« Les femmes sont minoritaires et déficientes en raison et majoritaire en Enfer ?! »

 

On trouve dans le Ṣaḥîḥ de l’Imâm Muslim notamment, d’après Abû at Tayyâḥ, d’après ‘Imrân Ibn al Ḥusayn, que le Prophète aurait dit :

« J’ai vu les femmes en minorité parmi les gens du Paradis. »

En apparence, on peut donc comprendre de ce Ḥadîth que les hommes seraient plus nombreux au Paradis que les femmes. Pour appuyer cette compréhension, certains citent le même Ḥadîth, mais avec une formule différente, toujours rapportée par Muslim mais d’après Ibn ‘Umar et selon lequel le Prophète (paix sur lui) aurait dit :

يا مَعشَرَ النساءِ تَصَدَقنَ، وأكثِرنَ من الاستغفار، فإني رأيتُكنَ أكثرَ أهل النارِ، فقالت امرأة منهن: وما لنا أكثر أهل النار؟ قال: تُكثِرنَ اللَعنَ وتَكفُرنَ العَشيرَ ما رَأيتُ مِن ناقِصاتِ عَقلٍ ودين أغلب لذي لُبٍّ منكُنَّ  » قالت: ما نُقصَانُ العقل والدين؟ قال:  » شهادة امرأتين بشهادة رجلٍ، وتَمكُثُ الأَيّامَ لا تصلي

« Ô femmes, faites l’aumône et multipliez les demandes de pardon car j’ai vu que vous formiez la majeure partie des gens de l’Enfer. » Une des femmes présente demanda : « Pourquoi sommes-nous les plus nombreuses en Enfer ? » – « Vous proférez souvent des malédictions, vous reniez les bienfaits de vos maris et je n’ai pas vu d’êtres étant aussi déficients en raison et religion que vous, répondit le Prophète. » Elle demanda alors : « En quoi consiste ce manque de raison et de religion ? » – « Le témoignage de deux femmes vaut pour celui d’un homme et la femme reste sans prier [durant ses menstrues]. »

D’après ce texte, on pourrait donc comprendre que les femmes seront bien minoritaires au Paradis puisqu’il est précisé qu’elles seront majoritaires en Enfer. En outre, il est précisé que la raison de leur terrible destination est le résultat de la conjonction de plusieurs éléments :

  • La profération de malédictions.
  • Le reniement des bienfaits du mari.
  • Une déficience au niveau de la raison (notamment pour le témoignage).
  • Une déficience au niveau de la religion (notamment parce qu’elles ont des périodes de menstrues au cours desquels elles ne prient pas).

 

Analyses et remarques

 

  1. Premièrement, ces Ḥadîths sont contradictoires, ou du moins en inadéquation avec le Coran qui, quant à lui, ne fait aucune distinction entre hommes et femmes en matière de récompense ou de châtiment. Dieu dit :

فَاسْتَجَابَ لَهُمْ رَبُّهُمْ أَنِّي لاَ أُضِيعُ عَمَلَ عَامِلٍ مِّنكُم مِّن ذَكَرٍ أَوْ أُنثَى بَعْضُكُم مِّن بَعْضٍ فَالَّذِينَ هَاجَرُواْ وَأُخْرِجُواْ مِن دِيَارِهِمْ وَأُوذُواْ فِي سَبِيلِي وَقَاتَلُواْ وَقُتِلُواْ لأُكَفِّرَنَّ عَنْهُمْ سَيِّئَاتِهِمْ وَلأُدْخِلَنَّهُمْ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الأَنْهَارُ ثَوَابًا مِّن عِندِ اللّهِ وَاللّهُ عِندَهُ حُسْنُ الثَّوَابِ 

