Et si les Sunnites n’avaient pas toujours été majoritaires ?

Les Sunnites (Ahl as Sunnah) ont-ils toujours été majoritaire dans l’histoire de l’islam ?

Il est un fait évident que les sunnites représentent aujourd’hui la grande majorité des musulmans et ce, qu’ils le soient par conviction ou par tradition. Il n’est d’ailleurs par rare d’entendre que, face au doute quant à la pluralité des voies à emprunter en islam, « la voie à suivre est celle du groupe majoritaire et que le groupe majoritaire est celui des sunnites (Ahl as Sunnah wal Jamâ’ah). »

Alors, si ce raisonnement est vrai, notre question est la suivante : Les sunnites ont-ils toujours été majoritaires en islam ? Que rapporte-t-on sur le sujet ?

Voici des éléments de réflexion :

– أيوب السختياني (68-131هـ) : فقد أخرج اللالكائي عنه أنه قال : “إني أخبر بموت الرجل من أهل السنة وكأني أفقد بعض أعضائي” وقال أيضاً : “إن من سعادة الحدث والأعجمي أن يوفقهما الله لعالم من أهل السنة”.

– سفيان الثوري “ت 161هـ” : قال : “استوصوا بأهل السنة خيراً فإنهم غرباء”. وقال: “ما أقل أهل السنة والجماعة”.

– الفضيل بن عياض “ت 187هـ”: قال: “أهل الإرجاء يقولون: الإيمان قول بلا عمل، وتقول الجهمية: الإيمان المعرفة بلا قول ولا عمل، ويقول أهل السنة: الإيمان المعرفة والقول والعمل”.

– أبو عبيد القاسم بن سلام “157-224هـ”: قال في مقدمة كتاب (الإيمان) له: “… فإنك كنت تسألني عن الإيمان واختلاف الأمة في استكماله، وزيادته، ونقصانه، وتذكر أنك أحببت معرفة ما عليه أهل السنة من ذلك…” .

– الإمام أحمد بن حنبل “164 – 241هـ”: قال في مقدمة كتاب (السنة) له: “… هذه مذاهب أهل العلم وأصحاب الأثر وأهل السنة المتمسكين بعروتها، المعروفين بها المقتدى بهم فيها من لدن أصحاب النبي صلى الله عليه وسلم إلى يومنا هذا…” .

– الإمام ابن جرير الطبري “ت 310هـ” : قال : “وأما الصواب من القول في رؤية المؤمنين ربهم عز وجل يوم القيامة وهو ديننا الذي ندين الله به، وأدركنا عليه أهل السنة والجماعة فهو أن أهل الجنة يرونه على ما صحت به الأخبار عن رسول الله صلى الله عليه وسلم”.

– أبو جعفر أحمد بن محمد الطحاوي “239 – 321هـ” : قال في مقدمة عقيدته المشهورة : “… هذا ذكر بيان اعتقاد أهل السنة والجماعة…”.

1- عن الحسن – رحمه الله – قال : ( يا أهل السنة ترفقوا رحمكم الله فإنكم من أقل الناس ) اللالكائي : 1/57/19 .

2- قال أيوب – رحمه الله – : ( إني أُخبر بموت الرجل من أهل السنة وكأني أفقد بعض أعضائي ) اللالكائي : 1/60/29، وحلية الأولياء : 3/9 .

3- عن حماد بن زيد – رحمه الله – قال : ( كان أيوب يبلغه موت الفتا من أصحاب الحديث فيرى ذلك فيه ويبلغه موت الرجل يذكر بعباده فما يرى ذلك فيه ) اللالكائي : 1/61/34 .

4- عن سفيان الثوري – رحمه الله – قال : ( استوصوا بأهل السنة خيرا فإنهم غرباء ) اللالكائي : 1/64/49 .

5- عن سفيان الثوري – رحمه الله – يقول : ( إذا بلغك عن رجل بالمشرق صاحب سنة وآخر بالمغرب فابعث إليهما بالسلام وادع لهما ما أقل أهل السنة والجماعة ) اللالكائي : 1/64/50 .

