Les Ḥadîths ne sont pas la parole du Prophète !

Ce titre, volontairement provocateur, résume en fait cet article d’une importance capitale dans le cadre de notre rapport aux textes de l’islam et aux fondements du droit musulman (uṣûl al fiqh). En effet, il fait référence au fait que les Ḥadîths, à travers lesquels nous déclarons entre autres le licite et l’illicite ainsi que l’égaré et le bien-guidé, sont en fait des Ḥadîths très vraisemblablement et logiquement rapportés dans le sens compris et présumé par leurs transmetteurs, d’autant que le contexte de ces paroles est souvent inconnu ou simplement présumé, et qu’il ne s’agit donc pas des propos exacts du Prophète (paix sur lui) fidèlement et précisément rapportés. Ajoutons que cette transmission du Ḥadîth par le sens (bil ma’nâ) semble être très vraisemblablement préexistante au tadwîn, c’est-à-dire à la transcription en masse du Ḥadîth dans les recueils dès les IIIe et IVe siècles de l’Hégire.

I. Le Tadwîn (mise par écrit) du Ḥadîth

Il est fort probable que la très grande majorité des Ḥadîths auxquels nous avons accès aujourd’hui n’aient été rapportés que dans leur sens présumé, ce qui explique les nombreuses variantes existantes parfois pour un seul et même Ḥadîth, et ne sont donc nullement les propos exacts prononcés par le Messager de Dieu.

En effet, même si certains font référence la Ṣaḥîfah de Hammâm Ibn Munabbih (élève d’Abû Hurayrah) ou à la Ṣaḥîfah as Ṣadîqah de ‘Abdullah Ibn ‘Amr Ibn al ‘Âṣ afin de démontrer que les Hadîth furent mis par écrit dès le vivant du Prophète ou très peu de temps après sa mort, il convient de répliquer objectivement avec les points suivant :

  • Il n’existe aucun manuscrit datant de l’époque même du Prophète pouvant démontrer que cette affirmation soit vraie. D’ailleurs, même les deux manuscrits susmentionnés, dont l’un fut notamment étudié par le professeur Muhammad Hamidullah et traduit en français, daterait pour le premier du Ier siècle de l’Hégire, Hammâm ibn Munâbih étant mort au tout début du IIe siècle. Certains ont alors rapporté que la Ṣaḥîfah de Hammâm se trouverait dans le Musnad de l’Imâm Aḥmad, mais la chaîne de transmission n’est pas fiable et il n’y a finalement aucune preuve de cela. Que dire alors de la Ṣaḥîfah as Ṣadîqah de ‘Abdullah Ibn ‘Amr Ibn al ‘Âṣ ? De quel manuscrit dispose-t-on pour affirmer qu’elle daterait du Ier siècle de l’Hégire ?

 

  • La Ṣaḥîfah de Hammâm, bien qu’étant le recueil le plus proche de l’époque prophétique, ne contient que peu de Ḥadîths (moins de 150), plusieurs d’entre eux étant très discutables quant à leur acceptabilité, notamment à cause des confusions existantes entre les propos de Ka’b al Aḥbâr et ceux d’Abû Hurayrah. Ceci démontre par ailleurs que la proximité temporelle avec l’époque du Prophète ne règle absolument pas le problème de l’attribution de ces Ḥadîths au Messager de Dieu.

 

  • L’affirmation consistant à dire que le Ḥadîth fut écrit du vivant du Prophète ou juste après sa mort et que, par conséquent, la Sunnah fut retranscrite très tôt dans l’histoire de l’Islam, refoulant ainsi l’idée selon laquelle le Ḥadîth avait gardé un caractère exclusivement oral, ne tient donc aucunement la route, puisqu’il n’y a quasiment aucune preuve historique et manuscriptologique de cela. De plus, prétendre que la mise par écrit se fit du vivant même du Prophète (paix sur lui) ne doit pas reposer sur du déclaratif (propos rapportés par une chaîne de transmission) pour avoir un poids scientifique certain, mais cela doit être démontrer et prouver historiquement en retrouvant par exemple des manuscrits d’époque. En effet, le problème n’est pas de citer des narrations affirmant que le Prophète aurait autorisé la transcription du Ḥadîth (sachant qu’on en trouvera également qui interdisent cela formellement), le problème est de mettre en avant la date de ces attributions au Prophète, puisqu’affirmer que le Prophète aurait autorisé la transcription du Ḥadîth de son vivant en s’appuyant sur des dires que d’autres lui attribuent des décennies, voire des siècles après sa mort est totalement paradoxal du point de vue du raisonnement scientifique.

