Al Ash’arî est-il le véritable fondateur du ash’arisme ?

L’Imâm Al Ash’arî est-il le véritable fondateur de l’école ash’arite ?

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D’aucuns affirment que les deux principales écoles dogmatiques du sunnisme, représentant 80% des musulmans de par le monde aujourd’hui, sont les écoles Mâturidite et Ash’arite. Le Ash’arisme est alors présenté comme l’école théologique à laquelle adhère la très grande majorité des savants depuis son avènement. Mais quand est véritablement née cette école ? Qui l’a fondée ? Que savons-nous de l’Imâm Al Ash’arî (ses dates de naissance et de décès, ses ouvrages, sa croyance…) ? Est-il correct de présenter cette école de croyance comme étant celle des Salafs as Ṣâliḥ qui aurait été codifiée par l’Imâm Abû al Ḥasan ibn ‘Alî ibn Ismâ’îl al Ash’arî ?

Ce qui suit est une traduction du commentaire d’Al Ibânah par le Shaykh spécialisé dans la ‘Aqîdah, notamment l’école ash’arite, Ḥasan Saqqâf qui travailla sur les manuscrits d’Al Ibânah entre autres.

1. De l’ouvrage Al Ibânah de l’Imâm Al Ash’arî

Louange à Allah, Seigneur des mondes, que la prière et le salut soient sur notre maître Muḥammad ainsi que sur sa famille (bonne et purifiée) et que la satisfaction d’Allah soit sur ses pieux Compagnons.

Le livre Al Ibânah d’Al Ash’arî est un mystère ayant rendu perplexe nos compagnons Ash’arites qui exemptent Allah de tout défaut (al Mutanazzah) et ce, à cause de ce qu’il contient comme idées ![1] Il est possible d’expliquer cette énigme difficile à résoudre par le fait qu’ils pensent, et même s’imaginent, qu’Al Ash’arî affirmait ce qu’eux disent et qu’il était un vénérable Imâm auteur de l’école du Tanzîh (le fait d’exempter Allah de tout défaut ou de toute caractéristique des créatures) sur laquelle se trouvaient les tardifs parmi les Ash’arites. (Les Ash’arites) pensent que son Madhhab (école) est celui qui est consigné par écrit dans les ouvrages qu’ils lisent, étudient et examinent et qu’ils se passent les uns les autres (en général avec l’appellation « Ash’arite ») comme ceux de l’Imâm Al Ghazzâlî, de Fakhr ar Râzî, les commentaires de la Jawhara d’Al Bajurî, d’As Sawî, la Sanusiyah, la Kharîdah et autres similaires !

En réalité, concernant les Ṣifât (attributs d’Allah) et ce qui est lié au Seigneur, le résumé de cette question est qu’Al Ash’arî n’était pas de l’avis de ce qu’en disent les Ash’arites que nous avons mentionné. Mais il était plutôt un Ḥanbalite, adulateur, et déclarant explicitement qu’il était sur la ‘Aqîdah d’Aḥmad ibn Ḥanbal !

Ad Dhahabî a dit dans As Siyar (90/15) :

« فقيل: إن الأشعري لما قدم ببغداد جاء إلى أبي محمد البربهاري فجعل يقول: رددت على الجبائي، ورددت على المجوس، وعلى النصارى. فقال محمد: لا أدري ما تقول، ولا نعرف إلا ما قاله الإمام أحمد، فخرج وصنف الإبانة فلم يقبل منه. »

« On a dit qu’en réalité, lorsqu’Al Ash’arî est venu à Bagdad, il s’est rendu chez Abû Muḥammad al Barbahârî (le Shaykh des Ḥanbalites) et se mit à dire : “J’ai réfuté Al Jubbâ’î (le Shaykh des Mu’tazilites), ainsi que les Majûs (Zoroastriens) et les Chrétiens.” Abû Muḥammad (al Barbahârî) lui répondit : “Je n’ai pas connaissance de ce que tu racontes, nous ne reconnaissons que ce que dit l‘Imâm Aḥmad.” (Al Ash’arî) sortit et rédigea le livre Al Ibânah, on ne l’accepta pas de lui. »

La ‘Aqîdah Ḥanbalite qu’a emprunté Al Ash’arî, leur voie et leur méthode est une ‘Aqîdah qui n’est pas agréé chez les ‘Ulamâ` (savants) censés parmi les Ahl as Sunnah tel que le Ḥâfiẓ Ibn al Jawzî[2], Ibn Ḥazm, Mullâ ‘Alî al Qârî et les Ash’arites tardifs.

Ibn Ḥazm a dit dans Al Faṣl fil Milal wal Ahwâ` wan Niḥal (2/127) :

1

 

 

 

« Al Ash’arî a dit que la signification de la parole d’Allah – “Aydinâ” (أيدينا dans les textes) – est “les deux mains” (اليدان) et que lorsqu’il est mentionné (dans les textes) “Al A’yun” (الأعين) son sens est “deux yeux” (عينان). Ceci est complètement faux et est une introduction à l’avis (dans la ‘Aqîdah) des Mujassimah (anthropomorphistes). »

L’éminent Shaykh Al Kawtharî[3] – qu’Allah lui fasse miséricorde – a mentionné dans son introduction du Tabyîn Kadhib al Muftarî[4] que les gens les plus à même de se revendiquer d’Al Ash’arî sont les Ḥanbalites, car il a dit (p.16) :

2

 

 

 

« Les Fuqahâ (juristes) des différents Madhâ’ib (écoles) se disputaient afin de revendiquer Al Ash’arî à leurs Madhâ’ib. Ils rédigèrent sa biographie dans leur Ṭabaqât (chroniques) et les Ḥanbalites sont plus en droit de cela, car Al Ash’arî déclare explicitement dans ses débats avec eux qu’il est sur le Madhhab de (l’Imâm) Aḥmad… »

Cette subtile déclaration de la part du savant Al Kawtharî – qu’Allah lui fasse miséricorde – nous informe de la clarté de la chose. Les Ash’arites al Munazzaha (qui exemptent Allah de toute caractéristiques de Ses créatures), que nous avons mentionnés précédemment, sont sur la voie de la ‘Aqîdah de l’Imâm Al Ghazzâlî. Ce dernier a fondé un Madhhab « modéré » (nivelé) entre toutes les factions des Ahl as Sunnah et ce, en plus de ce dont ils profitèrent ici et là comme paroles au niveau du Tanzîh (l’exemption) et autres parmi les principes dogmatiques mesurés des autres courants présents chez les Ahl as Sunnah wal Jamâ’ah.

