Sunnah VS Coran (4/4)

Par le Docteur Musfîr Ibn Ghurmillah ad Dumînî (traduction avec légers remaniements pour la syntaxe)

Il nous est possible de connaître les méthodes et critères qui ont été utilisés par les Ṣaḥâbah dans l’examen critique des textes de la Sunnah, par déduction des questions et jugements qu’ils utilisèrent au niveau (des textes de Sunnah). En effet, ils étaient plus connaisseurs de la Sunnah du Messager d’Allah (paix sur lui) que nous, et également (plus connaisseurs) de la voie qui leur permettait de distinguer le vrai du faux dans ce que l’on attribuait au Prophète.

Et je crois que si nous connaissions leurs critères, il nous deviendrait aisé de marcher sur leur pas. Leur méthodologie serait alors telle une lanterne par laquelle nous nous guiderions afin de distinguer les Ḥadîths authentiques (Ṣaḥîḥ) des faibles, et de ce qui est plus à même d’être suivi ou non.

Commençons par mentionner le premier critère par lequel certains d’entre les Ṣaḥâbah appelèrent à statuer concernant ce qu’on leur rapportait du Messager d’Allah (paix sur lui), à savoir le Coran. Il est la parole d’Allah dont Le faux ne l’atteint [d’aucune part], ni par devant ni par derrière[1], qui fut mémorisé par tous, et ils le transmirent jusqu’à nous de manière Mutawâtir (notoire). Ils établirent un consensus sur lui (ou se mirent d’accord à son sujet) et ne divergèrent point dans l’acceptation de ses jugements et de sa législation. Il était la source vers laquelle les Ṣaḥâbah revenaient lors des divergences.

Il apparaît clairement après étude que le noble Coran était chez eux le premier critère. Ils n’acceptèrent aucun des Ḥadîths qui le contredisaient, mais ils jugeaient plutôt leurs narrateurs comme étant confus (l’ayant imaginé) ou s’étant trompés. Alors ils refusaient de les prendre en considération et de les appliquer à cause de leur contradiction avec le texte coranique.

Et ceci apparait clairement après l’étude des questions à travers lesquelles ils confrontèrent le Ḥadîth au Livre comme critère suffisant pour le rejeter – ce qui est différent du fait de rejeter le Messager d’Allah – ceci parce que la contradiction du Ḥadîth avec le Coran signifie chez eux qu’il ne s’agit pas de la parole du Prophète (paix sur lui). En effet, le Coran et la véritable Sunnah proviennent tous deux d’Allah et il n’est pas possible qu’ils divergent ou qu’ils se contredisent. Il se peut que le transmetteur se soit trompé, qu’il ait oublié, qu’il n’ait pas tous transmis de ce qu’il a entendu ou qu’il ait mal compris des termes (ou le sens de la parole) prophétiques.

D’autres critères d’authentification seront mis en lumière lorsque nous exposerons les exemples et les paroles des Ṣaḥâbah.

NOTE Al Amânah : Suivrons par la suite plusieurs exemples de Ḥadîths donnés par le Docteur, authentifiés par les Muḥaddithûn (savants du Ḥadîth), mais rejetés par des Ṣaḥâbah. Le premier sera donné dans la journée Inshâ Allah.

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[1] cf : Coran (Fuṣilat 41/42)

I. LES DROITS DE LA FEMME DIVORCÉE DÉFINITIVEMENT (Mabtûtah)

روى مسلم في صحيحه عَنْ أَبِي إِسْحَقَ قَالَ كُنْتُ مَعَ الْأَسْوَدِ بْنِ يَزِيدَ جَالِسًا فِي الْمَسْجِدِ الْأَعْظَمِ وَمَعَنَا الشَّعْبِيُّ فَحَدَّثَ الشَّعْبِيُّ بِحَدِيثِ فَاطِمَةَ بِنْتِ قَيْسٍ أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ لَمْ يَجْعَلْ لَهَا سُكْنَى وَلَا نَفَقَةً ثُمَّ أَخَذَ الْأَسْوَدُ كَفًّا مِنْ حَصًى فَحَصَبَهُ بِهِ فَقَالَ وَيْلَكَ تُحَدِّثُ بِمِثْلِ هَذَا قَالَ عُمَرُ لَا نَتْرُكُ كِتَابَ اللَّهِ وَسُنَّةَ نَبِيِّنَا صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ لِقَوْلِ امْرَأَةٍ لَا نَدْرِي لَعَلَّهَا حَفِظَتْ أَوْ نَسِيَتْ لَهَا السُّكْنَى وَالنَّفَقَةُ قَالَ اللَّهُ عَزَّ وَجَلَّ {…لَا تُخْرِجُوهُنَّ مِنْ بُيُوتِهِنَّ وَلَا يَخْرُجْنَ إِلَّا أَنْ يَأْتِينَ بِفَاحِشَةٍ مُبَيِّنَةٍ …}[الطلاق :١