 

  • D’aucuns avancent alors que des recueils furent rédigés plus tard par des savants pour répertorier les propos qu’ils estimaient acceptables d’attribuer au Prophète et que cela constitue notre source première de législation après (ou au même niveau) le Coran. En vérité, si c’est notre source (et ce n’est pas notre position du tout), c’est alors notre problème et le fait de se référer à l’Imâm Al Bukhârî (IIIe siècle), à l’Imâm Ahmad (deuxième moitié du IIe siècle), à Ibn Abî Shaybah (IIIe siècle), au Muwaṭṭâ de Mâlik (principalement IIe siècle) ou encore au Muṣannaf de l’Imâm ‘Abd ar Razzâq as San’ânî (IIe – IIIe siècle) ne résout en rien la problématique de départ. La solution ne réside pas dans le fait de dire que ces gens ont compilé des recueils qu’on leur attribue (sachant que ce sont surtout leurs élèves qui les transmirent après leur mort avec des variantes), mais la solution consisterait de démontrer, par exemple, qu’on dispose aujourd’hui d’un exemplaire complet du Muwaṭṭâ (et non de fragments comme c’est le cas) ou du Muṣannaf en question qui date de l’époque de Mâlik ou de celle de l’Imam ‘Abd ar Razzâq sachant qu’il y a près de 150 ans entre la mort du Prophète et la naissance de cet Imâm.

En d’autres termes, quand on veut réellement réfuter le fait que la transcription du Hadîth se fit tardivement après le IIIe siècle de l’Hégire en s’appuyant sur les tous premiers recueils de Ḥadîths qu’auraient compilés notamment Ma’mar ibn Râshid (Al Jâmi’), Mâlik (Muwaṭṭâ), Sufyân ath Thawrî (Al Jâmi’) ou encore Ibn al Mubârak (Kitâb az Zuhd) au IIe siècle, encore faut-il être en mesure de démontrer que les manuscrits de ces recueils existent de nos jours et datent bel et bien du IIe siècle. Dans le cas contraire, ce n’est que de l’assertif et rien n’est démontré. D’autant que cela ne règlerait pas, de toute façon, la question de la fiabilité de ce que l’on attribue au Prophète, celui-ci étant décédé plus d’un siècle avant ce que d’autres lui attribuèrent plus tard via leurs recueils. Même le Muwattâ de l’Imâm Mâlik que nous pouvons avoir dans nos bibliothèques aujourd’hui ne dispose pas de manuscrit complet datant de l’époque de l’Imâm lui-même. On précise même que la grande majorité de ces ouvrages qui daterait du IIe siècle de l’Hégire ne sont pas disponibles aujourd’hui, mais que nous en avons connaissance uniquement par le biais de description qui en sont faites dans des ouvrages bien postérieurs à eux, c’est dire…

Si on se repose uniquement sur des chaînes de transmission ayant pu subir les aléas du temps, les erreurs, les omissions, les dissimulations (tadlîs), les mensonges, les falsifications, les influences du pouvoir politique ou autres, et donc ne transmettant pas d’information jugée qat’î (avérées, indiscutables), on ne peut affirmer de façon incontestable que la transcription du Hadîth se fit bien avant le IIIe siècle de l’Hégire et encore moins du vivant du Prophète ou tout juste après sa mort. Le problème n’est donc pas résolu, d’autant que les recueils servant de référence principale aujourd’hui dans le monde sunnite, à savoir les Ṣaḥîḥayn, furent transmis oralement ou rédigés par des hommes ayant vécu au IIIe siècle : c’est le cas de l’Imâm Al Bukhârî (ayant transmis oralement son recueil) et de l’Imâm Muslim. Pire, de quand date le manuscrit le plus ancien de l’un de ces deux recueils ? Certainement pas du IIIe siècle au cours duquel leurs auteurs vécurent. En effet, le plus ancien manuscrit du recueil du Ṣaḥîḥ d’Al Bukhârî par exemple daterait du XVe siècle du calendrier grégorien, soit le IXe siècle de l’Hégire, alors que son auteur est né à la fin du IIe siècle de l’Hégire (voir : Journal Title Bulletin d’études orientales ISSN 0253-1623 Source / Source 1998, vol. 50, pp. 191-222 – 4 p.3/4). De même, en terme de fragment ou de manuscrit incomplet de cet ouvrage, les plus anciens conservés le serait dans la Bibliothèque nationale de Bulgarie et daterait du début du XIe siècle grégorien (1017), soit près de 150 ans après la mort d’Al Bukhârî… (voir Bibliothèque numérique mondiale : http://www.wdl.org).

En fait, la quasi-totalité des recueils dont nous disposons aujourd’hui furent prétendument rédigés plusieurs siècles après la mort du Prophète :

  • Ier siècle : Hammâm ibn Munabbih (très peu de Hadiths, qui plus est discutables pour plusieurs)
  • Début IIe siècle : Mâlik, Sufyân ath Thawrî, Ibn al Mubârak et d’autres.
  • Fin IIe – début IIIe siècle : Abû Dâwud, Ibn Abî Shaybah, ‘Abd ar Razzâq, Aḥmad ibn Ḥanbal et d’autres.
  • IIIe siècle : Al Bukhârî, Muslim, Ibn Mâjah, At Tirmidhî, An Nasâ`î et d’autres.

Mais cela n’est que la date présumée de leur mise par écrit. En revanche, de quand datent les plus anciens manuscrits de ces recueils pour pouvoir confirmer, infirmer ou remettre en question leur date présumée et leur(s) auteur(s) ?

