L’imposition des quatre Ecoles de droit par le pouvoir politique il y a près de 800 ans !

Comment le pouvoir politique a imposé les quatre Ecoles de droits sunnites (Ḥanafite, Mâlikite, Shâfi’ite et Ḥanbalite) dans le monde musulman et éliminé les autres voies ?

– بقي العمل بالمذاهب المتعدّدة عند أهل السنة، الأربعة وغيرها، إلى أن جعل الخلفاء المدارس وقصروا التدريس في هذه المذاهب، كما إن مناصب القضاء حُصرت أيضاً في القضاة الذين يقضون بفتاوى الأئمة الأربعة، وإستمر الحال على ذلك إلى أن أمر السلطان الظاهر بيبرس الذي كان له النفوذ والسلطان على مصر والشام وغيرهما من بلاد الإسلام بجعل قضاة أربعة في مصر: لكل مذهب قاض خاص، وكان ذلك في سنة 663هـ، ثم جعل بعد ذلك بعام في بلاد الشام قضاة أربعة أيضاً، وعلى ذلك إستمر الحال، فانحصرت المذاهب عند أهل السنة في هذه الأربعة منذ ذلك الوقت إلى زماننا الحاضر

– قال : المقريزي: فلما كانت سلطنة الظاهر بيبرس البندقداري ولَّى بمصر أربعة قضاة، وهم شافعي ومالكي وحنفي وحنبلي، فإستمر ذلك من سنة 665هـ، حتى لم يبق في مجموع أمصار الإسلام مذهب يُعرف من مذاهب الإسلام سوى هذه المذاهب الأربعة، وعملت لأهلها مدارس والخوانك والزوايا والربط في سائر ممالك الإسلام، وعُودي مَن تمذهب بغيرها، وأُنكر عليه، ولم يولَّ قاضٍ ولا قُبِلت شهادة أحد، ولا قُدِّم للخطابة والإمامة من لم يكن مقلِّداً لأحد هذه المذاهب، وأفتى فقهاء الأمصار في طول هذه المدة بوجوب إتباع هذه المذاهب وتحريم ما عداها  – 4

– قال إبن كثير في البداية والنهاية: ثم دخلت سنة أربع وستين وستمائة، استهلَّت والخليفة: الحاكم العباسي، والسلطان: الملك الظاهر، وقضاة مصر أربعة، فيها جعل بدمشق أربعة قضاة من كل مذهب قاض كما فعل بمصر عام أول… وقد كان هذا الصنيع الذي لم يسبق إلى مثله : قد فعل في العام الأول بمصر كما تقدم، واستقرت الأحوال على هذا المنوال ـ 5

وذكر ذلك أيضاً: الذهبي في كتابه (العبر) في حوادث سنة 663هـ. وأبن العماد الحنبلي في شذرات الذهب، وتغري بردي في النجوم الزاهرة وغيرهم ـ 6

– وقال : السيد سابق: وبالتقليد والتعصب للمذاهب فقدت الأمة الهداية بالكتاب والسنة، وحدث القول بانسداد باب الاجتهاد، وصارت الشريعة هي أقوال الفقهاء، وأقوال الفقهاء هي الشريعة، وإعتبر كل من يخرج ، عن أقوال الفقهاء مبتدعاً لا يوثق بأقواله، ولا يُعتد بفتاواه

وكان مما ساعد على إنتشار هذه الروح الرجعية ما قام به الحكام والأغنياء من إنشاء المدارس، وقصر التدريس فيها على مذهب أو   مذاهب معينة، فكان ذلك من أسباب الإقبال على تلك المذاهب، والأنصراف ، عن الاجتهاد، محافظة على الأرزاق التي رُتّبت لهم

سأل أبو زرعة شيخه البلقيني قائلاًً: ما تقصير الشيخ تقي الدين السبكي ، عن الاجتهاد وقد إستكمل آلته؟ فسكت البلقيني. فقال أبو زرعة: فما عندي أن الامتناع ، عن ذلك إلاّ للوظائف التي قُدّرت للفقهاء على المذاهب الأربعة، وإن خرج ، عن ذلك لم ينله شيء، وحُرم أولاية القضاء، وإمتنع الناس ، عن إفتائه، ونُسبَتْ إليه البدعة. فابتسم البلقيني ووافقه على ذلك ـ 7

4- المواعظ والاعتبار (خطط المقريزي) ج 3 ص 390

5- البداية والنهاية ج 13 ص 260

6- العبر في خبر من غبر ج 3 ص 307. شذرات الذهب ج 5 ص 312. النجوم الزاهرة ج 7 ص 121

7- فقه السنة ج 1 ص 10

La coexistence de plusieurs écoles juridiques chez les Sunnites, à savoir les quatre écoles connues et les autres (écoles), a perduré jusqu’à ce que les gouverneurs mettent en place les Madrasah (écoles) et qu’ils restreignent l’enseignement à ces seuls quatre Madhâ`ib (tendances juridiques, à savoir l’Ecole Hanafite, Mâlikite, Shâfi’îte et Hanbalite). De même, les postes de juges dans l’application des peines furent également réservés à ceux qui ne jugèrent que par les Fatwas des quatre Imâms[1].

