Introduction à la science classique du Hadîth

Dans les sciences islamiques, le Ḥadîth désigne les propos, les actes et les approbations attribués au Prophète Muḥammad. De manière générale, les Ḥadîths relèvent de la catégorie des Aḥâd (Ḥadîths singuliers) ou de celle des Mutawâtir (Ḥadîths notoire)[1]. Or, dans la science des Uṣûl al Fiqh (fondements du droit), seul le Ḥadîth véritablement Mutawâtir[2] indique la science certaine (‘Ilm Ḍarûrî) et l’exactitude de son contenu ou énoncé (Matn) étant donné que son authenticité est considérée comme indiscutable (Qaṭ’î ath Thubût).

En effet, le Ḥadîth Aḥâd se définit comme étant rapporté à l’origine par un nombre restreint de personnes (une, deux voire trois par exemple), alors que le Mutawâtir se définit comme étant rapporté à l’origine et à chaque génération par un nombre si important de personnes (ajoutons même de diverses régions et milieux) que la raison exclut toute possibilité qu’elles se soient coalisées pour mentir et inventer le Ḥadîth en question[3].

Or, la très grande majorité des Ḥadîths du patrimoine islamique[4] relève de la première catégorie (si ce n’est tous), c’est-à-dire celle des Ḥadîths Aḥâd (singuliers ou isolés) qui sont considérés (par la grande majorité des spécialistes de la tendance des Muḥaddithûn) comme n’indiquant nullement la science certaine quant à son authenticité et son contenu, mais plutôt la connaissance conjecturale et déductive. Les raisons de cela sont multiples : la multiplicité des variantes pour un même Ḥadîth montrant que les Ḥadîths ne furent rapportés que dans leur sens présumé, la faiblesse de la méthode de la transmission orale ou encore le fait que l’on ne possède pas de source fiable sur la qualité de la mémoire des Ṣaḥâbah (pour plus de détail sur cette question, voir l’article d’Ahmed Amine Khelifa, La vérité sur le Sanad, www.ahmedamine.net, 2015). C’est ainsi que l’on attribue à la majorité des savants de cette tendance le fait de n’accepter le Ḥadîth singulier que dans le domaine de la pratique (culte et interactions sociales) et non dans le dogme (‘Aqîdah), et que certains Ḥanafites l’ont également refusé pour les Ḥudûd (peines légales)[5].

En d’autres termes, et cela pourrait suffire à fermer la porte des arguments tirés des propos attribués au Prophète, le Ḥadîth Aḥâd (singulier) ne peut selon nous, raisonnablement, ni fonder ni annuler un Ḥukm (statut juridique, disposition normative) étant donné, entre autres arguments, son aspect conjectural et incertain. Il bénéficiera donc au mieux d’une autorité « consultative », mais non législative. 

En outre, cette propension à être capable de s’attacher à ce qui est incertain et conjectural pour mettre en place des normes et une législation que l’on retrouve chez beaucoup de savants nous pousse à parler de la règle stipulant qu’il faille devancer le texte sur la raison… Or, cette règle, quand elle est mal comprise, est une aberration intellectuelle et ce, pour plusieurs raisons :

  • Allah nous appelle à de nombreuses reprises à raisonner dans le Coran, ce qui revient à réfléchir à partir d’un texte pour raisonner et démontre que cette règle est paradoxale.
  • En outre, un texte, quel qu’il soit, doit être intelligible et compréhensible et ce, car il s’adresse justement à la raison des Hommes.
  • Enfin, cette règle est un non-sens, car suivre un texte c’est en comprendre le sens et la portée et donc raisonner. Il faut donc réfléchir, rechercher et analyser avant de pouvoir suivre un texte.

Toutefois, pour fermer les portes aux théories désirant tout de même en tenir compte, rappelons de façon sommaire quelques éléments de bases permettant de mieux comprendre la science liée au Ḥadîth et ce, avant d’entrer dans l’étude concrète de ces derniers.

