«L’islam c’est les quatre Ecoles !»

La pensée juridique islamique ne se limite pas à quatre Ecoles de droit…

C’est au cours du premier siècle de l’Hégire que les écoles juridiques islamiques sont nées donnant naissance à une période que l’on pourrait qualifier de « réflexion et d’épanouissement intellectuelle ». Aujourd’hui, la plupart des musulmans ne connaissent que les 4 écoles de droit connues et répandues : les écoles Ḥanafite, Mâlikite, Shâfi’ite et Ḥanbalite. Mais il faut avoir conscience que cette situation, caractéristique de la décadence et de la régression intellectuelle et dont les causes seront étudiées ultérieurement, ne fut pas toujours ainsi.

En effet, il fut un temps où la recherche islamique et la remise en question dans ce domaine était de rigueur. Aussi, bien loin des quatre seules écoles de droit (sunnites) auxquelles on a voulu, et on veut encore, absolument soumettre les musulmans, d’autres tendances et courants de pensée juridiques existaient (existent encore) et les écoles de droit se comptaient par dizaines.
Certes, nous connaissons les écoles suivantes :

  • Celle de l’Imâm Abû Ḥanîfah (Hanafite),
  • Celle de l’Imâm Mâlik Ibn Anas (Mâlikite),
  • Celle de l’Imâm Ash Shâfi’î (Shâfi’ite),
  • Et celle de l’Imâm Aḥmad Ibn Ḥanbal (Ḥanbalite).

Mais au cours des trois premiers siècles, nous pouvons citer :

  • L’école Ẓâhirite. Elle fut fondée par l’Imâm Dâwud Ibn ‘Alî al Asbahânî au IIIe siècle de l’Hégire et est connue via l’Imâm Ibn Ḥazm (mort en 456 H.) notamment.
  • L’école Zaydite. Elle fut fondée par un descendant du Prophète (paix sur lui), l’Imâm Zayd Ibn ‘Alî, qui naquit la même année que l’Imâm Abû Ḥanîfah (80) et mourut en 122 H. dans une bataille contre l’armée du calife umayyade, Hishâm Ibn ‘Abd al Mâlik.
  • L’école Ja’farite. Elle fut fondée par un autre descendant du Prophète (paix sur lui), l’Imâm Ja’far as Ṣâdiq, qui naquit également la même année que l’Imâm Abû Ḥanîfah (80) et mourut en 148 H. Il était l’oncle de Zayd Ibn ‘Alî, mais avait le même âge que lui.
  • L’école de l’Imâm Al Awzâ’î (mort en 157 H.).
  • L’école de l’Imâm Sufyân ath Thawrî (mort en 161 H.).
  • L’école de l’Imâm Al Layth Ibn Sa’d (mort en 175 H.).
  • L’école de l’Imâm Isḥâq Ibn Râhawayh (mort en 218 H.).
  • L’école de l’Imâm Abû Thawr (mort en 240 H.).
  • L’école de l’Imâm Abû Ja’far At Ṭabarî (mort en 310 H.).
  • Les écoles Kharijites, dont l’école Ibadite fondée par ‘Abdullah Ibn Ibâd (mort en 80 H.).

Plus tard, on peut mentionner quelques tentatives de renouvellement et de revivification :

  • La tendance de l’Imâm Taqî ad Dîn Aḥmad Ibn Taymiyyah (mort en 728 H.) et d’Ibn al Qayyim.
  • La tendance de l’Imâm Shâh Waliyullah Dahlawî (mort en 1176 H.).
  • La tendance de l’Imâm Ash Shawkânî (mort en 1250 H.).
  • La tendance de l’Imâm Abâdî Shams al Ḥaqq (mort en 1310 H.).
  • La tendance wahhabite avec Muḥammad Ibn ‘Abd al Wahhâb au XVIIIe siècle.
  • La tendance de la « Nahḍah » (renouveau) et du « salafisme libéral » au XIXe siècle avec Jamal ad Dîn al Afghânî (mort en 1314 H), Rashid Riḍâ (mort en 1353 H) et Muḥammad Iqbâl (mort en 1356 H.).
  • La tendance des « Frères Musulmans » en Egypte au début du XXe siècle avec Ḥasan al Banna.
  • La tendance de l’« Association des Ulémas algériens » en 1931 avec Ibn Badis.
  • La tendance de « Jama’at al Islami » en Inde et au Pakistan en 1941 avec Mawlânâ Mawdûdî.
  • La (ou les) tendance(s) coraniste(s).
  • La tendance réformatrice actuelle avec ‘Adnân Ibrâhîm, Ḥasan Saqqâf ou encore Ḥasan Ibn Farḥân al Mâlikî.

Ainsi, bien loin du sectarisme, ces nombreux exemples doivent nous faire réfléchir à la richesse de l’islam et à la souplesse de la Sharî’ah, sachant que les fondements sur lesquels reposent ces écoles ou tendances ont été mis en place, en grande partie, par les Hommes. La voie juste et bonne n’est pas l’apanage d’un groupe, d’un courant ou d’une vision. Chacun la recherche et ce, depuis des siècles, à travers l’Ijtihâd qui n’apparaît pas comme une possibilité, mais comme un devoir, une richesse et une solution afin de lutter contre les carcans idéologiques, le fanatisme et le dogmatisme.[1]

Qu’Allah nous permette de comprendre.

Equipe Al Amânah

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[1] Cet article s’appuie sur différentes recherches, notamment dans l’ouvrage « Al A`immah as Sittah (Les six grands imâms) » de Mostafa Brahami.

 

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