Participer à des fêtes non-musulmanes

Chaque année c’est la même histoire à l’approche des fêtes de fin d’année comme Noël et le Nouvel an. Tu entends les uns affirmer que c’est Ḥarâm d’y participer car ce sont des fêtes de « Kuffâr » et de païens, et d’autres qui affirment qu’il y a consensus des savants sur l’interdiction d’y participer. Toutefois, il n’est pas question dans cet article de rendre obligatoire telle ou telle fête ni même de permettre la participation aux rituels religieux engendrés pour certains par ces évènements, mais simplement de discuter du statut d’interdiction qui leur colle à la peau ainsi que des preuves le justifiant.

Affirmons de suite notre point de vue : rien dans les sources islamiques n’interdit à un musulman de participer ou de célébrer des fêtes non-musulmanes, notamment si celles-ci sont liées à sa culture et à son peuple, tant qu’il s’éloigne, évidemment, de ce qui est proscrit par le Coran, surtout au niveau cultuel. Cela est notre position jusqu’à ce que l’on démontre le contraire car la règle, généralement admise, est la permission jusqu’à preuve du contraire.

Pour mieux comprendre cette thématique, plusieurs points doivent être abordés :

1. PREMIEREMENT

Quel est l’argument issu du Coran permettant d’interdire la participation à des fêtes comme Noël, le nouvel an ou encore la célébration d’un anniversaire ?

A cette question, la réponse est « aucun » et cela devrait dès lors suffire à autoriser de participer aux fêtes de fin d’année en tant que moments festifs, conviviaux et familiaux.

2. DEUXIEMEMENT

Existe-t-il des Ḥadîths interdisant cela ?

En réalité, il n’en existe aucun non plus. Ceci dit, citons le Ḥadîth rapporté par Abu Dâwud et qui est souvent mal compris car mal traduit. Le Prophète (paix sur lui) aurait dit :

من تشبه بقوم فهو منهم
« Celui qui cherche à ressembler à un peuple fait partie de lui. »

Outre le degré d’authenticité discutable de ce Ḥadîth, la traduction est très souvent contestable. En effet, le terme utilisé dans le Ḥadîth est « تشبه » qui signifie « chercher à ressembler à », et non « شابه » qui signifie « ressembler à » ou « présenter une ressemblance avec ». Ainsi en quoi celui qui fête noël, le Nouvel an ou son anniversaire car cela relèverait de la tradition de son peuple chercherait-il à ressembler à d’autres peuples ? En quoi serait-ce son intention de façon absolue ? En quoi serait-il concerné alors qu’il ne fait que participer culturellement à ce qui relève de sa propre tradition ?

En outre, même à considérer la traduction parfois mise en avant, en quoi ce Ḥadîth exprime-t-il une quelconque interdiction ? Pour interdire quelque chose en s’appuyant sur un texte, encore faut-il que le texte en question formule une prohibition. Or, ce n’est absolument pas le cas ici.

Enfin, d’autres versions de ce Ḥadîth existent, sachant qu’il n’y a pas d’interdiction de principe en islam, comme cela fut rappelé, à ressembler à un peuple. A ce titre, le Prophète Muḥammad (paix sur lui) faisait bien partie du peuple arabe, il partageait les mêmes manières de vivre, les mêmes us et coutumes, ainsi que les mêmes traditions tant qu’il ne s’y trouvait pas de Shirk (associationnisme) en elles. Or, les Arabes n’étaient pas tous musulmans… Ainsi, il se vêtait comme un Arabe, mangeait ce que les Arabes mangeaient, utilisait les mêmes expressions langagières, etc. Pour autant, il ne cherchait pas à ressembler aux polythéistes/codéificateurs de son temps et s’en distinguait par l’essentiel : la foi, l’éthique et la pratique cultuelle.

3. TROISIEMEMENT

Mentionnons les Akhbar (informations) évoquant les évènements cultuels, culturels, non-musulmans et d’origine païenne, comme Al ‘Atîrah et Al Fara’ah, auxquelles participaient les Ṣaḥâbah (Compagnons) en dehors de leur dimension rituelle et du vivant même du Prophète (paix sur lui).