Quelques rappels sur la science du Ḥadîth

Rappelons pour commencer qu’il existe différentes tendance, ou Ecoles, pour aborder cette science et tenter de déterminer si un propos attribué au Prophète peut être accepté. En effet, on rapporte que le Prophète (paix sur lui) a, à de nombreuses reprises, mis en garde contre le fait de lui attribuer des propos mensongers :

Selon Abû Qatâdah, le Messager d’Allah  a dit :

« Prenez garde à trop rapporter à mon sujet. Celui qui rapporte de moi, qu’il ne dise que la vérité ou l’exactitude et celui qui dit de moi ce que je n’ai pas dit, qu’il prenne sa place en Enfer. »[6] 

De même, on compte parmi les Ḥadîths considéré comme Mutawâtir (notoires), car rapporté par près d’une centaine de Ṣaḥâbah, le fait que le Prophète ait dit :

من كذب عليّ متعمداً فليتبوّأ مقعده من النار

« Celui qui ment sciemment à mon encontre, qu’il prenne sa place en Enfer »

Ainsi, comme le rappelle le docteur Musfîr ibn Ghurmillah ad Dumînî[7] dans son ouvrage Maqayyis Naqd Mutun as Sunnah, différents critères furent mis en place dans l’acceptation du Ḥadîth à travers les siècles. Malgré le travail limité des savants du Ḥadîth parmi les tardifs, qui ont pour ainsi dire altéré cette science en se concentrant principalement sur l’aspect terminologique[8] explicité par Ibn aṣ Ṣalâḥ, la science du Ḥadîth a en fait connu plusieurs Ecoles ou approches. A ce titre, le docteur Ad Dumînî les a classifiées comme suit : l’Ecole ou approche des Ṣaḥâbah (Compagnon), celle des Muḥaddithûn (savant du Ḥadîth) et celle des Fuqahâ Uṣuliyyûn (juristes principologistes)

De manière plus précise, on distingue donc trois approches :

  • Celle des Ṣaḥâbah, à savoir la manière dont les Compagnons du Prophète sélectionnaient et acceptaient les propos qu’on lui attribuait. Dans leur approche, on remarque notamment que la confrontation du Ḥadîth à leur compréhension du texte coranique et à la raison est très présente pour savoir s’ils doivent l’accepter ou non.
  • Celle des Muḥaddithûn, à savoir celle des « gens du Ḥadîth » qui est la plus utilisée aujourd’hui. Elle se concentre sur l’étude des transmetteurs (Ruwwât), de la chaîne de transmission (Sanad) et de celle des transmetteurs (Isnad) en y recherchant les défauts (‘Illah), qu’ils soient apparents ou discrets au niveau du contenu (Matn) ou du Sanad. Les savants les plus connus de cette Ecole sont notamment Al Bukhârî, Muslim, Ibn Khuzaymah, Ibn Ḥibbân et d’autres.
  • Celle des Fuqahâ Uṣuliyyûn (juristes principologistes), appelée aussi celle des Mutakallimûn. En réalité, cette tendance fut principalement développée par les savants de Kûfah (Irak) et par les premiers savants Ḥanafites tels que ‘Isâ ibn Abbân au IIIe siècle H. dans son ouvrage Al Ḥujaj aṣ Ṣaghîr, At Ṭaḥâwî au IVe siècle H. dans son ouvrage Mushkil al Âthâr ou encore Al Jaṣṣâṣ. Ils s’appuyèrent sur les enseignements des trois principaux représentants de l’Ecole Ḥanafite : Abû Ḥanîfah, son fondateur, Ash Shibânî et Yûsuf, ses principaux élèves[9]. Cette tendance s’est appuyée sur l’approche des Ṣaḥâbah, représenté par ‘Alî, ‘Â`ishah ou encore ‘Umar ibn al Khaṭṭâb. Ainsi, la confrontation du Ḥadîth au Coran y trouve toute sa place, tout comme l’attention portée au fait que le Compagnon rapportant le Ḥadîth ne contredise pas son contenu par sa pratique.

