La Sunnah a-t-elle vocation à expliquer le Coran ? (introduction)

La Sunnah a-t-elle pour rôle d’expliquer le Coran ? Brève introduction réflexive…

Comme chacun sait, le Coran fut préservé par voie de Tawâtur[1] et ce, même si le caractère divin du Coran ne dépend pas de cet aspect.[2] En revanche, chacun sait également que le Ḥadîth ne fut pas préservé contre les ajouts, les confusions, les modifications, les fausses attributions, les mensonges ou encore les incompréhensions dans la parole rapportée et ce, même si certains théologiens ont tenté, tant bien que mal et avec des outils assez subjectifs, de distinguer le « vrai du faux ». En effet, la quasi-totalité des Ḥadîths à notre disposition sont des Ḥadîths Aḥâd (singulier), c’est-à-dire rapporté par un petit nombre de transmetteurs, et ils n’indiquent donc jamais la science certaine, la fiabilité de la source et l’authenticité sûre et ce, même si le Ḥadîth en question est qualifié de Ṣaḥîḥ (sain quant à la chaîne de transmission). En effet, la seule information attribuée au Prophète pouvant indiquer la science certaine du point de vue des Uṣûl al Fiqh (fondements du droit) est le Ḥadîth qualifié de Mutawâtir (notoire).

A ce titre, les savants ne sont même pas d’accord sur les critères permettant de qualifier un Hadîth de Mutawâtir (notoire) ni donc, par conséquent, sur le nombre total de Ḥadîths appartenant à cette catégorie. Certains affirment qu’il n’y en a pas, d’autres évoquent un nombre ne dépassant pas les 10, d’autres 70, d’autres un peu plus de 100 comme As Suyûṭî ou d’autres encore plus ou moins de 200. Ainsi, même si l’on retient un chiffre représentant une moyenne haute (150)[3] et que l’on compare cette donnée au nombre total de Ḥadîths attribués au Prophète, soit environ 600 000 Ḥadîths[4], cela représente 0,03% ! Et si on compare cette moyenne de Ḥadîths Mutawâtir au nombre approximatif de Ḥadîths Aḥâd (singulier) jugés « sains » (sans les répétitions), soit environ 10 000 (pour une estimation haute), alors cette part ne représente que 1,5%…

Ainsi, la part de Ḥadîths indiquant la science certaine et la fiabilité de la source dans le patrimoine islamique dépasserait à peine les 1%… En d’autres termes, si le Coran fut préservé par le Tawâtur, tel ne fut pas le cas de la Sunnah rapportée par les Ḥadîths.

Deux questions se posent alors, notamment pour ceux qui prétendent que le Coran a besoin du Ḥadîth pour être compris :

  1. Comment Allah peut-il conditionner la compréhension du Coran à une source aussi incertaine, transcrite tardivement des siècles après la mort du Prophète d’un point de vue manuscriptologique et dont quasiment aucun manuscrit d’époque ne nous ait parvenu aujourd’hui ?
  1. De même, comment la Sunnah pourrait-elle avoir vocation à expliquer le Coran sans qu’Allah ne le stipule clairement dans son Livre ?

C’est comme si une personne affirmait garantir la pureté de l’eau que boivent les gens au robinet, sans surveiller et garantir l’assainissement du chemin emprunté par l’eau dans la tuyauterie… ne serait-ce pas totalement paradoxal ?

La chose paraît en fait évidente puisqu’il est totalement improbable que l’on exige la présence de récits singuliers et donc potentiellement erronés, confus, incertains ou inventés, pour expliquer ce qui est notoire, à savoir le Coran, ce dernier étant présenté intrinsèquement comme clair et explicite. En d’autres termes, conditionner la compréhension d’un texte de fiabilité certaine (Qaṭ’î ath Thubût), à savoir le Coran, à un texte de fiabilité douteuse (Ẓannî ath Thubût), à savoir le Ḥadîth (singulier), rend le premier douteux quant à son indication et limité dans sa compréhension, ce qui est totalement incompréhensible et paradoxale avec la volonté coranique de transmettre un message universel s’adressant à l’humanité entière.

Notre foi nous interdit d’avoir l’idée qu’Allah, le parfaitement Connaisseur, nous demande de tenir compte d’une chose si incohérente et injuste…

Qu’Allah nous permette de raisonner…

Equipe La voie du Ḥanîf

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[1] C’est-à-dire transmis par un nombre considérable de voies dans toutes les générations. Nous publierons sur cet aspect via des articles dédiés

[2] Nous reviendrons plus en détails sur ce point dans d’autres publication, notamment en distinguant le Rasm du Coran des Qirâ`ât.

[3] Notre position est qu’il y a très peu de Ḥadîths Mutawâtir, ceux-ci étant selon nous principalement des Khabar rapportant des pratiques et non des paroles.

[4] Ce chiffre est évidemment discutable et d’autres pourront cités des chiffres plus ou moins importants. Ce chiffre comprend les redites et toutes les catégories de Ḥadîth allant de l’inventé à l’acceptable.

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