(En vérité), l’Imâm Al Ash’arî est un Ḥanbalite et ses propos introduisent l’avis des Mujassimah (anthropomorphistes) et des Mushabbihah (assimilationnistes). Al Ibânah est un livre qui contient beaucoup de choses monstrueuses. La partie d’Al Ibânah qu’a transcrite (et rapportée) le Ḥâfiẓ Ibn ‘Asâkir dans son livre Tabyîn Kadhib al Muftarî confirme qu’Al Ash’arî disait des choses terribles et des calamités, car aucune main pernicieuse ou mauvaise n’a pu manipuler cette partie[5].

Cette ‘Aqîdah éloigné du Tanzîh lui est attribuée et les Ash’arites tardifs ne le suivent pas en cela, notamment l’Imâm Al Ḥaramayn (Al Juwaynî), Al Ghazzâlî, et ces deux-là font partie de ceux qui divergèrent d’avec Al Ash’arî et Al Baqillânî[6], et ils (Al Juwaynî et Al Ghazzâlî) n’agréèrent pas le Madhhab (d’Al Ash’arî et d’Al Baqillânî) ![7]

L’Imâm as Subkî a dit dans Ṭabaqât ash Shâfi’iyyah al Kubrâ (3/286) en abordant le Kasb et l’Ikhtiyâr[8] :

« والإمام الحرمين والغزالي مذهب يزيد على المذهبين جميعاً، ويدنو كل الدنو من الاعتزال وليس  هو هو »

« L’Imâm al Ḥaramayn et Al Ghazzâlî sont (en vérité) sur un Madhhab en sus des deux Madhhab ensembles et qui se rapproche de très près d’Al I’tizâl (croyance Mu’tazilite), mais ce n’est pas exactement lui. »

L’Imâm al Ghazzâlî a dit dans Fayṣal at Tafriqah baynal islâm waz Zandaqah (p.39)[9] :

فإن زعم أن حد الكفر: ما يخالف مذهب الأشعري، أو مذهب المعتزلى، أو مذهب الحنبلي أو غيرهم؛ فاعلم أنه غِر، بليد. قد قيده التقليد؛ فهو أعمى من العميان، فلا تضيع بإصلاحه الزمان

« Si quelqu’un prétend que l’infidélité est ce qui diverge de la doctrine Ash’arite, de la doctrine Mu’tazilite, de la doctrine Ḥanbalite ou d’une quelconque autre doctrine, alors saches que tu as affaire à un niais imbécile, emprisonné dans le suivisme. Il est un aveugle parmi les aveugles, et ne perd pas ton temps à vouloir le reformer… »

As Subkî a dit dans At Ṭabaqât (5/192) dans la biographie de l’Imâm Al Ḥaramayn (Al Juwaynî) :

والإمام لا يتقيد لا بالأشعري ولا بالشافعي، لا سيما في البرهان. وإنما يتكلم على حسب تأدية نظره واجتهاده، وربما خالف الأشعري وأتى بعبارة عالية على عادة فصاحته، تأدية نظره واجتهاده، فلا تحتمل المغاربة أن يقال مثلها في حق الأشعري وقد حكينا كثيراً من ذلك في شرحنا على مختصر ابن الحاجب

« L’Imâm (Al Ḥaramayn) ne s’affilie ni à Al Ash’arî ni à Ash Shâfi’î et ce, surtout dans (son livre) Al Burhân, mais plutôt il s’exprime selon l’accomplissement de ce à quoi conduit sa réflexion et son Ijtihâd. Il semble qu’il a divergé d’avec Al Ash’arî et est utilisé un noble style d’expression comme à son habituelle éloquence, qui se trouve être l’accomplissement de sa réflexion et de son Ijtihâd. Les maghrébins (parmi les Ash’arites) ne supportent pas que l’on dise de telle choses à l’encontre d’Al Ash’arî. (Mais) nous avons relaté beaucoup d’éléments dans notre commentaire du Mukhtaṣar Ibn al Ḥâjib. »

Ces textes explicites donnent une image claire de ce sujet. On ne s’appuie pas sur les thèses d’Al Ash’arî chez nous, et les Ash’arites divergent d’avec sa position. Le Madhhab (Ash’arite) n’accepte pas le Taqlîd (suivisme) pour les ‘Ulamâ (dans la ‘Aqîdah) et les étudiants en science, mais plutôt (il est dit dans les vers de la Jawharah at Tawḥîd) :

كل من قلَّد في التوحيد ـ إيمانه لم يخل من ترديد

« Chaque personne qui imitera/suivra (les avis) dans le Tawḥîd, sa foi ne sera pas exemptée de doute (ou de perplexité). »

Et (ce qui va suivre) n’empêche pas d’affirmer qu’il se trouve des paroles dogmatiques fausses dans son livre Al Ibânah et Maqâlât al Islâmiyyîn et leur adoption par Al Ash’arî. Voici ce qu’a dit l’éminent Muḥaddith Al Kawtharî – qu’Allah lui fasse miséricorde – dans le commentaire de Sayf as Saqîl (p.108, première édition) :

3

 

 

 

 

« La rédaction d’Al Ibânah fut réalisée dans les premiers temps de son retour de (la croyance) d’Al I’tizâl (Mu’tazilite), afin d’amener progressivement Al Barbahârî vers la croyance des Ahl as Sunnah. Et celui qui pense que (le livre) fait partie de ses derniers ouvrages s’est fourvoyé. Les plumes des Ḥashawiyyah (anthropomorphistes) se sont succédées pour le modifier et ce, surtout après les séditions (Fitan) de Baghdâd. Il ne faut pas s’appuyer sur ce qu’il contient et qui contredit les textes des Imâms du Madhhab (Ash’arites) parmi ses compagnons et les compagnons de ses compagnons. »

L’éminent savant Al Kawtharî – qu’Allah lui fasse miséricorde – a dit dans le commentaire du Tabyîn Kadhib al Muftarî (p.28) :

4

 

 

« La copie éditée en Inde d’Al Ibânah est une copie falsifiée, modifiée, sur laquelle des mains malintentionnées ont procédé à des manipulations. Il faut la rééditer à partir d’une source fiable. »

Ces propos du savant Al Kawtharî n’annulent pas (pour autant) l’implication (ou la participation) d’Al Ash’arî dans ces dogmes faux et ce, bien que l’édition indienne contiennent des modifications et que les plumes des Ḥashawiyyah se succédèrent pour le modifier. Et dans tous cela il n’y a aucune preuve (confirmant ces affirmations de manipulations) !