Muslim rapporte dans son Ṣaḥîḥ qu’Abû Isḥâq a dit : « J’étais assis dans la grande mosquée avec Al Aswad Ibn Yazîd et Ash Sha’bî était avec nous. Ash Sha’bî rapporta le Ḥadîth de Fâṭimah Bint Qays dans lequel le Messager d’Allah (paix sur lui) ne lui avait donné le droit ni à la pension alimentaire ni au domicile conjugal (car elle avait été divorcée définitivement sans possibilité de retour puisqu’elle avait été répudiée à trois reprises).

Al Aswad prit une poignée de cailloux et les jeta sur lui et dit : « Malheur à toi ! Tu rapportes de telle chose ?! » ‘Umar a dit : « Nous ne délaisserons pas le Livre d’Allah et la Sunnah de notre Prophète (paix sur lui) pour la parole d’une femme à propos de laquelle nous ne savons pas si elle se rappelle ou si elle a oublié ? Elle aura le domicile et la pension. Allah le Très majestueux dit : {… Ne les faites pas sortir de leurs maisons, et qu’elles n’en sortent pas, à moins qu’elles n’aient commis une turpitude prouvée…} »[1]

قال ابن حجر : « و لعل عمر أراد بسنة النبي -ص- ما دلت عليه أحكامه من اتباع كتاب الله، لا أنه أراد سنة مخصوصة

Ibn Ḥajar dit : « Il se peut que ‘Umar voulu dire par les termes « Sunnah de notre Prophète » celles dont les jugements indiquent qu’elles suivent le Livre d’Allah, et non une Sunnah particulière. »[2]

Ce qu’a rapporté ici Fâṭimah Bint Qays semble contradictoire avec le Coran au niveau du verset précédemment cité, ainsi que la parole d’Allah suivante :

 أَسْكِنُوهُنَّ مِنْ حَيْثُ سَكَنْتُمْ مِنْ وُجْدِكُمْ

« Et faites que ces femmes habitent où vous habitez, et suivant vos moyens. »[3]

En effet, ces versets confirment pour la femme divorcée le droit au domicile. ‘Umar Ibn al Khaṭṭâb a donc considéré ce qu’a rapporté Fâṭimah comme contradictoire avec le texte coranique et le rejeta.

Toutefois, il n’est pas ici question de faire prévaloir une parole sur une autre, dans la mesure où ce qui nous concerne c’est seulement la confirmation du fait que ‘Umar considérait (la confrontation de la Sunnah au Coran comme) une règle et un critère exhaustif sur lequel il est possible de s’appuyer. C’est la plus explicite et la plus claire de nos preuves quant à l’utilisation par les Ṣaḥâbah de ce critère et de l’intérêt qui lui portaient.

REMARQUES d’Al Amânah :