« Leur Seigneur les a alors exaucés (disant) : « En vérité, Je ne laisse pas perdre le bien que quiconque parmi vous a fait, homme ou femme, car vous êtes les uns des autres. Ceux donc qui ont émigré, qui ont été expulsés de leurs demeures, qui ont été persécutés dans Mon chemin, qui ont combattu, qui ont été tués, Je tiendrai certes pour expiées leurs mauvaises actions, et les ferai entrer dans les Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, comme récompense de la part de Dieu.» Quant à Dieu, c’est auprès de Lui qu’est la plus belle récompense. » (Coran 3/195)

وَمَن يَعْمَلْ مِنَ الصَّالِحَاتَ مِن ذَكَرٍ أَوْ أُنثَى وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَأُوْلَئِكَ يَدْخُلُونَ الْجَنَّةَ وَلاَ يُظْلَمُونَ نَقِيرًا

« Et quiconque, homme ou femme, fait de bonnes œuvres, tout en étant croyant… les voilà ceux qui entreront au Paradis ; et on ne leur fera aucune injustice, fût-ce d’un creux de noyau de datte. » (Coran 4/124)

وَالْمُؤْمِنُونَ وَالْمُؤْمِنَاتُ بَعْضُهُمْ أَوْلِيَاء بَعْضٍ يَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَيَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ وَيُقِيمُونَ الصَّلاَةَ وَيُؤْتُونَ الزَّكَاةَ وَيُطِيعُونَ اللّهَ وَرَسُولَهُ أُوْلَئِكَ سَيَرْحَمُهُمُ اللّهُ إِنَّ اللّهَ عَزِيزٌ حَكِيمٌ ¤ وَعَدَ اللّهُ الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُؤْمِنَاتِ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا وَمَسَاكِنَ طَيِّبَةً فِي جَنَّاتِ عَدْنٍ وَرِضْوَانٌ مِّنَ اللّهِ أَكْبَرُ ذَلِكَ هُوَ الْفَوْزُ الْعَظِيمُ ¤

« Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils commandent le convenable, interdisent le blâmable accomplissent la Salât, acquittent la Zakat et obéissent à Dieu et à Son messager. Voilà ceux auxquels Dieu fera miséricorde, car Dieu est Puissant et Sage. Aux croyants et aux croyantes, Dieu a promis des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour qu’ils y demeurent éternellement, et des demeures excellentes, aux jardins d’Eden [du séjour permanent]. Et la satisfaction de Dieu est plus grande encore, et c’est là l’énorme succès. » (Coran 9/71-72)

 
مَنْ عَمِلَ صَالِحًا مِّن ذَكَرٍ أَوْ أُنثَى وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَلَنُحْيِيَنَّهُ حَيَاةً طَيِّبَةً وَلَنَجْزِيَنَّهُمْ أَجْرَهُم بِأَحْسَنِ مَا كَانُواْ يَعْمَلُونَ

Quiconque, mâle ou femelle, fait une bonne œuvre tout en étant croyant, Nous lui ferons vivre une bonne vie. Et Nous les récompenserons, certes, en fonction des meilleures de leurs actions. (Coran 16/97)

 

لِيُدْخِلَ الْمُؤْمِنِينَ وَالْمُؤْمِنَاتِ جَنَّاتٍ تَجْرِي مِن تَحْتِهَا الْأَنْهَارُ خَالِدِينَ فِيهَا وَيُكَفِّرَ عَنْهُمْ سَيِّئَاتِهِمْ وَكَانَ ذَلِكَ عِندَ اللَّهِ فَوْزًا عَظِيمًا ¤ وَيُعَذِّبَ الْمُنَافِقِينَ وَالْمُنَافِقَاتِ وَالْمُشْرِكِينَ وَالْمُشْرِكَاتِ الظَّانِّينَ بِاللَّهِ ظَنَّ السَّوْءِ عَلَيْهِمْ دَائِرَةُ السَّوْءِ وَغَضِبَ اللَّهُ عَلَيْهِمْ وَلَعَنَهُمْ وَأَعَدَّ لَهُمْ جَهَنَّمَ وَسَاءتْ مَصِيرًا