(En vérité), tout ceci confirme chez lui qu’Al Ibânah fait partie des ouvrages d’Al Ash’arî, mais qu’il contient des choses déconcertantes que refusent les cœurs des gens du Tanzîh. Quant à la partie qu’a transmis Ibn ‘Asâkir le Ash’arite dans Tabyîn Kadhib al Muftarî citée précédemment, elle confirme que l’auteur lui-même – Al Ash’arî – prononçait ce genre de propos rejetés (que l’on retrouve dans son livre), ce qui indique son penchant vers la ‘Aqîdah du Tashbîh et du Tajsîm, qu’Allah nous en préserve.

C’est pour cela que les Ash’arites du temps de l’Imâm al Ghazzâlî – qu’Allah lui fasse miséricorde – ne se sont pas appuyés sur (les propos d’Al Ash’arî), pas plus qu’ils ne se sont tournés vers eux, car l’Imâm Al Ghazzâlî est en vérité, après investigation, le (véritable) fondateur du Madhhab Al Ash’arî (l’école ash’arite) que les gens ont suivi par la suite et particulièrement les tardifs parmi eux.

Ce que nous mentionnerons dans cette introduction et ce sur quoi nous nous appuierons dans les commentaires des phrases contenues dans Al Ibânah dépeindra la vérité, si Allah le veut, et résoudra cette énigme et c’est à Allah qu’appartient la réussite.

2. Le nom d’Al Ash’arî et son origine

La biographie d’Al Ash’arî est célèbre, mais ici nous évoquerons (simplement) les éléments importants que beaucoup ignorent.

Nous disons (donc) :

  • Al Ash’arî est Abû al Ḥasan ‘Alî ibn Ismâ’îl ibn Abî Bishr Isḥâq ibn Sâlim ibn Ismâ’îl ibn ‘Abdillah ibn Mûsâ, fils de l’émir de Bassora, Bilâl ibn Abî Burdah ibn Abî Mûsâ ‘Abdullah ibn Qays ibn Haddâr al Ash’arî al Yamânî al Baṣrî.
    Son grand père est (Abû Burdah) ibn Abî Mûsâ al Ash’arî qui fut un Nâṣibite[10] et qui a travaillé comme juge pour Al Ḥajjâj ibn Yûsuf ath Thaqafî (qu’Allah lui donne ce qu’il mérite). Il est relaté dans la biographie de son frère Abû Bakr dans Tahdhîb al Kamâl (33/145) ce qui suit :

قال الآجرى: قلت لأبي داود: أبو بكر بن أبي موسى سمع من أبيه؟ قال: أراه قد سمع، وأبو بكر أرضى عندهم من أبي بردة بن أبي موسى كان يذهب مذهب أهل الشام. جاءه أبو غادية قاتل عمار فأجلسه إلى جنبه وقال: مرحباً بأخي

« Al Âjurî a dit : “J’ai dit à Abû Dâwud” : “Abû Bakr ibn Abî Mûsâ a-t-il entendu de son père ?” Il répondit : “Je pense qu’il a entendu. Abû Bakr est plus agréé chez eux que (son frère) Abû Burdah ibn Abî Mûsâ car (ce dernier) était sur la position du Madhhab des gens du Shâm (c’est-à-dire le Nâsibisme). Un jour, Abû Ghâdiyah l’assassin de ‘Amr (ibn Yâsir) [11], est venu chez lui. Il le fit asseoir à côté de lui et lui dit : “Bienvenue à mon frère !” »

Parmi ceux dont Abû Burdah a transmis, nous trouvons ‘Abdullah ibn Salâm l’israélite et ‘Amr ibn al ‘Âṣ qui sont ceux qui ont diffusé les récits judéo-chrétiens et qui les transmirent à cette Ummah (communauté) à l’instar de Ka’b al Aḥbâr et ses semblables. Dans Siyar ‘Alâm an Nubalâ` (5/6) :

« روى سعيد بن أبي بردة عن أبيه قال: بعثني أبي – أبو موسى- إلى عبد الله بن سلام لأتعلم منه »

« Sa’îd ibn Abî Burdah a rapporté selon son père (Ibn Abî Burdah). Il a dit : “Mon père, Abû Mûsâ, m’a envoyé chez ‘Abdullah ibn Salâm (l’israélite) afin d’apprendre de lui.” »

Il est confirmé que ‘Alî ibn Abî Ṭâlib (qu’Allah l’agréé) invoqua (Allah) contre Abû Mûsâ ‘Abdullah ibn Qays (le père d’Ibn Abî Burdah). Ibn Abî Shaybah rapporte avec une chaine de transmission qualifiée d’authentique (2/216) que ‘Alî disait dans son Qunût (oraison) :

5

 

 

« Ô Seigneur, charge toi de Mu’âwiyah et de ses partisans, de ‘Amr ibn al ‘Âṣ et de ses partisans, de Abû al A’war as Sulamî et de ses partisans et de ‘Abdullah (Abû Mûsâ) ibn Qays et de ses partisans. »

Et comme cela est connu, ‘Abdullah ibn Qays fut envoyé par ‘Alî (paix sur lui) afin qu’il soit l’un des deux juges et celui-ci lui fit défaut. Sachant qu’Al Ahwâzî a critiqué l’origine d’Al Ash’arî, comme la rapporté Ibn ‘Asâkir dans Tabyîn Kadhib al Muftarî (p.35) :

والصحيح أن أبا بشر جده اسحق كما سبق وفي نسبة أصحابه أباه إلى ابي بشر تكذيب لأبي علي الأهوازي فيما إختلق فإنه زعم إنه غير صحيح النسب وإنه ما كنى عن إسم أبيه إلا لهذا السبب ولو كانت له بأسماء الرجال وأنسابهم عناية لفرق بين قولنا كنية وكناية وفي أطباق الناس على تسميته بالأشعري تكذيب لما قاله هذا المفتري

