1. L’homme a-t-il autorité sur sa femme ?

Première partie d’analyse du verset 4/34

« Les hommes ont autorité sur les femmes… »

Voici le verset en entier avec sa traduction courante saoudienne :

الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاء بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ وَبِمَا أَنفَقُواْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ فَالصَّالِحَاتُ قَانِتَاتٌ حَافِظَاتٌ لِّلْغَيْبِ بِمَا حَفِظَ اللّهُ وَاللاَّتِي تَخَافُونَ نُشُوزَهُنَّ فَعِظُوهُنَّ وَاهْجُرُوهُنَّ فِي الْمَضَاجِعِ وَاضْرِبُوهُنَّ فَإِنْ أَطَعْنَكُمْ فَلاَ تَبْغُواْ عَلَيْهِنَّ سَبِيلاً إِنَّ اللّهَ كَانَ عَلِيًّا كَبِيرًا

« Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand ! »

La partie qui nous intéresse dans cette analyse est le début du verset :

الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاء بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ وَبِمَا أَنفَقُواْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ

D’après les traductions généralement proposées, cette partie est donc traduite comme suit :

« Les hommes (rijâl) ont autorité (qawwâmûn) sur les femmes (nisâ), en raison des faveurs qu’Allah accorde (faḍḍala) à ceux-là sur celles-ci (ba’ḍahum ‘alâ ba’ḍ), et aussi à cause des dépenses (anfaqu) qu’ils font de leurs biens (amwâl). »

Ainsi traduit, le terme « Qawwâmûn » renverrait à l’autorité qu’aurait l’homme sur la femme, et donc à une forme de soumission de cette dernière par rapport à son époux étant donné la supériorité hiérarchique qu’il détiendrait sur elle.

D’ailleurs, cette orientation du sens est appuyé par la traduction donnée aux termes succédant cette partie, « Qânitât » et « Ḥâfiẓât », à savoir respectivement traduits par les termes « obéissantes (soumises) » et « préservatrices » des biens du mari précise-t-on, indication qui, au passage, n’est absolument pas présente dans le texte coranique. Dieu voulant, nous y reviendrons dans un autre article.

 

I. Le sens du terme Qawwâmûn

En réalité, le terme Qawwâmûn est dérivé du verbe Qâma – قام – qui signifie se tenir droit ou encore se mettre debout. C’est d’ailleurs pour cela que l’on parle d’Iqâmah de la Ṣalât (prière) comme pour s’inviter et inviter les orants à se mettre debout devant Dieu afin d’accomplir cette dernière.

Ainsi, le terme Iqâmah fait linguistiquement référence au fait de s’implanter,  d’instaurer ou encore d’établir. Quant au verbe Qâma évoqué, il porte également le sens de base, de racine, de fondation ou encore d’assise sur laquelle repose une charge par exemple et qui lui donne sa stabilité, comme l’indique clairement le terme dérivé « Qiwâm » signifiant base, fondement, appui, soutien ou encore béquille.

En résumé, le terme Qawwâmûn présent dans le verset fait référence à la responsabilité qui incombe à l’homme/l’époux et au fait qu’il doive assumer un devoir ou une charge vis-à-vis de son épouse. Ceci dit, précisons d’emblée que le fait de charger l’époux via un verset, n’implique pas que l’épouse ne le soit pas également via d’autres versets coraniques. Ceci dit, précisons que ce terme est utilisé dans d’autres versets sous des formes dérivées et traduit approximativement de la façon suivante :

Sourate 4, verset 135 :

يا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ كُونُواْ قَوَّامِينَ بِالْقِسْطِ شُهَدَاء لِلّهِ وَلَوْ عَلَى أَنفُسِكُمْ أَوِ الْوَالِدَيْنِ وَالأَقْرَبِينَ

« Ô les croyants ! Observez strictement (avec rigueur, responsabilité – Qawwâmîna) l’équité et soyez des témoins (véridiques) comme Dieu l’ordonne, fût-ce contre vous-mêmes, contre vos père et mère ou proches parents […]. »

Sourate 5, verset 8 :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ كُونُواْ قَوَّامِينَ لِلّهِ شُهَدَاء بِالْقِسْطِ

« Ô les croyants ! Soyez stricts (rigoureux, responsables – Qawwâmîna) envers Dieu et (soyez) des témoins équitables. […]. »

Comme ces deux versets le suggèrent, le terme Qawwâmîna est une charge et une responsabilité.

