Suivre les Salaf : une chimère ? (2/2)

Suivre le Coran et la Sunnah avec la compréhension des Salaf : une illusion ou une obligation ?

Par le Shaykh Ḥasan as Saqqâf (traduction de son travail avec légers remaniements pour la syntaxe)

Certaines personnes prétendent qu’il est obligatoire de comprendre le Livre (Coran) et la Sunnah avec la compréhension des Salaf Ṣâliḥ (pieux prédécesseurs). Et par cela ils considèrent la compréhension des pieux prédécesseurs (Salafs) comme faisant partie des preuves de la Sharî’ah (loi islamique) qu’il est obligatoire de suivre. Cependant, ces propos comprennent deux sophismes, voir arguties :

  1. Les Salafs ne sont pas en accord dans la compréhension des questions [comment donc suivre un groupe qui n’est pas en accord ?]. Ainsi, ils ne possèdent pas de Madhhab (d’école, approche juridique) cohésif connu au point qu’il soit possible de parler de « Madhhab des Salafs » ou de « compréhension des Salafs ». Il sera [publié prochainement] des exemples de divergences entre les Salafs, notamment dans les questions dogmatiques (celles relevant su Fiqh étant très connues et très nombreuses).

Il est aussi surprenant de voir chez certains de ceux qui appellent à la compréhension des Salafs le fait qu’ils abhorrent la compréhension des quatre Imâms dans les questions légiférées[1]. Ils incitent soit à leur suivisme (aveugle) et à leur compréhension des choses ou bien à celle des gens qui vinrent après les trois siècles appelés « les siècles des pieux prédécesseurs ».

  1. Il n’y a ni dans le Livre d’Allah ni dans la Sunnah prophétique une preuve qui signifie qu’il faille enrayer la raison dont Allah nous a fait don pour la remplacer par le suivi (aveugle) de la compréhension d’autrui du moment que cette personne aurait atteint le degré de compréhension et de l’Ijtihâd.

En effet, nous disons à ceux-là que les textes de la Sharî’ah s’adressent à nous tous directement, afin de comprendre les ordres d’Allah ainsi que Ses interdictions et ce, sans altération ni déformation les concernant.

Pour preuve, il y a la parole d’Allah dans de nombreux versets dans lesquels Il dit :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا

« Ô vous qui croyez ! (…) »

Cette parole est générale et englobe à la fois les Salafs (prédécesseurs) et les Khalafs (tardifs) et ce, jusqu’à la levée de l’Heure.

L’agitation dans cette question prend fin avec la parole d’Allah suivante :

وإِذَا جَاءهُمْ أَمْرٌ مِّنَ الأَمْنِ أَوِ الْخَوْفِ أَذَاعُواْ بِهِ وَلَوْ رَدُّوهُ إِلَى الرَّسُولِ وَإِلَى أُوْلِي الأَمْرِ مِنْهُمْ لَعَلِمَهُ الَّذِينَ يَسْتَنبِطُونَهُ مِنْهُمْ

« Quand leur parvient une nouvelle rassurante ou alarmante, ils la diffusent. S’ils la rapportaient au Messager et aux détenteurs du commandement (Âl al Amr) parmi eux, ceux d’entre eux qui cherchent à être éclairés (Âl al Istinbâṭ), auraient appris (la vérité de la bouche du Prophète et des détenteurs du commandement). »

Or, ce qui est clair dans ce verset c’est que la science (Al ‘Ilm) ou la compréhension des gens qui font le travail de déduction (Âl al Istinbâṭ) sont les Mujtahidûn de chaque temps et de chaque contrée et ceci n’est pas spécifique aux Salafs uniquement.

En effet, Allah n’a pas précisé que seuls les gens de l’Istinbâṭ parmi les Salafs connaissaient les statuts juridiques (Aḥkâm) et les comprenaient, à l’exception de tous les autres parmi les tardifs (Khalafs). Dans ceci il y a une preuve évidente démolissant l’argumentaire appelant à la compréhension des Salafs et le fait d’en faire un des arguments de la Sharî’ah (législation).