A cela, certains rétorquerons qu’Al Bukhârî rapporte que le Prophète aurait dit : « Il n’y a en islam ni ‘Atîrah ni Fara’ah. ».

Trois ouvrages peuvent ici nous aider à comprendre la divergence des théologiens concernant ces Ḥadîths :

  • Al Ḥâwî al Kabîr fî Fiqh al Madhhab al Imâm Ash Shâfi’î d’Abû al Ḥasan ‘Alî Ibn Muḥammad Ibn Ḥabîb al Mawardî,
  • Le Sharḥ du Ṣaḥîḥ Muslim de l’Imâm An Nawawî,
  • Et Tuḥfah al Uḥûdî d’Al Mubârakfurî.

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PREMIER OUVRAGE

Nous trouvons un résumé des diverses positions de l’Imâm Ash Shâfi’î sur la question. Voici ce qu’on y trouve :

: الجزء الخامس عشر التحليل الموضوعي
ص: 131 الْقَوْلُ فِي الْفَرَعَةِ وَالْعَتِيرَةِ

فَصْلٌ : فَأَمَّا الْفَرَعَةُ وَالْعَتِيرَةُ ، فَقَدْ رَوَى الشَّافِعِيُّ : الْفَرَعَةُ عِنْدَ الْعَرَبِ : أَوَّلُ مَا تُنْتَجُ النَّاقَةُ ، يَقُولُونَ : لَا تَمْلِكُهَا وَيَذْبَحُونَهَا رَجَاءً لِلْبَرَكَةِ فِي لَبَنِهَا وَنَسْلِهَا، وَالْعَتِيرَةُ : ذَبِيحَةٌ كَانَ أَهْلُ الْبَيْتِ مِنَ الْعَرَبِ يَذْبَحُونَهَا فِي رَجَبٍ، وَيُسَمُّونَهَا الْعَتِيرَةَ الرَّجَبِيَّةَ، وَقَدْ رُوِيَ فِيهَا حَدِيثَانِ مُخْتَلِفَانِ ، فَرَوَى الشَّافِعِيُّ ، عَنْ سُفْيَانَ، عَنِ الزُّهْرِيِّ، عَنْ سَعِيدِ بْنِ الْمُسَيَّبِ، عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ قَالَ : قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ : لَا فَرَعَةَ وَلَا عَتِيرَةَ وَهَذَا نَهْيٌ عَنْهُمَا.

وَرَوَى أَبُو قِلَابَةَ عَنْ أَبِي الْمَلِيحِ عَنْ نُبَيْشَةَ أَنَّ رَجُلًا سَأَلَ النَّبِيَّ – صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ – فَقَالَ : إِنَّا كُنَّا نَعْتِرُ عَتِيرَةً فِي الْجَاهِلِيَّةِ فِي رَجَبٍ ، فَمَا تَأْمُرُنَا ؟ فَقَالَ: اذْبَحُوا فِي أَيِّ شَهْرٍ كَانَ.
وَرُوِيَ أَنَّهُ قَالَ:  » وَأَطْعِمُوا  » قَالَ: إِنَّا كُنَّا نُفَرِّعُ فَرَعًا فِي الْجَاهِلِيَّةِ فَمَا تَأْمُرُنَا؟ قَالَ: مِنْ كُلِّ سَائِمَةٍ فَرَعٌ وَهَذَا أَمْرٌ بِهِمَا، وَلَيْسَ فِيهِمَا نَاسِخٌ وَلَا مَنْسُوخٌ، وَفِي اخْتِلَافِهِمَا تَأْوِيلَانِ:
أَحَدُهُمَا: أَنَّ حَدِيثَ أَبِي هُرَيْرَةَ فِي النَّهْيِ عَنْهُمَا مَحْمُولٌ عَلَى نَهْيِ الْإِيجَابِ، وَحَدِيثَ نُبَيْشَةَ فِي الْأَمْرِ بِهِمَا مَحْمُولٌ عَلَى الِاسْتِحْبَابِ.
وَالتَّأْوِيلُ الثَّانِي: أَنَّ النَّهْيَ عَنْهُمَا عَلَى مَا ذُبِحَ لِغَيْرِ اللَّهِ مِنَ الْأَصْنَامِ وَالْجِنِّ، وَالْأَمْرَ بِهِمَا مَحْمُولٌ عَلَى مَا ذُبِحَ لِوَجْهِ اللَّهِ. وَاللَّهُ أَعْلَمُ بِالصَّوَابِ.

