, donnez-leur leurs salaires. Et concertez-vous [à ce sujet] de façon convenable. Et si vous rencontrez des difficultés réciproques, alors, une autre allaitera pour lui. »

Dieu a donc responsabilisé les hommes à ce niveau, devant ainsi assumer les besoins de la femme, qu’ils soient financiers, physiques voire même affectifs par le bon comportement, comme cela est corroboré par la parole attribuée à ‘Âïshah affirmant que le Prophète était au service de sa famille. Certains pourraient alors évoquer le verset 228 de la sourate Al Baqarah :

وَلَهُنَّ مِثْلُ الَّذِي عَلَيْهِنَّ بِالْمَعْرُوفِ وَلِلرِّجَالِ عَلَيْهِنَّ دَرَجَةٌ وَاللّهُ عَزِيزٌ حَكُيمٌ

« […] Quant à elles, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prédominance sur elles. Et Dieu est Puissant et Sage. »

Le terme arabe traduit par prédominance est « Darajah », qui signifie notamment « degré » en ce sens que l’homme a un niveau de responsabilité supérieur sur certains points (financiers peut-être ou autres, tout comme la femme en a sur d’autres d’ailleurs) ou bien un degré de tolérance attendu vis-à-vis de ses droits supérieur à celui de la femme. En effet, le verset évoquant la Qiwâmah (Qawwâmûn) et celui-ci évoquant la Darajah doivent être mis en relation pour se compléter puisque le Coran, par principe, ne se contredit pas. Allah fait donc référence à la responsabilité que doit endosser l’homme dans le cadre du mariage et au fait qu’il doive supporter davantage sur certains aspects concernant ses droits, Allah l’ayant voulu ainsi. En ce sens, il doit donc savoir fermer les yeux sur d’éventuelles manquements quant à ce qui lui revient, tout en s’acquittant scrupuleusement de ses devoirs. C’est d’ailleurs ainsi qu’on rapporte qu’Ibn ‘Abbâs avait compris ce verset et qu’At Ṭabarî l’avait explicité en estimant qu’elle était la plus pertinente. Voici en effet ce qu’on rapporte d’Ibn ‘Abbâs concernant ce passage évoquant que l’homme avait une Darajah (Tafsîr d’At Ṭabarî) :

ابن عباس قال: « ما أحب أن استنظف جميع حقي عليها، لأن الله تعالى ذكره يقول: « وللرجال عليهن درجة

« Je n’aimerais pas exiger de ma femme l’ensemble des droits que j’ai sur elle, car Dieu a dit : « et les hommes ont une Darajah sur elles. »

Conséquemment, la Qiwâmah de l’homme apparaît comme étant un Taklîf (responsabilité) et non un Tashrîf (ennoblissement), et elle est une Amânah (dépôt) sur laquelle l’homme sera interrogé. Cette Qiwâmah revient à l’époux, non parce qu’il est mâle ou parce qu’il serait particulièrement sagace, mais parce qu’il lui incombe de garantir la sécurité économique et physique du couple ce qui constitue en fait un honneur pour la femme qui se voit attribuer un époux à son service et pour sa protection. Ceci dit, il ne s’agit pas non plus de faire de l’homme l’obligé de la femme en tout point, l’équilibre d’un couple nécessitant une responsabilité commune et des devoirs respectifs l’un envers l’autre et cela dépendant aussi de la société dans laquelle les hommes et les femmes évoluent.

C’est pour cette raison qu’il logiquement avoir une lecture conceptualisée de certains passages coranique, sachant que les réalités et les exigences financières de l’Arabie médiévale ne sont pas celles que rencontrent aujourd’hui, notamment en Occident, les couples des classes moyennes voire modestes. Il est donc très difficile aujourd’hui à un homme d’endosser seul les charges financières qui pèsent sur le foyer (impôts, taxes, loyer, crédits, mutuelle, gaz et électricité, assurances, etc.). Mais ceci est une autre question qui pourra être développée ailleurs, sachant que cette responsabilité de l’homme ne contrevient pas non plus au droit dont dispose la femme d’exercer une activité professionnelle, bénévole ou estudiantine et au fait que la femme ait également des responsabilités envers son époux et sa famille, notamment celle de contribuer si nécessaire à la stabilité financière du foyer.