« …afin qu’Il fasse entrer les croyants et les croyantes dans des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux où ils demeureront éternellement, et afin de leur effacer leurs méfaits. Cela est auprès d’Allah un énorme succès. Et afin qu’Il châtie les hypocrites, hommes et femmes, et les associateurs et les associatrices, qui pensent du mal de Dieu. Qu’un mauvais sort tombe sur eux. Allah est courroucé contre eux, les a maudits, et leur a préparé l’Enfer. Quelle mauvaise destination ! » (Coran 48/5)

Aussi, ces quelques versets coraniques témoignent qu’en terme de récompense ou de châtiment, il n’y a aucune distinction selon le sexe. Les hommes et les femmes seront simplement rétribués en fonction de ce qui dépend d’eux en termes de paroles et d’actes.

 

2. Deuxièmement, ce Hadîth est non conforme au Coran en ce sens que Dieu n’a jamais demandé à la femme en période de menstrues de ne pas prier et qu’il n’ai jamais dit dans le Coran que le témoignage de la femme était, de manière générale, valait des fois moins que celui de l’homme. Nous y reviendrons dans un article dédié.

 

3. Troisièmement, ce Ḥadîth est contradictoire avec la raison. En effet, les deux raisons principales pour lesquelles les femmes seraient majoritaires en Enfer est le fait qu’elles seraient déficientes en raison et en religion, notamment à cause des périodes de menstrues.

Or, non seulement ce dernier points est à contre-Coran comme comme nous venons de l’expliquer, mais en outre, si certaines femmes devront probablement répondre devant Dieu de leurs appels à la malédiction et du reniement des bienfaits de leur époux, non seulement la femme n’est pas la seule concernée par ce genre d’acte, mais on peut s’interroger sur la justice qu’il y a châtier une personne pour ce qu’elle subit et sur ce dont elle n’a aucun rôle décisionnaire ? En effet, si l’on considère, à tort évidemment, que la femme est inférieure en raison par rapport à l’homme, c’est que Dieu l’a créée ainsi, de même qu’Il l’a créée avec des cycles menstruels auquel elle ne peut échapper. Que peut-elle donc faire pour palier cela si elle fut créée de la sorte ? Pourquoi Dieu, le Juste et le Miséricordieux, châtierait-Il des êtres pour ce dont ils ne sont nullement responsables et dont le seul responsable est le Créateur Lui-même ?

Dieu dit :

لاَ يُكَلِّفُ اللّهُ نَفْسًا إِلاَّ وُسْعَهَا لَهَا مَا كَسَبَتْ وَعَلَيْهَا مَا اكْتَسَبَتْ رَبَّنَا لاَ تُؤَاخِذْنَا إِن نَّسِينَا أَوْ أَخْطَأْنَا رَبَّنَا وَلاَ تَحْمِلْ عَلَيْنَا إِصْرًا كَمَا حَمَلْتَهُ عَلَى الَّذِينَ مِن قَبْلِنَا رَبَّنَا وَلاَ تُحَمِّلْنَا مَا لاَ طَاقَةَ لَنَا بِهِ وَاعْفُ عَنَّا وَاغْفِرْ لَنَا وَارْحَمْنَآ أَنتَ مَوْلاَنَا فَانصُرْنَا عَلَى الْقَوْمِ الْكَافِرِينَ 

« Dieu n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. Elle sera récompensée du bien qu’elle aura fait, punie du mal qu’elle aura fait. Seigneur, ne nous châtie pas s’il nous arrive d’oublier ou de commettre une erreur. Seigneur ! Ne nous charge pas d’un fardeau lourd comme Tu as chargé ceux qui vécurent avant nous. Seigneur ! Ne nous impose pas ce que nous ne pouvons supporter, efface nos fautes, pardonne-nous et fais nous miséricorde. Tu es Notre Maître, accorde-nous donc la victoire sur les peuples infidèles. » (Coran 2/286)

Evidemment, il aucun texte coranique n’accrédite cette thèse nauséabonde de déficience en raison et religion. Nous y revenons ci-après.