  • Tout le monde constatera que Fâṭimah Bint Qays n’a pas rapporté une opinion personnelle, mais qu’elle a rapporté une parole qu’elle attribuait au Prophète.
  • Dans la science du Ḥadîth « classique », on peut donc considérer le Sanad (chaîne de transmission) de ce Ḥadîth comme Ṣaḥîḥ (authentique), puisque Fâṭimah fait partie des transmetteurs acceptés. Toutefois, malgré l’authenticité apparente de la chaîne de transmission, ‘Umar rejeta ce Ḥadîth car il avait de forts doutes quant à la véracité de ces propos émanant pourtant d’une femme pieuse, fiable et reconnue dans le domaine du Fiqh. En d’autres termes, pour ‘Umar, cette parole contredisait le Coran.
  • Qu’en est-il alors de nous qui avons tant de générations nous séparant du Messager d’Allah et ce, même si l’on s’en tient à celles qui séparent Al Bukhârî, Muslim et d’autres du Prophète ?
  • Nous constatons que ‘Umar évoque également le fait que cette parole contredisait la « Sunnah ». Or, ce que rapporte Fâṭimah peut également être considéré comme une Sunnah. Aussi, outre la parole d’Ibn Hajar qui donne quelques éclaircissements, nous reviendrons sur ce Ḥadîth lorsque nous aborderons un autre critère d’authentification de la Sunnah prophétique d’après les Ṣaḥâbah.

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[1] Coran (At Ṭalâq 65/1)

[2] Ṣaḥîḥ Muslim – Le livre des prières mortuaires (Al Janâ’iz) – chapitre “le mort est châtié à cause des pleures de sa famille sur lui” (2/642).

[3] Coran (At Ṭalâq 65/6)

II. LE MORT EST-IL CHÂTIÉ DANS SA TOMBE À CAUSE DES PLEURS DE SA FAMILLE ?

Le Ḥadîth complet à suivre est rapporté notamment par Al Bukhârî[1].

عن ابن عمر (الحديث … و فيه) فقال عمر رضي الله عنه: يا صهيب أتبكي عليَّ وقد قال رسول الله صلى الله عليه وسلم: « إن الميت يُعَذَّب ببعض بكاء أهله عليه

قال ابن عباس  :  فلما مات عمر ذكرت ذلك لعائشة فقالت: « يرحم الله عمر،لا والله ما حدَّث رسول الله صلى الله عليه وسلم أن الله يعذب المؤمن ببكاء أحد، ولكن قال رسول الله صلى الله عليه وسلم : « إن الله يزيد الكافر عذاباً ببكاء أهله عليه. » حسبكم القرآن وَلَا تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَى [فاطر: 18

 Selon Ibn ‘Umar, alors que ‘Umar (approchait la mort) il dit à un homme : « Ô Ṣuhayb, pleures-tu sur moi alors que le Messager d’Allah (pais sur lui) a dit : « Certes le mort subit des châtiments à cause de certains pleurs de ses proches. »

Ibn ‘Abbâs a dit : « Lorsque ‘Umar mourut, j’ai mentionné (sa parole) à ‘Â`ishah qui dit : « Qu’Allah fasse miséricorde à ‘Umar. Non. Par Allah, le Prophète (paix sur lui) n’a pas dit qu’Allah châtierait le croyant à cause des pleures d’untel. Mais le Messager d’Allah (paix sur lui) a dit : Certes, Allah augmente le châtiment du mécréant à causes des pleurs de ses proches. Il vous suffit de lire le Coran : {Or, personne ne portera le fardeau d’autrui… }[2].»[3]

Ibn Abî Mulaykah a dit : « Par Allah, Ibn ‘Umar ne dit plus rien »[4]

فقالت عائشة : » يغفر الله لأبي عبد الرحمن، أما إنه لم يكذب، ولكنه نسي أو أخطأ، إِنَّمَا مَرَّ رَسُولُ اللَّهِ -صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ- عَلَى يَهُودِيَّةٍ يبكِى عَلَيْهَا فَقَالَ: إِنَّهُمْ لَيَبْكُونَ عَلَيْهَا وَإِنَّهَا لَتُعَذَّبُ فِي قَبْرِهَا ».