« Ce qui est exact est que le grand-père d’Abû Bishr fut Isḥâq, comme vu précédemment. Et le fait que les compagnons (d’Al Ash’arî) affilièrent ses pères à Abû Bishr indique ce qui dément Abû ‘Alî al Ahwâzî dans ce qu’il inventa. En effet, il prétendit que sa lignée n’était pas authentique et qu’il prit comme surnom le nom de son père à cause de cela…  Le fait que les gens se soient mis d’accord quant au fait de le nommer “Al Ash’arî”[12] dément ce qu’a dit ce calomniateur. »

3. Quand est né Al Ash’arî ?

Il y a des divergences dans ce sujet. Voyons donc quel avis semble le plus juste…

On a divergé sur la naissance d’Al Ash’arî :

  • Certains ont dit qu’il naquit l’année 260 H.
  • D’autres ont dit qu’il s’agissait de l’année 270 H.
  • D’autres encore ont évoqué l’année 266 H.

Mais l’avis prévalent est celui avançant l’année 270 de l’Hégire. C’est ce qu’ont adopté (admis) comme avis Ibn Khilkân dans Wafayât al A’yân (1/346) et Ibn al Athîr dans Al Lubâb (1/52). Al Maqrîzî a quant à lui adopté l’année 266 H. dans Al Khuṭaṭ (3/303).

Quant à la version de ceux qui disent qu’il est né l’année 260 H., il s’agit d’une narration maladroite qui n’est pas authentique. Ibn ‘Asâkir a reconnu dans At Tabyîn (p.146) que celui qu’il l’a donnée, à savoir Abû Bakr al Wazzân, fut imprudent concernant l’année de décès d’Al Ash’arî. Il se tut sur l’année de la naissance sachant qu’elle est également irréfléchie !

C’est Al Wazzân qui a dit en une phrase qu’Al Ash’arî naquit l’année 260 H. et mourut en 333 H. Et il est étonnant qu’Ibn ‘Asâkir accepte de cette phrase l’année de naissance et rejette en même temps celle de la mort en disant :

ولكن أراه في تاريخ وفاته مجازفاً

«…Mais je pense (qu’Al Wazzân) était maladroit concernant l’année historique de sa mort.»

Sachant qu’al Wazzan[13] est le seul à dire cela. En outre, parmi ses contradicteurs, la majorité disent qu’il s’agit de l’année 270 H., et ce qui doit être retenu à mon avis est que sa naissance eut lieu l’année 270 H.

Ceux qui veulent surenchérir à propos d’Al Ash’arî, afin de lui donner un temps de vie suffisant (pour développer le Ash’arisme par ses écrits) après son passage au Mu’tazilisme et qui justifieraient (ainsi) la rédaction de ses ouvrages, prennent en compte l’année 260 H. dans le but d’allonger sa vie et d’affirmer qu’il a pu rédiger ces nombreux écrits.[14]

La vie de l’homme est mystérieuse. En effet, on ne connaît pas une chose fiable, pas même les rêves le concernant qui relatent qu’il se serait vu faire triompher la vérité ainsi que les histoires dont on ne connaît aucun transmetteur direct de lui quant à la cause de son délaissement du Mu’tazilisme ! Le sujet est entouré par le mystère, le questionnement et l’étonnement.

Il est connu et célèbre qu’il prit la science du Kalâm (scolastique) d’Abû ‘Alî al Jubbâ`î le mu’tazilite et Allah est plus savant quant à la réalité de la chose. Il est dit aussi qu’il l’accompagna durant 40 années, comme cela est mentionné dans Tabyîn Kadhib al Muftarî (p. 39) quand Ibn ‘Asâkir dit :

وذكر أبو القاسم حجاج بن محمد الطرابلسي من أهل طرابلس المغرب قال : سألت أبا بكر إسماعيل بن أبي محمد بن إسحاق الأزدي القيرواني المعروف بابن عزرة رحمه الله عن أبي الحسن الأشعري رحمه الله فقلت له : قيل لي عنه إنه كان معتزلياً و إنه لما رجع عن ذلك أبقى للمعتزلة نكتاً لم ينقضها ! فقال لي: الأشعري شيخنا وإمامنا ومن عليه معولنا قام على مذاهب المعتزلة أربعين سنة وكان لهم إماماً

« Abû al Qâsim Ḥajjâj ibn at Ṭarâblisî a dit : “J’ai demandé à Abû Bakr Ismâ’îl ibn Abî Muḥammad ibn Isḥâq al ‘Azdî al Qayrawânî, connu en tant qu’Ibn ‘Azrah (qu’Allah lui fasse miséricorde), à propos d’Abû al Ḥasan al Ash’arî.” Je lui ai dit : “On m’a dit concernant (Al Ash’arî) qu’il était Mu’tazilite et que lorsqu’il sortit de cela, il laissa aux Mu’tazilites un point (nœud intellectuel) qu’ils n’ont pas réussi à défaire.” Il m’a dit : “Al Ash’arî est notre Shaykh, notre Imâm et celui duquel on dépend. Il demeura dans les Madhâ’ib des Mu’tazilites quarante ans et il fut l’un de leurs Imâms… »

Ibn ‘Asâkir a rapporté (p. 91) avec sa chaîne de transmission ce qui suit :

عن أبي محمد الحسن بن محمد العسكري بالأهواز وكان من المخلصين من مذهبه المتقدمين في نصرته يعني مذهب الأشعري يقول: كان الأشعري تلميذ الجبائي يدرس عليه فيتعلم منه ويأخذ عنه لا يفارقه أربعين سنة

« Abû Muḥammad al Ḥasan ibn Muḥammad al ‘Askarî de Ahwâz, qui faisait partie des sincères dans son Madhhab des prédécesseurs (Mutaqaddimûn) et dans la défense du Madhhab d’Al Ash’arî, a dit : “Al Ash’arî fut l’élève d’Al Jubbâ`î. Il étudiait chez lui, apprenait de lui et prenait de lui. Il ne s’est pas séparé de lui durant quarante ans…” »

Or, Al Jubbâ`î est décédé l’année 303 de l’Hégire, quand Al Ash’arî est née en 270 H. Comment a-t-il donc pu accompagner Al Jubbâ’î, décédé en 303 H., durant 40 années et ce, sachant que son âge, lorsqu’ Al Jubbâ’î décéda, était de 33 ans…[15]

Al Ash’arî était présent avec son père dans ses premières années d’étude, car son père est décédé alors qu’il était enfant. Il le laissa sous la responsabilité d’As Sâjî. Il apprit chez lui et chez certains savants des Ahl as Sunnah les textes (Athar) dogmatiques ainsi que leur voie concernant les attributs divins (Ṣifât) sur celle de ceux qu’ils appellent les Salafs.