Ceci dit, nous n’allons pas nous attarder sur l’approche des Fuqahâ Uṣuliyyûn et celle des Ṣaḥâbah puisque ce ne sont pas celles qui, malheureusement, sont les plus utilisées de nos jours, l’Ecole des Muḥaddithûn s’étant imposée avec le temps et la décadence en matière d’Ijtihâd[10]. Ainsi, à des fins de vulgarisation, nous pourrions dire que, d’après cette dernière Ecole, le Ḥadîth Aḥâd (singulier) se classifient de différentes façons[11] :

  • En fonction du nombre de ses voies (Asânîd – chaîne des transmetteurs).
  • En fonction du degré de recevabilité (« authenticité »).

Au niveau du degré de recevabilité, nous distinguons sommairement et dans l’ordre :

  • Le Ḥadîth Ṣaḥîḥ (sain [12]), celui-ci pouvant être valide en lui-même (Ṣaḥîḥ li Dhâtihi) ou bien valide par autre que lui (Ṣaḥîḥ li Ghayrihi), c’est-à-dire pas l’appui d’autres informations considérées comme valides.
  • Le Ḥadîth Ḥasan (bon, acceptable) qui, au passage, est une classification discutable tout comme la suivante.
  • Le Ḥadîth Ḍa’îf (faible, qui ne peut servir d’argument dans le Fiqh). Ce type de Ḥadîth est affecté par une déficience ou une insuffisance importante. Les causes de faiblesse sont multiples.
  • Et le Ḥadîth Mawdû’ (inventé) ou Shâdhdh (très isolé, anormal).

Au niveau du Sanad (plur. Asânîd), nous distinguons sommairement le Ḥadîth Musnad (reliée jusqu’au Prophète) et le Ḥadîth Mursal (détaché de son lien avec le Prophète par le manque d’un ou plusieurs transmetteurs dans le Sanad). En résumé :

  • Le Ḥadîth Musnad (connecté) est celui dont la chaîne de transmission (Isnâd) est Muṭṭassil (continue), c’est-à-dire que tous les transmetteurs (Ruwwât) ont été mentionnés[13].
  • Le Ḥadîth Mursal (détaché) est, quant à lui, celui dont la chaîne de transmission (Isnâd) est discontinue, c’est-à-dire qu’un ou plusieurs transmetteurs (Ruwwât) sont absents à n’importe quel endroit du Isnâd.[14]

Ajoutons enfin ce qui permettra de mieux comprendre ce qui suit, à savoir que le Ḥadîth Mursal (détaché) fait partie intégrante des Ḥadîths qualifiés de Ḍa’îf (faibles). En effet, mêmes si plusieurs savants ont accepté le Ḥadîth Mursal sous certaines conditions, à l’instar de l’Imâm Ash Shâfi’î[15], Mâlik ou Abû Ḥanîfah, celui-ci fut rejeté par la majorité des savants du Ḥadîths comme Muslim, les Uṣuliyyûn (principologistes) et les Fuqahâ (juristes) étant donné l’ignorance quant au transmetteur absent de la chaîne de transmission[16].

Certes, on rapporte que le Ḥadîth Mursal fut accepté par l’ensemble des Tâbi’î. Mais nous répondons que ce qui pouvait paraître évident et acceptable aux contemporains des premier et deuxième siècles de l’Hégire en terme de propos rapportés, ne l’est absolument pas à notre époque, plus d’un millénaire après, étant donné les manipulations et/ou inventions avérées de certains Ḥadîths, la transcription tardive de ces derniers et le fait que la majorité des ouvrages collectant les propos attribués au Prophète ne datent, concernant ceux que l’on peut consulter, que du IXe ou Xe siècle de notre ère (pour leur très grande majorité). Certes, Ibn Jarîr at Ṭabarî a dit :