Ainsi, ce qui est correct de dire est :

« La compréhension des Mujtahidûn (savants), qu’ils fassent partie des Khalafs ou des Salafs, est prise en considération au niveau législatif (Shar’an) pour la personne du commun qui n’est pas qualifiée (dans l’Ijtihâd) afin de comprendre les Aḥkâm (statuts juridiques) du Coran et de la Sunnah. Et le Ijmâ’ (consensus) de ces Mujtahidûn à chaque époque, que ce soit à celle des Salafs ou des Khalafs, est celui qui est considéré comme argument législatif et preuve dans la Sharî’ah. Et ce qui est en dehors de cela n’est qu’ineptie. »

Certes Allah a dit dans son Livre honoré :

فَإِنْ تَنَازَعْتُمْ فِي شَيْءٍ فَرُدُّوهُ إِلَى اللَّهِ وَالرَّسُول

« Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allah et au Messager »

Et Allah n’a pas dit : « Renvoyez-le à la compréhension des Salafs ».

Ce qui appuie cela est ce qui est rapporté dans le « Ṣaḥîḥ al Bukhârî » (1/204) et d’autres, selon Abû Hurayrah qui a dit : « J’ai dit à ‘Alî (qu’Allah soit satisfait de lui) : As-tu un livre ? Il répondit : « Non, juste le Livre d’Allah ou la compréhension donnée à un homme musulman… ».

في صحيح البخاري (٢٠٤/١) وغيره عن أبي هريرة قال: « قلت لعلي (رضوان الله عليه) هل عنكم كتاب؟ قال: »لا إلا كتاب الله أو فهم أعطيه رجل مسلم. »

Je dis : « Il n’a pas lié le Livre avec les Salafs, pas plus qu’il n’a dit : « sauf la compréhension qu’ont les Salafs du Livre et de la Sunnah ». Mais il a plutôt cité « la compréhension donnée à un homme musulman » et ceci englobe les musulmans de chaque époque et de chaque contrée sans que cela ne soit spécifique aux Salafs.

Celui qui est qualifié pour la compréhension est alors concerné et il n’appartient à personne de l’obliger à suivre la compréhension des Salafs. Nous croyons que ceux qui affirment qu’il faille suivre obligatoirement la compréhension des Salafs sont contradictoires et embrouillés sur cette question.

Il est parvenu du Ḥadîth Ṣaḥîḥ :

مثل أمتي مثل المطر، لا يدرى أوله خير أم آخيره

« Ma communauté est telle une pluie, on ne sait pas si c’est son début qui est un bien ou sa fin. »[2]

Ceci, comme vous le constatez, est une déclaration affirmant qu’il y a chez les prédécesseurs, mais aussi chez les tardifs, un mérite.

Le Ḥâfiẓ Ibn al Jawzî a dit dans « Daf’ Shubah at Tashbîh » (p. 111) : « On questionna l’Imâm Aḥmad sur un sujet. Il en donna la Fatwâ. On lui dit alors : < Ce n’est pas ce qu’en dit Ibn al Mubârak >. Il dit : < Ibn al Mubârak n’est pas descendu du ciel >. »

قال الحافظ ابن الجوزي في دفع شبه التشبيه ص ١١١: وقد سئل الإمام أحمد عن مسألة فأفتى فيها فقيل له: هذا لا يقول به ابن المبارك. قال: ابن المبارك لم ينزل من السماء

Je dis : « C’est-à-dire que la compréhension des Salafs n’est pas un argument qui nous oblige à l’appliquer selon son avis. »[3]

Il n’y a pas de Madhhab qui se nomme Madhhab des Salafs.

Nous avons mentionné en largesse dans certains de nos livres que certaines personnes à cette époque prétendent que ce que leurs avis et positions correspondent au Madhhab des Salafs et ils dupent ainsi la masse et les simples d’esprit en propageant ce qu’ils veulent comme paroles et avis erronés ! Ils prétendent, et en particulier les anthropomorphistes et les assimilationnistes (Al Mujassimah wal Mushabbihah) parmi eux, que ce qu’ils disent est le Madhhab des Salafs et qu’ils soutiennent la compréhension des choses conforme au Madhhab des Salafs car c’est la référence légale (Shar’î) qu’il n’est pas permis de délaisser.

