L’influence de Ka’b al Ahbâr dans l’arrivée au pouvoir des Umayyades ?

Pour répondre à cette question, il nous faut revenir environs 70 ans avant l’hégire, le jour de la naissance d’un personnage important dans l’histoire musulmane : Ka’b Ibn Mâti’ al Ḥimyarî, plus connu sous le nom de Ka’b al Aḥbâr. Il était alors un grand rabbin originaire du Yémen et, malgré sa conversion au temps de ‘Umar, il n’embrassa jamais réellement l’islam, ses actes témoignant de cela.

En effet, durant les 23 années de l’apostolat du Messager de Dieu, il s’opposa à son message, refusa d’embrasser l’islam durant la gouvernance d’Abû Bakr, mais déclara seulement son islamité au cours de la gouvernance de ‘Umar et ce, quelques années avant sa mort. C’est d’ailleurs pour cette raison que ‘Umar avait des doutes quant à la sincérité de sa conversion et qu’il lui fit remarqué un jour, avec ‘Abbâs Ibn al Muṭṭalib (l’oncle du Prophète), que si Mûsâ  avait eu sa place, il aurait embrassé l’islam car le fait de l’embrasser du vivant le Messager de Dieu constitue un honneur[1]. On lui demanda donc la raison de son attente pour entrer en islam. alors, selon une version, il répondit qu’il n’était pas encore sûr de son choix, mais qu’en voyant la propagation de la religion il reconnut la véracité de celle-ci et y adhéra. Dans une autre version, il aurait dit à ‘Abbâs Ibn al Muṭṭalib que son père lui avait donné une copie de l’Ancien Testament (Torah), mais enferma certains chapitres de celle-ci dans un coffre qu’il lui fit promettre de ne jamais ouvrir. Cependant, en voyant l’islam se propager, il voulut connaître la vérité et découvrit les autres chapitres. C’est alors qu’il se serait rendu compte que l’Ancien Testament mentionnait l’arrivée du Prophète Muḥammad, tout en ajoutant, quelques mois plus tard, qu’il s’était aperçu qu’il mentionnait également ‘Umar Ibn al Khaṭṭâb et sa monture[2]. Mais ‘Umar était intelligent et comprit assez rapidement qu’il se tramait quelque chose derrière la présence de ce personnage. Ainsi, comme le rapporte l’Imâm Aḥmad dans son Musnad et Abû ‘Ubayd al Qâsim Ibn as Salâm dans Al Amwâl, lorsque ‘Umar Ibn al Khaṭṭâb ouvrit la Palestine (Al Quds – Jérusalem), il demanda à Ka’b al Aḥbâr ce qu’il pensait de la construction de la mosquée[3]. Il lui répondit alors qu’il préférait que l’on utilise le mur occidental (juif) comme qiblah à cette mosquée. A ce moment, ‘Umar lui rétorqua : « Ô Ka’b ! Par Dieu, tu n’as jamais quitté le judaïsme. »[4] Ajoutons encore ce qui témoigne que le calife ‘Umar n’était pas dupe quant aux motivations de Ka’b puisqu’il le menaça d’expulsion en disant : « Délaisse le Ḥadîth ou je te ferai rejoindre la terre des singes[5] (c’est-à-dire les juifs) ! […]. »[6]

Ajoutons encore que le Ṣaḥâbî ‘Abdullah Ibn Salâm (ancien rabbin également) avait beaucoup de doutes quant à l’islam de Ka’b al Aḥbâr[7], tout comme ‘Abdullah Ibn ‘Abbâs et ‘Abdullah Ibn Mas’ûd[8]. Ainsi, on s’aperçoit que les Ṣaḥâbah n’étaient pas à l’aise et tranquille concernant les véritable motivations de Ka’b. Or, ce qui est troublant, c’est qu’il fut considéré plus tard comme un savant important de l’Islam[9].