En résumé, il est rapporté qu’Ash Shâfi’î a expliqué qu’Al Fara’ah (Far’) chez les Arabes correspondait au fait d’immoler le premier chamelon (ou une chamelle) afin d’obtenir la bénédiction dans le lait et la progéniture des (autres) chamelles. Quant à Al ‘Atîrah, elle correspondait également à une immolation se déroulant au cours du mois de Rajab.

Deux Ḥadîths, en apparence contradictoires, nous sont parvenus en lien avec ces deux évènements (rites) :

  • Dans le premier Ḥadîth susmentionné et rapporté par Abû Hurayrah, le Prophète aurait dit : « Il n’y a ni Fara’ah ni ‘Atîrah en islam. »
  • Dans le second rapporté par Nubayshah, le Prophète aurait répondu à un homme qui le questionnait à propos d’Al ‘Atîrah : « Immolez au cours de n’importe quel mois. » Dans une autre version : « Donner à manger (de la bête immolée) ».
  • Concernant Al Fara’ah, le Prophète aurait répondu : « Pour chaque troupeau (de bêtes), il y a une partie. » Or, ces réponses laissent clairement entendre qu’il n’y a pas d’interdiction à participer à ces évènements d’origine païenne.

Ceci étant dit, il n’y a pas en réalité de Nâsikh (abrogeant) et de Mansûkh (abrogé) dans ces deux Ḥadîths, mais il y a divergence quant à leur compréhension chez les Shâfi’ites notamment. Ainsi, deux interprétations se dégagent :

• Première interprétation : le Ḥadîth d’Abû Hurayrah correspond simplement à l’interdiction d’IMPOSER la pratique d’Al ‘Atîrah et d’Al Fara’ah. Il s’agit donc de ne pas rendre Wâjib (obligatoire) ces deux rites, mais simplement PERMIS. Quant au Ḥadîth de Nubayshah, il se rapporte à la recommandation, et non à l’obligation, de ces deux évènements.

• Deuxième interprétation : l’interdiction supposée dans ces deux évènements est relative à ce qui fut égorgée pour autre qu’Allah. Quant à l’ordre présumé d’y participer, il se comprend dans le sens où l’immolation est faite pour obtenir l’agrément d’Allah. Il s’agit donc ici de participer à un événement d‘origine non-musulmane dans ce qui ne contredit pas l’islam et d’en modifier certains aspects pour les rendre compatibles avec l’islam.

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DEUXIEME OUVRAGE

Dans le commentaire du Ṣaḥîḥ de l’Imâm Muslim, il est dit (en résumé) :