2. La femme porte le voile dans un contexte liturgique, non dans la vie de tous les jours

C’est du moins ce que dit l’épître aux Corinthiens en cadrant le propos par le port du voile pour celle qui prie et prophétise. Il ne s’agit donc pas de le porter obligatoirement au quotidien et en toute occasion. A ce niveau, c’est la tradition qui interviendra et non l’imposition législative. En revanche, aucun texte coranique n’impose à la femme le port du voile pour des raisons liturgiques. Le seul texte dont nous disposons est un Ḥadîth attribué au Prophète et sur lequel il conviendra de revenir. Ceci est une nouvelle contradiction entre les sources bibliques et le Coran.

3. La femme porte le voile en référence aux anges (déchus)

Le passage en 1 Corinthien 11.10 explique que la femme portera le voile à cause des anges, c’est-à-dire, d’après certaines explications comme celle de Tertullien, les anges déchus [3], ceux-là même qui s’accouplèrent avec des femmes d’après ce que rapporterait la Genèse en 6.1 à 4, ce qui déplu à Dieu (G. 6.5 à 7)[4] :

6.1 Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre, et que des filles leur furent nées,6.2 les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent.6.3 Alors l’Éternel dit : Mon esprit ne restera pas à toujours dans l’homme, car l’homme n’est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans.6.4 Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu’elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l’antiquité.

Or, ce passage explique ce que le Coran ne dit jamais, à savoir que la femme devra se voiler afin que les « anges déchus » sachent qu’elle dépend d’une autorité et qu’ils ne soient donc pas attirés sexuellement par elle (ange sexué ou asexué dans la conception chrétienne ?).

De là à se servir de ce que dit Paul pour démontrer que le voile est une imposition divine dans les législations précédentes et que l’islam ne fait que la reprendre et la réaffirme nécessite d’accepter dans le même temps les explications contraires au Coran et à la croyance islamiques en s’appuyant sur des fondements discutés, discutables, paradoxaux et, quoiqu’il en soit, en totale décalage avec le texte coranique évoquant « le voile » (Khimâr, Jilbâb) que porte la femme.

Soyons clairs une bonne fois pour toute, la conception paulienne du voile et de la femme n’est pas une législation en islam, d’autant que son intervention concerne vraisemblablement la seule cité grecque de Corinthe, que Paul n’est pas un Prophète et que son épître ne se trouve ni dans la Torah ni dans l’Évangile (Al Injîl).

Le voile était entre autres une coutume juive, ou plus largement sémitique, mais l’argument consistant à prendre en compte la pratique juive ou chrétienne est totalement insuffisant, voire complètement caduc, surtout si ces pratiques ont des fondements contraires au message coranique (autorité masculine, « libido angélique » présumée, etc.). En réalité, voir dans la pratique du voile chez les Juifs et les Chrétiens un signe d’anciennes révélations faites à des Messagers dans lesquelles l’islam s’inscrirait comme une continuité, revient à faire une lecture inversée et anachronique du sujet en postulant des avis de façon rétroactive. Cela revient à constater une pratique à un instant T attribuée à l’islam et au Coran et à décider arbitrairement qu’il s’agissait d’une prescription monothéiste antérieure qui a subsisté. Donc partir du préalable que le voile serait une imposition coranique, en concordance avec ce que faisaient les Gens du Livre avant l’islam nécessite d’être prouvé explicitement. En effet, avant d’affirmer que le voile est commun aux trois législations (juive, chrétienne et musulmane), il faut déjà démontrer, et non se contenter de déclarer, supposer ou interpréter, que le port du voile est bel et bien une injonction divine dans ces trois “religions”, ce qui n’est pas le cas. Pour les deux premières, nous n’avons à faire qu’à des interprétations des textes, quant à la troisième, l’islam, jamais le Coran n’impose le port du voile à la femme.