I. Quel est le lien entre la réclamation de Mu’âwiyah à la gouvernance et Ka’b al Aḥbâr ?

A l’époque de ‘Uthmân Ibn ‘Affân, étant donné les débats politiques en cours, les gens évoquaient le sujet de la gouvernance. Ainsi, Ka’b al Aḥbâr pris la parole en public et prétendit qu’il avait trouvé dans l’Ancien Testament que celui qui se trouvait sur la monture prétendument mentionnée (à l’instant où il parlait) gouvernerait après ‘Uthmân Ibn ‘Affân. A ce moment, les gens présents se retournèrent et virent Mu’âwiyah Ibn Abî Sufyân arriver sur une bête. Ce dernier aurait même dit par la suite que depuis ces mots de Ka’b al Aḥbâr prononcer, l’envie de gouverner ne l’avait pas quitté[10]. C’est d’ailleurs pour cette raison que lorsque ‘Alî fut désigné gouverneur, Mu’âwiyah affirma que selon l’Ancien Testament c’est lui qui devait être à sa place. Comprenons bien ici que ceci met en avant le fait que les Umayyades (dynastie fondée par Mu’âwiyah) n’avaient, avant cela, jamais vraiment eu l’ambition de gouverner puisqu’elle était originaire d’une tribu reculée qui n’avait nullement de vision à grande échelle de la gouvernance, de la gestion d’un empire et de la civilisation musulmane. Elle était en vérité déjà manipulée, depuis le début, par Ka’b al Aḥbâr et Nawf al Bikâlî.

Il est également intriguant de constater qu’avant l’assassinat de ‘Umar Ibn al Khaṭṭâb, Ka’b al Aḥbâr vint le trouver pour lui annoncer qu’il avait lu, toujours dans l’Ancien Testament, qu’il trouverait la mort trois jours après leur échange[11]. Etonné, ‘Umar lui demanda si l’Ancien Testament l’avait alors mentionné une nouvelle fois, ce à quoi Ka’b répondit qu’il n’était pas cité nommément, mais par ses qualités morales et physiques. L’épouse de ‘Umar, Umm Kulthûm, qui avait été surpris cette conversion, recommanda alors à son époux de se méfier de Ka’b. Mais ce Compagnon trouva bien la mort trois jours plus tard poignardé par Abû Lu`lu`ah[12], l’un des complices de Ka’b al Aḥbâr.

 

II. Les motivations de Ka’b

A travers ce que nous venons de citer et après avoir constaté l’implication évidente de Ka’b al Aḥbâr dans l’assassinat du calife, comment analyser les raisons mises en avant par Ka’b al Aḥbâr pour expliquer sa conversion tardive ?

En réalité, ceci n’était qu’une tromperie, un mensonge et une manipulation. En effet, quelques jours avant sa mort, le Prophète  aurait demandé aux musulmans de faire sortir les mushrikûn (polythéistes, non-musulmans) de Jazîrah al ‘arab (région de la Mecque et Médine, comprenant également, pour certains, le nord du Yémen pour certains). Toutefois, Abû Bakr n’aurait pas eu le temps d’appliquer cette parole puisque les récits rapportent qu’il fut trop occupé par la question des apostats et des fitan (dissensions) causées par la tribu des Banû Ḥanîfah[13]. En revanche, ‘Umar se chargea de répondre à cette demande prophétique et cela fut interprété par Ka’b al Aḥbâr de la sorte : «Si tu restes non-musulman, tu ne rentreras jamais à Médine et à La Mecque et tu ne pourras rien tenter contre la gouvernance islamique. » Ka’b compris donc qu’il devait déclarer son islam, en apparence du moins, afin d’infiltrer les musulmans de l’intérieur et nuire à la communauté et à l’empire naissant.