رَةِ . قَالَ الشَّافِعِيُّ – رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ – : الْفَرَعُ شَيْءٌ كَانَ أَهْلُ الْجَاهِلِيَّةِ يَطْلُبُونَ بِهِ الْبَرَكَةَ فِي أَمْوَالِهِمْ ، فَكَانَ أَحَدُهُمْ يَذْبَحُ بِكْرَ نَاقَتِهِ أَوْ شَاتِهِ ، فَلَا يَغْذُوهُ رَجَاءَ الْبَرَكَةِ فِيمَا يَأْتِي بَعْدَهُ، فَسَأَلُوا النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ عَنْهُ فَقَالَ :  » فَرِّعُوا إِنْ شِئْتُمْ ، أَيِ : اذْبَحُوا إِنْ شِئْتُمْ  » وَكَانُوا يَسْأَلُونَهُ عَمَّا كَانُوا يَصْنَعُونَهُ فِي الْجَاهِلِيَّةِ خَوْفًا أَنْ يُكْرَهَ فِي الْإِسْلَامِ ، فَأَعْلَمَهُمْ أَنَّهُ لَا كَرَاهَةَ عَلَيْهِمْ فِيهِ ، وَأَمَرَهُمُ اسْتِحْبَابًا أَنْ يُغْذُوَهُ ، ثُمَّ يُحْمَلَ عَلَيْهِ فِي سَبِيلِ اللَّهِ . قَالَ الشَّافِعِيُّ: وَقَوْلُهُ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: (الْفَرَعُ حَقٌّ) مَعْنَاهُ: لَيْسَ بِبَاطِلٍ، وَهُوَ كَلَامٌ عَرَبِيٌّ [ص: 119] خَرَجَ عَلَى جَوَابِ السَّائِلِ

La Fara’ah était un « rite » à travers lequel, en immolant un animal, les Arabes cherchaient la bénédiction dans leurs biens. Ainsi, comme les Arabes avaient l’habitude d’interroger le Prophète par rapport à ce qu’ils faisaient dans la Jâhiliyyah (période préislamique) afin de s’assurer qu’il n’y avait rien de détestable, il fut questionné à propos d’Al Fara’ah. Il répondit : « Faites la Fara’ah si vous le souhaitez. », c’est-à-dire « immolez si vous le désirez. »

Le Prophète leur fit donc comprendre qu’il n’y avait rien de réprouvable dedans, leur recommanda de le faire ainsi que de donner, cela leur étant compté comme faisant partie des actes fait « dans le sentier de Dieu ».

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TROISIEME OUVRAGE

Dans Tuḥfah al Uḥûdî d’Al Mubârakfurî, on apprend la chose suivante (en résumé) :

وَاسْتَنْبَطَ الشَّافِعِيُّ مِنْهُ الْجَوَازَ إِذَا كَانَ الذَّبْحُ لِلَّهِ جَمْعًا بَيْنَهُ وَبَيْنَ حَدِيثِ  » الْفَرَعُ حَقٌّ  » وَهُوَ حَدِيثٌ أَخْرَجَهُ أَبُو دَاوُدَ وَالنَّسَائِيُّ وَالْحَاكِمُ مِنْ رِوَايَةِ دَاوُدَ بْنِ قَيْسٍ عَنْ عَمْرِو بْنِ شُعَيْبٍ عَنْ أَبِيهِ عَنْ جَدِّهِ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ عُمَرَ ، وَكَذَا فِي رِوَايَةِ الْحَاكِمِ : سُئِلَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ عَنِ الْفَرَعِ قَالَ :  » الْفَرَعُ حَقٌّ وَإِنْ تَتْرُكَهُ حَتَّى يَكُونَ بِنْتَ مَخَاضٍ أَوِ ابْنَ لَبُونٍ ، فَتَحْمِلَ عَلَيْهِ فِي سَبِيلِ اللَّهِ ، أَوْ تُعْطِيَهُ أَرْمَلَةً ، خَيْرٌ مِنْ أَنْ تَذْبَحَهُ يُلْصَقُ لَحْمُهُ بِوَبَرٍ وَقَوْلُهُ نَاقَتَك  » . قَالَ الشَّافِعِيُّ فِيمَا نَقَلَهُ الْبَيْهَقِيُّ مِنْ طَرِيقِ الْمُزَنِيِّ عَنْهُ : الْفَرَعُ شَيْءٌ كَانَ أَهْلُ الْجَاهِلِيَّةِ يَذْبَحُونَهُ ، يَطْلُبُونَ بِهِ الْبَرَكَةَ فِي أَمْوَالِهِمْ ، فَكَانَ يَذْبَحُ أَحَدُهُمْ بَكْرَ نَاقَتِهِ ، أَوْ شَاتِهِ ، رَجَاءَ الْبَرَكَةِ فِيمَا يَأْتِي بَعْدَهُ ، فَسَأَلُوا النَّبِيَّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ عَنْ حُكْمِهَا : فَأعْلَمَ أَنَّهُ لَا كَرَاهَةَ عَلَيْهِمَا فِيهِ ، وَأَمَرَهُمِ اسْتِحْبَابًا أَنْ يَتْرُكُوهُ حَتَّى يَحْمِلَ عَلَيْهِ فِي سَبِيلِ اللَّهِ ، وَقَوْلُهُ : حَقٌّ أَيْ لَيْسَ بِبَاطِلٍ ، وَهُوَ كَلَامٌ خَرَجَ عَلَى جَوَابِ السَّائِلِ ، وَلَا مُخَالَفَةَ بَيْنَهُ وَبَيْنَ حَدِيثِ ( لَا فَرَعَ وَلَا عَتِيرَةَ ) ، فَإِنَّ [ ص: 85 ] مَعْنَاهُ لَا فَرَعَ وَاجِبٌ وَلَا عَتِيرَةَ وَاجِبَةٌ ، وَقَالَ غَيْرُهُ : مَعْنَى قَوْلِهِ : ( لَا فَرَعَ وَلَا عَتِيرَةَ ) أَيْ لَيْسَ فِي تَأَكُّدِ الِاسْتِحْبَابِ كَالْأُضْحِيَّةِ وَالْأَوَّلُ أَوْلَى.

