Formule d’eulogie envers les Ahl al Bayt ?

Est-il recommandé de dire «paix sur lui» ou «paix sur elle» après avoir mentionné un membre de la famille du Prophète (paix sur lui) ?

La formule d’eulogie recommandée lorsque l’on évoque un Messager ou Prophète d’Allah consiste à dire par exemple « paix (salut) sur lui » (عليه السلام). Mais cette même formule est-elle recommandée lorsque l’on évoque un proche descendant de la famille du Prophète Muḥammad, tel que ‘Alî Ibn Abî Ṭâlib, Fâṭimah, Ḥasan ou encore Ḥusayn ?

Il faut avoir en tête la considération particulière dont jouissent les premiers proches du Prophète (paix sur lui) et ce, eu égard aux différents textes démontrant cela. Ainsi, nous pouvons citer les références suivantes :

Allah a dit :

ذلِكَ الَّذِي يُبَشِّرُ اللَّهُ عِبَادَهُ الَّذِينَ آمَنُوا وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ قُل لَّا أَسْأَلُكُمْ عَلَيْهِ أَجْرًا إِلَّا الْمَوَدَّةَ فِي الْقُرْبَى وَمَن يَقْتَرِفْ حَسَنَةً نَّزِدْ لَهُ فِيهَا حُسْنًا إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ شَكُورٌ

Telle est la [bonne nouvelle] qu’Allah annonce à ceux de Ses serviteurs qui croient et accomplissent les bonnes œuvres ! Dis : « Je ne vous en demande aucun salaire si ce n’est d’aimer mes proches[1] ». Et quiconque accomplit une bonne action, Nous répondons par [une récompense] plus belle encore. Allah est certes Pardonneur et Reconnaissant.[2]

Il dit encore :

قَرْنَ فِي بُيُوتِكُنَّ وَلَا تَبَرَّجْنَ تَبَرُّجَ الْجَاهِلِيَّةِ الْأُولَى وَأَقِمْنَ الصَّلَاةَ وَآتِينَ الزَّكَاةَ وَأَطِعْنَ اللَّهَ وَرَسُولَهُ إِنَّمَا يُرِيدُ اللَّهُ لِيُذْهِبَ عَنكُمُ الرِّجْسَ أَهْلَ الْبَيْتِ وَيُطَهِّرَكُمْ تَطْهِيرًا

Restez dans vos foyers ; et ne vous exhibez pas à la manière des femmes avant l’Islam (Jâhiliyyah). Accomplissez la Ṣalât, acquittez la Zakât et obéissez à Allah et à Son messager. Allah ne veut que vous débarrasser de toute souillure, Ô Ahl al Bayt [du prophète], et vous purifier pleinement.[3]

Concernant les Ḥadîths, nous pouvons citer les quelques exemples suivants :

  1. Zayd Ibn Arqam rapporte que le Prophète a dit :

إنِّي تاركٌ فيكم ما إن تمسَّكتُم به لن تضلُّوا بعدي – أحدُهما أعظمُ من الآخَر كتاب الله، حبْلٌ ممدودٌ من السَّماء إلى الأرض، وعِترتي أهل بيتي، ولن يتفرَّقَا حتى يرِدَا عليَّ الحوضَ، فانظروا كيف تَخلُفوني فيهما

« Je vous laisse deux choses par lesquelles, si vous vous y agrippez, vous ne vous égarerez point après moi. L’une d’elles est encore plus importante que l’autre : le Livre d’Allah – qui est telle une corde étendue entre le ciel et la Terre -, et ma ‘Itrah (mes proches). Les deux ne se sépareront pas jusqu’à ce qu’ils s’abreuvent à mon bassin. A vous de voir comment vous vous comporterez envers eux après moi. »[4]

Dans la version de l’Imâm Muslim (4425), Zayd Ibn Arqam rapporta que le Prophète recommanda également vivement de s’accrocher au Livre d’Allah qui contient guidance et lumière, puis il recommanda par trois fois ses proches (Âl al Bayt).

Ḥusayn (qui n’est pas ici le petit-fils du Prophète) interrogea Zayd : « Mais qui sont ses proches (Âl al Bayt) ? » Zayd répondit : « Ses épouses sont de ses proches, mais ses proches sont plutôt ceux qui n’ont pas droit à la Zakât. » Ḥusayn dit alors : « Qui sont-ils ? » Il répondit : « C’est la famille de ‘Alî, la famille de ‘Âqîl, celle de Ja’far et celle de ‘Abbâs.[5] »

  1. De même, l’Imâm Aḥmad rapporte que le Prophète a dit (dans le célèbre Ḥadîth de Ghadîr Khumm) : « Allah n’est-il pas Awlâ (prioritaire) sur les croyants ?[6] » Ils répondirent : « Bien sûr ! » Il dit alors :

اللهمّ مَن كُنتُ مَولاهُ فَعَليٌّ مولاهُ. اللهمّ والِ مَن والاه و عادِ من عاداهُ.