Conséquemment, comment a-t-il pu accompagner Al Jubbâ’î quarante ans alors que son âge était (probablement) de 15/20 ans !?[16]

Ibn Taymiyyah al Harrânî confirme dans Daqâ`iq at Tafsîr (2/245) (ce que nous considérons comme le) mythe des 40 années et il insista sur elles lorsqu’il a dit :

فإن الأشعري كان من المعتزلة وبقي على مذهبهم أربعين سنة يقرأ على أبي علي الجبائي

« Al Ash’arî faisait partie des Mu’tazilites et il demeura dans leur voie durant quarante ans et apprenait d’Abû ‘Alî al Jubbâ’î. »

As Subkî a dit dans les Ṭabaqât (3/347) :

يقال: أقام على الإعتزال أربعين سنة حتى صار للمعتزلة إماماً

« On a dit qu’il demeura dans le Mu’tazilisme quarante ans jusqu’à devenir pour les Mu’tazilites un Imâm… »

Et il dit ceci alors qu’en vérité il n’est jamais devenu pour les Mu’tazilites un Imâm ! Avait-il (comme ils le prétendent) un (tel) niveau intellectuel au point qu’il soit (malgré tout) incapable de découvrir l’égarement[17] ou l’erreur du Madhhab mu’tazilite durant quarante ans !?

En effet, ce qui est attendu d’un Imâm intelligent c’est qu’il découvre l’égarement et l’erreur dès les premières assisses, au bout de quelques mois ou au maximum un an ! Et non qu’il s’écoule plusieurs dizaines d’années [presque un demi-siècle], pour qu’il finisse par décrire le Madhhab des mu’tazilites [duquel il fut apparemment le grand Imâm] dans ses livres Al Ibânah et Al Maqâlât de façon non-conforme à ce qu’ils disent en leur attribuant des propos mensongés[18] alors qu’ils en sont innocents !

En outre, il y a une deuxième erreur ici, à savoir que les premiers Shuyûkh (d’Al Ash’arî) ne faisaient pas partie des Mu’tazilites. Il s’agissait (notamment) de Yaḥyâ ibn Zakariyyâ as Sâjî, sachant que ce dernier, après vérification et recherches, faisait partie des anthropomorphistes et assimilationnistes (al Mujassimah wal Mushabbihah)[19] ou bien, à titre de concession, des Ahl as Sunnah qui penchent vers l’affirmation (des attributs dit divins) – Al Ithbât – comme ils disent, et que son père l’a laissé avant sa mort chez As Sâjî afin qu’il s’en occupe et l’accoutume à la science[20]. Adh Dhahabî a dit concernant As Sâjî :

« وكان من أئمة الحديث، أخذ عنه أبو الحسن الأشعري مقالة السلف في الصفات و اعتمد عليها أبو الحسن في عدة تأليف »

« Il faisait partie des Imâms dans le Ḥadîth. Abû al Ḥasan al Ash’arî prit de lui les propos des Salafs concernant les attributs (Ṣifât) et il s’appuya dessus dans plusieurs ouvrages. »[21]

Ceci se déroula au début de la vie d’Al Ash’arî suite au testament de son père demandant à ce qu’il prenne la ‘Aqîdah d’As Sajî, le sunnite. Al Ash’arî a également rapporté le Ḥadîth d’Al Jumhî, de Sahl ibn Nûḥ, de Muḥammad ibn Ya’qûb al Maqburî, de ‘Abd ar Raḥmân ibn Khalaf ad Dabî et il rapporte d’eux beaucoup de fois dans ses explications.[22] Or, tous font partie des Muḥaddithûn (Gens du Ḥadîth) parmi les Ahl as Sunnah étant sur la voie de l’affirmation (des Ṣifât) – Al Ithbât !

Avec cela, il nous apparaît clairement que le premier Madhhab qu’adopta Abû al Ḥasan al Ash’arî fut le Madhhab du Ithbât sur la voie des Ahl as Sunnah et des Salafs [et non celui des Mu’tazilites] ! A présent, il est juste de dire qu’il y a également une forte probabilité qu’Al Ash’arî soit revenu de ce Madhhab qu’il adopta dans les premiers temps de sa vie pour aller vers le Madhhab des Mu’tazilites et non le contraire !

Il y a ici une autre probabilité, à savoir que le retour d’Al Ash’arî du Madhhab mu’tazilite vers le Madhhab des Ahl as Sunnah fut causé par les idées d’As Sâjî et non par de (prétendues) visions qu’il aurait eues ou d’autres histoires (du genre), d’autant qu’Adh Dhahabî dit à propos d’As Sâjî ce que nous avons mentionné plus haut :

« وكان من أئمة الحديث، أخذ عنه أبو الحسن الأشعري مقالة السلف في الصفات و اعتمد عليها أبو الحسن في عدة تأليف »

« Il faisait partie des Imâms dans le Ḥadîth. Abû al Ḥasan al Ash’arî prit de lui les propos des Salafs concernant les attributs (Ṣifât) et il s’appuya dessus dans plusieurs ouvrages. »

Adh Dhahabî a dit, comme vu précédemment, dans As Siyar (90/15) :

فقيل إن الأشعري لما قدم بغداد جاء إلى أبي محمد البربهاري فجعل يقول: رددت على الجبائي، رددت على المجوس، وعلى النصارى فقال أبو محمد: لا أدري ما تقول، ولا نعرف إلا ما قاله الإمام أحمد. فخرج وصنف الإبانة فلم يقبل منه. »

« On a dit qu’en réalité, lorsqu’Al Ash’arî est venu à Bagdad, il s’est rendu chez Abû Muḥammad al Barbahârî (le Shaykh des Ḥanbalites) et se mit à dire : “J’ai réfuté Al Jubbâ’î (le Shaykh des Mu’tazilites), ainsi que les Majûs (Zoroastriens) et les Chrétiens.” Abû Muḥammad (al Barbahârî) lui répondit : “Je n’ai pas connaissance de que tu racontes, nous ne connaissons que ce que dit ‘Imâm Aḥmad.” Il (Al Ash’arî) sorti et rédigea le livre Al Ibânah, on ne l’accepta pas de lui. »