A ce titre, il est tout de même intriguant de constater que toutes les paroles rapportées par Ka’b al Aḥbâr proviennent de l’Ancien Testament et qu’elles ne traitent que de deux thématiques principales (avec une troisième parfois : celle du qadar[14]) :

  • Le Tajsîm (corporéisme, anthropomorphisme)[15]
  • Les mérites du Shâm[16]: il aborda ce thème via le discours religieux d’une part et le discours politique (ou militaire) d’autre part. En effet, lorsque Ka’b al Aḥbâr arriva du Yémen, il fut accompagné de son beau-fils, Nawf al Bikâlî que nous avons évoqué précédemment, qui fut en charge du discours religieux[17]. Quant au discours politique, il fut la responsabilité de deux autres individus qui l’accompagnaient, à savoir Dhul Kilâ’[18] (un cousin) et Tubay’ Ibn ‘Âmir[19] (un cousin).[20]

D’une manière plus générale, Dhul Kilâ’ et Tubay’ formaient les têtes pensantes de l’armée des Umayyades, alors que Ka’b al Aḥbâr et Nawf al Bikâlî s’occupaient de la diffusion du discours religieux. Il semble donc évident que la dynastie des Umayyades ne prenait aucune décision de son propre chef et qu’elle fut utilisée pour servir d’autres desseins.

Quant à ‘Abdullah Ibn Saba` évoqué précédemment également, il ne vint pas non plus seul d’Egypte ; il était accompagné de Hurqus Ibn Zuhayr[21], appuyé par l’armée de Baṣrah sous le commandement de Ḥukaym Ibn Jabalah (le plus proche de ‘Abdullah Ibn Saba`) et celle de Kûfah avec Mâlik al Ashtâr. Une fois ‘Uthmân assassiné, c’est ‘Abdullah Ibn Saba` et Hurqus qui désigneront les premiers ‘Alî Ibn Abî Ṭâlib comme gouverneur, alors que dans le même temps quasiment ce sont les suiveurs de Ka’b al Aḥbâr qui désigneront Mu’âwiyah comme gouverneur. Ainsi, ils réussirent à semer la zizanie et la discorde entre feignant de s’opposer, afin que la masse des musulmans s’opposent également.

Ainsi, alors que les uns formèrent l’armée de Mu’âwiyah, les autres firent partie de l’armée de ‘Alî Ibn Abî Ṭâlib (‘Abdullah Ibn Saba` et Hurqus Ibn Zuhayr de l’Egypte, Ḥukaym Ibn Jabalah de Baṣrah et Mâlik al Ashtâr de Kûfah, chacun d’eux avec leur armée), sachant que la très grande majorité des Ṣaḥâbah soutenaient ‘Alî.

Aussi, alors que ‘Alî était déjà désigné gouverneur, il envoya des missives à Mu’âwiyah après avoir appris qu’il réclamait la gouvernance et ce, afin de lui rappeler son devoir envers le calife légitime, ce que Mu’âwiyah refusa. En conséquence, alors que les armées de ces deux derniers se rencontrèrent à Siffîn (actuelle Syrie), ceux qui déclenchèrent la tristement célèbre bataille de Siffîn[22] (37 H.) furent Tubay’ Ibn ‘Âmir, Ibn Saba`, Hurqus Ibn Zuhayr et Ḥukaym Ibn Jabalah[23]. Il y avait donc manifestement une complicité évidente entre tous ces personnages…[24]

A l’issu de cette bataille, on proposa de désigner une personne de chaque clan afin d’arbitrer et trouver un accord :

  • Ce fut Abû Mûsâ Al Ash’arî du côté de ‘Alî Ibn Abî Ṭâlib
  • Et ‘Amr Ibn al ‘Âṣ du côté de Mu’âwiyah.