Ash Shâfi’î a déduit qu’il était permis d’immoler lors de ces évnements à la condition que cela soit fait pour Allah (cela correspond à l’une des interprétations susmentionnées). De même, le Ḥadîth affirmant qu’il n’y a ni ‘Atîrah ni Fara’ah en islam n’entre pas en contradiction avec ceux incitant à y participer. En effet, le sens de ce Ḥadîth est qu’il n’y a pas d’obligation dans le fait de faire la ‘Atîrah ou la Fara’ah. C’est donc simplement le caractère obligatoire préalable qui fut abrogé, et non la permission d’y participer. D’autres ont dit qu’il s’agissait d’affirmer qu’elles n’avaient pas le statut de recommandé, contrairement à Al Uḍḥiyyah (en islam). Toutefois, la première interprétation est préférable.

4. QUATRIEMEMENT

un autre « Ḥadîth » souvent utilisé nous apprend que le Prophète (paix sur lui) aurait dit aux Ṣaḥâbah :

إنكم مُسْتَنْزَلون بين ظهراني عجم، فمن تشبه بهم في نيروزهم ومهرجانهم حُشِرَ معهم
« Vous irez bientôt dans les pays des non-arabes. Celui-ci qui cherche à leur ressembler dans leur Nayrûz et leur Mahrajân (des fêtes) sera ressuscité avec eux. »

Toutefois, nous n’avons pas trouvé de Sanad (chaîne de transmission) à ce « Ḥadîth ». De plus, le fait qu’il soit cité sans Sanad dans certaines Fatwâ, à l’instar de celle d’Aḥmad Ibn Yaḥyâ al Wansharîsî, ne lui donne aucun statut d’authenticité. En outre, on attribue à ‘Abdullah Ibn ‘Amr Ibn al ‘Âs un propos similaire, cette fois-ci avec un Sanad, mais il semble qu’il y ait des choses à dire à ce niveau. En effet, sa parole est rapportée par deux voies dont l’une comporte un certain « Al Walid » ou « Abû al Walid » dont on semble ignorer l’identité. De plus, la version d’après Al Mughîrah Ibn al Qawwâs est isolée car le seul qui rapporte de lui est ‘Awf al ‘Arabî. Ainsi, le Ḥadîth, selon cette version, peut devenir Munkar ou Shâdhdh, selon le degré de fiabilité du transmetteur.

