Le terme Kâfir signifie-t-il « mécréant » ?

D’aucuns parmi les prédicateurs expliquent que le termes « Kâfir » est l’égal en français du terme mécréant, terme dont l’étymologie renvoie au fait de « croire en une fausse religion », « de ne pas avoir de croyance religieuse » ou encore, dans son sens premier, « de ne pas croire en la religion chrétienne ». Il s’agit donc assez clairement d’une forme d’impiété faisant du terme « mécréant » le synonyme du terme « impie » par exemple.

Ainsi, la question est de savoir si le terme « Kâfir » (plur. Kuffâr) renvoie également à cette notion d’impiété.

Linguistiquement et au sens premier du terme, le Kâfir est le laboureur (cultivateur), celui qui laboure la terre, qui la recouvre pour l’ameublir et y dépose la semence pour la préparer à la culture. De cette manière, la semence est recouverte de terre et devient invisible.

C’est d’ailleurs ce sens qui est présent dans le verset 20 de la sourate Al Ḥadîd (57) :

¤اعْلَمُوا أَنَّمَا الْحَيَاةُ الدُّنْيَا لَعِبٌ وَلَهْوٌ وَزِينَةٌ وَتَفَاخُرٌ بَيْنَكُمْ وَتَكَاثُرٌ فِي الْأَمْوَالِ وَالْأَوْلَادِ كَمَثَلِ غَيْثٍ أَعْجَبَ الْكُفَّارَ نَبَاتُهُ ثُمَّ يَهِيجُ فَتَرَاهُ مُصْفَرًّا ثُمَّ يَكُونُ حُطَامًا وَفِي الْآخِرَةِ عَذَابٌ شَدِيدٌ وَمَغْفِرَةٌ مِّنَ اللَّهِ وَرِضْوَانٌ وَمَا الْحَيَاةُ الدُّنْيَا إِلَّا مَتَاعُ الْغُرُورِ ¤

Sachez que la vie présente n’est que jeu, amusement, vaine parure, une course à l’orgueil entre vous et une rivalité dans l’acquisition des richesses et des enfants. Elle est en cela pareille à une pluie : la végétation qui en vient émerveille les Kuffâr (cultivateurs, laboureurs), puis elle se fane et tu la vois donc jaunie ; ensuite elle devient des débris. Et dans l’au-delà, il y a un dur châtiment, et aussi pardon et agrément d’Allah. Et la vie présente n’est que jouissance trompeuse.

En d’autres termes et dans un sens figuré, le terme « Kâfir » ne renvoie pas à la notion d’impiété dans le sens où le Kâfir ne méprise pas la religion et ne la rejette pas parce qu’il la considère comme fausse, falsifiée ou autres. Le Kâfir est celui qui nie ou qui récuse la religion qu’il sait être vraie ; il est celui qui refuse de voir les signes divins se trouvant dans la création et sur lesquels Dieu nous invite à méditer :

إِنَّ فِي خَلْقِ السَّمَاوَاتِ وَالأَرْضِ وَاخْتِلاَفِ اللَّيْلِ وَالنَّهَارِ لآيَاتٍ لِّأُوْلِي الألْبَابِ

« En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes (âyât) pour les doués d’intelligence (Ûlî al Albâb) »

En effet, récuser c’est rejeter une preuve, un témoignage ou un jugement, et nier c’est ne pas admettre la réalité de quelque chose dont l’existence ne peut être mise en doute. Conséquemment, être « Kâfir » c’est nier l’évidence, la masquer, refuser de reconnaître ou plutôt de voir ce que l’on sait être visible, tout comme le laboureur recouvre de terre la semence, celle-ci existant bel et bien.

C’est d’ailleurs pour cette raison qu’Allah ne dit pas que toute personne qui n’est pas musulmane ou qui ne croit pas en Lui est vouée à l’Enfer, le Coran ne se lisant pas de façon fragmentaire en citant les bouts de versets qui arrangent nos positions pré-établies.