III. Naissance de trois courants politico-dogmatique

A partir de cet évènement, trois courants verront le jour :

  1. Les Kharijites[25]الخوارج: Ce terme vient du verbe « Kharaja » (sortir) – خرج – et met en évidence le fait que ces gens soient sortis de la gouvernance musulmane en refusant l’arbitrage entre ‘Alî (qu’ils soutenaient  pourtant au départ) et Mu’âwiyah via l’envoi de deux Compagnons chargés de trouver un accord.
  2. Les Murji`ites[26]المرجئَة: Ce terme vient du verbe « Arja`a » – أرجأ qui signifie « retarder ». Ils considéraient que ‘Alî Ibn Abî Ṭâlib ne bénéficiait d’aucune priorité à gouverner face à Abû Bakr, ‘Umar et ‘Uthmân. Ce nom leur fut donné par les Shî’ah qui ont considéré qu’ils avaient retardé la gouvernance de ‘Alî.
  3. Les Chiites[27]الشيعة: Ce terme signifie littéralement « soutien ». Ce nom leur fut donné par les Murji`ites. Au premier temps, les « Chiites » (soutiens de ‘Alî) étaient composés des Ṣaḥâbah[28] du Messager de Dieu, mais également d’Ibn Saba` et des siens. Ainsi, ce chiisme du début se scinda en deux catégories :
    • Le chiisme de ‘Abdullah Ibn Saba`[29] (pour qui l’ordre des gouverneurs devaient être ‘Alî, Al Ḥasan, Al Ḥusayn, ‘Alî Ibn al Ḥusayn, Muḥammad Ibn ‘Alî, etc.)
    • Le chiisme des Ṣaḥâbah et du reste des musulmans globalement (pour qui l’ordre des gouverneurs est Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân, ‘Alî et Al Ḥasan Ibn ‘Alî).

 

Sources et annotations : 

[1]Rapporté par l’Imâm An Nuwayrî dans Sad al ‘Arab et l’Imâm ‘Umar Ibn Shabbah.

[2]Ainsi, selon Ka’b al Aḥbâr, Dieu, au lieu d’envoyer une loi divine de réforme, annonce à Mûsâ l’arrivée d’un certain ‘Umar Ibn al Khaṭṭâb (des siècles après lui) et sa monture… Ceci est illogique et c’est d’ailleurs pour cela que ‘Umar se mit à rire en entendant ceci d’après ce que rapporte les récits.

[3]‘Umar avait fait construire une Mosquée à Jérusalem (Masjid ‘Umar Ibn al Khaṭṭâb).

[4]Ceci étant dit, il faut savoir que Ka’b al Aḥbâr est mentionné dans la majorité des livres de Tafsîr (exégèse) comme étant un savant de l’Islam.

[5] Ceci serait une allusion à la parole de Dieu en 7/166 : كُونُواْ قِرَدَةً خَاسِئِينَ- « Soyez des singes abjects. »

[6]Târîkh Abû Zur’ah (1/544) :

إسناده صحيح

خرَّجه أبو زرعة الدمشقيُّ في  » تاريخه  » [ص /544] ، قال : حدثني محمد بن زرعة الرعيني قال: حدثنا مروان بن محمد قال: حدثنا سعيد بن عبد العزيز عن إسماعيل بن عبيد الله عن السائب بن يزيد قال: سمعت عمر بن الخطاب قال : ….قال لكعب: لتتركن الأحاديث، أو لألحقنك بأرض القردة….

Al Bidâyah wan Nihâyah d’Ibn Kathîr (8/206), Siyar A’lâm an Nubalâ` (2/433).

[7]Comme le rapporte Mâlik, d’après Yazîd Ibn ‘Abdullah Ibn al Hâd, d’après Muḥammad Ibn Ibrâhîm at Taymî, d’après Abû Salâm Ibn ‘Abd ar Raḥmân, d’après Abû Hurayrah, d’après ‘Abdullah Ibn Salâm.

[8]Comme le rapporte At Ṭabarî dans son Tafsîr.