Ibn Taymiyyah, quant à lui, accepta Al Ibânah, le retranscrivit dans ses écrits, en fit l’éloge et tira de lui ses arguments dans ses ouvrages et ce, sachant que dans le même temps il blâma la personne d’Al Ash’arî.[23]

Ceci montre, si c’est exact, qu’il cherchait à flatter les Ḥanbalites et que ce qu’il écrivit dans ses livres s’expliquait parce qu’il avait adopté la ‘Aqîdah d’Aḥmad ibn Ḥanbal qu’il appuyait et voulait renforcer. Mais ce qui est étrange, c’est qu’un homme puisse demeurer durant 40 ans occupé à l’apprentissage de la science tel qu’ils décrivent (Al Ash’arî), tout en étant Mu’tazilite, et qu’il ne découvre pas, très tôt, le caractère vicié du Madhhab en question. Et puis, après cette très longue période, [il est étrange] qu’il fasse preuve d’ingratitude envers son Shaykh et le Madhhab dans lequel il grandit, fut éduqué (formé) et s’est développé en usant d’une grande dureté que l’on peut constater dans ses livres ! Pire, il relate à leur propos des choses qu’ils ne disent pas et qu’ils ne prennent pas comme credo et ce, alors que leurs ouvrages sont emplis de leurs réfutations et de propos contraires à ce qu’il leur impute, notamment l’un des points les plus importants, à savoir le fait d’attribuer l’endroit à Allah le Très-haut.

Adh Dhahabî a dit (p. 89) :

 » و قد ألف الأهوازي جزءاً في مثالب ابن أبي بشر؛ فيه أكاذيب و جمع أبو القاسم في مناقبه فوائد بعضها أيضاً غير صحيح »

« Al Ahwâzî a rédigé un recueil ayant pour sujet les défauts d’Ibn Abî Bishr. Il contient des mensonges et Abû al Qâsim assembla des profits décrivant sa vertu. Certains d’entre eux ne sont pas authentiques également. »

4. Quand est mort Al Ash’arî ?

Adh Dhahabî a dit dans As Siyar (15/86) :

مات سنة أربع وعشرين وثلاث مئة، حط عليه جماعة من الحنابلة والعلماء، وكل أحد يؤخذ من قوله ويترك، إلا من عصم الله

« Il mourut à Bagdad l’année 324 H. Un groupe de Ḥanbalites et de savants étaient présents. Pour chaque individu, on prend de ses paroles et on en délaisse, sauf pour celui qu’Allah préserve. »

Le Qâḍî ‘Abd al Jabbâr le Mu’tazilite a mentionné dans Sharḥ al Uṣûl al Khamsah (p.174) que son Shaykh Abû al Qâsim ibn Sahlawih était surnommé « Celui qui a tué Al Ash’arî ». Il a dit :

وسبب تلقيبه به أنه ناظر الأشعري في مسألة فانقطع وحُمَّ

« La cause de ce surnom est qu’il a débattu avec Al Ash’arî sur une question qu’il abandonna au point d’en devenir fiévreux. »

Adh Dhahabî a dit :

ويقال بقي إلى سنة ثلاثين وثلاث مائة

« On a dit qu’il demeura [en vie] jusqu’en 330 [de l’Hégire]. »

As Subkî a dit dans Ṭabaqât ash Shâfi’iyyah al Kubrâ (3/352) :

8

 

 

 

« Ce qui est le plus juste, est que la mort du Shaykh se situe entre 320 et 330. Ce qui est le plus proche [de la réalité] est qu’il s’agit de l’année 314 et c’est ce qu’a authentifié Ibn ‘Asâkir. Abû Bakr ibn Furwak l’a mentionné [également] et on a dit qu’il s’agissait de l’année 330 et plus. »

Il est mort à Bagdad, mais on ne connaît pas l’endroit de sa tombe. On a dit qu’on l’a dissimulé par crainte des Ḥanbalites et que sans leur crainte du sultan, ils l’auraient exhumé ![24] Ils ont divergé à propos de sa mort d’une dizaine d’années ! De l’année 320 jusqu’à l’année 333, et ceci nous indique qu’il ne faisait pas partie des Imâms ni des personnes célèbres à ce moment-là, car les Imâms célèbrent voient leur mort notifié dès le jour même et plus précisément que cela ![25]

En résumé :

  • Il serait né en 270 H.
  • En 285 H, au minimum, il débuta son apprentissage de la science chez Al Jubbâ’î (le Mu’tazilite) et ce, durant 40 ans d’après ce que l’on rapporte. Il est donc question de 285 + 40 années d’études chez les Mu’tazilite, ce qui donne l’année 325 H.
  • Or, il serait mort en 324 H. comme certains le disent. Quand donc a-t-il pu rédiger ces (nombreux) ouvrages (son Tafsîr et autres) et quand est-il sorti du Mu’tazilisme !?

Al Ḥâkim al Jashmî al Bayhaqî al Mu’tazilî a mentionné Al Ash’arî dans les Ṭabaqât al Mu’tazilah. Il a dit :

6

 

 

 

 

« Parmi les tardifs, on trouve Ibn Abî Bishr qui a étudié auprès du Shaykh Abû ‘Alî (al Jubbâ’î) puis l’a contredit. Le Qâḍî a mentionné selon Abû Hishâm que la majorité de ses propos indiquent qu’il ne se fiait pas (au dogme Mu’tazilite) et qu’il était quelqu’un qui recherchait ce bas monde et les postes de pouvoir. Abû ‘Alî az Ẓâhir, parmi les gens du Ḥadîth, relate selon lui ce qui appuie cela. »

Ceci est un résumé de ce qui nous importe concernant la vie d’Al Ash’arî, sa naissance, son œuvre et sa mort.

Qu’Allah nous permette de raisonner et de renforcer notre esprit critique.