6- عن يوسف بن أسباط – رحمه الله – قال : قال سفيان – رحمه الله – : ( يا يوسف إذا بلغك عن رجل بالمشرق صاحب سنة فابعث إليه بالسلام ، وإذا بلغك عن آخر بالمغرب صاحب سنة فابعث إليه بالسلام ، فقد قل أهل السنة والجماعة ) حلية الأولياء : 7/34

7- عن أسد بن موسى – رحمه الله يقول : ( كنا عند سفيان بن عيينة فنعى إليه الدراوردي فجزع وأظهر الجزع – ولم يكن قد مات – فقلنا ما علمنا أنك تبلغ مثل هذا قال إنه من أهل السنة ) اللالكائي : 1/66/56 .

8- عن الحسن – رحمه الله – قال : ( اعلموا ، رحمكم الله إن أهل السنة كانوا أقل الناس فيما مضي ، وهم أقل الناس فيما بقى ، الذين لم يذهبوا مع أهل الأتراف في أترافهم ، ولا مع أهل البدع في بدعهم ، وصبروا على سنتهم ، حتى لقوا ربهم ، فكذلك فكونوا إن شاء الله ) تعظيم قدر

  1. Al Ḥasan, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Ô Ahl as Sunnah (sunnites), soyez bienveillants – qu’Allah vous fasses miséricorde – vous faites partie de la minorité des gens. »[1]
  2. Ayyûb as Sikhtiyânî (né à la mort d’Ibn ‘Abbâs, 68, et mort en 131 H.) a dit : « Si je suis informé de la mort d’un homme des Ahl as Sunnah (sunnites), c’est comme si je perdais certains de mes membres. » Ḥammâd Ibn Zayd (98-179 H), qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Quand il parvenait à Ayyûb la mort d’un jeune parmi les gens du Ḥadîth, il ressentait (ce sentiment d’affliction) en lui. Mais quand lui parvenait la mort d’un homme connu pour son adoration, il ne ressentait pas cela. »[2]
  3. Sufyân ath Thawrî (97-161h), qu’Allah lui fasse, a dit : « Prenez bien soin des Ahl as Sunnah (sunnites) car ils sont devenus étrangers (signifiant qu’ils sont devenus inhabituels pour les gens en référence au Ḥadîth qui évoque cela). »[3]
  4. Sufyân ath Thawrî, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « S’il parvient à ta connaissance qu’un homme d’Orient est de la Sunnah et qu’il en est de même d’un autre du Maghreb, alors transmets-leur le Salâm et invoque en leur faveur, car les Ahl as Sunnah wal Jamâ’ah (sunnites) sont peu. »[4]
  5. Yûsuf Ibn Asbâṭ rapporte que Sufyân a dit : « Ô Yûsuf ! Si l’on t’informe qu’un homme en Orient est de la Sunnah (sunnite), transmets-lui le Salâm. Si l’on t’informe de cela à propos d’un autre en Occident, transmets-lui le Salâm. Les Ahl as Sunnah ont diminué. »[5]
  6. Asad Ibn Mûsâ (née en 132 H.), qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Nous étions chez Sufyân Ibn ‘Uyaynah quand on lui annonça la mort d’Ad Darawardî. Il fut pris d’une grande affliction et fit paraître de la tristesse et nous avons dit : < Nous ne savions pas que tu pouvais être touché à ce point. > Il dit : < Il fait partie des Ahl as Sunnah (sunnites). > »[6]
  7. Al Ḥasan, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Sachez, qu’Allah vous fasses miséricorde, que les Ahl as Sunnah furent minoritaires parmi les gens dans le passé, et ils sont (toujours) minoritaires actuellement (littéralement : dans ce qu’il reste de temps). Ils sont ceux qui ne suivent pas les opulents dans leur opulence ni les innovateurs dans leur innovation. Ils patientent sur la Sunnah, jusqu’à ce qu’ils rencontrent leur Seigneur. C’est ainsi que vous devez être si Allah le veut. »[7]
  1. An Nu’aym Ibn Ḥammâd a dit : « Lorsque la Jamâ’ah se pervertira, sois ce sur quoi la Jamâ’ah fut avant qu’elle ne se pervertisse. Et si tu es seul, alors tu représenteras la Jamâ’ah, Al Bayhaqî et d’autres l’ont mentionné ». Certains savants du Ḥadîth ont dit : « On a mentionné à (An Nu’aym) le Sawâd al A’ẓam, il dit : <Sais-tu ce qu’est le Sawâd al A’ẓam ? C’est Muḥammad Ibn Aslam at Tusî et ses compagnons.> »[8]

