(4/34) »Les hommes ont autorité sur les femmes » (1/5)

1ère PARTIE DU VERSET (4/34) : « Les hommes ont autorité sur les femmes… »

Voici le verset en entier avec sa traduction courante :

الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاء بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ وَبِمَا أَنفَقُواْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ فَالصَّالِحَاتُ قَانِتَاتٌ حَافِظَاتٌ لِّلْغَيْبِ بِمَا حَفِظَ اللّهُ وَاللاَّتِي تَخَافُونَ نُشُوزَهُنَّ فَعِظُوهُنَّ وَاهْجُرُوهُنَّ فِي الْمَضَاجِعِ وَاضْرِبُوهُنَّ فَإِنْ أَطَعْنَكُمْ فَلاَ تَبْغُواْ عَلَيْهِنَّ سَبِيلاً إِنَّ اللّهَ كَانَ عَلِيًّا كَبِيرًا

« Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand ! »

La partie qui nous intéresse dans cette première partie est le début du verset :

الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاء بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ وَبِمَا أَنفَقُواْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ

D’après les traductions généralement proposées, cette partie est donc traduite comme suit :

« Les hommes (Rijâl) ont autorité (Qawwâmûn) sur les femmes (Nisâ), en raison des faveurs qu’Allah accorde (Faḍḍala) à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses (Anfaqu) qu’ils font de leurs biens (Amwâl). »

Ainsi traduit, le terme « Qawwamûn » renvoie à l’autorité qu’aurait l’homme sur la femme, et donc à une forme de soumission de cette dernière par rapport à son époux étant donné la supériorité hiérarchique qu’il détiendrait.

D’ailleurs ce sens est appuyé par la traduction donnée aux termes succédant cette partie, « Qânitât » et « Ḥâfiẓât », à savoir respectivement « obéissantes (soumises) » et « préservatrice » des biens du mari précise-t-on, indication qui, au passage, n’est absolument pas présente dans le texte coranique. Dieu voulant, nous y reviendrons si vous le voulez.

Quant au terme « Qawwâmûn », il est dérivé du verbe « Qâma – قام » qui signifie « se tenir droit » ou encore « se mettre debout ». D’ailleurs, c’est pour cela que l’on parle d’Iqâmah de la Ṣalât (prière) comme pour s’inviter et inviter les orants à se mettre debout devant Allah afin d’accomplir cette dernière.

Ainsi, le terme « Iqâmah » fait linguistiquement référence au fait de « s’implanter », « d’instaurer » ou encore « d’établir ». Quant au verbe « Qâma » évoqué, il porte également le sens de « base », de « racine », de « fondation » ou encore « d’assise » sur laquelle repose une charge par exemple et qui lui donne sa stabilité, comme l’indique clairement le terme dérivé « Qiwâm » signifiant « base », « fondement », « appui », « soutien » ou encore « béquille ».

En résumé, le terme « Qawwâmûn » présent dans le verset fait référence à la responsabilité qui incombe à l’homme et au fait d’assumer un devoir ou une charge. Ce terme est d’ailleurs utilisé dans d’autres versets sous des formes dérivées et traduit approximativement :

Sourate 4, verset 135 :

يا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ كُونُواْ قَوَّامِينَ بِالْقِسْطِ شُهَدَاء لِلّهِ وَلَوْ عَلَى أَنفُسِكُمْ أَوِ الْوَالِدَيْنِ وَالأَقْرَبِينَ

« Ô les croyants ! Observez strictement (rigoureux, responsables – Qawwâmîna) l’équité et soyez des témoins (véridiques) comme Allah l’ordonne, fût-ce contre vous-mêmes, contre vos père et mère ou proches parents […]. »

Sourate 5, verset 8 :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ كُونُواْ قَوَّامِينَ لِلّهِ شُهَدَاء بِالْقِسْطِ

« Ô les croyants ! Soyez stricts (rigoureux, responsables – Qawwâmîna) envers Allah et (soyez) des témoins équitables. […]. »

Comme ces deux versets le suggèrent, le terme « Qawwâmîna » est une charge et une responsabilité. D’ailleurs comment pourrait-il en être autrement puisque le dernier verset évoque le fait d’être « Qawwâmîna lillah (envers Allah) ».