Conséquemment, l’intérêt, semble-t-il, réside plutôt dans le fait de dater les manuscrits de recueils de Ḥadîths les plus anciens dont nous disposons aujourd’hui, car peu importe que tel ou tel rapporte que certains Ṣaḥâbah transcrivaient le Ḥadîths, faut-il encore pouvoir le démontrer. Or, jusqu’à preuve du contraire, le fait d’affirmer qu’historiquement les traces dont nous disposons montrent que le Ḥadîth fut mis par écrit dans son immense majorité assez tardivement et à partir du IIIe siècle de l’Hégire est indubitable.

 

II. « Avant la mise par écrit, les Ḥadîths étaient transmis oralement »

Face à cette réalité historique, certains avancent alors le fait qu’avant le tadwîn du Ḥadîth, ce dernier était transmis oralement après mémorisation. D’ailleurs, l’historien et écrivain égyptien Ahmed Amîn (1886-1954) dira dans son ouvrage sur la culture islamique Fajr al islam (p. 222) ce qui suit :

على كل حال مضى العصر الأول و لم يكن تدوين الحديث شائعا إنما كانوا يروونه شفاها و حفظا و من كان يدون فإنما يدون لنفسه

« Durant le premier siècle de l’Hégire, la codification des Ḥadîths n’était pas courante, la plupart des gens rapportait alors les Ḥadîths oralement et de mémoire. Ceux qui préparèrent alors des recueils de Ḥadîths le firent pour eux-mêmes. »

Or, même si le fait que l’oralité fut dominante dans l’Arabie du VIIe siècle et même après est indiscutable, notamment parce que telle était la tradition des peuples de la région et que l’imprimerie n’existait pas encore, cela ne signifie pas que tout le monde était en capacité de mémoriser un texte après une seule écoute et de le transmettre fidèlement à une autre personne qui elle-même l’aurait transmis à une autre personne fidèlement et ce, jusqu’au IIe ou IIIe siècle de l’Hégire. Une telle idée extravagante suscite d’ailleurs plusieurs remarques :

  • Mémoriser parfaitement un texte après une seule écoute nécessite des capacités hors du commun qu’il n’est pas possible d’envisager pour l’ensemble de ceux qu’on appelle les Compagnons et les Tâbi’ûn. En effet, lorsque le Prophète parlait, il ne répétait pas sans cesse les mêmes paroles plusieurs fois jusqu’à ce qu’elles soient parfaitement mémorisées par ceux qui l’écoutent, contrairement au Coran qui était mémorisé et récité dans chaque prière notamment. Ainsi, l’oralité et la mémorisation étaient les seuls moyens de transmettre un savoir, mais ces moyens ont également leurs limites, notamment la déperdition du message entre ce qui est entendu, compris, mémorisé, transmis puis compris par l’autre, mémorisé et encore transmis, etc. Nous y reviendrons plus bas.
  • La transmission orale aurait cependant eu un poids tout autre si elle relevait du mutawâtir (notoire) à chaque niveau de la chaîne comme c’est le cas pour le Coran par exemple ou certains (très rares) Hadîths éventuellement. Or, rien ne prouve que les Hadîths furent mémorisés fidèlement et transmis de la même manière que le Coran. Pire, de nombreuses traces démontrent le contraire.

 

C’est cette évidence qui explique qu’on ait assez rapidement autorisé, parfois sous certaines conditions, la transmission du Ḥadîth par son sens. Mais cette autorisation n’était que la résultante de ce qui était déjà effectif, à savoir que depuis l’époque des Ṣaḥâbah, le Ḥadîth n’était très souvent transmis que par son sens, à l’exception peut-être des Ḥadîths mettant en avant des invocations (du’â), ceux-ci étant généralement mémorisé. Ceci dit, même la fiabilité littérale de ce genre de Ḥadîths pourrait être discutée quand on s’aperçoit par exemple que la formule du Tashahhud de la prière, censée normalement être unique et mémorisée, diffère selon les Compagnons. Ainsi, nous avons la version de ‘Umar, celle d’Ibn ‘Umar, celle d’Ibn Mas’ûd, celle d’Ibn ‘Abbâs, celle d’Abû Mûsa al Ash’arî ou encore celle de ‘Âïshah.

A l’évidence, si le fait de rapporter par le sens fut autorisé à une époque relativement récente après la mort du Prophète Muḥammad, c’est que cela devait être déjà le cas avant le IIe siècle. Ainsi, même si on peut imaginer que la précision était (relativement) présente quand il s’agissait d’invocations, cela est plus difficilement imaginable quand il s’agit d’un discours prononcé dans diverses circonstances sur une durée plus ou moins importante.

D’ailleurs, ce n’est pas anodin si la parole attribuée au Prophète n’est pas considérée comme un argument en langue arabe. En effet, le Ḥadîth fut souvent rapporté dans son sens, présumé ou compris, et donc avec plus ou moins d’exactitude. En outre, le rapporteur du Ḥadîth a tout à fait pu commettre une faute syntaxique, grammaticale voire une erreur de compréhension. Elle n’est donc pas considérée comme un argument par bon nombre de linguistes et ce, à l’exception du Ḥadîth mutawâtir (notoire) dont la parole (lafẓ) est également notoire.