4. Quatrièmement, l’étude de ce Ḥadîth nous amène à évoquer les nombreuses modifications des propos prophétiques que l’on retrouve dans plusieurs Ḥadîths et ce, à cause du fait que les ruwwât (rapporteurs), les premiers étant les Ṣaḥâbah, rapportèrent souvent le sens compris de la parole du Messager de Dieu (paix sur lui) et non, systématiquement, sa parole stricto sensu. Ainsi, soit ils rapportaient le Ḥadîth avec son sens général ou approché, soit avec leur propre interprétation, parfois en décalage total avec les propos prophétiques réels. Or, même si le fait de rapporter le sens général d’une parole n’est pas obligatoirement un problème, le souci réside davantage dans l’interprétation que certains, parmi les Ṣaḥâbah ou les Suiveurs, firent du discours prophétique tout en l’attribuant au Messager (les exemples sont nombreux).

Il faut donc s’intéresser au contexte de ce récit rapporté par plusieurs Ṣaḥâbah[1] pour savoir si ce Ḥadîth a pu subir des modifications. Les Compagnons rapportent ainsi une même formule au niveau du Ḥadîth, mais cette dernière est différente de celle rapportée par ‘Imrân Ibn al Ḥusayn[2] affirmant que les femmes « sont minoritaires au Paradis ».

En effet, comme nous l’avons vu précédemment, la formule du Prophète rapporté par Muslim d’après Ibn ‘Umar et d’autres est la suivante :

يا مَعشَرَ النساءِ تَصَدَقنَ، وأكثِرنَ من الاستغفار، فإني رأيتُكنَ أكثرَ أهل النارِ، فقالت امرأة منهن: وما لنا أكثر أهل النار؟ قال: تُكثِرنَ اللَعنَ وتَكفُرنَ العَشيرَ ما رَأيتُ مِن ناقِصاتِ عَقلٍ ودين أغلب لذي لُبٍّ منكُنَّ  » قالت: ما نُقصَانُ العقل والدين؟ قال:  » شهادة امرأتين بشهادة رجلٍ، وتَمكُثُ الأَيّامَ لا تصلي

« Ô femmes, faites l’aumône et multipliez les demandes de pardon car j’ai vu que vous formiez la majeure partie des gens de l’Enfer. » Une des femmes présentes demanda : « Pourquoi sommes-nous les plus nombreuses en Enfer ? » – « Vous proférez souvent des malédictions, vous reniez les bienfaits de vos maris et je n’ai pas vu d’êtres étant aussi déficients en raison et religion que vous, répondit le Prophète. » Elle demanda alors : « En quoi quoi consiste ce manque de raison et de religion ? » – « Le témoignage de deux femmes vaut pour celui d’un homme et la femme reste sans prier [durant ses menstrues]. »

Résumé :

  • Selon une version, il est indiqué que les femmes seront minoritaires au Paradis.
  • Selon une autre version du même Hadîth, il est indiqué que les femmes seront majoritaires en Enfer.

On comprend donc que l’un des transmetteurs a interprété la parole indiquant que « majeure partie (d’entre elles sont) des gens de l’Enfer » par le fait que les femmes seraient en conséquence minoritaires au Paradis. Ainsi, ‘Imrân Ibn al Ḥusayn n’a pas rapporté la parole prophétique, mais uniquement ce qu’il en a compris.

Or, le lien « logique » qui mis en avant est erroné, car les femmes peuvent parfaitement être majoritaire en Enfer tout en étant également majoritaire au Paradis. Donc même si l’on devait prendre en compte ce Ḥadîth, on pourrait dire, comme l’ont fait plusieurs théologiens, que les femmes seront plus nombreuses que les hommes au Paradis et ce, sans que cela empêche qu’elles soient également les plus nombreuses en Enfer.

 

5. Cinquièmement, pour comprendre la partie concernant le témoignage de la femme par rapport à celui de l’homme, il convient de revenir au Coran.

