La légalisation du mariage incestueux ?

Etranges divergences entre les quatre imâms fondateurs d’Ecoles (et d’autres théologiens) quant au fait de se marier avec sa fille. Par William Laywis.

Dans al-Mughnî d’Ibn Qudâma al-Maqdisî al-Ḥanbalî, on peut lire :

المغني لابن قدامة المؤلف: أبو محمد موفق الدين عبد الله بن أحمد بن محمد بن قدامة الجماعيلي المقدسي ثم الدمشقي الحنبلي، الشهير بابن قدامة المقدسي (المتوفى: 620هـ) الناشر: مكتبة القاهرة الطبعة: بدون طبعة عدد الأجزاء: 10 تاريخ النشر: 1388هـ – 1968م(7 / 119)[ فَصْلٌ نِكَاحُ بِنْتِهِ مِنْ الزِّنَى وَأُخْتِهِ وَبِنْتِ ابْنِهِ وَبِنْتِ بِنْتِهِ وَبِنْتِ أَخِيهِ وَأُخْتِهِ مِنْ الزِّنَى](5358) فَصْلٌ: وَيَحْرُمُ عَلَى الرَّجُلِ نِكَاحُ بِنْتِهِ مِنْ الزِّنَى، وَأُخْتِهِ، وَبِنْتِ ابْنِهِ، وَبِنْتِ بِنْتِهِ، وَبِنْتِ أَخِيهِ، وَأُخْتِهِ مِنْ الزِّنَى. وَهُوَ قَوْلُ عَامَّةِ الْفُقَهَاءِ. وَقَالَ مَالِكٌ، وَالشَّافِعِيُّ فِي الْمَشْهُورِ مِنْ مَذْهَبِهِ: يَجُوزُ ذَلِكَ كُلُّهُ ).

(7/119) : chapitre concernant le mariage avec sa fille issue de la zinâ, sa sœur, la fille de son fils, la fille de sa fille, la fille de son frère et sa sœur issues de la zina.

(5358) : chapitre concernant le fait qu’il soit interdit à un homme de se marier avec sa fille issue de l’adultère ainsi que sa sœur, la fille de son fils, la fille de sa fille, la fille de son frère et sa sœur issues de l’adultère.

[L’interdiction est la position] de l’ensemble des fuqahâ (juristes). Toutefois, Mâlik et ash-Shâfi’î, selon ce qui est connu (al-mashhûr) de leur madhhab, ont dit : « tout cela est permis ».

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Dans Ikhtilaf al-a`imma al-‘ulamâ` d’Abû al-Mudhafar ‘Awn ad-Dîn (2/143), on peut lire :

اختلاف الأئمة العلماء المؤلف: يحيى بن (هُبَيْرَة بن) محمد بن هبيرة الذهلي الشيبانيّ، أبو المظفر، عون الدين (المتوفى: 560هـ) المحقق: السيد يوسف أحمد الناشر: دار الكتب العلمية – لبنان / بيروت الطبعة: الأولى، 1423هـ – 2002م عدد الأجزاء: 2 (2/ 143) ( وَاخْتلفُوا فِي المخلوقة من مَاء الزِّنَا، هَل يجوز لمن خلقت من مَائه أَن يَتَزَوَّجهَا؟ فَقَالَ أَحْمد وَأَبُو حنيفَة: لَا يجوز ذَلِك، وَقَالَ الشَّافِعِي: يجوز. وَعَن مَالك رِوَايَتَانِ كالمذهبين ).

Ils divergèrent quant à celle issue du sperme de la zinâ, à savoir si (le mariage) est permis entre l’homme et celle qui est issue de son sperme. Aḥmad Ibn Ḥanbal et Abû Ḥanîfa ont dit : « cela n’est pas permis ». Ash-Shâfi’î a dit : « cela est permis ». Et selon Mâlik, il y a deux versions rapportées similaires aux avis des deux madhhab précédent.

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Dans Subul as-salâm d’Abû Ibrâhîm ‘Az ad-Dîn as-Ṣanâ’nî (2/308), on peut lire :

سبل السلام المؤلف: محمد بن إسماعيل بن صلاح بن محمد الحسني، الكحلاني ثم الصنعاني، أبو إبراهيم، عز الدين، المعروف كأسلافه بالأمير (المتوفى: 1182هـ) الناشر: دار الحديث الطبعة: بدون طبعة وبدون تاريخ عدد الأجزاء: 2 (2 / 308) ( ذَهَبَ أَبُو حَنِيفَةَ وَالْأَوْزَاعِيُّ وَغَيْرُهُمْ إلَى أَنَّهُ لَا يَحِلُّ أَنْ يَتَزَوَّجَ بِنْتَه مِنْ الزِّنَا، وَإِنْ كَانَ لَهَا حُكْمُ الْأَجْنَبِيَّةِ، وَقَدْ اعْتَرَضَ هَذَا ابْنُ دَقِيقِ الْعِيدِ بِمَا لَيْسَ بِنَاهِضٍ) .