Certes, le fait que l’oralité occupait une place majeure dans l’Arabie médiévale est un fait incontestable et il suffit de remarquer la faiblesse des écrits datant de la période préislamique et celle datant des débuts de l’islam pour s’en donner une idée. En effet, outre le rapport large à l’ensemble de la tradition scripturaire (Coran et Ḥadîths) et aux chronographies produites pour l’essentiel dans l’Iraq abbasside, surtout à compter du IXe siècle grégorien, le chercheur doit composer avec des textes à intention historique, tardifs et iraqo-centrés puisque dans la société d’origine de l’islam, l’oralité l’emportait sur l’écriture.

Mais en même temps, comme le rappelle le professeur Antoine Borrut[1], le chercheur désireux d’étudier les premiers siècles de l’islam doit faire face à des défis méthodologiques particuliers, notamment en raison de l’indigence des sources documentaires d’époque et du caractère tardif des sources narratives préservées. De plus, les fouilles archéologiques ou les prospections épigraphiques restent inégalement réparties à l’échelle du monde musulman[2].

 

III. Les chaînes de transmission ne résolvent pas le problème

Les débuts de l’islam virent naître de nombreuses dissidences, des courants politico-idéologiques apparurent et le nombre de paroles fausses attribuées au Prophète s’accrut considérablement. Il est donc logique qu’on ait voulu, à cette époque, mettre en place des remparts, des barrières, des conditions afin de s’assurer que tel propos attribué au Prophète avait de fortes probabilités d’être véridique. La chaîne de transmission fut alors exigée lorsque l’on rapportait un Ḥadîth, puisque c’était un gage, plus ou moins contestable, de sûreté. En revanche, elle n’était pas demandée par les premiers Salafs dans les autres sciences (fiqh, ‘aqîdah, langue arabe…). Toutefois, la problématique des chaînes de transmission est qu’elles sont souvent déclaratives et non prouvées. Or, il faut distinguer le fait de rapporter et de déclarer une chose comme vraie, et le fait qu’elle le soit réellement. En effet, comment être certain que telle personne a bien reçu tel savoir intact par telle autre personne qui elle-même a reçu ce même savoir intact par une autre et ainsi de suite sur plusieurs générations et ce, sans altération ?

Comment imaginer que plus de 1400 ans d’histoire ne laissent aucune trace et n’entache en rien lesdites transmissions. Les chaînes de transmission ne sont alors que déclaratives, puisque c’est untel qui affirme avoir reçu son savoir d’untel. Mais cela n’est pas une preuve de véracité du contenu de l’information.

Imaginons par exemple que nous soyons une vingtaine de personnes à suivre le cours d’un professeur dans une mosquée ou une salle de conférence et que l’on interroge certains étudiants à la sortie du cours et d’autres encore quelques jours, voire quelques mois après le cours. Peut-on sereinement imaginer que tous les étudiants rapporteront mot pour mot les propos qu’ils ont entendu du professeur ? Assurément que non, tous ne furent pas concentrés de la même manière, certains purent s’absenter quelques instants, d’autres s’endormir, d’autres être interpellés par un propos qui les a déconnectés temporairement du reste du discours, etc. Il est évident que tous ne rapporteront pas les mêmes propos, que certains divergeront même sur ce qui a été dit et que, chacun selon sa compréhension, rapportera ce qu’il a compris du cours, au risque de mettre en avant des idées et opinions complètement contradictoires et opposées. Ainsi, même si on est assuré que les étudiants en question ont bien assisté au cours de tel professeur, on sait aussi que chacun aura transmis à d’autres personnes ce qu’il a compris du cours en question, non ce que le professeur aura dit précisément, et que ces derniers auront transmis à leur tour le contenu du cours à d’autres personnes par la voie d’un des étudiants d’après ce qu’il aura compris des propos de l’étudiant en question. En bref, même si on convenait que la chaîne de transmission assurait que tel a bien entendu de tel, ce qui n’est pas forcément le cas, nous ne prouverions absolument pas que les propos qu’on attribue au professeur sont bel et bien ceux qu’il a tenus avec exactitude. Or, l’utilisation d’un mot précis dans un contexte particulier avec un ensemble d’autres phrases ou explications l’entourant et en référence à des habitudes de langage liées à la culture ou autres change radicalement la compréhension qu’on peut avoir d’une parole et sa portée.

En résumé, quand bien même les chaînes seraient toutes vérifiées, cela ne prouverait pas que le savoir est inaltéré, mais simplement qu’il provient de telle ou telle personne. Or, entre ce qu’un individu comprend de ce qu’un autre lui a dit et entre ce qu’un individu dit et ce qu’il a voulu dire, il peut y avoir un fossé, surtout si le nombre de maillons dans la chaîne se multiplie génération après génération. Entre le message du début et le message d’arrivée, il y a parfois un écart immense. Donc la chaîne de transmission, si elle est avérée, ne prouve que la transmission d’untel à untel, et non le fait que le savoir qui est transmis par cette voie le soit de manière correcte, sans perte, sans incompréhension, sans altération et sans modification, en toute conformité avec les propos du Prophète.