Dieu dit :

يا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ إِذَا تَدَايَنتُم بِدَيْنٍ إِلَى أَجَلٍ مُّسَمًّى فَاكْتُبُوهُ وَلْيَكْتُب بَّيْنَكُمْ كَاتِبٌ بِالْعَدْلِ وَلاَ يَأْبَ كَاتِبٌ أَنْ يَكْتُبَ كَمَا عَلَّمَهُ اللّهُ فَلْيَكْتُبْ وَلْيُمْلِلِ الَّذِي عَلَيْهِ الْحَقُّ وَلْيَتَّقِ اللّهَ رَبَّهُ وَلاَ يَبْخَسْ مِنْهُ شَيْئًا فَإن كَانَ الَّذِي عَلَيْهِ الْحَقُّ سَفِيهًا أَوْ ضَعِيفًا أَوْ لاَ يَسْتَطِيعُ أَن يُمِلَّ هُوَ فَلْيُمْلِلْ وَلِيُّهُ بِالْعَدْلِ وَاسْتَشْهِدُواْ شَهِيدَيْنِ من رِّجَالِكُمْ فَإِن لَّمْ يَكُونَا رَجُلَيْنِ فَرَجُلٌ وَامْرَأَتَانِ مِمَّن تَرْضَوْنَ مِنَ الشُّهَدَاء أَن تَضِلَّ إْحْدَاهُمَا فَتُذَكِّرَ إِحْدَاهُمَا الأُخْرَى وَلاَ يَأْب

« Ô les croyants ! Quand vous contractez une dette à échéance déterminée, mettez-la par écrit ; et qu’un scribe l’écrive, entre vous, en toute justice ; un scribe n’a pas à refuser d’écrire selon ce qu’Allah lui a enseigné ; qu’il écrive donc, et que dicte le débiteur : qu’il craigne Dieu son Seigneur, et se garde d’en rien diminuer. Si le débiteur est gaspilleur ou faible, ou incapable de dicter lui-même, que son représentant dicte alors en toute justice. Faites-en témoigner par deux témoins d’entre vos hommes ; et à défaut de deux hommes, un homme et deux femmes d’entre ceux que vous agréez comme témoins, en sorte que si l’une d’elles s’égare, l’autre puisse lui rappeler. Et que les témoins ne refusent pas quand ils sont appelés. Ne vous lassez pas d’écrire la dette, ainsi que son terme, qu’elle soit petite ou grande : c’est plus équitable auprès de Dieu, et plus droit pour le témoignage, et plus susceptible d’écarter les doutes. Mais s’il s’agit d’une marchandise présente que vous négociez entre vous : dans ce cas, il n’y a pas de péché à ne pas l’écrire. Mais prenez des témoins lorsque vous faites une transaction entre vous ; et qu’on ne fasse aucun tort à aucun scribe ni à aucun témoin. Si vous le faisiez, cela serait une perversité en vous. Et craignez dieu. Alors Dieu vous enseigne et Allah est Omniscient. » (Coran 2/282)

Il convient déjà, pour comprendre ce verset, de rappeler qu’il existe plusieurs domaines dans lesquels le témoignage trouve sa place : le divorce, les finances, le cadre professionnel, la garde d’enfants, les peines légales, les relations commerciales, les naissances, etc.

Or, on s’aperçoit que le verset susmentionné ne fait référence qu’à un seul de ces domaines, celui de la contraction d’une dette, mais plusieurs récits témoignent que le témoignage d’une femme, seule, fut accepté sans problème dans d’autres domaines.

Ainsi, d’après certains récits, le Prophète accepta le témoignage d’une femme pour attester de la filiation d’un enfant ou encore celui d’une autre femme pour autoriser ou interdire un mariage. De même, d’autres récits nous apprennent qu’Umm Salâmah, l’une des épouses du Prophète, témoigna dans le domaine de l’héritage, sans qu’une autre femme l’assiste et sans qu’on trouve à y redire malgré la présence d’autres Compagnons. Plusieurs récits précisent ainsi que le témoignage des femmes était présent et accepté, par le Prophète puis les Ṣaḥâbah, dans de nombreux domaines comme l’homicide involontaire, les droits matrimoniaux et autres.