En somme, les hommes sont Qawwamûn sur les femmes car ils doivent assumer et assurer, de par leur rôle « d’appui », de « soutien » ou de « base », ce qui permet la stabilité du couple, sa cohésion et sa sécurité, que cette dernière soit liée à l’aspect physique ou à l’aspect financier. C’est ce qui explique d’ailleurs le renvoi dans le même passage aux « dépenses » (Anfaqu) des biens (Amwâl), puisque si le mari dépense c’est pour préserver la famille dont il a la charge.

Le verset suivant vient d’ailleurs renforcer le fait que l’homme doive subvenir aux besoins pécuniaires de l’épouse :

أسْكِنُوهُنَّ مِنْ حَيْثُ سَكَنتُم مِّن وُجْدِكُمْ وَلَا تُضَارُّوهُنَّ لِتُضَيِّقُوا عَلَيْهِنَّ وَإِن كُنَّ أُولَاتِ حَمْلٍ فَأَنفِقُوا عَلَيْهِنَّ حَتَّى يَضَعْنَ حَمْلَهُنَّ فَإِنْ أَرْضَعْنَ لَكُمْ فَآتُوهُنَّ أُجُورَهُنَّ وَأْتَمِرُوا بَيْنَكُم بِمَعْرُوفٍ وَإِن تَعَاسَرْتُمْ فَسَتُرْضِعُ لَهُ أُخْرَى

« Et faites que ces femmes habitent où vous habitez, et suivant vos moyens. Et ne cherchez pas à leur nuire en les contraignant à vivre de façon oppressante. Et si elles sont enceintes, pourvoyez à leurs besoins jusqu’à ce qu’elles aient accouché. Puis, si elles allaitent [l’enfant né] de vous, donnez-leur leurs salaires. Et concertez-vous [à ce sujet] de façon convenable. Et si vous rencontrez des difficultés réciproques, alors, une autre allaitera pour lui. »

Allah a donc responsabilisé les hommes à ce niveau, devant ainsi assumer les besoins de la femme, qu’ils soient financiers, physiques voire même affectifs par le bon comportement, comme cela est corroboré par la parole de ‘Â`ishah affirmant que le Prophète était au service de sa famille.

En outre, une autre erreur de traduction tente d’orienter la compréhension de ce passage en affirmant qu’Allah a dit :

بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ

« …en raison des faveurs qu’Allah accorde (Faḍḍala) à ceux-là (Ba’ḍahum) sur celles-ci (Ba’ḍ) … »

Ici, l’expression « Ba’ḍahum ‘alâ Ba’ḍ » fut traduit par : « ceux-là sur celles-ci », justifiant ainsi que l’hommes ait été favorisé par rapport à la femme. Or, linguistiquement cette traduction est fausse et devrait être ainsi : « en raison des faveurs qu’Allah accorde à certains (hommes et femmes) sur d’autres. »

En effet, le terme « Ba’ḍ » exprime une partie d’un tout, une portion délimitée et se traduit par « quelque », quant au pronom « hum » il signifie « eux ». Ainsi, « Ba’ḍahum » se traduit par « quelques-uns d’eux » ou « certains d’entre eux ». Quant au second terme utilisé, il s’agit de « Ba’ḍ » (quelque, certains…), sans aucun pronom accolé, et non de « Ba’ḍihinna » par exemple signifiant « certaines d’entre elles ».

En somme, non seulement Allah n’a pas désigné l’ensemble des hommes par l’expression « Ba’ḍahum », mais en plus il n’a pas évoqué la faveur de l’ensemble de ces derniers sur l’ensemble des femmes. Ainsi, même si l’on voulait expliquer qu’il s’agit des faveurs des hommes sur les femmes, il faudrait obligatoirement le limiter à certains hommes (non définis) sur certaines femmes (non définies), ce qui impliquerait que des femmes soient également favorisées sur certains hommes.