[9]L’Imâm Al Bukhârî rapporte dans son recueil qu’il existait un désaccord entre ‘Abdullah Ibn ‘Abbâs et Al Hurr Ibn Qays concernant Mûsâ dans l’histoire d’Al Khidr (ou Al Khadir). Hurr Ibn al Qays soutenait qu’il ne s’agissait pas de Mûsâ Ibn ‘Imrân, le Messager de Dieu, mais qu’il s’agissait de Mûsâ Ibn Mîsâ. Sachant cela, ‘Abdullah Ibn ‘Abbâs convoqua Ubay Ibn Ka’b afin de lui demander s’il avait entendu le Prophète Muḥammad évoquer ce sujet. Ubay lui répondit par l’affirmative en indiquant qu’il s’agissait de Mûsâ Ibn ‘Imrân et Hurr Ibn Qays fut alors convaincu. Mais l’Imâm Al Bukhârî rapporte sur le même sujet, toujours dans son recueil, un autre Ḥadîth opposant ‘Abdullah Ibn ‘Abbâs et Nawf al Bikâlî concernant l’identité de Mûsâ avec Al Khidr. Nawf al Bikâlî soutenait qu’il s’agissait de Mûsâ Ibn Mîsâ. Mais avec lui, ‘Abdullah Ibn ‘Abbâs n’a pas agi de la même façon qu’avec Ḥurr Ibn Qays et aurait dit à Nawf al Bikâlî : « L’ennemi de Dieu a menti ! » – « كذب عدوّ الله ».

نوف البكالي و هو ابن امرأة كعب الأحبار: في صحيح البخاري 122 في كتاب العلم في قصة سيدنا الخضر عليه السّلام: “عن سعيد بن جبير قال: قلت لابن عباس : إن نوفا البكالي يزعم أن موسى ليس موسى بني إسرائيل إنما هو موسى آخر!  فقال:كذب عدو الله… »

Une question se pose alors : Comment expliquer les deux réactions totalement différentes de ‘Abdullah Ibn ‘Abbâs alors qu’il s’agit à chaque fois du même sujet ? Ibn Ḥajar al ‘Asqalânî avait remarqué cela et nous explique que ‘Abdullah Ibn ‘Abbâs pensait que Nawf al Bikâlî n’était pas vraiment musulman et remettait en doute son islamité.

Mais qui était Nawf al Bikâlî ? Il ne fut pas moins que le beau-fils de Ka’b al Aḥbâr, celui-là même qui était suspecté par les Ṣaḥâbah quant à la sincérité de sa conversion…

[10]C’est donc un passage de l’Ancien Testament, selon Ka’b al Aḥbâr, qui donna à Mu’âwiyah l’envie de gouverner la Ummah.

[11]C’est-à-dire que l’Ancien Testament aurait mentionné la date de ce dialogue tout en précisant que ‘Umar décéderait trois jours après celui-ci. Ceci est très éloigné de ce que peut accepter un esprit critique et analytique. Malheureusement, nous continuons de nous tromper dans notre lecture des événements historiques.

[12]Qui est Abû Lu`lu`ah ? Pour comprendre, il nous faut évoquer ce que fit ‘Umar quelques mois avant son assassinat. Il envoya Hurqûs Ibn Zuhayr afin de rejoindre un certain Ibn Ghazân dans le but de conquérir le Khurasân. Ce dernier conquit la ville de Hurmuz et captura Al Hurmuzân (qui embrassera l’islam par la suite) qui détenait un esclave du nom d’Abû Lu`lu`ah (lui-même avait une fille, Lu`lu`ah, qui fut assassinée plus tard par ‘Ubaydullah Ibn ‘Umar). Ce Abû Lu`lu`ah était une personne compétente et polyvalente (menuisier, forgeron…) et un esclave qui fut par la suite recommandé à ‘Umar Ibn al Khaṭṭâb par Mughîrah Ibn Shu’bah, permettant ainsi à celui-ci d’assassiner le calife. Il convient ici de rappeler que ‘Umar Ibn al Khaṭṭâb avait déjà fait sortir tous les non-musulmans de Médine à cette époque. Mais posons-nous la question qui devrait faire réagir tout lecteur : comment se fait-il que l’on fasse voyager un esclave, certes polyvalent mais qui n’a rien d’exceptionnel non plus, de l’Iran jusqu’à Médine pour le présenter à ‘Umar ?