أجمع التابعون بأسرهم على قبول المرسل ، و لم يأت عنهم إنكاره و لا عن أحد من الأئمة بعدهم إلى رأس المائتين

 « Les Tâbi’ûn se sont tous accordés sans exception sur l’acceptation du Mursal. Il n’est pas parvenu d’eux un reniement à son sujet de la part d’un des grands Imâms après eux, et cela jusqu’au début des années deux cent. »[17]

Mais, quoiqu’il en soit, il convient de s’interroger sur la recevabilité d’un propos attribué au Prophète de l’islam par des gens n’ayant pas été de ses contemporains ou étant de statut inconnu et ce, même s’ils font partie des trois premières générations. Pourquoi ? Car aucune source authentique, explicite et fiable ne précise que l’ensemble des gens des trois premières générations sont, de façon absolue, des gens pieux, fiables ou ayant nécessairement une bonne mémoire, alors que c’est bien cette présomption qui confère pour certains la fiabilité des Ḥadîths Mursal rapporté par un Tâbi’î par exemple. Même si ces Salafs sont souvent décrits comme étant des pieux prédécesseurs (As Salaf as Ṣâliḥ), certains d’entre eux ont rendu innovateurs d’autres Salaf. Or, l’accusation du Tabdî’ (le fait de rendre innovateur) et du Taḍlîl (le fait de rendre égaré) a touché des gens tels qu’Abû Ḥanîfah, Ash Shâfi’î, Al Bukhârî ou encore Muslim. Les élites que l’on nomme « les Salaf » purent également s’entretuer, se maudire et se traiter d’égaré les uns les autres.

Mais s’ils ne voyaient pas (eux-mêmes) l’obligation de se suivre entre eux (à cause de l’égarement présumé des uns et des autres), comment ceux qui viennent après considèreraient-ils leur suivi comme obligatoire et leur transmission comme fiable aveuglement ? Comment peut-on imposer l’idée que l’ensemble des « Salaf » furent pieux, comme s’ils représentaient un tout homogène, alors que l’on sait que parmi les Hommes de ces premiers siècles, il s’y trouvait le croyant, le mécréant, l’hypocrite, le sincère, l’égaré, le criminel ou encore le musulman. Ce constat empêche l’imitation et le suivi d’un ensemble qu’on appelle les « Salaf » puisqu’il est impossible de suivre ce qui s’oppose et se contredit. A fortiori, il est très difficilement envisageable d’accepter les propos attribués au Prophète par des personnes dont le statut est inconnu et ce, même si elles ont vécu à l’époque de ceux qu’on appelle les « Salafs » et parce que parmi les leurs des gens furent connus pour leur Tadlîs, c’est-à-dire la dissimulation volontaire de certains transmetteurs dans le but d’embellir l’aspect extérieur de la chaîne de transmission. En d’autres termes, rien ne nous permet d’affirmer avec certitude que la personne qui n’est pas cité dans le Sanad est un Compagnon, car le Tâbi’î en question peut parfaitement dissimuler un autre Tâbi’î ayant attribué, faussement ou non, le rapport d’un Hadîth à un Compagnon ou confondre la parole d’un Compagnon avec celle du Prophète.

Certains pourront répondre que la règle est différente chez les Fuqahâ (Ḥanafites) car ils considèrent comme suffisante la ‘Adâlah aẓ Ẓâhirah (probité apparente) du transmetteur, c’est-à-dire l’islamité apparente chez la personne (et non la ‘Adâlah al Bâṭinah – probité intérieure – qui consiste à éviter les grands péchés et qui est prise en compte par l’Ecole des Muḥaddithûn) et ce, à la condition qu’il fasse partie des trois premiers siècles. Ainsi, Ibn al Ḥanbalî, savant Hanafite spécialiste des Usûl, a dit :

 فقال ابن الحنبلي: والذي ينبغي أن يكون مذهبنا -يعني الحنفية- قبوله وإن أبهم بغير لفظ التعديل، ولكن بمثل الشرط الذي اعتبرناه في المرسل وهو أن يكون من القرون الثلاثة دون ما عداها. اهـ. قفو الأثر (ص 85)، وقواعد في علوم الحديث – ص 203