Récemment, des chercheurs américains ont pu même montrer que le taux de déperdition d’un échange verbal pouvait atteindre 90%, le récepteur ne percevant alors plus que 10% du message initial[3]. C’est dire qu’il y a une grande différence entre ce qu’une personne pense, ce qu’elle veut dire et ce qu’elle dit. Tout comme il peut y avoir un fossé entre ce qu’une personne entend, comprend, retient et transmet. La chaîne de transmission n’est pas une garantie que le savoir soit correct, loin de là, surtout si elle se répète sur plusieurs générations, les Ḥadîths en sont les témoins. Même dans les Uṣûl al Fiqh (fondements du droit), les savants musulmans (sunnites et autres) affirment que la chaîne de transmission ne garantit nullement la science certaine. Seule la « véritable » chaîne mutawâtirah (notoire) est, à leurs yeux, capable de mener à une science certaine, mais cela reste également discutable, en plus d’être rarissime. .

Pour que cela soit plus explicite encore rappelons que la communication ou la transmission d’un message implique un échange entre un émetteur et un ou plusieurs récepteurs. Ceci dit, pour que l’écoute soit optimale il faut qu’elle soit active (attentive) et donc que le récepteur soit disposé psychologiquement et intellectuellement à capter le message. Mais plusieurs obstacles peuvent alors surgir :

  • Un obstacle physique comme la surdité partielle ou totale.
  • Un esprit rêveur qui se déconnecte facilement de l’environnement immédiat.
  • Des facteurs émotionnels nuisant à la concentration.
  • La passivité produisant une écoute volontairement sélective.
  • La fatigue ne permettant pas l’écoute active.
  • Divers éléments interférant comme le bruit, l’odeur, la luminosité, la chaleur, le froid ou autres.
  • Les préjugés entraînant une « semi-écoute » puisque l’émetteur ou ses propos sont « jugés d’avance ».

Tous ces obstacles touchent évidemment les Hommes en général, et les Compagnons autant que les générations suivantes furent assurément des Hommes potentiellement concernés, à différents niveaux, par ce qui est susmentionné. Imaginer qu’ils y auraient tous échappés n’a rien de rationnel et est proche de la folie, voire du fanatisme.

Le schéma ci-après illustre assez bien cette déperdition de l’échange oral entre transmetteur et récepteur, sans parler de celle liée à l’écrit à laquelle nous avons accès aujourd’hui via les recueils de Ḥadîths notamment :

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Ce que je veux dire

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Ce que je décide de dire

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Ce que je dis réellement

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Ce que l’autre entend/écoute

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Ce que l’autre comprend

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Ce que l’autre retient (filtre)

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Ce que l’autre transmet

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Ainsi, même s’il est bien avéré qu’untel a transmis à untel,

que reste-t-il du message initial ?

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C’est pour cette raison que la vigilance est de mise concernant les Ḥadîths, notamment quand ils sont rapportés par un nombre très restreint d’individus au début de la chaîne, d’autant que la communication est un tout complexe qui ne se limite pas à la communication verbale. Aussi, on estime que la communication non-verbale, à laquelle nous ne pouvons plus être témoin concernant le Prophète et les premières générations, est plus influente encore que la communication verbale. D’ailleurs, certains Ḥadîths évoquant la gestuelle du Prophète témoignent de cela puisque nous sommes obligés de faire confiance au transmetteur quant à la gestuelle en question. En outre, il est connu qu’un récepteur ne retient jamais l’entièreté d’un message à cause des obstacles précédemment cités qui entraînent la perte, l’appauvrissement ou la déformation d’une partie de celui-ci. Ainsi, non seulement nous ne percevons pas la même chose d’un même message, mais nous perdons plus ou moins de son contenu.

 

IV. Des témoignages rapportés explicites

Ajoutons enfin, pour celles et ceux qui douteraient de la cohérence de ce qui précède, des témoignages rapportés assez clairs et édifiants, et pourtant si logiques, montrant que les Ḥadîths furent bien souvent transmis dans leur sens et non tel que le Prophète les aurait prononcés. En somme, les Ḥadîths ne représentent pas la parole prophétique, mais seulement la parole présumée, supposée, présagée qu’aurait tenue le Prophète et ce, même quand le Ḥadîth en question est qualifié de « Ṣaḥîḥ » (authentique) :

Nous trouvons dans le Mustadrak ‘alâ as Ṣaḥîḥayn (Ḥadîth n°6496) :