Dans une autre version, ‘Â`ishah a dit : « Qu’Allah pardonne à Abû ‘Abd ar Raḥmân (Ibn ‘Umar). Il n’a pas menti, mais il a oublié ou s’est trompé. Le Messager d’Allah passa près d’une juive sur laquelle on pleurait. Il dit : « Ils pleurent sur elle, alors que, certes, elle se fait châtier dans sa tombe. »[5]

Dans le Ḥadîth d’Ibn ‘Umar susmentionné, il y a ce qui contredit le sens apparent du Coran et également la Sunnah prophétique. De plus, d’autres Ḥadîths affirment que le Prophète a pleuré sur un groupe de morts, ce qui prouve qu’il est permis de le faire. En effet, il est impossible que le Prophète fasse une chose qui soit une cause de souffrance (ou de châtiment) et qu’il l’approuve.[6]

Et la parole de ‘Â`ishah ici : « …il vous suffit de lire le Coran… » ne signifie pas qu’elle se contente uniquement du Coran au dépend de la Sunnah, cela est impossible[6]. Mais elle veut dire que le Coran suffit comme preuve pour démontrer l’erreur du transmetteur (Râwî) dans ce Ḥadîth avec la formule (qu’il rapporte). Le narrateur ne l’a pas rapportée de manière complète, mais il a plutôt transmis une partie du Ḥadîth qui tombait donc en contradiction avec le Livre d’Allah.

Cela a poussé la mère des croyants à lui répondre par l’énonciation du texte complet prononcé par le Messager (paix sur lui), tout en précisant que le Ḥadîth (non complet) contredisait le Coran. Or, ce qui contredit le Livre d’Allah est plus à même d’être délaissé par les croyants afin qu’ils sachent que ce n’est pas la parole du Prophète.

La prise comme argument par ‘Â`ishah de l’erreur dans le Ḥadîth à cause de sa contradiction avec le Coran est un autre argument concernant l’utilisation par les Ṣaḥâbah de ce critère afin d’authentifier les propos prophétiques.

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[1] Récit complet :

حَدَّثَنَا عَبْدَانُ حَدَّثَنَا عَبْدُ اللَّهِ أَخْبَرَنَا ابْنُ جُرَيْجٍ قَالَ أَخْبَرَنِي عَبْدُ اللَّهِ بْنُ عُبَيْدِ اللَّهِ بْنِ أَبِي مُلَيْكَةَ قَالَ تُوُفِّيَتْ ابْنَةٌ لِعُثْمَانَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ بِمَكَّةَ وَجِئْنَا لِنَشْهَدَهَا وَحَضَرَهَا ابْنُ عُمَرَ وَابْنُ عَبَّاسٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمْ وَإِنِّي لَجَالِسٌ بَيْنَهُمَا أَوْ قَالَ جَلَسْتُ إِلَى أَحَدِهِمَا ثُمَّ جَاءَ الْآخَرُ فَجَلَسَ إِلَى جَنْبِي فَقَالَ عَبْدُ اللَّهِ بْنُ عُمَرَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا لِعَمْرِو بْنِ [ ص: 433 ] عُثْمَانَ أَلَا تَنْهَى عَنْ الْبُكَاءِ فَإِنَّ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ قَالَ إِنَّ الْمَيِّتَ لَيُعَذَّبُ بِبُكَاءِ أَهْلِهِ عَلَيْهِ فَقَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا قَدْ كَانَ عُمَرُ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ يَقُولُ بَعْضَ ذَلِكَ ثُمَّ حَدَّثَ قَالَ صَدَرْتُ مَعَ عُمَرَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ مِنْ مَكَّةَ حَتَّى إِذَا كُنَّا بِالْبَيْدَاءِ إِذَا هُوَ بِرَكْبٍ تَحْتَ ظِلِّ سَمُرَةٍ فَقَالَ اذْهَبْ فَانْظُرْ مَنْ هَؤُلَاءِ الرَّكْبُ قَالَ فَنَظَرْتُ فَإِذَا صُهَيْبٌ فَأَخْبَرْتُهُ فَقَالَ ادْعُهُ لِي فَرَجَعْتُ إِلَى صُهَيْبٍ فَقُلْتُ ارْتَحِلْ فَالْحَقْ أَمِيرَ الْمُؤْمِنِينَ فَلَمَّا أُصِيبَ عُمَرُ دَخَلَ صُهَيْبٌ يَبْكِي يَقُولُ وَا أَخَاهُ وَا صَاحِبَاهُ فَقَالَ عُمَرُ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ يَا صُهَيْبُ أَتَبْكِي عَلَيَّ وَقَدْ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ إِنَّ الْمَيِّتَ يُعَذَّبُ بِبَعْضِ بُكَاءِ أَهْلِهِ عَلَيْهِ قَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا فَلَمَّا مَاتَ عُمَرُ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ ذَكَرْتُ ذَلِكَ لِعَائِشَةَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهَا فَقَالَتْ رَحِمَ اللَّهُ عُمَرَ وَاللَّهِ مَا حَدَّثَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ إِنَّ اللَّهَ لَيُعَذِّبُ الْمُؤْمِنَ بِبُكَاءِ أَهْلِهِ عَلَيْهِ وَلَكِنَّ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ قَالَ إِنَّ اللَّهَ لَيَزِيدُ الْكَافِرَ عَذَابًا بِبُكَاءِ أَهْلِهِ عَلَيْهِ وَقَالَتْ حَسْبُكُمْ الْقُرْآنُ وَلَا تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَى قَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا عِنْدَ ذَلِكَ وَاللَّهُ هُوَ أَضْحَكَ وَأَبْكَى قَالَ ابْنُ أَبِي مُلَيْكَةَ وَاللَّهِ مَا قَالَ ابْنُ عُمَرَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُمَا شَيْئًا