En somme, les hommes sont Qawwamûn sur les femmes en ce sens qu’ils doivent assumer et assurer, de par leur rôle d’appui et de soutien, ce qui permet la stabilité du couple, sa cohésion et sa sécurité, que cette dernière soit liée à l’aspect physique ou à l’aspect financier. C’est ce qui explique par exemple le renvoi dans le même passage aux dépenses (Anfaqu) des biens (Amwâl), puisque si le mari dépense c’est bien pour préserver la famille dont il a la charge. Ceci étant, il convient de préciser que le verset indique un état de fait et se réfère à la réalité de la situation au moment de la révélation, mais le Coran n’ordonne pas spécifiquement que les choses soient organisées de cette façon de façon immuable et éternelle.

Le verset suivant vient d’ailleurs renforcer l’idée que l’homme subvenait à cette époque aux besoins de l’épouse :

أسْكِنُوهُنَّ مِنْ حَيْثُ سَكَنتُم مِّن وُجْدِكُمْ وَلَا تُضَارُّوهُنَّ لِتُضَيِّقُوا عَلَيْهِنَّ وَإِن كُنَّ أُولَاتِ حَمْلٍ فَأَنفِقُوا عَلَيْهِنَّ حَتَّى يَضَعْنَ حَمْلَهُنَّ فَإِنْ أَرْضَعْنَ لَكُمْ فَآتُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ وَأْتَمِرُوا بَيْنَكُم بِمَعْرُوفٍ وَإِن تَعَاسَرْتُمْ فَسَتُرْضِعُ لَهُ أُخْرَى

« Et faites que ces femmes habitent où vous habitez, et suivant vos moyens. Et ne cherchez pas à leur nuire en les contraignant à vivre de façon oppressante. Et si elles sont enceintes, pourvoyez à leurs besoins jusqu’à ce qu’elles aient accouché. Puis, si elles allaitent [l’enfant né] de vous, donnez-leur leurs salaires. Et concertez-vous [à ce sujet] de façon convenable. Et si vous rencontrez des difficultés réciproques, alors, une autre allaitera pour lui. »

Dieu a donc responsabilisé les hommes à ce niveau, assumant les besoins de la femme, qu’ils soient financiers, physiques voire même affectifs par le bon comportement. En outre, la suite de la traduction tente d’orienter la compréhension de ce passage en affirmant que Dieu aurait dit :

« …en raison des faveurs qu’Allah accorde (faḍḍala) à ceux-là (ba’ḍahum) sur celles-ci (ba’ḍ) … »

 

II. Dieu précise-t-Il que les hommes auraient favorisé par rapport aux femmes ?

Ici, l’expression « ba’ḍahum ‘alâ ba’ḍ » fut traduit par : « ceux-là sur celles-ci », justifiant ainsi que l’hommes ait été favorisé par rapport à la femme. Or, linguistiquement cette traduction n’est pas correcte et devrait être ainsi : « en raison des faveurs que Dieu accorde à certains (hommes et femmes) sur d’autres. »

En effet, le terme « Ba’ḍ » exprime une partie d’un tout, une portion délimitée et se traduit par « quelque », quant au pronom « hum » il signifie « eux ». Ainsi, « Ba’ḍahum » se traduit par « quelques-uns d’eux » ou « certains d’entre eux ». Quant au second terme utilisé, il s’agit de « Ba’ḍ » (quelque, certains…), sans aucun pronom accolé, et non de « Ba’ḍihinna » par exemple signifiant « certaines d’entre elles ».