En outre, rappelons que le passage coranique en question fait référence au fait de choisir les témoins parmi « ceux que vous agréez ». Il s’agit donc d’une question dépendante à un contexte et une société particulière. Or, cette précision coranique est importante en ce sens qu’elle démontre qu’il ne s’agit pas ici d’imposer définitivement une manière de rendre le droit, mais que cela est circonstancié et dépendant à chaque société, chacune d’elle étant en mesure de déterminer ce qu’elle agrée comme témoins.

Qui plus est, imaginons la scène dans laquelle un homme serait accompagné de deux femmes pour témoigner et que l’une des femmes « s’égare » alors en oubliant les faits précis en question. Combien de personnes seraient alors réellement présentes pour témoigner ?

La réponse est deux, un homme et une femme, et ce, même si le témoignage de la première femme permettrait à la seconde de se remémorer les faits, car la deuxième aura alors été dépendante de la première pour témoigner et donc sous son influence. Ainsi, on se retrouve dans une situation où le témoignage d’une femme vaut celui d’un homme, et peut même servir d’appui au témoigne d’une tiers personne.

Enfin, rappelons que le sujet du témoignage fut évoqué à quatre reprises dans le Coran et que les différents passages n’ont mis en avant qu’un critère pour que le témoin soit accepté, or le sexe n’en fait nullement partie. Le seul critère retenu par Dieu est la ‘adâlah, c’est-à-dire l’intégrité, la probité de celui qui témoigne.

Dieu dit :

يا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ شَهَادَةُ بَيْنِكُمْ إِذَا حَضَرَ أَحَدَكُمُ الْمَوْتُ حِينَ الْوَصِيَّةِ اثْنَانِ ذَوَا عَدْلٍ مِّنكُمْ أَوْ آخَرَانِ مِنْ غَيْرِكُمْ إِنْ أَنتُمْ ضَرَبْتُمْ فِي الأَرْضِ فَأَصَابَتْكُم مُّصِيبَةُ الْمَوْتِ تَحْبِسُونَهُمَا مِن بَعْدِ الصَّلاَةِ فَيُقْسِمَانِ بِاللّهِ إِنِ ارْتَبْتُمْ لاَ نَشْتَرِي بِهِ ثَمَنًا وَلَوْ كَانَ ذَا قُرْبَى وَلاَ نَكْتُمُ شَهَادَةَ اللّهِ إِنَّا إِذًا لَّمِنَ الآثِمِينَ

« Ô les croyants ! Quand la mort se présente à l’un de vous, le testament sera attesté par deux intègres d’entre vous, ou deux autres, non des vôtres, si vous êtes en voyage dans le monde et que la mort vous frappe. Vous les retiendrez (les deux témoins), après la Ṣalât, puis, si vous avez des doutes, vous les ferez jurer par Dieu : « Nous ne faisons aucun commerce ou profit avec cela, même s’il s’agit d’un proche, et nous ne cacherons point le témoignage de Dieu. Sinon, nous serions du nombre des pêcheurs ». » (Coran 5/106)

فإِذَا بَلَغْنَ أَجَلَهُنَّ فَأَمْسِكُوهُنَّ بِمَعْرُوفٍ أَوْ فَارِقُوهُنَّ بِمَعْرُوفٍ وَأَشْهِدُوا ذَوَيْ عَدْلٍ مِّنكُمْ وَأَقِيمُوا الشَّهَادَةَ لِلَّهِ ذَلِكُمْ يُوعَظُ بِهِ مَن كَانَ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الْآخِرِ وَمَن يَتَّقِ اللَّهَ يَجْعَل لَّهُ مَخْرَجًا