[2] Coran (Fâṭir  35/18)

[3] NOTE Al Amânah : On pourrait parfaitement concevoir que la parole de ‘Â`ishah susmentionnée soit également rejetée car elle contredirait le verset qu’elle cite pourtant. En effet, si personne ne porte le fardeau d’autrui, comment donc un non-croyant se verrait augmenter son châtiment à cause des pleurs de ses proches ?

[4] Al Mustadrak d’Al Ḥâkim- Livre des Aḥkâm jugement (4/100).

[5] La référence précédente (2/643). Notons que tout ceci n’est probablement que plusieurs versions d’un même Hadîth. Aussi, on peut légitimement penser que cette parole fut prononcée à propos d’une femme juive, puis elle fut généralisée par un transmetteur à tous les non-musulmans et par un autre transmetteur à tous les êtres humains. Ceci doit nous faire réfléchir…

[6] Al Ijâbah d’Az Zarkashî (p. 103)

[6] Ceci est en effet impossible pour elle qui fut contemporaine du Messager d’Allah, qui connaissait le véritable rôle de la Sunnah et qui était certaine de ce qu’elle avait entendu du Prophète ou non. .

III. LE STATUT DE L’ENFANT ISSU DE L’ADULTÈRE ?

بلغ عائشة أن أبا هريرة يقول : إن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال : « ولد الزنى شر الثلاثة. » فقالت : رحم الله أبا هريرة، أساء سمعاً فأساء إجابة… لم يكن الحديث على هذا، إنما كان رجل من المنافقين يؤذي رسول الله صلى الله عليه وسلم فقال: « من يعذرني من فلان ؟ » قيل : « يا رسول الله، إنه مع ما به ولد زنى، فقال: « هو شر الثلاثة » و الله تعالى يقول :{.. وَلَا تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَى.. } (الأنعام : ١٦٤) و في رواية :  » ليس عليه  من وزر أبويه شيء، وَلَا تَزِرُ وَازِرَةٌ وِزْرَ أُخْرَى. »

Il est parvenu à ‘Â`ishah qu’Abû Hurayrah a dit : « Certes le Messager d’Allah a dit : L’enfant issu de l’adultère est le troisième mal. » Elle dit : « Qu’Allah fasse miséricorde à Abû Hurayrah. Il a mal entendu et a donc mal répondu. Le Ḥadîth n’était pas cela. Il y avait un homme parmi les hypocrites qui causait du tort au Messager d’Allah (paix sur lui). Il dit : « Qui peut se charger d’untel pour moi et me reconnaître le droit de lui répondre ? » On a dit : « Ô Messager d’Allah, il est dans les tous les cas un fils d’adultère. Il dit : « Il est le troisième mal[1]. » Et Allah a dit : {Personne ne portera le fardeau (responsabilité) d’autrui.}[2]

Dans une autre version, elle dit : « Il ne portera nullement le fardeau de ses parents, personne ne portera le fardeau (responsabilité) d’autrui. »[3]