Mais le plus juste à comprendre linguistiquement c’est que le terme « Ba’ḍahum » renvoie à l’utilisation d’un pronom masculin pluriel faisant référence à la généralité. C’est comme si en parlant des gens composant une foule on disait : « Ils sont nombreux ». Ici, l’objectif ne serait pas de désigner les hommes uniquement, mais l’ensemble des gens composant la foule, qu’ils soient hommes ou femmes.

La traduction qui nous semble la plus juste est donc la suivante :

بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ

« …en raison des faveurs qu’Allah accorde (Faḍḍala) à certains (hommes et femmes) sur d’autres (Ba’ḍ) … »

D’ailleurs, ce qui est surprenant, c’est que la traduction que nous proposons, et qui est la plus cohérente linguistiquement, fut bizarrement celle proposée pour cette même expression, mais dans d’autres versets, comme par exemple le n°32 de la sourate An Nisâ :

ولاَ تَتَمَنَّوْاْ مَا فَضَّلَ اللّهُ بِهِ بَعْضَكُمْ عَلَى بَعْضٍ لِّلرِّجَالِ نَصِيبٌ مِّمَّا اكْتَسَبُواْ وَلِلنِّسَاء نَصِيبٌ مِّمَّا اكْتَسَبْنَ وَاسْأَلُواْ اللّهَ مِن فَضْلِهِ إِنَّ اللّهَ كَانَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمًا

« Ne convoitez pas ce qu’Allah a attribué (Faḍḍala) aux uns d’entre vous (Ba’ḍakum) plus qu’aux autres (‘ala Ba’ḍ) ; aux hommes la part qu’ils ont acquise, et aux femmes la part qu’elles ont acquise. Demandez à Allah de Sa grâce. Car Allah, certes, est Omniscient. »

Ici, on constate bien que l’expression fut traduite par la généralité englobant hommes et femmes. Pourquoi donc avoir modifié la traduction dans le verset que nous étudions en spécifiant qu’il s’agissait d’une faveur des hommes en général sur les femmes en général ?

Certains pourraient alors évoquer le verset 228 de la sourate Al Baqarah :

وَلَهُنَّ مِثْلُ الَّذِي عَلَيْهِنَّ بِالْمَعْرُوفِ وَلِلرِّجَالِ عَلَيْهِنَّ دَرَجَةٌ وَاللّهُ عَزِيزٌ حَكُيمٌ

« […] Quant à elles, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prédominance sur elles. Et Allah est Puissant et Sage. »

Le terme arabe traduit par prédominance est « Darajah », qui signifie notamment « degré » en ce sens que l’homme a un niveau de responsabilité supérieur sur certains points (financiers peut-être ou autres, tout comme la femme en a sur d’autres d’ailleurs) ou bien un degré de tolérance attendu vis-à-vis de ses droits supérieur à celui de la femme. En effet, le verset évoquant la Qiwâmah (cf « Qawwâmûn ») et celui-ci évoquant la Darajah doivent être mis en relation pour se compléter puisque le Coran ne se contredit pas. Allah fait donc référence à la responsabilité que doit endosser l’homme dans le cadre du mariage et au fait qu’il doive supporter davantage sur certains aspects concernant ses droits, Allah l’ayant voulu ainsi. En ce sens, il doit donc savoir fermer les yeux sur d’éventuelles manquements quant à ce qui lui revient, tout en s’acquittant scrupuleusement de ses devoirs. C’est d’ailleurs ainsi qu’on rapporte qu’Ibn ‘Abbâs avait compris ce verset et qu’At Ṭabarî l’avait explicité en estimant qu’elle était la plus pertinente. Voici en effet ce qu’on rapporte d’Ibn ‘Abbâs concernant ce passage évoquant que l’homme avait une Darajah (Tafsîr d’At Ṭabarî) :