La question qui se pose alors n’est pas de savoir si telle ou telle personne est musulmane pour connaître à l’avance sa destination finale, mais plutôt de savoir si elle a reçu le véritable message de l’islam. Une grande majorité de personnes savent aujourd’hui que l’islam existe, mais quel islam, ou plutôt quel message ont-elles reçu de l’islam ?

Il est triste de voir qu’aujourd’hui chacun s’attribue le droit de distribuer les billets du Paradis et de l’Enfer, alors que cela est contradictoire avec le Coran lui-même. Ainsi, Allah a révélé ce qui suit quant à la destination des gens après leur mort :

¤لَّيْسَ بِأَمَانِيِّكُمْ وَلا أَمَانِيِّ أَهْلِ الْكِتَابِ مَن يَعْمَلْ سُوءًا يُجْزَ بِهِ وَلاَ يَجِدْ لَهُ مِن دُونِ اللّهِ وَلِيًّا وَلاَ نَصِيرًا ¤وَمَن يَعْمَلْ مِنَ الصَّالِحَاتَ مِن ذَكَرٍ أَوْ أُنثَى وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَأُوْلَئِكَ يَدْخُلُونَ الْجَنَّةَ وَلاَ يُظْلَمُونَ نَقِيرًا ¤

« Ceci ne dépend ni de vos désirs ni des gens du Livre. Quiconque fait un mal sera rétribué pour cela, et ne trouvera en sa faveur, hors d’Allah, ni allié ni secoureur. ¤ Et quiconque, homme ou femme, fait de bonnes œuvres, tout en étant croyant… les voilà ceux qui entreront au Paradis ; et on ne leur fera aucune injustice, fût-ce d’un creux de noyau de datte. »

Dans ces versets, Allah explique clairement que le Paradis ne dépend ni du désir des croyants ni de celui des Gens du Livre, seul Allah en est juge. De même, il faut se rappeler que la sanction divine dépend d’autres critères que le simple fait d’être croyant, comme notamment l’envoi d’un Messager ou encore le fait que le message soit arrivé aux destinataires sans falsification. En effet, Allah ne châtie personne tant qu’elle n’a pas été avertie :

مَنِ اهْتَدَى فَإِنَّمَا يَهْتَدي لِنَفْسِهِ وَمَن ضَلَّ فَإِنَّمَا يَضِلُّ عَلَيْهَا وَلاَ تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَى وَمَا كُنَّا مُعَذِّبِينَ حَتَّى نَبْعَثَ رَسُولاً

« Quiconque prend le droit chemin ne le prend que pour lui-même ; et quiconque s’égare, ne s’égare qu’à son propre détriment. Et nul ne portera le fardeau d’autrui. Et Nous n’avons jamais puni [un peuple] avant de [lui] avoir envoyé un Messager. »

Ainsi, Allah envoie des Messagers aux gens afin que ces derniers reçoivent clairement le message et ne puissent dire qu’ils ne savaient pas :

ورُسُلاً قَدْ قَصَصْنَاهُمْ عَلَيْكَ مِن قَبْلُ وَرُسُلاً لَّمْ نَقْصُصْهُمْ عَلَيْكَ وَكَلَّمَ اللّهُ مُوسَى تَكْلِيمًا ـ رُسُلاً مُّبَشِّرِينَ وَمُنذِرِينَ لِئَلاَّ يَكُونَ لِلنَّاسِ عَلَى اللّهِ حُجَّةٌ بَعْدَ الرُّسُلِ وَكَانَ اللّهُ عَزِيزًا حَكِيمًا

« Et il y a des Messagers dont Nous t’avons raconté l’histoire précédemment, et des Messagers dont Nous ne t’avons point raconté l’histoire – et Allah a parlé à Mûsâ de vive voix – ¤ en tant que messagers, annonciateurs et avertisseurs, afin qu’après la venue des Messagers il n’y eût pour les gens point d’argument devant Allah. Allah est Puissant et Sage. »