En réalité, ce sont eux qui ont délaissé la voie droite, juste et correcte, car ils ont délaissé le Livre et la Sunnah ainsi que leur compréhension par les Arabes, tout en s’accrochant à un mirage qu’ils inventèrent afin de duper, tromper et déformer. Le suivi des Salafs n’a aucune efficience en réalité, mais ceci est plutôt une illusion présente dans leur esprit par laquelle ils dupent les simples d’esprit en dehors d’eux-mêmes.

Voici l’Imâm Aḥmad qui dit, comme cela est susmentionné, qu’Ibn al Mubârak n’est pas tombé du ciel et ce, alors qu’Ibn al Mubârak est un Salaf par rapport à l’Imâm Aḥmad. Et voilà, en outre, l’Imâm Abû Ḥanîfah qui dit : « Ce qui vient du Messager d’Allah (paix sur lui) nous l’accueillons avec immense respect. Et ce qui vient des Ṣaḥâbah nous le sélectionnons. Tout ce qui est en dehors de cela est la compréhension des Hommes, et nous sommes des Hommes. »

الإمام أبو حنيفة يقولُ :  » مَا جَاءَ عَنْ رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَعَلَى الرَّأْسِ وَالْعَيْنِ ، وَمَا جَاءَ عَنِ الصَّحَابَةِ اخْتَرْنَا ، وَمَا كَانَ مِنْ غَيْرِ ذَلِكَ فَهُمْ رِجَالٌ وَنَحْنُ رِجَالٌ  » . (*) التفسير المفسرون للذهبي ج١ ص ١٢٨

A présent, nous donnerons des exemples [dans les prochaines publications] afin de montrer la divergence des Salafs dans les questions dogmatiques (‘Aqîdah) et des éléments cités dans les ouvrages de Tawḥîd qui indiquent clairement l’éclatement du « suivi des Salafs ».

Qu’Allah nous permette de comprendre.

Equipe Al Amânah

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[1] Ceci fait référence aux Salafistes.

[2] Rapporté par Aḥmad (3/130) et at Tirmidhî (5/102, n° 2869) qui a dit : « Il est Ḥasan Gharib de cette manière ». Le Ḥâfiẓ Sayyid Aḥmad al Ghumarî a dit dans « Fatḥ al Wahab » (2/335) : « Le Ḥâfiẓ a dit dans « Al Fatḥ » : Ce Ḥadîth est Ḥasan (bon) et il possède plusieurs voies qu’il l’élève au degré d’authentique. » Voir « Al Fatḥ » (6/7).

[3] Ce qui est étrange et étonnant c’est que nous trouvons ceux qui font feindre d’appeler au Madhhab des Salafs et à la compréhension des Salafs le fait qu’ils s’embrouillent et se contredisent beaucoup sur le sujet. Ce qui fait la base de leur Da’wah (appel) c’est « la compréhension du Livre et de la Sunnah avec la compréhension des pieux prédécesseurs » et certains d’entre ajoutent : « avec la méthode sur laquelle étaient les pieux prédécesseurs ». Puis l’on trouve un qui parmi les adeptes et élève d’Al Albânî qui se contredit cela. En effet, il écrit textuellement dans un de ses livrets intitulé « Al Inṣâf fi Aḥkâm al I’tikâf » – الإنصاف في أحكام الإعتكاف – (p.35, édité chez « Al Maktabah al Islamiyyah ‘Aman », Jordanie, première édition, année 1407) : « En plus de cela, nous ne sommes pas dévots par la compréhension d’un individu quel qu’il soit et ce, qu’il s’agisse d’Ibn Mas’ûd (le Ṣaḥâbî) ou d’un autre. Mais plutôt, nous sommes dévots par le texte du Messager d’Allah (paix sur lui) attesté de lui ! » Que c’est étonnant de dire cela sachant que cette en contradiction (avec leur idéologie) !

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