ابن عباس قال: « ما أحب أن استنظف جميع حقي عليها، لأن الله تعالى ذكره يقول: « وللرجال عليهن درجة »

« Je n’aimerais pas exiger de ma femme l’ensemble des droits que j’ai sur elle, car Allah a dit : « et les hommes ont une Darajah sur elles. »

La Qiwâmah de l’homme apparaît donc comme étant un Taklîf (responsabilité) et non un Tashrîf (ennoblissement), et elle est une Amânah (dépôt) sur laquelle l’homme sera interrogé. Cette Qiwâmah revient à l’époux, non parce qu’il est mâle ou parce qu’il serait particulièrement sagace, mais parce qu’il lui incombe de garantir la sécurité économique et physique du couple ce qui constitue en fait un honneur pour la femme qui se voit attribuer un époux à son service et pour sa protection.

Ceci dit, il ne s’agit pas non plus de faire de l’homme l’obligé de la femme en tout point, l’équilibre d’un couple nécessitant une responsabilité commune et des devoirs respectifs l’un envers l’autre. Nous y reviendrons dans la poursuite de l’étude de ce verset.

Ceci étant, il faut également avoir une lecture contextualisée, sachant que les réalités et les exigences financières de l’Arabie médiévale ne sont pas celles que rencontrent aujourd’hui, notamment en Occident, les couples des classes moyennes voire modestes. Il est donc très difficile aujourd’hui à un homme d’endosser seul les charges financières qui pèsent sur le foyer (impôts, taxes, loyer, crédits, mutuelle, gaz et électricité, assurances, etc.). Mais ceci est une autre question qui pourra être développée ultérieurement, sachant que cette responsabilité de l’homme ne contrevient pas non plus au droit dont dispose la femme d’exercer une activité professionnelle, bénévole ou estudiantine.

Le passage coranique objet de cet article pourra donc être traduit, dans un sens rapproché, de la manière suivante :

الرِّجَالُ قَوَّامُونَ عَلَى النِّسَاء بِمَا فَضَّلَ اللّهُ بَعْضَهُمْ عَلَى بَعْضٍ وَبِمَا أَنفَقُواْ مِنْ أَمْوَالِهِمْ

« Les hommes ont une responsabilité (sont responsables) concernant les femmes [dans le cadre du mariage][1],en raison des faveurs qu’Allah accorde (en lien avec ce qu’Allah a préféré) à (pour) certains sur (par rapport à) d’autres, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens.

 Allah n’a pas établi de supériorité de l’homme sur la femme et ce qui distingue les deux sont la piété et les bonnes œuvres :

منْ عَمِلَ صَالِحًا مِّن ذَكَرٍ أَوْ أُنثَى وَهُوَ مُؤْمِنٌ فَلَنُحْيِيَنَّهُ حَيَاةً طَيِّبَةً وَلَنَجْزِيَنَّهُمْ أَجْرَهُم بِأَحْسَنِ مَا كَانُواْ يَعْمَلُونَ

« Quiconque, mâle ou femelle, fait une bonne œuvre tout en étant croyant, Nous lui ferons vivre une bonne vie. Et Nous les récompenserons, certes, en fonction des meilleures de leurs actions. »[2]

يا أَيُّهَا النَّاسُ إِنَّا خَلَقْنَاكُم مِّن ذَكَرٍ وَأُنثَى وَجَعَلْنَاكُمْ شُعُوبًا وَقَبَائِلَ لِتَعَارَفُوا إِنَّ أَكْرَمَكُمْ عِندَ اللَّهِ أَتْقَاكُمْ إِنَّ اللَّهَ عَلِيمٌ خَبِيرٌ

« Ô Hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entreconnaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. »[3]

Qu’Allah nous permette de comprendre.

Equipe Al Amânah.

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[1] Comme l’indique clairement le verset suivant celui-ci.

[2] Coran (An Naḥl, 16/97)

[3] Coran (Al Hujurât, 49/13)

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