«Ils osent revenir sur 15 siècles d’islam !»

Cette assertion est souvent prononcée quand un individu refuse que l’on puisse proposer une autre approche, une autre lecture et une autre vision des textes de l’islam car, selon lui, il est invraisemblable que « les savants » de l’islam se soit succédés dans une même approche globale de la religion sans que cela ne soit la preuve qu’il s’agit d’une approche juste et véridique.

Ainsi, dès lors que l’on propose une lecture nouvelle et un regard novateur ou, du moins, non conforme à celui de la « majorité » (présumée), cela est associé à l’orgueil, à la suffisance et à l’arrogance car, pour les opposants, c’est l’illustration de l’outrecuidance de s’en prendre aux travaux des savants de l’islam… ces savants qui, disent-ils, ont sacrifié, supporté, souffert et parfois été tués pour la cause d’Allah.

A cet emportement victime de l’émotion et de l’immédiateté de la réaction, il convient d’opposer le calme, la réflexion et le regard scientifique.

  1. Premièrement, s’il est vrai que des gens de science ont souffert dans le passé, non seulement cela est une vérité aujourd’hui encore mais, bien plus, cela n’a jamais été synonyme de détention de la vérité, car ce qu’Allah attend de nous c’est l’effort dans Sa voie, la patience et la sincérité dans la recherche et ce, avec l’objectif d’y trouver l’amour du Miséricordieux et la sérénité. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que nombreux sont ceux qui furent sacrifiés, emprisonnés, violentés voire torturés pour certaines de leurs positions considérées par la « majorité » de leur temps (ou même du nôtre parfois) comme des égarements ou des erreurs, et non comme étant des vérités. Citons par exemple An Nasâ’î, Ibn Taymiyyah, Ibn al Muqafa, Al Bukhârî ou même Al Ja’d Ibn Dirham qui fut considéré comme un Mubtadi’ (innovateur) et s’est fait égorgé à cause de cela. La mort de ce dernier prouve-t-elle qu’il détenait absolument la vérité ?

  1. Deuxièmement, respecter l’héritage de l’islam ce n’est pas suivre aveuglément ce qu’ont fait nos prédécesseurs, mais c’est estimer leurs travaux et les considérer comme des outils de réflexion afin qu’à notre tour, dans notre temps, avec notre éducation et notre regard, nous cherchions à nous rapprocher de l’islam des origines, de l’islam d’Allah et de Son Messager, tout en le contextualisant afin d’y trouver l’apaisement du cœur et s’éloigner des tumultes. Il ne s’agit pas de vérité, car celle-ci appartient à Allah, mais il s’agit d’être en accord avec soi-même par la recherche, l’analyse critique et la réflexion à laquelle Allah nous appelle dans nombre de versets. D’ailleurs, si les positions des prédécesseurs étaient une Sharî’ah (législation), Allah et Son Messager l’aurait clairement signifié. Or, ce n’est pas du tout le cas.

  1. Troisièmement, une telle attitude oublie ou ignore complètement que durant ces quinze siècles d’Islam, les savants n’ont pas toujours emprunté les mêmes voies dogmatiques, juridiques et analytiques. A vrai dire, ils ont même divergé en tout, sur tout, dans tous les domaines, sur des points fondamentaux comme sur une multitude de détails. De quel héritage savant parlons-nous au juste ? A quelle voie « unique » appelle-t-on ? Pire, cette attitude ignore le fait que la divergence, même en matière de croyance, est une Sunnah d’Allah :

وَلَوْ شَاء رَبُّكَ لَجَعَلَ النَّاسَ أُمَّةً وَاحِدَةً

« Et si ton Seigneur avait voulu, Il aurait fait des gens une seule communauté. »

Revenons donc à moins de débats passionnés et à plus de raison, car considérer l’héritage de l’islam comme un tout homogène, une voie stable et régulière que les musulmans suivraient depuis près de 1500 ans quasiment est de la folie intellectuelle et de l’ignorance historique. Le fossé qu’il y a entre l’islam des origines et l’islam passé par la main de l’Homme pendant près de 1500 ans, tout comme le fossé existant entre l’héritage présumé de certains Salafs et ce qu’il en est vraiment, constitue un vérité historique et « palpable ».