NOTE Al Amânah : Ici, on pourra s’interroger sur la version que rapporte ‘Â’ishah et ce, en vertu du Ḥadîth qu’elle cite elle-même. En effet, si elle refuse la narration d’Abu Hurayrah généralisant le fait que tout enfant adultérin soit un « mal » sous prétexte que personne ne portera le fardeau d’autrui (l’enfant ne portera pas le péché de ses parents), alors comment le Prophète (paix sur lui) aurait-il pu qualifier une seule personne de « mal » pour cette raison ? Cela semble contradictoire avec le Coran et pourrait donc être rejeté pour cette raison, tout comme ‘Â’ishah rejeta les propos rapportés par Abû Hurayrah car elle considérait qu’ils étaient contradictoire avec le Coran…

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Lorsque ce Ḥadîth parvint à Ibn ‘Abbâs, qu’Allah l’agrée, il (le rejeta) en disant : « S’il était (vraiment) le troisième mal, on n’aurait pas retardé la peine de sa mère par lapidation[4] jusqu’à ce qu’elle accouche. »

(L’auteur explique alors que) la prise comme argument de cela par Ibn ‘Abbâs est excellente[5]. Si l’enfant adultérin est le troisième mal ou bien (dans un autre Ḥadîth) «qu’il n’entre pas au Paradis (…)»[6], il n’y aurait pas eu de retardement dans l’application (de la peine) en faveur de la mère jusqu’à ce qu’elle enfante.

En effet, il aurait plutôt été prioritaire qu’elle soit lapidée alors qu’il était encore dans son ventre, car ne faisant pas partie des gens du Paradis. Ainsi, si l’enfant (issu de l’adultère était un mal) il aurait été préférable pour lui qu’il soit dans le ventre (de sa mère) durant la lapidation, car peut-être serait-il entré avec ses parents (au Paradis) selon l’avis qui considère la peine légale (Ḥadd)[7] comme expiatrice de péché[8].

Toutefois, l’argumentation de ‘A’ishah par le verset susmentionné faisant suite à l’erreur du transmetteur quant à la narration et la transmission du Ḥadîth signifie que l’on n’accepte pas la transmission qui contredit le Livre d’Allah. Ainsi, comme le Ḥadîth transmis par Abû Hurayrah ne le fut pas de manière complète, il tomba en contradiction avec le Coran. Or, il n’est pas permis d’accepter ce qui est opposé au Coran.

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[1] Dans le sens où le premier mal est le père adultère, le second la mère adultère et le troisième est leur enfant.

[2] Coran (An An’âm 6/164)

[3] « Al Ijâbah », p. 119

[4] Il conviendra de revenir ultérieurement sur la peine de la lapidation (Rajm) et sa légitimité…

[5] Evidemment, cela n’engage que l’auteur du livre. De notre côté, nous pensons plutôt que cet argument est faible, peu judicieux et témoigne d’un certain manque de prise de hauteur.

[6] Al Mawdu’at d’Ibn al Jawzî (3/111)

[7] Il est étonnant que le terme « Ḥadd » (peine légale) soit employé concernant le Rajm (lapidation), alors même qu’aucun verset coranique ne mentionne cette peine. Nous y reviendrons plus tard.

[8] Nous vous laissons méditer sur cela sur le bien-fondé et la pertinence des propos du docteur, mais également de ceux attribués à Ibn ‘Abbâs…

IV. LE PROPHÈTE A-T-IL VU ALLAH ?

Selon ‘Ikrimah, Ibn ‘Abbâs a dit : « Muḥammad a vu son Seigneur. »[1]

Selon ‘Atâ`, Ibn ‘Abbâs a dit : « Il l’a vu deux fois. »[2]

Or, on rapporte que ‘Â`ishah a dit : « Celui qui prétend que Muḥammad a vu son Seigneur s’est fourvoyé. Mais, certes, il a vu Jibrîl dans sa forme réelle (angélique) et son envergure emplissait tout l’horizon. »

Dans une autre version, Masrûq a dit : « J’ai dit à ‘Â`ishah : Ô mère, Muḥammad a-t-il vu son Seigneur ? Elle dit : Mes cheveux se sont dressés à cause de ce que tu as dit ! Celui qui prétend que Muḥammad a vu son seigneur a, certes, menti. » Puis elle lut (le verset suivant) : {Les regards ne peuvent L’atteindre, cependant qu’Il saisit tous les regards. Et Il est le Doux, le Parfaitement Connaisseur.}[3] « Mais il a plutôt vu Jibrîl (paix sur lui) dans sa forme réelle par deux fois. »»[4]