« Puis quand elles atteignent le terme prescrit, « retenez-les » de façon convenable ou séparez-vous d’elles de façon convenable ; et prenez deux intègres parmi vous comme témoins. Et acquittez-vous du témoignage envers dieu. Voilà ce à quoi est exhorté celui qui croit en Allah et au Jour dernier. Et quiconque craint Allah, il lui donnera une issue favorable… » (65/2)

والَّذِينَ يَرْمُونَ الْمُحْصَنَاتِ ثُمَّ لَمْ يَأْتُوا بِأَرْبَعَةِ شُهَدَاء فَاجْلِدُوهُمْ ثَمَانِينَ جَلْدَةً وَلَا تَقْبَلُوا لَهُمْ شَهَادَةً أَبَدًا وَأُوْلَئِكَ هُمُ الْفَاسِقُونَ

« Et ceux qui lancent des accusations contre des femmes chastes sans produire par la suite quatre témoins, fouettez-les de quatre-vingts coups de fouet, et n’acceptez plus jamais leur témoignage. Et ceux-là sont les pervers… » (24/4)

واللاَّتِي يَأْتِينَ الْفَاحِشَةَ مِن نِّسَآئِكُمْ فَاسْتَشْهِدُواْ عَلَيْهِنَّ أَرْبَعةً مِّنكُمْ فَإِن شَهِدُواْ فَأَمْسِكُوهُنَّ فِي الْبُيُوتِ حَتَّىَ يَتَوَفَّاهُنَّ الْمَوْتُ أَوْ يَجْعَلَ اللّهُ لَهُنَّ سَبِيلاً

« Celles de vos femmes qui forniquent, faites témoigner à leur encontre quatre d’entre vous. S’ils témoignent, alors confinez ces femmes dans vos maisons jusqu’à ce que la mort les rappelle ou qu’Allah décrète un autre ordre à leur égard. » (4/15)

Conclusion

Nous comprenons que le verset de la sourate Al Baqarah n’a nullement pour objectif d’instaurer une législation fixe dans le temps quant au témoignage des hommes et des femmes et qu’il n’est en rien un argument quant à la déficience intellectuelle présumée de la femme.

Quant au rajout présent dans le « Ḥadîth » de Muslim, stipulant que la femme serait déficiente en raison et en religion, il ne constitue en rien une parole du Prophète, puisqu’il est invraisemblable que celui-ci s’oppose au Coran ou affirme ce que le Coran n’affirme pas, mais il est plutôt une déduction faite par quelques rapporteurs suite à leur compréhension du fait que les femmes seraient en minorité au Paradis (si toutefois cette information devait être retenue).

Rappelons que le contexte qui fut rapporté par plusieurs Ṣaḥâbah (dont les trois ‘Abdullah, Abû Sa’îd al Khudrî ou encore Abû Hurayrah) est celui stipulant qu’un jour de ‘Îd (fête, célébration), le Prophète encouragea les hommes et les femmes à faire des aumônes, tout en précisant à ces dernières : « Ô femmes, faites l’aumône et multipliez les demandes de pardon car j’ai vu que vous formiez la majeure partie des gens de l’Enfer. »

Or, sans entrer dans les détails risquant de nuire à la compréhension de l’article, on sait que la majorité des Ṣaḥâbah n’a pas rapporté le rajout évoquant le fait que la femme aurait un manque quant à la raison et à la religion. On comprend donc que certains transmetteurs ont renchéri les propos prophétiques de leur propres initiatives en concluant, selon eux, que si les femmes étaient majoritaires en Enfer, c’est qu’elles étaient également défaillantes en raison et religion par rapport aux hommes, ceci expliquant cela d’après eux. Mais le Prophète n’a jamais pu prononcer une telle parole contradictoire avec le Coran, la raison et les autres formules de ce Ḥadîth prépondérantes.

Que Dieu nous permette de comprendre.

Rédaction LVDH

******

[1] ‘Abdullah Ibn ‘Umar, Abû Sa’îd al Khudrî, Jâbir Ibn ‘Abdillah et d’autres.

[2] Sachant qu’il peut s’agir d’une erreur de ce dernier ou d’Abû at Tayyâḥ.

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