Qui est Al Mukhtâr Ibn Abî ‘Ubaydillahath Thaqafî ? Il est très important ici car il fut le fondateur du quatrième principe chiite (Al Badâ`) et le fondateur de la seconde secte chiite appelée « Al Mukhtâriyyah wal Kaysâniyyah ». Il fut celui qui désigna Muhammad Ibn al Ḥanafiyyah (fils de ‘Alî Ibn Abî Ṭâlib et de l’une de ses épouses) comme premier Imâm après la mort d’Al Ḥusayn à Karbala (61 H.). Ainsi, bien que les Chiites ne soient pas d’accord avec lui sur ce dernier principe, ils le suivront dans ce qu’il mettra en place plus tard, à savoir Al Badâ`. A ce titre, notons que nombreux sont les ouvrages qui, lorsqu’ils abordent al Badâ`, l’expliquent par des extraits de la Torah alors même que ceci est un sujet islamique. Cette croyance trouve son origine dans le récit suivant : Al Mukhtâr, se prétendant alors prophète, se révolta contre Ibn az Zubayr et les Umayyades en annonçant à son armée qu’elle allait gagner, or ce ne fut pas le cas. Etonnés, des membres de son armée lui demandèrent la raison pour laquelle il avait été vaincu alors même que l’annonce prétendument « prophétique »de leur victoire avait été faite. Mukhtâr aurait alors répondu : إنّما ذلك بدأ. Le verbe « Badâ » – بدى – signifie en arabe « apparaître subitement, découvrir soudainement ». Ainsi, il voulait dire par cela que Dieu pouvait être « victime » de ce Badâ`, c’est-à-dire qu’Il sache subitement ce qu’Il ne savait auparavant. Ceci étant dit, notons que le Badâ` peut être relatif à la connaissance (c’est ce que Mukhtâr a prétendu concernant Dieu et ceci constitue du kufr) ou à la volonté (c’est par ce Badâ` que les Chiites ont répondu aux ahl as sunnah face à leurs arguments car, ne pouvant plus défendre leur thèse, ils ont dû trouver cette pirouette intellectuelle et adopter officiellement cette position). Le Prophète l’aurait désigné lorsqu’il aurait dit (dans le sens) qu’il y aura une personne de sa ummah qui prétendra à la prophétie, l’injuste (dans le même Hadîth) étant Ḥajjâj Ibn Yûsuf ath Thaqafî, l’un des généraux des Umayyades qui assassinera des Ṣaḥâbah. Mukhtâr, se révolta contre Ibn az Zubayr et les Umayyades en annonçant à son armée qu’elle allait gagner.

[13]Leur rôle est loin d’être à négliger dans l’histoire de la civilisation musulmane.

[14]A noter que Ka’b al Aḥbâr est mort sans avoir de croyance concernant le qadar (le destin).

[15]Tous les Ḥadîths évoquant le fait que Dieu aurait une voix sont rapportés par Ka’b al Aḥbâr, de même pour les Ḥadîths et les Athar (traces) rapportant que Dieu s’assoit sur le Trône, ou encore pour le Ḥadîth cité et authentifié uniquement par Ibn Taymiyyah (Talbîs, volume VII) évoquant le fait que Dieu serait un jeune homme imberbe qui joue dans un jardin (cette parole ne devrait pas se dire, mais elle est citée ici pour mettre en avant certains éléments troublants) : ce Ḥadîth est en réalité rapporté par Ka’b al Aḥbâr, et ‘Abdullah Ibn ‘Abbâs a rapporté de lui et non du Messager de Dieu. De même, le seul qui a inventé le fait que Dieu aurait une jambe, un tibia et des pieds (réellement) est Ka’b al Aḥbâr et ce, avec l’aide de Nawf al Bikâlî. Ajoutons enfin que même lorsque l’on trouve cette thématique à travers des paroles de Ṣaḥâbah, il s’agit toujours de ceux qui ont fréquenté Ka’b al Aḥbâr (à savoir Ka’b Ibn Hujrah, Abû Hurayrah ou ‘Abdullah Ibn ‘Abbâs), sachant que le fait de rapporter une parole ne signifie pas forcément que l’on y adhère.