D’ailleurs, voici au final les derniers mots qu’Al Ash’arî aurait prononcés avant sa mort…

رأيت للأشعري كلمة أعجبتني وهي ثابتة رواها البيهقي، سمعت أبا حازم العبدوي، سمعت زاهر بن أحمد السرخسي يقول: لما قرب حضور أجل أبي الحسن الأشعري في داري ببغداد، دعاني فأتيته، فقال: اشهد على أني لا أكفر [أحدا] من أهل القبلة ; لأن الكل يشيرون إلى معبود واحد، وإنما هذا كله اختلاف العبارات.

Adh Dhahabî a dit (Siyar A’lâm an Nubalâ, 15/89) : « J’ai lu une parole d’Al Ash’arî que j’ai appréciée, qui est confirmée et qu’Al Bayhaqî a rapporté en disant : “J’ai entendu Abû Ḥâzim al ‘Abdawî, d’après Zâhir Ibn Aḥmad as Sarakhsî dire : “Lorsque vinrent les derniers instants d’Abû al Ḥasan al Ash’arî dans ma maison à Baghdâd, il me demanda et je vins à lui. Il dit : “Témoignage en ma faveur que je n’ai point rendu quelqu’un mécréant parmi les gens de la Qiblah (les musulmans dans leur ensemble), car en effet tous appellent à l’adoration d’un Dieu unique. En vérité, tout ceci (nos oppositions) sont des divergences dans les termes (ou expressions). » »

Rédaction LVDH

******

[1] Notre ami, le noble savant, le Shaykh Wahbî Sulaymân Ghawujî al Albanî al Ḥanafî, qu’Allah le Très haut lui octroie la bonne santé, m’a demandé à plusieurs reprises mon avis sur le livre Al Ibânah, alors qu’il possède déjà un ouvrage (qu’il rédigea) au sujet de ce livre et de la ‘Aqîdah Ash’arite. Cependant, il n’est pas parvenu, le concernant, à un avis tranché, tout comme il n’est pas su donner une réponse claire sur le sujet !

[2] A l’image de ce que l’on trouve dans son livre que nous avons vérifié à nouveau et commenté intitulé Daf’ Shubah at Tashîih bi Akafi at Tanzîh.

[3] Note LVDH : Savant Ḥanafite et Ash’arite du XXe siècle.

[4] Note LVDH : C’est un livre de défense de la ‘Aqîdah Ash’arite.

[5] Note LVDH : C’est-à-dire afin de dénaturer et falsifier le texte original.

[6] Note LVDH : Il est présenté comme le parangon de la doctrine ash’arite.

[7] Al Ash’arî a dit dans Al Ibânah : « Certains ont dit parmi les Mu’tazilah, les Jahmiyyah et les Ḥarûriyyah que le sens de la parole d’Allah : « Le tout miséricordieux. Il s’est établi – Istawâ – sur le trône » est qu’Il a pris possession de la royauté et l’assujettissement (de Ses serviteurs – Qahr). »

(Ḥasan Saqqâf) dit : « Al Ghazzâlî a contredit (ce qu’affirme Al Ash’arî) en disant dans Al Iḥyâ (Livre sur les règles dans les dogmes – Qawa’îd al ‘Aqâ`id, 1/108) : “Ce que j’entends par “Al Istiwâ` ilâ as Samâ`” (Il a orienté Sa volonté vers le ciel), en référence au passage coranique suivant : “Puis il a orienté Sa volonté vers le ciel… – ثم استوى الى السماء ” et ceci ne peut être que par la voie de l’assujettissement et de la domination. » Voir Al Iqtiṣâd fil I’tiqâd (p. 104) avec le Taḥqîq (vérification) du docteur ‘Adil al ‘Awâ, édition Dâr al Amânah, Beyrouth, 1969.

[8] Note LVDH : En résumé, le Kasb correspond au fait qu’Allah crée l’acte de l’Homme lorsque ce dernier le veut et s’y consacre… l’action vient donc de l’Homme uniquement quant à sa production, son emploi et sa moralité, et non sa création. Al Ikhtiyâr est le libre choix du serviteur.

[9] Editions Dâr al Ḥikmah, Damas et Beyrouth, 1406 H.

[10] Personne ayant de l’aversion envers les descendants du Prophète (paix sur lui).

[11] Note LVDH : Dans un Ḥadîth attribué au Prophète (paix sur lui), ce dernier aurait annoncé que l’assassin de ‘Amr ibn Yâsir ainsi que l’armée qui le combattrait seraient dans le Feu.

[12] Ceci n’est pas un argument. Les gens se sont rassemblés et mis d’accord à l’époque d’Al Bâqillânî pour le nommer Abû Bakr al Ash’arî (voir Siyar A’lâm an Nubalâ`, 17/192). Beaucoup de gens furent affiliés a des personnages dont l’affiliation s’avérait en fait inexacte.

[13] C’est un homme inconnu. Je ne lui ai trouvé aucune biographie ! Il existe une personne dont le nom est Abû Bakr al Wazzân qui est Aḥmad ibn Isḥâq ibn Ṣâliḥ et qui possède une biographie dans Târîkh Baghdâd (4/28), mais cette personne est décédée en 281 H. et il est impossible qu’il renseigne la mort d’Al Ash’arî puisque ce dernier est décédé bien après lui.

[14] Note LVDH : On prétend par exemple qu’Al Ash’arî a rédigé une exégèse nommé Al Mukhtazân en 500 volumes ! L’Imâm Al Kawtharî a dit qu’il consacra une longue recherche à essayer de trouver un manuscrit ou un quelconque écrit lié à ce fameux Tafsîr… Mais il ne trouva rien. L’Imâm As Sayyid Muḥammad al Khidr Ḥusayn at Tunîsî a dit:

ومنها تفسيره المسمى بـ((المختزن))، قال القاضي أبو بكر بن العربي في كتاب (القواصم والعواصم): انتدب الأشعري إلى كتاب الله فشرحه في خمسمائة مجلد، وسماه بالمختزن، ومنه أخذ الناس كتبهم، ومنه أخذ عبدالجبار الهمداني كتابه في تفسير القرآن الذي يسمى بالمحيط في مائة سفر، ثم ذكر ابن العربي أن الصاحب ابن عباد بذل عشرة آلاف دينار لخازن الكتب في بغداد، فألقى النار في الخزانة، فاحترقت الكتب واحترق من بينها ((المختزن)) ولم تكن منه إلا نسخة واحدة، فنفدت من أيدي الناس، وكان الصاحب بن عباد على مذهب المعتزلة، ولأبيه عباد بن عباس كتاب أحكام القرآن ينصر فيه مذهب الاعتزال