« Ce sur quoi doit être notre Ecole est l’acceptation de l’inconnu même s’il a été caché sans formule d’éloge (comme « Shaykh, savant, etc. »), mais à la même condition que nous avons accepté le Mursal, c’est-à-dire que le rapporteur fasse partie des trois premiers siècles. »

Ceci se nuance cependant par la position de Muhammad, contraire à celle d’Abû Ḥanîfah, rapportée par As Sarakhsî : « Quant au Mastûr (celui dont l’état est inconnu), Muḥammad a écrit dans son livre Al Istiḥsân que son Khabar (Ḥadîth) est semblable à celui du Fâsiq (pervers) […]. » As Sarakhsî poursuivra d’ailleurs en disant : « […] Mais ce que [Muḥammad] a mentionné dans Al Istiḥsân est davantage valide à notre époque car la perversion l’a emporté chez les gens […].» (Voir Uṣûl As Sarakhsî, 1/370)

En somme, ce genre de Ḥadîth rapporté par un transmetteur dont le statut est inconnu est authentifié par certains savants, lesquels sont connus pour leur laxisme dans l’authentification des inconnus parmi les Tâbi’ûn, comme par exemple Ibn Ḥibbân, Al Ḥâkim, Ibn Khuzaymah et une grande partie des tardifs. Quant à la majorité des Muḥaddithûn parmi les prédécesseurs, la narration du Mastur (celui dont on ne connait pas le statut) n’est pas valide.

Conséquemment, et indépendamment des considérations des uns et des autres, nous pensons que le Ḥadîth Mursal ne peut être accepté, qui plus est pour légiférer, car il est le Ḥadîth rapporté et attribué au Prophète alors qu’il manque un ou plusieurs maillons dans la chaîne de transmetteurs à des endroits différents et que les transmetteurs en question peuvent être des gens dont l’identité précise ou le statut est inconnu. A ce titre, ce type de propos peut être divisé comme suit[18] :

  • Le Ḥadîth dans lequel il apparaît un manque au début de la chaîne[19] par l’élimination d’un ou plusieurs transmetteurs. Il sera qualifié de « Mu’allaq », c’est-à-dire « suspendu ». Ce genre de Ḥadîth est, raisonnablement, faible et irrecevable.
  • Le Ḥadîth dans lequel il apparaît une discontinuité au milieu de la chaîne par l’élimination d’un ou plusieurs transmetteurs (de façon non consécutive). Il est alors qualifié de « Munqatî’ », c’est-à-dire « interrompu, discontinu ».
  • Le Ḥadîth dans lequel il apparaît une discontinuité au niveau de deux transmetteurs ou plus, de façon consécutive (les uns à la suite des autres). Il est qualifié de « Mu’ḍal », c’est-à-dire « défaillant ». Ce genre de Ḥadîth est, raisonnablement, faible et irrecevable.
  • Le Ḥadîth attribué au Prophète par un Tâbi’î[20] alors qu’il ne cite par la personne qui lui a rapporté le Ḥadîth en question. Il est qualifié de « Mursal », c’est-à-dire  «détaché». Logiquement, la grande majorité n’accepte pas ce Ḥadîth.

Qu’Allah nous permette de comprendre.

Equipe La voie du Ḥanîf

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[1] Plusieurs savants ne distinguent par le Ḥadîth Mutawâtir (notoire) du Ḥadîth Mashhûr (célèbre), mais les Ḥanafites les distinguent et proposent ainsi trois catégories : Aḥâd, Mashhûr et Mutawâtir.