[16]Il prétendit que « Al ard al mubârak » (la terre bénie) citée dans le Qur`ân indique le Shâm et non La Mecque ou Médine. Ainsi, nous avons des dizaines de paroles de Ka’b al Aḥbâr attestant que la terre bénie se trouve entre Al ‘Arîsh (un fleuve d’Egypte différend du Nil) et Al Furât (l’Euphrate situé dans la région de l’ancienne Mésopotamie et de l’actuel Irak). Or, cette formule se trouve dans l’Ancien Testament qui précise que la terre promise se trouve entre l’Euphrate et le fleuve d’Egypte, c’est-à-dire la terre sainte juive (d’après leurs écrits). C’est d’ailleurs tout ceci qui encouragea Mu’âwiyah et les Umayyades à s’installer en Syrie. Ajoutons encore que la fameuse mosquée au dôme dorée située en Palestine fut construite sous l’influence de Ka’b al Aḥbâr (ce qui lui confère le statut de Masjid Dirâr dans laquelle on ne peut prier), mais pour quelles raisons ? En réalité, lorsque ‘Abdullah Ibn Zubayr gouvernait la Mecque et Médine dans les années 60 H., les musulmans avaient l’habitude de se rendre à la Mecque pour le Ḥajj (pèlerinage) et à Médine pour visiter la tombe du Prophète, sans oublier les Chiites qui se dirigeront plus tard vers Qum (Qom, ville iranienne) pour y effectuer leur pèlerinage. C’est ainsi que Ka’b al Aḥbâr insuffla l’idée selon laquelle, si les Umayyades voulaient désorienter les gens afin qu’ils se dirigent vers leur gouvernance, ils devaient créer ce que les chrétiens avaient créé au Yémen auparavant : une église afin que les gens se détourne de la Mecque (cf : l’histoire d’Al Ḥabasha). Cela est rapporté par l’Imâm Aṭ Ṭabarî et plusieurs récits font d’ailleurs référence à l’Eglise (Kanîsah) de Mu’âwiyah et au fait qu’il serait mort une croix autour du cou. En conséquence, ceux qui transmettront cette idée plus tard seront les élèves de Ka’b al Aḥbâr et lorsque le gouverneur Hishâm Ibn ‘Abd al Mâlik fut au pouvoir, il fit construire cette « mosquée » au dôme dorée (souvent présentée faussement comme étant la mosquée d’Al Quds) avec des intentions politiques. Le but de Ka’b al Aḥbâr et des siens étaient en réalité de contrôler, à travers les Umayyades, le Shâm (terre sacrée juive) afin de récupérer la « terre promise » plus tard. Concernant la Mosquée d’Al Quds, elle contient la Mosquée de ‘Umar Ibn al Khaṭṭâb, l’école Al Marwâniyyah et la mosquée avec le dôme doré construite par les Umayyades.

[17]On retrouve ses positions dans la majorité des Tafsîrs (exégèses), comme de très nombreuses paroles de Tajsîm rapportées par lui.

[18]Il était à la tête de l’armée de Mu’âwiyah Ibn Abî Sufyân et il l’équipa. L’Imâm Aṭ Ṭabarî rapporte dans ses Chroniques que Mu’âwiyah avait peur de Dhul Kilâ’.

[19]L’un des généraux de l’armée de Mu’âwiyah et frère de Nawf al Bilâlî.

[20]Ces quatre personnes citées étaient juives et c’est elles qui avaient la mainmise sur les Umayyades.