En somme, non seulement Dieu n’a pas désigné l’ensemble des hommes par l’expression « Ba’ḍahum », mais en plus il n’a pas évoqué la faveur de l’ensemble de ces derniers sur l’ensemble des femmes. Ainsi, même si l’on voulait expliquer qu’il s’agisse des faveurs des hommes sur les femmes, il faudrait obligatoirement le limiter à certains hommes (non définis) sur certaines femmes (non définies), ce qui impliquerait que certaines femmes soient également favorisées par rapport à certains hommes.

Mais le plus juste à comprendre linguistiquement semble être que le terme « ba’ḍahum » renvoie à l’utilisation d’un pronom masculin pluriel faisant référence à la généralité. C’est comme si en parlant des gens composant une foule on disait : « Ils sont nombreux ». Ici, l’objectif ne serait pas de désigner les hommes uniquement, mais l’ensemble des gens composant la foule, qu’ils soient hommes ou femmes.

La traduction qui semble alors la plus cohérente est la suivante :

بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ

« …en raison des faveurs que Dieu accorde (Faḍḍala) à certains (hommes et femmes) sur d’autres (Ba’ḍ) … »

D’ailleurs, ce qui est surprenant, c’est que la traduction proposée ici fut bizarrement celle adoptée pour cette même expression, mais dans l’ensemble des autres versets, comme par exemple en 4/32 :

ولاَ تَتَمَنَّوْاْ مَا فَضَّلَ اللّهُ بِهِ بَعْضَكُمْ عَلَى بَعْضٍ لِّلرِّجَالِ نَصِيبٌ مِّمَّا اكْتَسَبُواْ وَلِلنِّسَاء نَصِيبٌ مِّمَّا اكْتَسَبْنَ وَاسْأَلُواْ اللّهَ مِن فَضْلِهِ إِنَّ اللّهَ كَانَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمًا

« Ne convoitez pas ce qu’Allah a attribué (Faḍḍala) aux uns d’entre vous (Ba’ḍakum) plus qu’aux autres (‘alâ Ba’ḍ) ; aux hommes la part qu’ils ont acquise, et aux femmes la part qu’elles ont acquise. Demandez à Allah de Sa grâce. Car Allah, certes, est Omniscient. »

Ici, on constate que l’expression fut traduite par la généralité englobant hommes et femmes. Pourquoi donc avoir modifié la traduction dans le verset 4/34 en spécifiant qu’il s’agissait d’une faveur des hommes en général sur les femmes en général ?

Si nous reprenons l’exemple du verset 4/32, on constate, bizarrement, que la traduction de cette même expression arabe est la suivante : « aux uns d’entre vous plus qu’aux autres » et ce, alors que la prise en compte du verset pourrait indiquer qu’il s’agisse des hommes (ou femmes) sur les femmes (ou hommes).

Or, ce qui est intriguant c’est que cette expression est présente dans 16 autres versets, situés dans 13 sourates différentes, et qu’elle est à chaque fois traduite de manière générale et non comme elle l’est en 4/34 de façon orientée. Etonnamment, lorsqu’il s’agit d’une prétendue supériorité de l’homme sur la femme, alors le verset est traduit de façon à ce que cela soit mis en avant. En résumé, seul un verset sur 17 est traduit de cette façon dans tout le Coran, celui où on évoque une « supériorité » présumée de l’homme sur la femme, alors que c’est la même expression qui est globalement utilisée dans tous les autres versets, à savoir une formulation générale traduite en conservant cet aspect général.

Ainsi, nous pouvons considérer que cette traduction manipule ou oriente le lecteur vers une compréhension précise alors que si l’on explique le Coran par la linguistique et par une approche intra-coranique, cela paraît extrêmement peu pertinent.