La situation resta ainsi jusqu’à ce que le sultan Az Ẓâhir Baybars, qui gouvernait l’Égypte, le Shâm[2] et d’autres territoires parmi les régions musulmanes sous l’époque des Mamelouks, ordonne l’année 663 H. de mettre en place quatre juges (suprêmes) en Égypte : un juge particulier pour chaque Madhhab (tendance juridique). Puis il fit de même l’année suivante au Shâm. La situation demeura ainsi et les tendances juridiques se restreignirent chez les Sunnites aux quatre écoles connues et ce, jusqu’à notre époque actuelle.

Al Maqrîzî a dit : « Lorsqu’est survenue la gouvernance d’Az Ẓâhir Baybars al Bunduqdarî, il mit en place en Égypte quatre juges (appartenant aux quatre obédiences suivantes) : Shâfi’ite, Mâlikite, Ḥanafite et Ḥanbalite. Cela demeura tel quel, depuis l’année 665 H. et ce, jusqu’à qu’il ne reste pas un seul Madhhab connu dans les contrés d’islam, excepté les quatre tendances. On construisit alors pour leurs partisans des Madrasah, des Khawânik, des Zawîyah (édifice religieux), des Ribat (petites forteresses qui étaient également des lieux d’apprentissage) dans tous les royaumes d’islam. On déclara l’inimité à tous ceux qui choisissaient un autre Madhhab en dehors d’eux, et on refusait cela. Aucun Qâḍî (juge) ne prenait poste, aucun témoignage n’était accepté et personne n’effectuait le prêche et l’Imâmah s’il n’était pas Muqallid (suiveur) de l’un de ces (quatre) Madhâ`ib (tendances juridiques). Les Fuqahâ (juristes) de toutes les villes donnaient la Fatwâ durant toute cette période quant à l’obligation de suivre ces (quatre) tendances juridiques et l’interdiction de suivre les autres en dehors d’elles. »[3]

Ibn Kathîr a dit dans Al Bidâyah wan Nihâyah : « Puis vint l’année 664 et le calife (à cette époque était) Al Ḥâkim al ‘Abasî, le sultan était Al Mâlik Az Ẓâhir et les juges (suprêmes) d’Égypte furent quatre. Il plaça à Damas quatre juges, un pour chaque Madhhab (Ecolen tendance juridique), à l’instar de ce qu’il fit en Égypte la première année… cette décision, qui n’avait jamais connu de précédent, fut prise la première année en Égypte, puis la situation se figea sur ce modèle. »[4]

Adh Dhahabî mentionna également cela dans son livre Al I’bar concernant les évènements de l’année 663 H. tout comme Ibn al ‘Imad al Ḥanbalî dans Shadharat ad Dhahab, Ibn Taghribirdî dans An Nujum az Zahirah et d’autres.[5]

As Sayyid Sâbiq a dit : « A cause du Taqlîd (suivisme) et du Ta’asub (suivi aveugle) des Madhâ`ib (Ecoles, tendances juridiques), la Ummah a perdu la guidée par le Livre et la Sunnah. Puis on inventa la parole de la fermeture de la porte de l’Ijtihâd[6]. La Sharî’ah (législation) se résuma aux avis des Fuqahâ (juristes) et les paroles des Fuqahâ devinrent la Sharî’ah. On considéra chaque personne sortant des avis des Fuqahâ comme un innovateur dont il fallait se méfier et qu’il fallait déconsidérer dans ses avis (Fatwâs).

Parmi ce qui a aidé à la diffusion de cet esprit rétrograde, il y a ce qu’ont fait les gouverneurs et les fortunés au niveau de la fondation des Madrasah (écoles). En leur sein, l’enseignement fut limité à un Madhhab ou à quelques tendances particulières. Ceci fait partie des causes qui mirent en exergue ces Madhâ`ib et poussèrent au renoncement de l’Ijtihâd (effort intellectuel de déduction des dispositions normatives) et ce, (car les juristes) désiraient garder les moyens de subsistance qu’on leur attribuait en guise de rémunération.

Ainsi, Abû Zur’ah questionna son Shaykh Al Bulqinî en disant : « Qu’est-ce qui explique ce manquement du Shaykh Taqî ad Dîn as Subkî au niveau de l’Ijtihâd alors qu’il a complété toutes ses conditions ? Al Bulqinî se tut. Abu Zur’ah poursuivit : « Pour ma part, je ne vois rien d’autre, si ce n’est qu’il se soit privé de cela car les postes étaient attribués aux Fuqahâ  (juristes) qui étaient sur les quatre Madhhab. Or, celui qui en sortait n’obtenait rien, on lui interdisait la fonction de juge, on empêchait les gens de prendre sa Fatwâ (avis) et on l’accusait de Bid’ah (innovation). » Al Bulqinî sourit alors et fut d’accord avec lui sur ce point. »[7]

Qu’Allah nous permette de comprendre.

Equipe La voie du Hanîf

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Traduction du travail du Shaykh ‘Alî ‘Alî Muhsin

[1] Abû Ḥanîfah, Mâlik Ibn Anas, Ash Shâfi’î et Aḥmad Ibn Ḥanbal.

[2] C’est-à-dire, en résumé, la « Grande Syrie ».

[3] Al Mawâ`iẓ wal I’tibâr (Khuṭaṭ  al Maqrîzî) (3/390)

[4] Al Bidâyah wan Nihâyah (13/260)

[5] Al ‘Ibar fî Khabr man Ghabar (3/307), Shadharat ad Dhahab (5/312) et An Nujum az Zâhirah (7/121)

[6] Effort intellectuel de déduction des statuts juridiques en islam.

[7] Fiqh as Sunnah (1/10)

 

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