Pour finir, racontons, en résumé, l’histoire du calife Al Ma`mûn et de l’Imâm Aḥmad. Un temps, le calife écrivit à son représentant de Baghdâd, Isḥâq Ibn Ibrâhîm, afin de lui ordonner d’éprouver les juges et les gens du Ḥadîth concernant le caractère créé du Coran et afin qu’il envoie plusieurs groupes de Muḥaddithûn auprès de lui. Après les avoir éprouvés et qu’ils aient affirmé, en apparence seulement, le caractère créé du Coran, le calife ordonna que leurs réponses soient diffusées, notamment auprès des Fuqahâ (juristes). Lorsque ces derniers apprirent cela, ils confirmèrent également cet avis. Ainsi, la situation s’amplifia au point qu’il ne resta qu’Aḥmad Ibn Ḥanbal pour défendre le caractère non-créé du Coran auprès du Calife et donc la voie des sunnites de son époque[9].

Il s’agit d’un récit témoignant que, au moins en apparence, seul Aḥmad Ibn Ḥanbal défendait la voie du « sunnisme » et qu’il était donc extrêmement minoritaire à ce moment. A ceci, certains pourraient rétorquer que plusieurs savants ayant confirmé le caractère créé du Coran ne le firent que sous la contrainte et qu’en vérité Aḥmad n’était pas seul. Mais nous répondons, d’une part, que cela témoigne une nouvelle fois de l’influence du pouvoir politique sur les savants et, d’autre part, que ce qui doit être comparé à ce que l’on vit aujourd’hui c’est ce qu’a vécu la masse des musulmans de l’époque.

En effet, le musulman lambda était ignorant de ces contraintes présumées et suivaient, aveuglément, l’avis de la majorité des savants qui semblait affirmer le caractère créé du Coran et ce, jusqu’à ce qu’un autre calife impose et diffuse une autre croyance. C’est donc le manque d’esprit critique et le fait de considérer les savants comme un but et non un moyen, à l’instar de notre temps, qui poussa la masse des musulmans à suivre l’avis en vigueur.

Aujourd’hui, la situation est similaire puisqu’on nous demande de suivre les savants, ou du moins la majorité d’entre eux, comme si cela était un gage de vérité. Or, non seulement, la voie de la majorité n’est pas un argument en islam, mais Allah Lui-même nous pousse à plus de réserve sur ce sujet, sans compter le nombre de Prophètes qui ont représenté la voie juste seul et qui n’ont pas ou peu été suivis par la masse. Allah dit :

وإِن تُطِعْ أَكْثَرَ مَن فِي الأَرْضِ يُضِلُّوكَ عَن سَبِيلِ اللّهِ إِن يَتَّبِعُونَ إِلاَّ الظَّنَّ وَإِنْ هُمْ إِلاَّ يَخْرُصُونَ

Et si tu obéis à la majorité de ceux qui sont sur la terre, ils t’égareront du sentier d’Allah : ils ne suivent que la conjecture et ne font que fabriquer des mensonges.[10]

وما وَجَدْنَا لأَكْثَرِهِم مِّنْ عَهْدٍ وَإِن وَجَدْنَا أَكْثَرَهُمْ لَفَاسِقِينَ

Et Nous n’avons trouvé chez la plupart d’entre eux aucun respect de l’engagement ; mais Nous avons trouvé la plupart d’entre eux pervers.[11]

Ainsi, plutôt que de dire : « la voie de la vérité absolue est celle des sunnite (Ahl as Sunnah) car ils sont le groupe majoritaire et donc le groupe qui est préservé de l’égarement », nous préférons dire la chose suivante :

« Il faut s’attacher à ce qui nous semble juste, objectif et argumenté, et ne pas hésiter à rejeter ce qui, objectivement, nous semble être contraire au Livre d’Allah. Il faut rechercher la vérité, la demander à Allah et l’accepter sincèrement lorsqu’elle vient à nous avec ses arguments et ses éléments convaincants et ce, d’où qu’elle vienne. Mais il faut également accepter et comprendre que nous pouvons nous tromper et que celui qui emprunte une autre voie que la mienne peut avoir raison, tant qu’il ne s’agit pas d’une voie intolérante. Aussi, suivre les avis sunnites c’est suivre ce qui peut nous sembler juste sur certains points et incorrect sur d’autres. La vérité n’est pas l’apanage d’un seul groupe, d’un seul courant ou d’une seule voie… les chiites peuvent également détenir des vérités sur d’autres points, tout comme les Mu’tazilites, les musulmans qui ne s’affilient à aucune voie particulière ou encore des non-musulmans… Suivons donc ce qui apaise notre cœur, sans zèle, sans sectarisme, sans esprit clanique et avec un esprit ouvert et critique tourné vers la recherche sincère de l’agrément d’Allah… »

Qu’Allah nous permette de comprendre.