Le Coran s’explique en premier lieu par le Coran lui-même. Or, Dieu est clair sur le fait qu’il a chargé davantage l’homme que la femme, notamment avec le verset 2/228, qui stipule par ailleurs que la femme à des devoirs comme l’homme :

وَلَهُنَّ مِثْلُ الَّذِي عَلَيْهِنَّ بِالْمَعْرُوفِ

« Quant à elles, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance (ma’rûf). »

Ainsi, non seulement ce verset démontre coraniquement que la femme est reconnue comme ayant également des charges, mais en outre la référence au Ma’rûf dépend du ‘Urf, de la coutume, et donc du contexte. Or, la coutume et le mode de fonctionnement de la société arabe médiévale n’a pas vocation à être universalisée et imposée à l’ensemble des sociétés jusqu’à la fin des temps.

Evidemment, nous n’ignorons pas que les deux catégories citées précédemment dans le verset 4/34 soient celle des hommes et celle des femmes. Mais pour comprendre pourquoi le fait de traduire par « ceux-là sur celles-ci » est une interprétation et non ce que dit le texte, il faut revenir au contexte, celui-ci indiquant deux informations importantes : le verset aborde le cas du mariage et aborde la notion de Qiwâmah.

Évidemment, si l’on comprend que les hommes ont « autorité » sur les femmes, alors la traduction de « ba’duhum ‘alâ ba’d » par ce qui est répandue se comprend (uniquement par une analyse segmentaire), car d’après la traduction répandue le terme « Qawwâmûn » renverrait à l’autorité qu’aurait l’homme sur la femme, et donc à une forme de soumission de l’épouse à son mari, justifiant l’idée qu’il serait avantagé.

Or, comme susmentionné, le terme « Qawwâmûn » présent dans le verset fait référence à la responsabilité qui incombe à l’homme et au fait d’assumer un devoir ou une charge, et non au fait d’avoir une autorité ou au fait qu’il serait le seul dans le couple à être chargé ou a pouvoir détenir une position d’autorité en cas de besoin.

Ainsi, deux compréhensions cohérentes s’offrent à nous :

  1. Soit la Qiwâmah représente plutôt une faveur que Dieu accorde à la femme sur l’homme puisqu’Il charge l’homme d’être, de façon résumée, un soutien pour la femme à plusieurs niveaux.
  2. Soit la Qiwâmah est une charge pour l’homme, ce qui est une forme d’honneur de la part de Dieu à travers la responsabilité qu’Il lui donne, mais également un honneur pour la femme par le fait que l’homme ait la charge d’assurer sa protection à plusieurs niveaux.

Aussi, en tenant compte de ces deux compréhensions et du début du verset, il semble cohérent de rester volontairement général comme pour signaler que certains hommes et certaines femmes sont favorisés dans le cadre du mariage et ce, pour diverses raisons. Et si choix il devait y avoir, alors il semble que la traduction par « celles-ci sur ceux-là » soit plus cohérente puisque les femmes se verraient favorisées par le fait d’avoir un époux en soutien, en appui. En effet, il faut distinguer ce que peut impliquer la Qiwâmah ou le fait d’être chargé en général, à savoir le recours à une attitude d’autorité en cas de nécessité, et ce qu’elle est en premier lieu, à savoir un Taklîf, une charge, une responsabilité, et non un Tashrîf (honneur).

Ainsi, en considérant que l’homme est investi d’une charge supplémentaire au profit de la femme, puisqu’il a un devoir envers (sur) elle qu’elle n’a pas obligatoirement envers lui, il est beaucoup plus cohérent de considérer que la femme est favorisée par rapport à l’homme.

 

III. Dieu affirme-t-il que l’homme jouit d’une prédominance sur la femme ?

Dans un autre verset, Dieu précise ensuite que l’Homme a un Darajah sur la femme :

وَلِلرِّجَالِ عَلَيْهِنَّ دَرَجَةٌ وَاللّهُ عَزِيزٌ حَكُيمٌ

« Mais les hommes ont cependant une Darajah sur elles. Et Dieu est Puissant et Sage. »

Le terme arabe traduit classiquement par prédominance est « Darajah », qui signifie notamment « degré » en ce sens que l’homme a un niveau de responsabilité supérieur sur certains points (financiers peut-être ou autres, tout comme la femme en a sur d’autres d’ailleurs) ou bien un degré de tolérance attendu vis-à-vis de ses droits supérieur à celui de la femme. En effet, le verset évoquant la Qiwâmah (cf « Qawwâmûn ») et celui-ci évoquant la Darajah doivent être mis en relation pour se compléter puisque le Coran ne se contredit pas.