Ajoutons que le voile qu’auraient porté Marie, mère de Jésus, ou Rebecca n’est en rien un argument en faveur d’une quelconque recommandation divine. Ce que certaines femmes font par pudeur ou tradition, le « ou » pouvant être inclusif ici, n’est pas la preuve d’une législation divine et ce, jusqu’à preuve du contraire. Il est tout à fait possible de porter des vêtements pour se couvrir sans que cela ne soit lié à un texte biblique. Aucune source n’appuie une telle compréhension, pas plus qu’un texte n’affirme clairement qu’elles portaient un voile dans la vie quotidienne ou pour chaque sortie hors du domicile.

Le voile est donc aussi bien une coutume des peuples monothéistes que polythéistes, en témoigne ses mentions dans les textes grecs ou assyriens. Et si Paul ou la tradition rabbinique en ont fait une recommandation ou une obligation pour certaines femmes, la jeune corinthienne ou les femmes mariées (avec les débats autour de la perruque – Sheytel – et autres), cela n’est aucunement la preuve d’une injonction divine et encore moins islamique. Sans nul doute, les mentions du voile ne reflètent que la culture de l’époque et le statut de la femme dans des sociétés patriarcales principalement. Une question subsiste alors pour en finir avec cette thématique : si nous devions considérer, afin de poursuivre le débat, que le voile était bel et bien une prescription divine dans les autres monothéismes, est-ce que les musulmanes y seraient assujetties ?

La réponse est non, mais elle nécessite un autre développement.

Références :

[1]Tertullien, Du voile des vierges, Tome 3. Œuvres deTertullien, traduit par Eugène Antoine de Genoude, seconde édition, Paris, 1852.
[2]Notons ici que la traduction par « ceux-là sur celles-ci », sous-entendu « les hommes sur les femmes » n’est pas correcte et ne correspond pas à ce que met en avant le texte coranique qui reste volontairement neutre dans la formulation, comme du reste dans seize autres segments coraniques où à chaque fois la traduction reste étonnamment neutre par rapport au parti pris dans ce verset…
[3]Il existe, vraisemblablement, plusieurs explications, dont trois théories, sur ce que sont ces « fils de Dieu » dont parle la Genèse :
1. Certains, en référence à l’expression « fils de Dieu », estiment qu’il s’agit d’anges déchus qui épousèrent des femmes donnant naissance à des géants (cf. Nephilim, dérivé de l’hébreu Naphal). Cet avis fut notamment répandu au Ier siècle et est attribué à Flavius Joseph, Tertullien, Clément d’Alexandrie, Origène, Justin le Martyr et d’autres.
2. D’autres, comme Julien l’Africain puis Saint Augustin, disent qu’il s’agit d’hommes déchus de la lignée de Seth qui s’accouplèrent avec des filles de la lignée de Caïn, notamment en lien avec les termes de « fils de Dieu »évoquant parfois des humains (Deutéronome 14.1, 32.5, etc.) et ce qui est dit avant Genèse 6, notamment en Genèse 4. Ce point de vue semble le plus adopté aujourd’hui.
3. Il s’agirait de fils de puissants (gouverneurs et magistrats) de la période ayant précédé le déluge étant donné que l’expression « fils de Dieu » a parfois été utilisée en référence à des rois, comme en Exode 21.6 et22.8. Il serait donc question de rois immoraux abusant de leur statut pour prendre des femmes de force ou de membre de l’aristocratie qui aurait fait preuve de violence, de méchanceté et de cruauté dans leur conquête, notamment en abusant de femmes. Cette explication résumée est notamment adoptée par le judaïsme rabbinique.
[4]Nous optons ici pour l’avis disant qu’il s’agit d’anges déchus pour plusieurs raisons, sachant que cela ne fait pas référence à la conception islamique de ce qu’est un ange, notamment le fait que cet accouplement ait donné naissance à des « géants » et le fait que l’expression « fils de Dieu » soit présente dans le Tanakh, notamment les Ketouvim, à plusieurs reprises, notamment dans Job et les Psaumes. Nous n’entrons pas dans les détails de la conception chrétienne du sexe ou des anges, ni dans le fait que certains aient été précipités dans l’abîme selon l’Apocalypse. Ce point reste évidemment discutable.

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close