Et dans une autre version, elle dit : « Celui qui prétend que Muḥammad a vu son Seigneur a s’est grandement fourvoyé concernant Allah. »  J’ai dit : « Ô mère des croyants, sois patiente avec moi et ne me presse pas. Allah le majestueux n’a-t-il pas dit : {Il l’a effectivement vu, au clair horizon}[5] et {Il l’a pourtant vu, lors d’une autre descente,}»[6]

Elle répondit : « Je suis la première de cette communauté à avoir posé cette question au Messager d’Allah » (Le Prophète) a dit : « C’est plutôt Jibril. Je ne l’avais jamais vu sous sa forme réelle dans laquelle il fut créé, sauf à ces deux occasions. Je l’ai vu descendre du ciel, emplissant de sa grande envergure l’espace entre les cieux et la terre. » 

Elle dit encore : « N’as-tu pas entendu qu’Allah le majestueux dit : {Les regards ne peuvent l’atteindre, cependant qu’Il saisit tous les regards. Et Il est le Doux, le Parfaitement Connaisseur.} ? Et n’as-tu pas entendu (également) qu’Allah le majestueux dit : {Il n’a pas été donné à un mortel qu’Allah lui parle autrement que par révélation ou de derrière un voile, ou qu’Il [Lui] envoie un messager (ange) qui révèle, par Sa permission, ce qu’Il [Allah] veut. Il est Sublime et Sage.[7]}»[8]

C’est ainsi que ‘Â`ishah a réfuté ce qu’on lui rapporta et qui affirmait que le Prophète (paix sur lui) avait vu son Seigneur et ce, avec le texte coranique et plus d’un verset. Ceci confirme ce que nous avons mentionné auparavant, à savoir qu’elle considère la contradiction avec le Coran comme un argument pour rejeter la validité d’un Ḥadîth (que l’on attribue au Prophète) et ce, que ce soit pour cause d’erreur du transmetteur (Rawî), de confusion ou de non transmission du texte de façon incomplète avec tous ses détails.

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[1] Sunan d’At Tirmidhî, Kitâb at Tafsîr (5/395)

[2] Al Ijâbah, p.95

[3] Coran (Al An’âm 5/103)

[4] Ṣaḥîḥ d’Al Bukhârî, Kitâb at Tafsîr (6/175)

[5] Coran (At Takwir 81/23)

[6] Coran (An Najm 53/13)

[7] Coran (Ash Shura 42/51)

[8] Al Ijâbah p. 96

V. LE PROPHÈTE A-T-IL DIT QUE LE MALHEUR SE TROUVAIT DANS LA FEMME ?

« (…) Deux hommes entrèrent chez ‘Â`ishah et dirent : « Certes, Abû Hurayrah rapporte que le Prophète (paix sur lui) a dit : « Le mauvais présage (malheur) se trouve dans la femme, la monture et la demeure. »

Le rapporteur, Abû al Ḥasan al A’raj, a dit : « C’est comme si elle s’était découpée en plusieurs morceaux tellement fut grande sa colère. » ‘Â`ishah dit : « Par Celui qui a fait descendre le Coran sur Abû al Qâsim, ce n’est pas comme cela qu’il parlait, mais le Prophète (paix sur lui) rapportait que les gens de la période préislamique (Jâhiliyyah) disaient : « Le mauvais augure (malheur) se trouve dans la femme, la monture et la demeure. » Puis ‘Â`ishah lu le verset suivant : {Nul malheur n’atteint la terre ni vos personnes qui ne soit enregistré dans un Livre avant que Nous ne l’ayons créé} »[1].[2]

Ceci constitue une autre critique de la part de ‘Â`ishah, qu’Allah l’agrée. La transmission de ce Ḥadîth prononcé de la façon susmentionnée constitue ce qui a engendré la contradiction avec le noble Coran. C’est ce qui la poussa à se mettre en colère et à rectifier le Ḥadîth afin de montrer que ce n’est pas une parole prophétique, mais une parole que le Prophète aurait prononcée en rapportant ce que disaient les gens de la Jâhiliyyah.