« Parmi (ses ouvrages), on trouve son Tafsîr nommé Al Mukhtazan (La provision). Le Qâḍî Abû Bakr ibn al ‘Arabî a dit dans son livre Al Qawâṣim wal ‘Awâṣim ce qui suit : “Al Ash’arî s’est tourné vers le Livre d’Allah, l’a commenté en 500 volumes et l’a appelé Al Mukhtazan. A partir de lui, les gens ont rédigé leurs ouvrages et ‘Abd al Jabbâr al Ḥamdânî l’a utilisé pour son livre exégétique du Coran que l’on appelle Al Muḥîṭ sur cent livrets. Puis Ibn Al ‘Arabî a mentionné qu’As Ṣâḥib ‘ibn ‘Abâd a octroyé 10 000 dinars au gardien des livres de Bagdad afin de déclencher un incendie dans la bibliothèque. Les livres brulèrent dont Al Mukhtazan. Il ne resta de lui qu’une copie qui se perdit (au fil du temps). Le Ṣâḥib d’Ibn ‘Abbâd était mu’tazilite et son père, ‘Abbâd ibn Abbâs, avait un livre intitulé Aḥkâm al Qur`ân dans lequel il défendait l’école du mu’tazilisme. »

Deux choix s’offre alors à nous :

  • Soit nous disons que cette histoire est forgée afin de valoriser Al Ash’arî.
  • Soit nous disons qu’elle est vraie et alors il faut admettre qu’il y a de nombreux autres livres qui ont pu subir le même sort et donc que le Dîn (islâm) ne se limite pas aux écrits de ceux qui ont subsisté « grâce » aux manigances du pouvoir politique.

[15] Note LVDH : l’auteur écrit « 37 ans » dans le texte. Mais nous pensons qu’il s’agit d’une faute de frappe et ce, sachant que cela ne change rien au final quelle que soit l’année de naissance retenue.

[16] Note LVDH : Même en imaginant qu’il cessa d’apprendre avec As Sâjî vers l’âge de 10 ans, il est impossible qu’il ait accompagné Al Jubbâ`î durant quarante années.

[17] Ceci s’il l’on suppose que c’est un égarement comme ils le prétendent.

[18] A l’instar de ses propos prétendant qu’ils disent qu’Allah est partout jusque dans les abris feuillus pour les besoins et les espaces vides (pour les toilettes), ou encore qu’ils nient les châtiments de la tombe et autres mensonges du même acabit.

[19] Il affirmait, comme l’a mentionné Adh Dhahabî dans Siyar A’lâm an Nubalâ (14/198), avoir la position des Salafs concernant les Ṣifât (attribut). Or, Adh Dhahabî l’a mentionné dans le livre Al ‘Ulû (p. 496 avec notre vérification) dans l’ensemble de ceux qui disent que l’élévation (d’Allah) est que Dieu est sur Son trône dans Son ciel…

[20] Comme dans Tabyîn Kadhib al Muftarî (p. 35), Al Khuṭaṭ d’Al Maqrîzî (3/303) et l’introduction de la doctoresse Fawqiyyah d’Al Ibânah (p. 16-17).

[21] Siyar A’lâm an Nubalâ’ (14/198). Ceci montre en outre qu’il a dû passer un temps conséquent avec As Sâjî afin de connaître ses positions, les retenir et s’y référer par la suite.

[22] Comme l’a dit As Subkî dans Ṭabaqât as Shâfi’iyyah al Kubrâ (3/35)

[23] Parmi cela, il y a la parole d’Ibn Taymiyyah dans Dar` at Ta’âruḍ (2/83) et dans Al Muwâfaqah éditée sur la marge de Minhaj as Sunnah (2/41) rapporté d’As Sâjî tout en l’approuvant :

إلى الوقت ظهر فيه ابن كلاب والقلانسي والأشعري الذين يتظاهرون بالرد على المعتزلة وهم منهم بل أخس حلاً منهم في الباطن.

 “Jusqu’à ce que survienne le temps où sont apparus Ibn Kullâb, Al Qalânasî et Al Ash’arî qui feignirent la réfutation des Mu’tazilites alors qu’ils furent (en vérité) avec eux, et même dans une situation plus méprisable que la leur dans leur for intérieur.” »

Il y a encore cette parole d’Ibn Taymiyyah dans Al Muwâfaqah et Dar’ at Ta’ârud, publié sur la marge du Minhâj as Sunnah (2/49) rapportant et approuvant selon le Shaykh Abû Ḥâmid (al Isfarâ`înî) ceci :

لم يزل الأئمة الشافعية يأنفون ويستنكفون أن ينسبوا إلى الأشعري ويتبرءون مما بنى الأشعري مذهبه عليه، وينهون أصحابهم وأحبابهم عن الحوم حواليه على ما سمعت من عدة من المشايخ والأئمة منهم الحافظ المؤتمن بن أحمد بن علي الساجي.

« Les Imâms Shâfi’ites n’ont eu de cesse de reprouver et d’émettre des objections à être affiliés à Al Ash’arî et ils se désolidarisèrent de ce qu’il avait adopté comme position. Ils interdirent à leurs partisans et leurs proches de tourner autour, selon ce que j’ai entendu de plusieurs savants et Imâms dont le Ḥâfiẓ al Mu`taman ibn Aḥmad ibn ‘Alî as Sâjî. »

[24] Comme cela est précisé dans Târîkh Ibn al Wardî. Al Alûsî l’a citée de lui dans Jalâ` al ‘Aynayn (p. 132) comme dans l’introduction d’Al Ibânah de la doctoresse Fawqiyah Ḥusayn (p. 37).

[25] Note LVDH : En réalité, nous ignorons les dates de naissance ou de mort de certains Imâms célèbres donc il n’est pas totalement pertinent de prendre cela comme argument. En revanche, il est vrai qu’il est tout de même étonnant que l’on ignore les dates précises de naissance et de décès de la personne connue pour avoir « anéanti » le Mu’tazilisme et comme étant le fondateur d’une des deux plus grandes écoles dogmatiques du Sunnisme… Ajoutons également qu’on ne connaît pas les dates de naissance et de mort précise de plusieurs Messagers et Prophète, et qu’il y a quelques divergences sur celles du Prophète Muḥammad.

 

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