Le rôle des Messagers est donc de convaincre les gens, ou du moins de leur délivrer un message clair et sans ambiguïté. Ainsi, on peut dire qu’une personne a bien reçu le message du Prophète Muḥammad (paix sur lui) qu’à partir du moment où elle a reçu l’argument et la preuve de ce message. En d’autres termes, tant qu’elle n’a pas reçu cela elle n’est pas concernée par l’Enfer et Allah dit :

ومَن يُشَاقِقِ الرَّسُولَ مِن بَعْدِ مَا تَبَيَّنَ لَهُ الْهُدَى وَيَتَّبِعْ غَيْرَ سَبِيلِ الْمُؤْمِنِينَ نُوَلِّهِ مَا تَوَلَّى وَنُصْلِهِ جَهَنَّمَ وَسَاءتْ مَصِيرًا

« Et quiconque fait scission d’avec le Messager, après que le droit chemin (guidée) lui soit apparu clairement (Tabayyana) et suit un sentier autre que celui des croyants, alors Nous le laisserons comme il s’est détourné, et le brûlerons dans l’Enfer. Et quelle mauvaise destination ! »

En utilisant ici le terme « Tabayyana – تبيّن », il est question de percevoir très clairement le chemin de la guidée, le vrai message, et non de simplement savoir qu’une religion existe, qu’on la nomme « islam » et que son Messager est Muḥammad ibn ‘Abdillah. En effet, Allah n’a pas utilisé dans ce verset le terme « Bâna » comme pour signifier qu’il s’agissait simplement de prendre connaissance de l’existence de la religion musulmane et de voir qu’elle est apparente, mais Dieu a utilisé un terme plus fort et explicite qui a la même forme que le verbe « Tafa’’ala –  تفعّل » ou encore « Tahajjada – تهجّد » qui, pour ce dernier, signifie le fait de faire l’effort pour ne pas dormir par exemple. Ainsi, le verbe « Tabayyana » impliquera l’effort pour mettre en avant la guidée très clairement et distinctement.

Si maintenant nous appliquons ce verset coranique à notre contexte, peut-on affirmer que l’ensemble des non-musulmans ont reçu le véritable message de l’islam et le chemin de la guidée clairement ? Notre réponse est évidemment non. Ils ont certes reçu des messages attribués au Prophète (paix sur lui) de la part de tel ou tel groupe, mais ils n’ont pas forcément reçu le message prophétique avec preuve et argument leur permettant de raisonner. Ainsi, seul Allah sait ce qu’il en sera pour ces gens, sachant qu’Allah ne châtie pas injustement, même si dans les jugements de ce bas monde, nous sommes contraints à appeler communément tous ceux qui n’ont pas embrassé l’islam « non-musulmans, mécréants… ».

Alors, une question subsiste, comment doit-on réagir quand nous trouvons des textes (Hadîths) qui contredisent le Coran ?

Malheureusement, nous sacralisons aujourd’hui les Asânîd (chaîne de transmissions ou de transmetteurs) des Ḥadîths comme si les Compagnons et les générations d’après étaient absolument infaillibles dans leur transmission et leur mémorisation et comme si la chaîne de transmission symbolisait la vérité. En réalité, de grands Compagnons ont fait des erreurs énormes dans le Ḥadîth, tout simplement car ils sont humains et faillible.

Les versets sont très clairs et Allah a pris l’engagement de ne pas châtier avant d’envoyer un Messager et avant que le message soit explicite et limpide. Malgré cela, nous mettons le Coran de côté pour le contredire en utilisant des propos rapportés par voie Aḥad (singulière) et donc soumis à l’erreur de transmission ou à l’oubli, qui plus est en matière de croyance…

Un véritable travail doit donc être fourni pour mettre en avant le véritable rôle de la Sunnah d’après le Livre d’Allah.

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