Dieu fait donc référence à la responsabilité qu’endosse l’homme dans le cadre du mariage et au fait qu’il supporte théoriquement davantage sur certains aspects concernant ses droits. En ce sens, il doit donc savoir fermer les yeux sur d’éventuelles manquements quant à ce qui lui revient, tout en s’acquittant scrupuleusement de ses devoirs. C’est d’ailleurs ainsi que l’on rapporte qu’Ibn ‘Abbâs avait compris ce verset et qu’At Ṭabarî l’avait explicité en estimant qu’elle était la plus pertinente. Voici en effet ce qu’on rapporte d’Ibn ‘Abbâs concernant ce passage évoquant le fait que l’homme ait une Darajah (Tafsîr d’At Ṭabarî) :

ابن عباس قال: « ما أحب أن استنظف جميع حقي عليها، لأن الله تعالى ذكره يقول: « وللرجال عليهن درجة

« Je n’aimerais pas exiger de ma femme l’ensemble des droits que j’ai sur elle, car Dieu a dit : et les hommes ont une Darajah sur elles. »

Ainsi, d’un point de vue coranique, la Qiwâmah de l’homme apparaît comme étant un Taklîf (responsabilité) et non un Tashrîf (ennoblissement), et elle est une Amânah (dépôt) sur laquelle l’homme sera interrogé. Cette Qiwâmah revient à l’époux, non parce qu’il est mâle ou parce qu’il serait particulièrement sagace, mais parce qu’il lui incombe de garantir la sécurité économique et physique du couple, notamment dans un contexte difficile pour la femme comme pouvait l’être celui de l’Arabie médiévale, ce qui constitue en fait un honneur pour elle qui se voit attribuer un époux en soutien.

Ceci dit, il ne s’agit pas non plus de faire de l’homme l’obligé de la femme en tout point, l’équilibre d’un couple nécessitant une responsabilité commune et des devoirs respectifs l’un envers l’autre comme le rappelle le Coran.

En conséquence, l’homme est davantage chargé que la femme, il a un degré de responsabilité supérieur à la femme ce qui laisse clairement supposer que ce soit la femme qui soit favorisée par rapport à l’homme dans le cadre du mariage.

IV. L’homme peut-il recourir a une forme d’autorité dans le cadre du couple ?

Si l’on estime logiquement que l’homme peut recourir à une forme d’autorité si nécessaire dans le cadre des charges qui sont les siennes, cela pouvant parfaitement s’entendre, alors la femme étant également chargée vis-à-vis de son mari dans le cadre du mariage et de la famille pourra aussi recourir à une forme d’autorité si nécessaire dans le cadre des responsabilités qui sont les siennes. Car si l’on admet que le fait d’être responsable peut impliquer l’autorité, cela est valable pour l’homme et la femme jusqu’à preuve du contraire.

A partir du moment où Dieu donne des responsabilités à la femme, même si elles sont partagées ou différentes, en quoi ne pourrait-elle pas, elle aussi, recourir à une attitude d’autorité si la situation le nécessite ?

Il est ainsi parfaitement envisageable de responsabiliser un époux en lui disant : « tu as des charges à assumer vis-à-vis de ta femme » et la femme en lui disant par exemple : « tu dois veiller à préserver l’harmonie du couple. » La responsabilisation des deux s’effectue alors de deux manières différentes. Ajoutons que si Dieu évoque le Nushûz de la femme dans le verset 4/34, Il évoque également le Nushûz du mari dans un autre verset de la même sourate, . Ici encore, il y a réciprocité, mais nous y reviendrons dans un autre article.