« Seigneur, fais que ‘Alî soit partisan de qui je suis partisan (Mawlâ)[7]. Seigneur, sois le Partisan de celui qui le prend comme partisan, et sois l’ennemi de celui qui le prend pour ennemi ! »[8]

  1. Dans un autre Ḥadîth, Sa’d rapporte qu’il a entendu dire le Prophète le jour de Khaybar : « Je donnerai la bannière (de l’armée) à un homme qui aime Allah et Son Messager et qu’Allah et Son Messager aiment. » Puis il donna la bannière à ‘Alî.
  1. Dans un Ḥadîth rapporté par Al Bukhârî (3483) et Muslim (4483), le Prophète a dit :

فاطمة بضعة مني فمن أغضبها أغضبني.

« Fâṭimah est une partie de moi-même. Celui qui lui fait du mal me fait mal aussi. »

 

  1. De même, Al Bukhârî, Al Ḥâkim, Aḥmad, At Tirmidhî ou encore Ibn Mâjah rapportent que le Prophète a dit à propos de Ḥusayn :

حسين مني وأنا من حسين، أحبَّ الله من أحبَّ حسيناً، حسين سبط من الأسباط

« Ḥusayn est une partie de moi et je fais partie de Ḥusayn. Allah aimera quiconque aime Ḥusayn. Ḥusayn est un Sibṭ parmi les Asbâṭ.[9] »

  1. Encore, At Tirmidhî et Aḥmad rapportent que le Prophète (paix sur lui) a dit à Hudhayfah : « (…) ce que tu as vu est un ange qui n’est jamais descendu sur Terre auparavant. Il a demandé l’autorisation à Allah de venir me saluer et de m’apporter la bonne nouvelle que Fâṭimah est la meilleure (Sayyidah) des femmes du Paradis et que Ḥasan et Ḥusayn sont les meilleurs jeunes hommes du Paradis. »

Les Ḥadîths sont nombreux en la matière et tous témoignent de la considération particulière que l’on doit avoir vis-à-vis des Âl al Bayt (proches descendants du Prophète). Aussi, les Chiites utilisent systématiquement une formule d’eulogie les concernant, mais elle fut également utilisée par plusieurs savants sunnites.

En d’autres termes, lorsque ces savants citaient Fâṭimah par exemple, ils ajoutaient « paix sur elle » et lorsqu’ils citaient ‘Alî, Ḥasan et Ḥusayn, ils ajoutaient « paix sur lui ». Ce fut le cas notamment de :

  • L’Imâm Al Bukhârî dans son Ṣaḥîḥ (Ḥadîths 1947, 3435, 3465, 4103, 4566, ou encore 4942),
  • L’Imâm Abû Dâwud dans ses Sunan (Ḥadîths 2716 ou encore 4139)
  • L’Imâm Aḥmad Ibn Ḥanbal dans son Musnad (Ḥadîths 9182, 19 860 ou encore 19 420)
  • L’Imâm At Tirmidhî dans ses Sunan (Ḥadîth 891)
  • L’Imâm An Nasâ`î.

Enfin, si toutefois certains se posaient la question ou encore critiquaient cette manière de faire, nous rappelons l’évidence, à savoir qu’au moins cinq fois par jour dans la prière nous demandons à Allah qu’Il accorde la paix au Prophète Muḥammad mais également à sa famille, à l’instar de ce que nous demandons pour le Prophète Ibrâhîm…

Qu’Allah nous permette de comprendre.

Equipe Al Amânah

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[1] Cette traduction fait référence à l’un des commentaires rapportés par Ibn Kathîr dans son Tafsîr de ce verset, le rapportant d’Al Bukhârî. C’est aussi l’interprétation de ‘Alî Zayn al ‘Abidîn rapportée par Ibn Kathîr.

[2] Coran (Sourate Ash Shurâ 42/23)

[3] Coran (Sourate Al Aḥzâb 33/33). Même si les épouses du Prophète font partie des proches du Prophète dans ce verset, la spécification s’adresse bien plus à ‘Alî et Fâṭimah et leur descendance, aucune épouse du Prophète ni aucune autre de ses filles n’ayant laissé de descendance.

[4] Rapporté par At Tirmidhî ou encore Aḥmad d’après Abû Sa’îd al Khudrî. Dans la version d’Aḥmad, nous trouvons la précision que c’est Allah qui a informé le Prophète « qu’ils ne se sépareront pas jusqu’à ce qu’ils s’abreuvent » à son bassin.

[5] ‘Âqîl, Ja’far et ‘Abbâs sont les oncles musulmans du Prophète (paix sur lui).

[6] Ou « Allah n’a-t-il pas plus de droits sur les croyants qu’ils n’en ont sur eux-mêmes ? »

[7] Notons que le terme « Mawlâ » est polysémique et ambivalent. Il veut aussi bien dire « partisan » que « protégé », « protecteur », « tuteur », « représentant », « esclave » (affranchi ou non), « maître » ou encore « prince ». Cette polysémie explique notamment les différentes interprétations que l’on peut faire de ce texte. Ici, le sens de « partisan » a été privilégié étant donné qu’il s’oppose au terme « ‘Âdd » qui signifie « ennemi », « opposant » ou encore « agresseur ».

[8] Musnad (906).

[9] Ce terme signifie « petit-fils », ou encore « communauté de bien », dans le sens où une grande progéniture descendra de lui.

 

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