[2]Nous précisions ici « véritablement Mutawâtir » car certains savants ont pu qualifier un Ḥadîth de Mutawâtir simplement parce qu’il fut rapporté par trois, quatre ou cinq Ṣaḥâbah, puis par un nombre important de transmetteur par la suite. Or, en tenant compte de l’approche classique du Ḥadîth et du raisonnement, un tel nombre ne peut nullement indiquer la certitude absolue quant à la véracité de l’information rapportée. C’est pour cela qu’on rapporte qu’Ibn Ḥajar a dit que l’avis le plus sûr consistait à ne pas déterminer un nombre précis, ce qui suppose que le nombre soit suffisamment important pour exclure toute forme de convenance sur un mensonge.

En outre, il convient ici de préciser que le Ḥadîth Mutawâtir pose en réalité véritablement question sur le fait de savoir s’ils relève vraiment tous de cette catégorie ou non. En effet, nombreux sont ceux qui ont déclaré un Ḥadîth comme étant notoire (Mutawâtir) et donc comme indiquant la science certaine sous prétexte qu’il fut rapporté à chaque génération par un groupe important de personnes, à commencer par la première génération, celle des Ṣaḥâbah (Compagnons). Or, lorsque l’on prétend par exemple que 20 Compagnons rapportent tel ou tel Ḥadîth de la part du Prophète, la question se pose de savoir s’ils ont tous entendu directement le Prophète prononcer les propos en question ou si, en réalité, la plupart d’entre eux ont rapporté ce que certains Compagnons seulement ont attribué au Prophète, mais sans les citer au moment de rapporter le Ḥadîth (Tadlîs). Ainsi, on pourrait croire qu’il s’agit effectivement d’un propos rapporté par un nombre conséquent de Compagnons, alors qu’ils purent n’être qu’un ou deux à la base à l’entendre directement du Prophète. En d’autres termes, on aurait ainsi qualifié plusieurs Ḥadîths de notoires (Mutawâtir) alors qu’ils ne seraient en fait que singuliers (Aḥâd).

[3] Hasan Amdouni, Les fondements du droit musulman, éd. Al-Imen, 2015, p.91 à 94. Il y a ici des divergences concernant le nombre de transmetteurs minimum présent au premier niveau de la chaîne et à toutes les étapes : certains disent deux, d’autres quatre, d’autres encore 20, 30 ou encore 70.

[4] Ceux mentionnés dans le Ṣaḥîḥ d’Al Bukhârî, le Ṣaḥîḥ de Muslim, le Muwaṭṭâ, les Sunan, les Musnad et le Mustadrak.

[5] Ibid. p 97.

[6] Ad Dâramî (1/88) et Ibn Mâjah (1/23).

[7] Professeur à l’université Imâm Muḥammad ibn Sa’ûd dans la faculté de Uṣûl ad Dîn, section « Sunnah et ses sciences », puis président de la section « Sunnah et ses sciences », il est docteur en Sharî’ah de la faculté d’Al Azhar (Egypte). Il y obtint le degré de magister avec mention « excellent » l’année et celui de docteur avec un niveau « honorable » pour sa thèse sur  « Les critères de la critique des textes de la Sunnah ».

[8] A l’image d’ailleurs de ce qui s’est produit dans le domaine du Fiqh.

[9] Voir l’ouvrage de ‘Abd al Majîd at Turkamânî, Dirâsât fi Uṣûl al Ḥadîth ‘ala Manhaj al Ḥanafiya, p.44.

[10] Toutefois, ceci ne signifie nullement qu’il ne soit pas possible de se référer à l’Ecole des Fuqahâ, aucun texte n’impose une approche plus qu’une autre. A dire vrai, cette science est même dans la plupart des cas un véritable labyrinthe sans issue entraînant des débats interminables.

[11] Il existe une autre Ecole permettant d’étudier le Ḥadîth, à savoir celle des Fuqahâ (juristes), voire même une troisième dont toutes se revendiquent et qui en diffèrent pourtant à plusieurs égards, à savoir celle des Ṣaḥâbah (Compagnons du Prophète). Voir l’ouvrage du docteur Musfîr ibn Rughmillah ad Dumînî.