Abu Ḥanîfa, al-Awzâ’î et d’autres sont d’avis qu’il n’est pas permis de se marier avec sa fille issue de l’adultère et ce, même si elle possède le statut d’étrangère (al-ajnabiyya). Ibn Daqîq al-‘Îd s’est opposé à cela, avec des arguments pas assez pertinents/convaincants [pour contredire l’avis interdisant]. »

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Dans Fatâwî al-Khalîlî ‘alâ al-Madhhab ash-Shâfi’î d’Ibn Sharaf ad-Dîn al-Khalilî ash-Shâfi’î (2/49), on peut lire :

ـ فتاوي الخليلي على المذهب الشافعي المؤلف: محمد بن محمد، ابن شَرَف الدين الخليلي الشافعيّ القادري (المتوفى: 1147هـ) الناشر: طبعة مصرية قديمة عدد الأجزاء: 2 (2/ 49) مطلب: يجوز للرجل أن يتزوج ببنت مخلوقة من مائه بالزنا .. إلخ. (سئل) في رجل زنى بامرأة ثم جاءت بعد ذلك بنت ممن زنى بها. (أجاب) ماء الزنا لا حرمة له فلا تثبت به المحرمية فللزاني نكاح المخلوقة من ماء زنائه وإن تيقنها من مائه ولكن يكره فلا يحرم على الزاني بنت المزني بها ولو كانت بنته من مائه لأن الله تعالى قطع النسب بين الزاني والمزني بها، والله أعلم ).

Concernant la permission pour un homme de se marier avec une fille issue du sperme de l’adultère, etc.

(On questionna) à propos d’un homme ayant commis l’adultère avec une femme puis que naquit de ce rapport une fille. (Il répondit) le sperme du zinâ ne possède pas de légitimité (sacralité). On ne peut (donc) établir le lien d’inviolabilité (al-maḥramiya). Concernant le fornicateur, (il pourra) se marier avec celle issue du sperme de son adultère et ceci, même s’il constate (son lien biologique avec), mais ceci sera réprouvé. Il n’est pas interdit pour le fornicateur (de s’unir avec) la fille née de son adultère et ce, même si elle est sa fille (biologique), car Dieu le Très haut a rompu la relation de mariage entre le fornicateur et celle avec qui il a forniqué. Et Dieu est plus savant.

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Dans Bulghah as-sâlik li-aqrab al-masâlik (connu comme Ḥâshiya as-Ṣâwî ash-sharḥ as-Ṣaghîr (le sharḥ as-Ṣaghîr étant le commentaire du Shaykh ad-Dardîr) d’Abû al-Abbâs Aḥmad Ibn Muḥammad al-Khalwatî as-Ṣâwî al-Mâlikî (2/389), on peut lire :

بلغة السالك لأقرب المسالك المعروف بحاشية الصاوي على الشرح الصغير (الشرح الصغير هو شرح الشيخ الدردير لكتابه المسمى أقرب المسالك لِمَذْهَبِ الْإِمَامِ مَالِكٍ) المؤلف: أبو العباس أحمد بن محمد الخلوتي، الشهير بالصاوي المالكي (المتوفى: 1241هـ) الناشر: دار المعارف الطبعة: بدون طبعة وبدون تاريخ عدد الأجزاء:4 (2/ 389) ( قَوْلُهُ: [وَأَوْلَى أُصُولُهُ وَفُصُولُهُ] : أَيْ مَا لَمْ تَكُنْ فُصُولُهُ مِنْ مَاءِ الزِّنَا فَلَيْسَ بِمُتَّفَقٍ عَلَى فَسَادِهِ، بَلْ بَعْضُ الْعُلَمَاءِ يَقُولُ بِجَوَازِهِ).

Concernant sa parole [« et prioritairement ses mères et ses descendantes »] : c’est-à-dire tant que ces descendants ne sont pas issus du sperme de zinâ (fornication/adultère). Il n’y a pas accord sur l’invalidité (du mariage), mais certains savants disent plutôt que cela est permis.

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En d’autres termes, il s’agit d’une divergence, si improbable et ahurissante soit-elle, concernant la permission de se marier et donc par voie de conséquence, d’avoir des rapports sexuels avec une fille biologique conçue en dehors du cadre du mariage et ce, notamment car selon ceux qui le permettent, cette fille illégitime est considérée comme une étrangère par rapport à son « père ». Ainsi, comme la filiation n’est reconnu que dans le cadre de l’union légitime pour certains, un tel enfant n’est pas considéré comme lié « légalement » au père, même s’il l’est biologiquement.

Evidemment, au sein des écoles de droits, il y eut des divergences à ce sujet. Certains ont interdit et condamné cette union (la majorité), d’autres l’ont permise mais réprouvée et d’autres enfin l’ont permise sans réprobation. On trouve même dans Rawda al-tâlibîn d’an-Nawâwî :

فَرْعٌ زَنَا بِامْرَأَةٍ، فَوَلَدَتْ بِنْتًا، يَجُوزُ لِلزَّانِي نِكَاحُ الْبِنْتِ، لَكِنْ يُكْرَهُ. وَقِيلَ: إِنْ تَيَقَّنَ أَنَّهَا مِنْ مَائِهِ، إِنْ تَصَوَّرَ تَيَقُّنَهُ، حَرُمَتْ عَلَيْهِ. وَقِيلَ: تَحْرُمُ مُطْلَقًا. وَالصَّحِيحُ: الْحِلُّ مُطْلَقًا

« En cas de zinâ avec une femme, et qu’elle donne naissance à une fille, il est permis au zânî d’épouser la fille, néanmoins, cela est détestable ( déconseillé mais pas interdit ) . Et on a dit : s’il est certain qu’elle est issue de son sperme ou si on pense qu’elle est sûrement de lui, elle lui est interdite. Il a été dit : c’est une interdiction absolue. Mais le plus véridique est que cela est totalement permis. »

Le plus troublant reste donc l’existence de divergences sur la question, et plus particulièrement la permission attribuées à certains imâms réputés.

Que Dieu nous permette de comprendre.

William Laywis

 

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