فَحَدَّثَنَا أَبُو إِسْحَاقَ إِبْرَاهِيمُ بْنُ فِرَاسٍ الْفَقِيهُ بِمَكَّةَ حَرَسَهَا اللَّهُ تَعَالَى ، ثَنَا بَكْرُ بْنُ سَهْلٍ الدِّمْيَاطِيُّ ، ثَنَا عَبْدُ اللَّهِ بْنُ صَالِحٍ ، حَدَّثَنِي مُعَاوِيَةُ بْنُ صَالِحٍ ، عَنِ الْعَلَاءِ بْنِ الْحَارِثِ ، عَنْ مَكْحُولٍ قَالَ : دَخَلْتُ عَلَى وَاثِلَةَ بْنِ الْأَسْقَعِ فَقُلْتُ : يَا أَبَا الْأَسْقَعِ ، حَدِّثْنَا حَدِيثًا سَمِعْتَهُ مِنْ رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ، لَيْسَ فِيهِ وَهْمٌ وَلَا مَزِيدٌ وَلَا نِسْيَانٌ ، فَقَالَ : هَلْ قَرَأَ أَحَدٌ مِنْكُمُ اللَّيْلَةَ مِنَ الْقُرْآنِ شَيْئًا ؟ فَقُلْنَا : نَعَمْ ، وَمَا نَحْنُ لَهُ بِالْحَافِظِينَ ، قَالَ : فَهَذَا الْقُرْآنُ مَكْتُوبٌ بَيْنَ أَظْهُرِكُمْ لَا تَأْلُونَ حِفْظَهُ ، وَأَنْتُمْ تَزْعُمُونَ أَنَّكُمْ تَزِيدُونَ وَتَنْقُصُونَ ، فَكَيْفَ بِأَحَادِيثَ سَمِعْنَاهَا مِنْ رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ عَسَى أَنْ لَا نَكُونَ سَمِعْنَاهَا إِلَّا مَرَّةً وَاحِدَةً حَسْبُكُمْ إِذَا جِئْنَاكُمْ بِالْحَدِيثِ عَلَى مَعْنَاهُ وَقَدْ قِيلَ : كُنْيَتُهُ أَبُو قِرْصَافَةَ

المستدرك على الصحيحين

 حديث رقم 6496

« Abu Isḥâq ibn Ibrâhîm ibn Firâs, le Faqîh de la Mecque rapporte d’après Bakru ibn Sahl ad Dimyâṭî, d’après ‘Abdullah ibn Ṣâliḥ, d’après Mu’âwiyah ibn Ṣâliḥ, d’après Al ‘Alâ` ibn al Ḥârith, d’après Al Makḥûl qui a dit :

« Je suis entré chez Wâthila ibn al Asqa’ (Compagnon, converti l’année 9 H., parmi les gens de Ṣuffah qui a participé à la bataille de Tabūk), je lui ai dit : “Ô Abu al ‘Asqa’, rapporte-nous un Ḥadîth que tu as entendu du Messager d’Allah (paix sur lui) dans lequel il n’y a ni erreur (confusion) ni ajout ni oubli.” Il a dit : “Est-ce que l’un d’entre vous a lu la nuit quelque chose du Coran ?” Nous avons répondu : “Oui, mais nous ne faisons pas partie de ses mémorisateurs.”

Il a dit : “Ce coran écrit qui est (entre vos mains) vous ne ménagez pas sa mémorisation et vous prétendez (pourtant) que vous ajoutez et diminuez, alors comment (ferez-vous) avec des Ḥadîths que nous avons entendu du Messager d’Allah et dont il se peut que nous les ayons entendus qu’une seule fois ! Il vous suffit que nous vous apportions le Ḥadîth dans son sens.” »

Deux remarques concernant ce Ḥadîth :

  • Premièrement, il faut noter l’atmosphère existante autour de la transmission du Ḥadîth très tôt après la mort du Prophète. En effet, déjà à l’époque des Ṣaḥâbah on demande s’il existe un Ḥadîth sans erreur, sans rajout et sans diminution, sachant que Wâthilah est décédé l’année 83 H., vers l’âge de 90 ou 100 ans.
  • A cette époque déjà, le Ḥadîth est apporté selon son sens (compris/présumé). Imaginons alors ce qu’il en fut des générations après jusqu’à la mise par écrit du Ḥadîth…

 

Nous trouvons dans Tuḥfah al Aḥwadhî, commentaire du Sunan at Tirmidhî d’Al Mubârakfûrî, chapitre de la science p. 349 :

وَقَالَ مُحْيِي السُّنَّةِ : اخْتُلِفَ فِي نَقْلِ الْحَدِيثِ بِالْمَعْنَى وَإِلَى جَوَازِهِ ذَهَبَ الْحَسَنُ وَالشَّعْبِيُّ وَالنَّخَعِيُّ ، وَقَالَ مُجَاهِدٌ : انْقُصْ مِنَ الْحَدِيثِ مَا شِئْتَ وَلَا تَزِدْ ، وَقَالَ سُفْيَانُ : إِنْ قُلْتُ حَدَّثْتُكُمْ كَمَا سَمِعْتُ فَلَا تُصَدِّقُونِي فَإِنَّمَا هُوَ الْمَعْنَى ، وَقَالَ وَكِيعٌ : إِنْ لَمْ يَكُنِ الْمَعْنَى وَاسِعًا فَقَدْ هَلَكَ النَّاسُ ، وَقَالَ أَيُّوبُ عَنِ ابْنِ سِيرِينَ : كُنْتُ أَسْمَعُ الْحَدِيثَ عَنْ عَشَرَةٍ وَاللَّفْظُ مُخْتَلِفٌ وَالْمَعْنَى وَاحِدٌ . وَذَهَبَ قَوْمٌ إِلَى اتِّبَاعِ اللَّفْظِ مِنْهُمُ ابْنُ عُمَرَ وَهُوَ قَوْلُ الْقَاسِمِ بْنِ مُحَمَّدٍ وَابْنِ سِيرِينَ وَمَالِكِ بْنِ أَنَسٍ وَابْنِ عُيَيْنَةَ . وَقَالَ مُحْيِي السُّنَّةِ: الرِّوَايَةُ بِالْمَعْنَى حَرَامٌ عِنْدَ جَمَاعَاتٍ مِنَ الْعُلَمَاءِ وَجَائِزَةٌ عِنْدَ الْأَكْثَرِينَ وَالْأَوْلَى اجْتِنَابُهَا ، انْتَهَى .