En effet, Al Bayhaqî rapporte ce qui suit :

الاثر عن عبد الله بن عمرو بن العاص.
أخرجه البيهقي في الكبرى في كتاب الجزية باب كراهية الدخول على أهل الذمة في كنائسهم والتشبه بهم يوم نيروزهم ومهرجانهم.
أخبرنا أبو طاهر الفقيه أنبأ أبو بكر القطان ثنا أحمد بن يوسف ثنا محمد بن يوسف قال ذكر سفيان عن عوف عن الوليد أو أبي الوليد (9/ 234 ، رقم 18642 ) وأخبرنا أبو عبد الله الحافظ ثنا أبو العباس محمد بن يعقوب ثنا الحسن بن علي بن عفان ثنا أبو أسامة ثنا عوف عن أبي المغيرة (9/ 234 ، رقم 18643 ) (الوليد أو أبو الوليد و أبو المغيرة ) عن عبد الله بن عمرو قال : من بنى ببلاد الأعاجم وصنع نيروزهم ومهرجانهم وتشبه بهم حتى يموت وهو كذلك حشر معهم يوم القيامة قال الشيخ الإمام رحمه الله قال الشيخ أبو سليمان رحمه الله بنى هو الصواب.
وقال عقب الطريق الثانية  » وهكذا رواه يحيى بن سعيد وبن عدي وغندر وعبد الوهاب عن عوف عن أبي المغيرة عن عبد الله بن عمرو من قوله » ـ 9/ 234
وأبو المغيرة القواس تفرد بالرواية عنه عوف الاعرابي والوليد لم أتبين من هو.
هذا والله أعلم

Ajoutons encore que la participation à ces deux fêtes, Mahrajân et Nayrûz, pour des raisons diverses fut rapportée en ce qui concerne ‘Alî Ibn Abî Ṭâlib et approuvée par ‘Â`ishah à la condition de ne pas consommer de viande non licite.

5. CINQUIEMEMENT

Le Prophète aurait dit qu’il y a deux fêtes en islam, celle de la fin du jeûne du Ramadân et celle du « sacrifice ». Mais ce Ḥadîth n’indique nullement que la participation à d’autres fêtes ayant des origines diverses serait interdite, elles ne sont simplement pas instituées par l’islam (sachant que celles-ci ne sont pas instituées non plus par le Coran). En outre, au niveau des Uṣûl al Fiqh, l’indication d’un nombre particulier dans un Hadîth par exemple n’indique pas nécessairement qu’il n’y ait que ce nombre qui soit concerné. Aussi, le fait de dire qu’il y a deux fêtes en islam ne signifie nullement qu’il n’y en a uniquement deux. En effet, dans un autre Hadîth rapporté par Ibn Mâjah par exemple, on trouve que le Prophète aurait dit que le vendredi est également un jour de fête. Cela témoigne que la citation des deux fêtes dans le précédent Ḥadîth ne signifie pas qu’il n’y en ait deux seulement. Et les exemples en ce sens sont nombreux.

QUELQUES TENTATIVES DE REFUTATION HORS-SUJET

1. « Il est interdit de soutenir les ennemis de Dieu » : quel rapport avec le fait de participer à une fête populaire en famille et entre amis ?

En outre, Dieu explicite Sa Parole dans un autre verset dans lequel il explique que ceux qu’on ne peut pas prendre pour alliés sont uniquement de ceux qui combattent l’islam :

¤لَا يَنْهَاكُمُ اللَّهُ عَنِ الَّذِينَ لَمْ يُقَاتِلُوكُمْ فِي الدِّينِ وَلَمْ يُخْرِجُوكُم مِّن دِيَارِكُمْ أَن تَبَرُّوهُمْ وَتُقْسِطُوا إِلَيْهِمْ إِنَّ اللَّهَ يُحِبُّ الْمُقْسِطِينَ ¤
¤إِنَّمَا يَنْهَاكُمُ اللَّهُ عَنِ الَّذِينَ قَاتَلُوكُمْ فِي الدِّينِ وَأَخْرَجُوكُم مِّن دِيَارِكُمْ وَظَاهَرُوا عَلَى إِخْرَاجِكُمْ أَن تَوَلَّوْهُمْ وَمَن يَتَوَلَّهُمْ فَأُوْلَئِكَ هُمُ الظَّالِمُونَ ¤
« Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures (de prendre soin d’eux et bien se comporter avec eux). Car Allah aime les équitables. Allah vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes. »

2. « Il est interdit de pratiquer les cultes chrétiens » : une fête n’est pas un culte. Rien n’empêche une personne de participer à une fête sans sa dimension cultuelle si celle-ci est contraire à l’islam.