En conséquence, si les hommes sont Qawwâmun sur les femmes, cela n’indique donc absolument pas que les femmes ne le seraient pas également vis-à-vis des hommes. Les hommes ont leurs responsabilités et les femmes les leurs. C’est exactement d’ailleurs la divergence qui existe au niveau principologique et linguistique. En effet, si je dis que Mohamed est la mosquée, cela ne signifie nullement que Jonathan n’y soit pas également. Si je dis encore que l’homme est un être doué d’intelligence, cela n’ implique absolument pas que la femme ne le soit pas non plus. En d’autres termes, dire que les hommes sont Qawwâmûn (responsables), et non pas les seuls à l’être, n’indique nullement que les femmes ne le soient pas, d’autant qu’il y a des indices de cela dans le Coran et des preuves dans la vie quotidienne. Or, la Sharî’ah n’est pas irréaliste et déconnectée du réel.

Certains aiment alors à dire que le fait d’être responsable de quelqu’un, en avoir la charge, s’en occuper, subvenir à ses besoins, etc. ne peut se concevoir sans une part d’obéissance de la part de l’autre. Nous répondrons à cela en deux points :

  1. Bizarrement, le fait que la femme soit en charge et en responsabilité vis-à-vis de son mari, qu’elle s’occupe de lui dans certains aspects du couple, qu’elle s’occupe de sa famille et même, que de nos jours, elle occupe un emploi au même titre que l’homme car bien souvent un seul salaire ne suffit plus à répondre aux charges d’un foyer n’impliquerait pas la même chose ? Étrange comme raisonnement…
  1. Selon nous, le fait d’avoir des responsabilités envers une personne, quand l’individu en question est un adulte responsable, pubère et Mukallaf n’implique ABSOLUMENT PAS l’obéissance de sa part, mais plutôt la coopération ! D’ailleurs, l’esprit de non-coopération du couple est parfaitement illustrer par le terme Nushûz, « Nashaza » signifiant « dissoner », « chanter faux » ou encore « discorder ». De même, la racine « N – SH – Z / ن ش ز» exprime le fait de « s’élever au-dessus », « d’être plus haut » et c’est pour cette raison qu’on pourra également employer le verbe « Nashaza » pour mentionner ce qui « apparaît à l’horizon » et donc ce qui s’élève ou se dresse par rapport à notre perspective, comme dans le verset 58/11 par exemple.

Autrement dit, dans le cadre du mariage, une attitude « nuzhuzique » traduit l’idée de rébellion, d’irritation, d’offense, ou encore de heurt. Mais, bien plus, cela implique de dissoner, de discorder, qualifiant une situation où il y a absence d’accord : les deux ne sont pas en harmonie, au diapason, sur la même longueur d’onde…

En conséquence, loin de ce qui est présenté comme de la désobéissance, le Nushûz correspond à un état d’esprit entraînant un sentiment de supériorité vis-à-vis de son conjoint, un sentiment d’irritation prononcée, un comportement offusquant ou encore d’une attitude simplement conflictuelle et clivante transformant finalement l’harmonie du couple en cacophonie.

Or, c’est l’exact contraire qui est attendu par Dieu et le contraire de la non-coopération et de l’attitude offensante n’est pas la soumission, mais le retour à l’adhésion consentie et l’envie d’agir pour l’union du couple.

Le fait de prétendre que dans un système il faille forcément UN décisionnaire n’est pas correct. Plusieurs exemples de fonctionnement de sociétés montrant qu’un gouvernement dual comme la dyarchie est un fonctionnement possible, encore aujourd’hui. De même, le mode de fonctionnement par séparation des pouvoirs permet à certains d’avoir des prérogatives dans leur domaine et à d’autres dans le leur. Même à considérer que l’homme doivent avoir certaines prérogatives dans ce qui relève de sa responsabilité, la femme peut également avoir les siennes à son niveau de responsabilité. Il ne faut pas confondre pouvoir et pouvoir absolu. Chaque couple sera libre de fonctionner comme il l’entend, en respect des principes coraniques, mais il convient de ne pas faire dire au Coran ce qu’il ne dit pas et de ne pas comparer l’autorité parentale et l’autorité conjugale : si l’homme n’est pas un enfant, la femme n’est pas une éternelle mineure. Les femmes ont, comme les hommes, les compétences pour diriger, gouverner et avoir des postes à responsabilités comme en témoignent plusieurs récits coraniques  ou hadistiques par ailleurs.