تحفة الأحوذي شرح سنن الترمذي

محمد بن عبد الرحمن بن عبد الرحيم المباركفوري

« Le vivificateur de la Sunnah – Muḥî as Sunnah – (Al Baghawî) a dit : “On a divergé concernant la transmission dans le sens (du Hadîth). C’est pour sa permission qu’ont opté Al Ḥasan, Ash Sha’bî ou encore An Nakhâ’î.

Mujâhid qui a dit : “Diminue du Ḥadîth ce que tu veux (souhaites), mais ne rajoute pas.”

As Sufyân a dit : “Si je vous dis que je vous rapporte le Ḥadîth comme je l’ai entendu ne me croyez pas. Mais ceci est plutôt le sens (du Ḥadîth).”

Al Wakî’ a dit : “Si le sens n’était pas large les gens auraient péri.”

Al Ayyûb a dit selon Ibn Sîrîn : ”J’entendais le Ḥadîth (selon dix personnes). La formule différait, mais le sens était unique.”

Des gens ont eu comme avis de suivre la formule (le Lafẓ), parmi eux on trouve Ibn ‘Umar. Et c’est l’avis d’Al Qâsim ibn Muḥammad, Ibn Sîrîn, Mâlik ibn Anas et Ibn ‘Uyaynah. Muḥî as Sunnah a dit : “La transmission par le sens est interdite chez un groupe parmi les savants et est permise chez le plus grand nombre. Le meilleur est de l’éviter.” Fin de citation

 

Nous trouvons dans le Tafsîr al Qurṭubî 1/413 :

وقال قتادة عن زرارة بن أوفى: لقيت عدةً من أصحاب النبي صلى الله عليه وسلم فاختلفوا علي في اللفظ واجتمعوا في المعنى.

وكان النخعي والحسن والشعبي رحمهم الله يأتون بالحديث على المعاني.

وقال الحسن: إذا أصبت المعنى أجزأك.

وقال سفيان الثوري رحمه الله: إذا قلت لكم إني أحدثكم كما سمعت فلا تصدقوني إنما هو المعنى.

وقال وكيع رحمه الله: إن لم يكن المعنى واسعا فقد هلك الناس.

Qatâdah a dit selon Zurârah ibn Awfâ : « J’ai rencontré plusieurs Compagnons du Prophète (paix sur lui). Ils divergèrent devant moi sur la formule (d’un Ḥadîth) et se rassemblèrent sur le sens. »

An Nakhâ’î, Al Ḥasan, Ash Sha’bî, qu’Allah leur fasse miséricorde, venaient avec le Hadîthhselon les sens.

Al Ḥasan a dit : « si tu as atteint le sens, il t’est permis (de transmettre) » Etc.

Nous trouvons dans Al Kifâyah fî ‘Ilm ar Riwâyah d’Al Baghdâdî (p. 22), l’un des spécialistes en la matière, d’après une chaîne qualifiée d’authentique :

 أَنَا أبو عَبْدُ اللَّهِ الحسين بْنُ عمر بن برهان الغزال و أبو الفتح هلال بْنِ محمد بن جعفر الحفار قالا:  أنَا إِسْمَاعِيلُ بْنُ مُحَمَّدٍ الصَّفَّارُ ، قال أبو محمد العَبَّاسُ بْنُ عَبْدِ اللَّهِ التَّرْقُفِيُّ ، قَالَ : سَمِعْتُ الْفِرْيَابِيَّ ، يَقُولُ : سَمِعْتُ سُفْيَانَ ، يَقُولُ :  » لَوْ أَرَدْنَا أَنْ نُحَدِّثَكُمْ بِالْحَدِيثِ كَمَا سَمِعْنَاهُ مَا حَدَّثْنَاكُمْ بِحَدِيثٍ وَاحِدٍ  » .

اسناده صحيح

‘Abdullah ibn al Ḥusayn ibn ‘Umar ibn Burhân al Ghazzâl et Abû al Fatḥ Hilâl ibn Muḥammad ibn Ja’far al Ḥafâr ont dit : « Ismâ’îl ibn Muḥammad as Ṣaffâr rapporte d’après Abû Muḥammad al ‘Abbâs ibn ‘Abdillah at Tarqufî, d’après al Firyâbî, que Sufyân a dit : « Si nous voulions vous rapporter le Ḥadîth comme nous l’avons entendu, nous ne vous aurions rapporté aucun Ḥadîth! »