En somme, elle prit l’argument coranique pour signifier que tel ne pouvait pas être la parole du Messager d’Allah car elle contredisait le Coran : { Nul malheur n’atteint la terre ni… }. Ceci est sa méthode dans la critique du Ḥadîth et sa vérification.

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[1] Coran (Al Ḥadîd 57/22)

[2] Tafsîr d’Al Qurṭubî (7/118)

VI. LA DOT (Mahr) DE LA FEMME DONT LE MARI EST MORT AVANT LA CONSOMMATION DU MARIAGE

‘Alî Ibn Abî Ṭâlib était d’avis que celui qui mourrait avant d’avoir consommé l’union avec sa femme et avant qu’il ne lui ait spécifié une dot (Mahr), alors elle n’avait pas droit à cette dernière. Lorsque ‘Alî prit connaissance du Ḥadîth de Ma’qil Ibn Sinan al Asha’î dans lequel on rapporte que le Prophète (paix sur lui) aurait statué pour Barwa’ Bint Washiq qu’elle avait droit au Mahr al Mithl (dot d’équivalence)[1], à l’héritage et qu’elle devait observer la période de viduité, il dit : « Nous n’accepterons pas la parole d’un bédouin qui urine (pisse) entre ses jambes, dans ce qui contredit le Livre d’Allah et la Sunnah de son prophète. »[2]

Dans cette situation, «’Alî Ibn Abî Ṭâlib réfuta ce que rapporta Ma’qil Ibn Sinan car il considérait que sa transmission contredisait le Coran et la Sunnah de son Prophète. Il se peut qu’il ait fait référence au verset suivant : {… Puis, de même que vous jouissez d’elles, donnez-leur leur Mahr comme une chose due…}[3]

Parmi les Ḥadîths qui exigent le Mahr (dot) après qu’il y ait eu jouissance de la femme, il y a le suivant : « Les conditions les plus dignes d’être respectées par vous sont celles qui vous ont permis les rapports (sexuel) ».[4]

Or, ‘Alî appui son refus de prendre ce Ḥadîth en disant : « Nous n’acceptons pas la parole d’un bédouin qui urine entre ses jambes dans ce qui contredit le Livre d’Allah et la Sunnah de son Prophète ».

Je ne sais pas ce qu’il aurait dit si ce Ḥadîth avait été rapporté par un autre Ṣaḥâbî que Ma’qil : l’aurait-il accepté ou l’aurait-il rejeté ?[5] Mais (dans tous les cas) ses propos-ci confirment ce que nous avons mentionné auparavant concernant le critère d’acceptation du Ḥadîth chez les Ṣaḥâbah en le confrontant au texte coranique. Cela est la méthode qu’ils utilisèrent à plusieurs reprises et ce, que le transmetteur (Rawî) soit un bédouin ou un des Ṣaḥâbah ayant vécu une longue période avec le Messager d’Allah (paix sur lui).

Qu’Allah nous permette de comprendre.

Equipe Al Amânah

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[1] C’est-à-dire que la femme aurait le droit à la dot (Mahr) que reçoive traditionnellement les femmes de sa condition sociale.

[2] Nayl al Awtar, Kitâb as Ṣadaq (7/359)

[3] Coran (An Nisâ 4/24)

[4] Sunan Abû Dâwud, Kitâb an Nikâḥ (2/244)

[5] La question de l’auteur est surprenante, d’autant qu’il ne s’interroge pas de cette façon lorsqu’il s’agit des rejets de ‘Umar ou de ‘Â`ishah. En outre, ceci peut s’apparenter, sans faire de procès d’intention, à une forme de remise en question de la crédibilité de ‘Alî. En effet, si on part du principe qu’il rejette le Ḥadîth car il contredit le Coran, peu importe qui le rapporte, sa réaction aurait été la même… A moins que l’auteur ne soupçonne ‘Alî d’avoir davantage rejeté le Ḥadîth en tenant compte de l’origine de son rapporteur, ce qui serait grave et insultant.

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