3. « Il existe des Fatwâ, notamment d’Ibn al Qayyim et d’Ibn Taymiyyah, interdisant de participer aux fêtes des non-musulmans » : (1) une fête populaire n’appartient pas qu’aux non-musulmans, (2) une fatwâ n’est pas une preuve en islam et (3) une fatwâ s’inscrit, par définition, dans un contexte précis et y est dépendante. Il faut donc avoir pleinement connaissance du contexte dans lequel elle fut prononcée avant d’en faire une généralité.

En outre, la position d’Ibn Taymiyyah et d’Ibn al Qayyim est liée à leur contexte. Le Shaykh Anas Ahmed Lala explique ainsi dans sur son site que « plutôt qu’une simple divergence de vues par rapport à l’avis de Ibn ul-Qayyim en la matière, al-Qardhâwî opte davantage pour le fait qu’il s’agirait d’une divergence d’avis liée à un changement de contexte. En effet, al-Qardhâwî explique son avis en disant que sur plusieurs points, la situation a changé par rapport à l’époque de Ibn Taymiyya et Ibn ul-Qayyim. Il cite notamment ce point-ci : aujourd’hui, pour une grande partie des occidentaux, Noël n’est plus vécu comme un phénomène religieux mais comme un phénomène traditionnel à l’occasion duquel ils se réunissent, se font des cadeaux et prennent ensemble un repas (fin de citation). Chacun connaît ainsi des gens qui sont agnostiques, voire même athées, et qui pourtant fêtent Noël assidûment. La célébration de Noël consiste pour eux à se réunir en famille, à prendre un repas et à se faire des cadeaux. »

Le Shaykh Lala explique d’ailleurs ce qui suit en citant le cas où il y a plusieurs avis sur une question à cause d’une divergence de circonstances et de contexte. Il donne cet exemple :

« …une fatwa indienne datant de la colonisation britannique de l’Inde déclarait que, pour un homme musulman, porter chemise et pantalons sont interdits ; une autre fatwa, plus récente, affirme que cela n’est pas interdit du moment que cela reste ample. On pourrait hâtivement conclure à la contradiction. Or il n’en est rien. Le principe est unique : une tenue vestimentaire est interdite si elle est le symbole d’un peuple non-musulman ; mais si elle n’est le symbole d’aucun peuple non-musulman particulier elle est autorisée (sous condition qu’elle ne contredise aucun autre principe islamique non plus). Quand l’Inde était colonisée, la chemise et le pantalon étaient les symboles des Anglais, des chrétiens, et le musulman indien devait donc s’abstenir de les porter. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, les porter est donc autorisé du moment qu’ils sont suffisamment amples pour ne pas révéler les formes du corps. »

Ainsi, concernant Noël par exemple, il convient de mettre en avant le fait qu’il s’agisse d’une fête populaire et elle n’est pas le symbole exclusif d’une religion, puisque des centaines de milliers d’athées, de déistes, d’agnostiques et de croyants divers la célèbrent de par le monde. Certes, les chrétiens y ajoutent un aspect religieux. Mais énormément de personne ne célèbre pas cette fête avec cette dimension, mais juste en tant qu’événement populaire et familial.

Avant, en Inde, la chemise et le pantalon était le SYMBOLE des Anglais et des Chrétiens. Aujourd’hui non, plus exclusivement. La Fatwâ a donc changé.

Avant, en Occident, Noël était le SYMBOLE des Chrétiens, après avoir été celui des païens. Aujourd’hui non, plus exclusivement. La Fatwâ doit donc changer.