[12] Pourrions-nous même préciser « sain en apparence ». Cette catégorie de Ḥadîth dit « Ṣaḥîḥ » est souvent traduite par « authentique » ce qui, en réalité ne correspond ni au sens du terme en arabe ni à sa réalité effective puisque ce qui est authentique est ce qui, par définition, ne peut être remis en doute. Or, ce n’est pas absolument pas le cas de ce type de Ḥadîth qui peut parfaitement être contesté selon une nouvelle recherche, une autre approche ou par sa nature même de Ḥadîth singulier. En réalité, le terme « Ṣaḥîḥ » ici, comme dans le domaine relatif à la santé par ailleurs, évoque ce qui est sain, c’est-à-dire ce qui, en apparence, ne présente pas de signe de défectuosité ou de « maladie ». Mais rappelons également que les critères pour déterminer un Ḥadîth Ṣaḥîḥ sont subjectifs, parfois déclaratifs et dépendants du Muḥaddith qui se positionne.

[13] Celui-ci peut se décliner en sous-catégories comme le Musnad Mashhûr (célèbre) ou Mustafîḍ, le Musnad ‘Azîz (fort), le Musnad Farḍ (isolé) ou Gharîb (étrange).

[14] ‘Abdallah Althaparro, Naẓm fî Uṣûl al Fiqh al Islâmî muḥâdhin li Waraqât Imâm al Ḥaramayn ma’a Sharḥuhu, Les 4 sources, 2010, p.93.

[15] Ce dernier accepte le Ḥadîth Mursal sous réserve qu’il remplisse cinq conditions : il doit être rapporté par un autre Sanad Musnad, il doit être transmis de façon détachée par des maîtres distincts, il doit être appuyé par les dires d’un Ṣaḥâbî (Compagnon), il doit être consolidé par les dires d’un grand nombre de savants et son rapporteur doit être connu par la transmission d’après un transmetteur fiable.

[16] Hasan Amdouni, Les fondements du droit musulman, éd. Al-Imen, 2015, p.102 et le docteur Abdelhamid Temsamani Chebagouda, La science du Ḥadîth, éd. Le savoir, 2007, p. 498.

[17] At Tadrîb, p. 67.

[18] Ibid, p.101 selon la définition des Uṣuliyyûn (principologistes).

[19] C’est-à-dire au niveau du rapporteur du Ḥadîth, en « haut » de la chaîne. Il se peut que l’on supprime ainsi toute la chaîne, exepté le Compagnon seul ou le Compagnon et le Tâbi’î.

[20] Le compagnon du Ṣaḥâbî (Compagnon du Prophète) qui n’a donc pas rencontré le Messager. Quant au Ḥadîth attribué par un Ṣaḥâbî au Prophète alors qu’il a entendu ce qu’il rapporte de la part d’un autre Ṣaḥâbî, il sera qualifié de « Mursal as Ṣaḥâbî ». Ce type de Ḥadîth est accepté par la majorité, mais il y a plusieurs nuances à apporter sur point, notamment le fait que les Compagnons n’ont pas tout entendu du Prophète. Certains ont donc pu attribuer au Prophète des propos qu’ils n’ont pas entendu eux-mêmes, mais qu’on leur a rapporté, qu’il s’agisse d’une autre Ṣaḥâbî ou d’un Tâbi’î (Suivants). Ainsi, on sait par exemple que la majorité des Ḥadîth rapportés par Ibn ‘Abbâs furent ceux qu’il a entendu de la bouche d’autres Compagnons. Or, la parole rapportée par un Ṣaḥâbî à un autre Ṣaḥâbî n’est pas forcément fiable, car la déperdition d’information entre ce qui fut entendu, compris et transmis par le premier, puis entendu, compris et transmis par le second peut-être importante. D’ailleurs, les exemples démontrant que certains Ṣaḥâbah avaient mal compris ou interprété une parole du Prophète sont nombreux et certains furent même corrigés par d’autres Compagnons comme ‘Â`ishah ou ‘Umar.

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