[21]Cet homme, compagnon du Prophète, est mentionné dans plusieurs Ḥadîths rapportés par Al Bukhârî, Muslim, At Tirmidhî, An Nasâ`î ou encore Ibn Mâjah. C’est en fait le Kharijite connu sous le nom de Dhul Khuwaysirah at Tamîmî. C’est notamment cette personne qui, dans un Ḥadîth notoire, interpela le Prophète  en lui disant : « Ô Muḥammad ! Soit juste et équitable ! » Le Prophète mit d’ailleurs en garde contre sa descendance en disant que des personnes parmi elles tueront les musulmans.

[22]Cette bataille dura environs deux ans.

[23]De même, la bataille d’Al Jamal (bataille du chameau) en 36 H. qui opposa ‘Âïshah, Ṭalḥah Ibn ‘Ubaydillah et Zubayr Ibn al ‘Awwâm à ‘Alî, afin de réclamer la justice après l’assassinat de ‘Uthmân Ibn ‘Affân, fut déclenchée par Ibn Saba` et Hurqus Ibn Zuhayr qui provoquèrent les combats. Or, tout le monde sait que lorsque les hostilités commencent, il est très difficile d’y mettre un terme.

[24]Ils étaient notamment tous d’origine juive.

[25]Lorsque que l’on désigne les deux Ṣaḥâbah susmentionnés pour trouver une issue au conflit, le frère d’Al Mirdas, ‘Urwah Ibn Hudhayr, se leva et dit : « Le jugement n’appartient qu’à Dieu !  – إنّ الحكم إلاّ لله – et vous avez donné le jugement à des hommes ! Vous êtes tous mécréants ! » Par la suite, ceux qui adhérèrent à ce discours désignèrent ‘Amm ‘Abdullah Ibn al Kawwah comme émir. Quelques jours plus tard, on désigna à sa place ‘Abdullah Ibn Wahb ar Râsibî comme premier gouverneur des Kharijites. Ainsi, lorsque l’on parle des Khawârij, on fait référence à Hurqus Ibn Zuhayr, ‘Urwah Ibn Hudhayr, Al Mirdas et ‘Abdullah Ibn Wahb ar Râsibî.

[26]Les gens entendent souvent parler des Murji`ites comme étant une secte dans le domaine de la ‘Aqîdah (dogme) qui a notamment prétendu que les œuvres ne faisaient pas partie de la foi. Mais ceci est une manipulation historique de l’histoire musulmane dans le sens où ils furent avant tout un groupe politique. D’ailleurs, le premier Murji`ite fut Al Ḥasan Ibn Muḥammad Ibn al Ḥanafiyyah, c’est-à-dire le petit-fils de ‘Alî Ibn Abî Ṭâlib comme le rapporte l’Imâm Ibn ‘Asâkir, d’après ‘Uthmân Ibn Ḥâtib et d’autres. Ce dernier répondit, lorsqu’il fut interrogé sur la gouvernance de son « père » (grand-père) : « Il n’a pas de légitimité. » A ce moment, son père, Muḥammad Ibn al Ḥanafiyyah le fouetta et il fut appelé « Al Murji`î ». Ainsi, l’origine du mot « Al Murji`ah » provient du fait de retarder la gouvernance de ‘Alî.

[27]Les partisans, les soutiens de ‘Alî.

[28]En effet, la biographie d’Abû al Aswad ad Du`âlî, celle de ‘Ammâr Ibn Yasîr, de Abû Dhâr al Ghifârî et de plusieurs autres Ṣaḥâbah indiquent qu’ils étaient tous Shî’ah au sens de soutien de ‘Alî. De même, l’Imâm Ibn ‘Abd al Barr rapporte, dans son livre Al Isti’âd, que tous les Ṣaḥâbah (« les plus grands et les meilleurs ») étaient avec ‘Alî, c’est-à-dire les gens de Badr, les Muhâjirûn, les Anṣârs… Certains savants disent qu’il y avait 8 000 Ṣaḥâbah avec ‘Alî, d’autres 7 000, d’autres encore 2 000 et d’autres 300.

[29]C’est de ses descendants et de ceux de ses suiveurs que provient la secte chiite connue aujourd’hui.

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