LA FÊTE DE NOËL, SON ORIGINE ET SON EVOLUTION

Concernant la fête de Noël, certains affirment qu’il s’agit en réalité d’une fête chrétienne et qu’en conséquence un musulman n’a pas à y participer. Ces gens aiment, pour appuyer leur opinion, évoquer l’évolution historique de cette fête aux origines païennes. En effet, d’après les historiens, la fête de Noël est célébrée le 25 décembre, date à laquelle les Romains polythéistes célébraient le solstice d’hiver et la naissance du Soleil, considérée comme une première forme de monothéisme largement étendu sur les terres de l’Empire romain. Cette fête est précédée, depuis le pontificat de Grégoire le Grand (590-604), par le temps de l’Avent : du latin adventus signifiant la venue ou l’arrivée. C’est un temps de prière et de recueillement qui débute le quatrième dimanche avant la fête de Noël. Comme les chrétiens se préparent à la célébration de la Passion et de la résurrection du Christ, ils se préparent pendant environ un mois à la célébration de sa naissance fixée, plusieurs siècles après la mort de Jésus et de façon totalement imprécise, le 25 décembre.

Or, quand l’évolution historique d’une fête ne les arrange plus, ils la rejettent et n’en tiennent plus compte. Effectivement, comment ne pas se rendre compte qu’aujourd’hui, en Occident notamment et en France en particulier, Noël est devenu une fête populaire et laïque et qu’elle n’est plus célébrée pour ses origines païennes. Certes, certains chrétiens font place à une dimension cultuelle en ce jour, mais combien d’athées, d’agnostiques ou de personnes ayant d’autres opinions spirituelles la célèbrent simplement parce que pour eux elle n’évoque qu’une fête traditionnelle, un moment convivial dans lequel la famille est réunie et qui est l’occasion de s’offrir quelques cadeaux en passant un bon moment avec ses proches ?

Quel acte Ḥarâm (proscrit) ou relevant du Shirk (associationnisme) y a-t-il dans la célébration de Noël avec les conditions précédemment citées si, en plus, cela relève de la tradition de la personne ?

En quoi cela serait-il interdit en l’absence de preuve explicite provenant de la Révélation divine et sachant ce que nous avons dit plus haut ?

D’ailleurs, certains religieux chrétiens confirment cette évolution évidente. Ainsi André Gounelle (pasteur, théologien et professeur de théologie systémique) dit : « Je crois surtout que dans notre pays, pour la plupart des gens, Noël n’est pas une fête chrétienne, mais plutôt une fête civile, laïque, largement profane et à peine religieuse qu’on peut donc évoquer sans impérialisme chrétien ni discrimination envers les non chrétiens. Que les Églises et leurs fidèles célèbrent le vingt-cinq décembre la naissance de Jésus, personne ne le conteste. Mais, d’autres, pour qui Jésus ne représente rien, fêtent tout autant Noël. De plus, souvent, chez les chrétiens eux-mêmes la naissance du Christ ne tient pas la première place ce jour-là. »

LES MUSULMANS PEUVENT-ILS CÉLÉBRER L’ARRIVÉE AU MONDE DE JÉSUS ?

En quoi ne le pourraient-ils pas ? En effet, à l’instar du Mawlid an Nabî (dont la date de naissance est également soumise à divergence), je ne vois aucun problème à ce que les musulmans célèbrent, le 25 décembre, la naissance de Jésus, le Messie (Al Masîḥ), fils de Marie, Messager (Rasûl) et Verbe (Kalimah) de Dieu et un Esprit (Rûḥ) provenant de Lui et ce, même s’il est évident que la véritable date de sa naissance nous est inconnue.

CONCLUSION

En réalité, il en sera de même des anniversaires ou du nouvel an par exemple. Y participer ou les célébrer sera parfaitement possible dans les conditions précédemment citées et, à fortiori, quand il s’agit de l’anniversaire de la naissance du Prophète Muḥammad ou d’un autre Messager par exemple et ce, jusqu’à preuve explicite du contraire.

Wallahu ‘alam

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