وحَدَّثَنِي حَرْمَلَةُ بْنُ يَحْيَى التُّجِيبِيُّ، أَخْبَرَنَا ابْنُ وَهْبٍ، أَخْبَرَنِي يُونُسُ، عَنِ ابْنِ شِهَابٍ، أَنَّ عُرْوَةَ بْنَ الزُّبَيْرِ، حَدَّثَهُ أَنَّ عَائِشَةَ قَالَتْ: أَلَا يُعْجِبُكَ أَبُو هُرَيْرَةَ جَاءَ فَجَلَسَ إِلَى جَنْبِ حُجْرَتِي يُحَدِّثُ، عَنِ النَّبِيِّ صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ، يُسْمِعُنِي ذَلِكَ، وَكُنْتُ أُسَبِّحُ، فَقَامَ قَبْلَ أَنْ أَقْضِيَ سُبْحَتِي، وَلَوْ أَدْرَكْتُهُ لَرَدَدْتُ عَلَيْهِ، إِنَّ رَسُولَ اللهِ صَلَّى اللهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: «لَمْ يَكُنْ يَسْرُدُ الْحَدِيثَ كَسَرْدِكُمْ»

ش (كنت أسبح) معنى أسبح أصلي نافلة وهي السبحة قيل المراد هنا صلاة الضحى (لم يكن يسرد الحديث كسردكم) أي يكثره ويتابعه

[La chaine], ‘Urwah ibn Zubayr a rapporté que ‘Â`ishah a dit : « Abû Hurayrah ne t’étonne-t-il pas ! Il est venu et s’est assis à côté de ma chambre (qui était liée directement à la mosquée) et il rapporte selon le Prophète (paix sur lui) en me faisant entendre cela. J’étais en train de prier, mais il se leva avant que je ne termine ma prière. Si je l’avais rattrapé, je lui aurais répliqué que, certes, le Messager d’Allah (paix sur lui) ne narrait pas (abondamment) le Ḥadîth (en le faisant suivre) comme vous le faites. »

صحيح البخاري  -4513

صحيح مسلم – فضائل الصحابة  -2493

صحيح مسلم – فضائل الصحابة 2493 –

سنن الترمذي – المناقب-  3639

سنن أبي داود – العلم – 3654

سنن أبي داود – العلم  -3655

مسند أحمد – باقي مسند الأنصار  -6 /118

مسند أحمد – باقي مسند الأنصار  -6/138

مسند أحمد – باقي مسند الأنصار  -6/157

Ceci étant dit, il ne s’agit pas ici d’affirmer que l’ensemble des Ḥadîths rapportés et attribués au Prophète seraient faux ou inventés, ceci est une position qui n’est pas vraiment objective et fondée historiquement, mais il s’agit de mettre en avant l’extrême vigilance dont il faut faire preuve à la lecture de ces propos, justement par respect pour notre Prophète, et prendre conscience que, même si un travail plus ou moins respectable fut accompli par le passé pour tenter de distinguer le vrai du faux en la matière, ce dernier n’est pas terminé et infaillible, les mailles du filtre devant se resserrer pour débarrasser encore davantage la sunnah de son influence idéologique et politique durant des siècles pour se rapprocher de l’ambroisie initiale.

Aussi, il nous semble évident que tout Ḥadîth, qu’il soit qualifié de faible ou d’authentique, doit être confronté au filtre premier du Coran, puis à celui de la raison. En outre, il convient d’être clair quant au fait que le Ḥadîth, qui plus est eu égard à ce qui vient d’être précisé dans cet article, ne peut ni abroger ni contredire le Coran, et encore moins légiférer à sa place ou en sus de lui de façon universelle et intemporelle.

Il faut donc redonner au Ḥadîth sa véritable place, conforme au Coran et avec un esprit critique, à savoir un rôle consultatif ou informatif quant à l’histoire, la sagesse, le bon comportement, les récompenses de telle ou telle action, voire un rôle itératif par rapport à la législation coranique. En revanche, considérer que le Ḥadîth puisse légiférer au même titre que le Coran, voire abroger ce dernier, nous semble complètement paradoxal, incohérent et en contradiction avec le Livre de Dieu. Nous publierons à ce titre des articles détaillés quant au rôle de la Sunnah en islam étant donné tout ce que l’on sait sur son aspect tangible et fondé.

La question que doit en fait se poser un musulman est la suivante : est-il normal, pertinent et prudent de se servir du Ḥadîth comme une source de la loi en islam étant donné les zones d’ombre qui l’entourent quant à sa fiabilité, sa véracité et sa fidélité au propos du Prophète, tout en sachant qu’il a pu être touché par l’erreur, la confusion, l’oubli, le mensonge ou encore l’invention et sans omettre que le Coran ne donne jamais à la Sunnah un tel rôle ? Cela est-il normal quand on a le Coran avec nous et que l’on sait, quoiqu’il en soit, que le Messager d’Allah était entièrement fidèle à la parole d’Allah et qu’il ne pouvait la contredire ?

Dieu est plus savant.

Rédaction LVDH

***

[1] Professeur adjoint à l’université du Maryland (USA) et spécialisé dans l’histoire et l’historiographie des premiers siècles de l’islam, les sources musulmanes et non-musulmanes, la Syrie, les Omeyyades et les Abbasides.

[2] Antoine Borrut, Introduction ; la fabrique de l’histoire et de la tradition islamique, https://remmm.revues.org/7053, 2011.

[3] Lionel Morel, La communication, http://jacquet.stephan.free.fr/communication.pdf.

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