Equipe Al Amânah

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PS : Nous avons écrit «sunnites» entre parenthèse pour rendre accessible le terme à ceux qui ne le comprennent pas puisque linguistiquement ce que l’on traduit par «sunnites» c’est le terme «Ahl as Sunnah». Maintenant, au sein du sunnisme, il est connu que certains groupes ou individus ont considéré qu’ils étaient les seuls Ahl as Sunnah et les autres des égarés. Mais en vérité cela renforce notre propos, puisque cela restreint encore davantage le nombre de personnes dans la «vraie et bonne» voie face à une majorité de personnes «égarées».

Les partisans de cette idée ne se rendent même pas compte de sa limite et de sa faiblesse…

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[1] Al Alkâ`î (1/57/19)

[2] Al Alkâ`î (1/61/34)

[3] Al Alkâ`î (1/64/49)

[4] Al Alkâ`î (1/64/50)

[5] Ḥilyah al Awliyâ’ (7/34)

[6] Al Alkâ`î (1/66/56)

[7] Ta’ẓim Qadri as Salât (2/678)

[8] I’lâm al Mawqi’în ‘an Rabi al ‘Âlamîn (3/308)

[9] Extrait en arabe d’ « Al Bidâyah wan Nihâyah » :

في هذه السنة: كتب المأمون إلى نائبه ببغداد إسحاق بن إبراهيم بن مصعب يأمره أن يمتحن القضاة والمحدثين بالقول بخلق القرآن، وأن يرسل إليه جماعة منهم، وكتب إليه يستحثه في كتاب مطول، وكتب غيره قد سردها ابن جرير كلها……

[ ]…… والمقصود أن كتاب المأمون لما ورد بغداد قرئ على الناس، وقد عين المأمون جماعة من المحدثين ليحضرهم إليه، وهم: محمد بن سعد كاتب الواقدي، وأبو مسلم المستملي، ويزيد بن هارون، ويحيى بن معين، وأبو خيثمة زهير بن حرب، وإسماعيل بن أبي مسعود، وأحمد بن الدورقي.

فبعث بهم إلى المأمون إلى الرقة فامتحنهم بخلق القرآن فأجابوه إلى ذلك وأظهروا موافقته وهم كارهون، فردهم إلى بغداد وأمر بإشهار أمرهم بين الفقهاء، ففعل إسحاق ذلك

وأحضر خلقا من مشايخ الحديث والفقهاء وأئمة المساجد وغيرهم، فدعاهم إلى ذلك عن أمر المأمون، وذكر لهم موافقة أولئك المحدثين له على ذلك، فأجابوا بمثل جواب أولئك موافقة لهم، ووقعت بين الناس فتنة عظيمة، فإنا لله وإنا إليه راجعون.

….ثم امتحنهم رجلا رجلا فأكثرهم امتنع من القول بخلق القرآن، ….

…. فعند ذلك عقد النائب ببغداد مجلسا آخر وأحضر أولئك وفيهم إبراهيم بن المهدي، وكان صاحبا لبشر بن الوليد الكندي، وقد نص المأمون على قتلهما إن لم يجيبا على الفور، فلما امتحنهم إسحاق أجابوا كلهم مكرهين متأولين قوله تعالى: { إِلَّا مَنْ أُكْرِهَ وَقَلْبُهُ مُطْمَئِنٌّ بِالْإِيمَانِ } [النحل: 106] الآية.

إلا أربعة وهم: أحمد بن حنبل، ومحمد بن نوح، والحسن بن حماد سجاده، وعبيد الله بن عمر القواريري…[ ]…. وأخرَّ أحمد بن حنبل، ومحمد بن نوح الجنديسابوري لأنهما أصرا على الامتناع من القول بذلك

البداية والنهاية/الجزء العاشر/ذكر أول المحنة والفتنة

[10] Coran (An An’âm 6/116)

[11] Coran (Al A’râf 7/102)

 

 

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