L’Islam n’est pas le suivi des savants parmi les Salafs, même si leurs travaux restent un outil de compréhension (non le seul moyen de comprendre), mais l’islam c’est le suivi du Coran et de la Sunnah avec l’ensemble des outils qu’Allah nous a donnés, notamment intellectuels. Les chiites, les sunnites, les mu’tazilites ou encore les kharijites ont toujours prétendu suivre la compréhension des Ṣaḥâbah (Compagnons, descendants du Prophète) et des savants parmi les Salafs. Or, comment une religion transmise par un canal unique, un Messager, peut-elle être victime d’autant de divergences et que dans le même temps tous ses courants prétendent suivre le groupe d’hommes et de femmes ayant en premier lieu écouté et appliqué les conseils prophétiques ? La seule explication à cela est que le message qui nous parvient aujourd’hui a été parasité au fil des mois, des années et des siècles.

Croire que l’islam se résume à la voie de certains savants avant nous, c’est cela le fanatisme. Ces derniers ont fait leur travail et leur devoir, en leur temps et dans leur contexte, et nous demandons à Allah qu’Il les récompense pour cela. Nous, musulmans auxquels Allah a également donné une raison, des outils de réflexion, faisons les nôtres en notre temps et dans notre contexte tout en demandant la récompense d’Allah pour cela.

Si Allah pousse le musulman à raisonner, à réfléchir, à critiquer, à ne pas suivre bêtement la majorité, personne n’est en droit de le lui interdire. Allah dit :

وإن تُطِعْ أَكْثَرَ مَن فِي الأَرْضِ يُضِلُّوكَ عَن سَبِيلِ اللّهِ إِن يَتَّبِعُونَ إِلاَّ الظَّنَّ وَإِنْ هُمْ إِلاَّ يَخْرُصُونَ

« Et si tu Obéis à la majorité de ceux qui sont sur la terre, ils t’égareront du sentier d’Allah : ils ne suivent que la conjecture et ne font que fabriquer des mensonges. »

Allah dit également :

اتَّخَذُواْ أَحْبَارَهُمْ وَرُهْبَانَهُمْ أَرْبَابًا مِّن دُونِ اللّهِ وَالْمَسِيحَ ابْنَ مَرْيَمَ وَمَا أُمِرُواْ إِلاَّ لِيَعْبُدُواْ إِلَهًا وَاحِدًا لاَّ إِلَهَ إِلاَّ هُوَ سُبْحَانَهُ عَمَّا يُشْرِكُونَ

« Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines, ainsi que le Christ fils de Marie, comme Seigneurs en dehors d’Allah, alors qu’on ne leur a commandé que d’adorer un Dieu unique. Pas de divinité à part Lui ! Gloire à Lui ! Il est au-dessus de ce qu’ils [Lui] associent. »

Ces versets, même s’ils ne signifient pas forcément que la voie de la majorité soit un égarement ou une erreur, reconnaissons au moins qu’il nous appelle à la prudence et à la remise en question, tout autant qu’au fait de ne pas considérer les avis des savants comme une fin, mais comme un moyen.

En effet, affirmer que sur tel ou tel sujet personne n’a divergé auparavant ne constitue pas un argument (irréfutable) en islam. D’une part, personne ne pourra prouver une telle affirmation et, d’autre part, le fait que les gens (dans leur majorité) aient pu rester des siècles durant dans la même vision globale de l’islam s’explique par divers phénomènes (politique, traditionnel, culturel, etc.) qu’il convient d’aborder absolument.

Cette introduction sommaire trouvant sa fin, il conviendra désormais de répondre à la question suivante : Comment expliquer que la (majorité) des musulmans suivent, globalement, la même approche de l’islam depuis des siècles ?

Qu’Allah nous permette de comprendre.

Equipe Al Amânah

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