Il faut également avoir une lecture contextualisée du verset 4/34, sachant que les réalités et les exigences financières de l’Arabie médiévale ne sont pas celles que rencontrent aujourd’hui, notamment en Occident, les couples de classes moyennes voire modestes. Il est donc très difficile aujourd’hui à un homme d’endosser seul les charges financières qui pèsent sur le foyer (impôts, taxes, loyer, crédits, mutuelle, essence, besoins des enfants, gaz et électricité, assurances, etc.). Mais ceci est une autre question qui pourra être développée ultérieurement, sachant que cette responsabilité de l’homme ne contrevient pas non plus au droit dont dispose la femme d’exercer une activité professionnelle, bénévole ou estudiantine.

Le passage coranique objet de cet article pourra donc être traduit, dans un sens rapproché, de la manière suivante :

الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاء بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ وَبِمَا أَنفَقُواْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ

« Les hommes ont une responsabilité (sont responsables) concernant les femmes [dans le cadre du mariage] , en raison de ce que Dieu a préféré pour certains sur d’autres, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens.

Dieu n’a pas établi de supériorité de l’homme sur la femme et ce qui distingue les deux sont la piété et les bonnes œuvres :

منْ عَمِلَ صَالِحًا مِّن ذَكَرٍ أَوْ أُنثَى وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَلَنُحْيِيَنَّهُ حَيَاةً طَيِّبَةً وَلَنَجْزِيَنَّهُمْ أَجْرَهُم بِأَحْسَنِ مَا كَانُواْ يَعْمَلُونَ

« Quiconque, mâle ou femelle, fait une bonne œuvre tout en étant croyant, Nous lui ferons vivre une bonne vie. Et Nous les récompenserons, certes, en fonction des meilleures de leurs actions. »

يا أَيُّهَا النَّاسُ إِنَّا خَلَقْنَاكُم مِّن ذَكَرٍ وَأُنثَى وَجَعَلْنَاكُمْ شُعُوبًا وَقَبَائِلَ لِتَعَارَفُوا إِنَّ أَكْرَمَكُمْ عِندَ اللَّهِ أَتْقَاكُمْ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ خَبِيرٌ

« Ô Hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entreconnaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Dieu est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. »

V. Conclusion

Dieu dit que les hommes sont Qawwâmûn vis-à-vis des femmes, mais Il responsabilise également la femme vis-à-vis de l’époux… Attribuer à l’homme ce que Dieu lui attribue, ni plus ni moins, à savoir une Qiwâmah sur la femme, ne signifie pas que Dieu lui attribue une l’autorité générale sur elle. De la même manière, il convient d’attribuer à la femme ce que Dieu lui attribue, des droits et des responsabilités dans le cadre du couple et vis-à-vis du mari, et non une autorité générale sur lui. La seule différence est donc que l’homme a une Darajah par rapport à elle comme cela fut explicité.

Le Tafḍîl (la faveur) n’est pas explicitement lié à l’homme et cela fut détaillé plus haut puisque le verset 4/34 n’affirme pas cela explicitement et les 16 autres occurrences de ce termes dans le texte coranique n’implique pas cela. Si l’homme à une grande responsabilité, que cela est un Taklîf vis-à-vis de sa femme, nous ne voyons en quoi le fait d’être davantage chargé et donc d’être davantage sujet aux comptes devant Dieu ferait de la personne concernée la bénéficiaire d’un Tafḍîl…

L’homme a une Darajah supplémentaire, en ce sens que l’homme a un niveau de responsabilité supérieur sur certains points (dépendamment du contexte) ou bien un degré de tolérance attendu vis-à-vis de ses droits supérieur à celui de la femme.

Wallahu a’lam

 

Rédaction LVDH

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