Le «Hadîth Sahîh» (authentique) apporte-t-il la certitude ?

Le Hadîth «authentique» (Ṣaḥîḥ) indique-t-il la certitude au niveau de l’information qu’il convient ?

 

Plus précisément, est-ce que le Ḥadîth Aḥâd (singulier) qualifié de « Ṣaḥîḥ » (authentique) indique la certitude quant à son contenu, sachant que la quasi-totalité des Ḥadîths dont on dispose relève de la catégorie du Aḥâd (singulier) ?

Rappelons ici que le Ḥadîth Aḥâd est le Ḥadîth qui fut rapporté par un nombre très restreint de voies (chaînes de transmission) et que c’est ce genre de Ḥadîths qui composent les recueils comme celui de l’Imâm Al Bukhârî ou encore de l’Imâm Muslim,

Les récits de la Sunnah (tradition prophétique) se répartissent en trois catégories selon le nombre et la qualité des transmetteurs (Ruwwât) qui les rapportent du Prophète (paix sur lui), à savoir :

  • La Sunnah Mutawâtirah (avérée, notoire),
  • La Sunnah Mashhûrah (célèbre),
  • La Sunnah Aḥâdah (singulière), transmise par un nombre restreint de Ruwwât (un ou deux).

Ces trois Sunnah constituent des paroles ou des actes rapportés comme étant ceux du Prophète (paix sur lui) :

  • La Sunnah Mutawâtirah est rapportée par un si grand nombre de Ruwwât intègres et justes[1] à chaque génération qu’on ne doute pas de la véracité de leurs récits. Mais de toute façon, on ne soumet pas à la probité des éléments du groupe du Mutawâtir à cause de leur nombre. Entrent dans cette catégories certaines actions du Prophète relatives au culte.
  • La Sunnah Mashhûrah est rapportée par un petit nombre de Ṣaḥâbah (deux ou trois), mais transmises par un grand nombre de Ruwwât parmi les générations qui suivirent. Entrent dans cette catégorie des Ḥadîths relatés par ‘Umar, ‘Abdallâh Ibn ‘Mas’ûd ou encore Abû Bakr.
  • La Sunnah Aḥâdah est rapportée successivement par un petit nombre de Ruwwât et ce, tout au long du Sanad (chaîne de transmission). La majorité des Ḥadîths rapportés dans les recueils de la Sunnah appartiennent à cette catégorie (Al Bukhârî ou Muslim par exemple) comme nous l’avons dit précédemment.

QUELLE EST LA VALEUR DE CES DIFFÉRENTES SUNNAH (d’après l’approche classique du Hadîth) ?

  • La Sunnah Mutawâtirah est considérée comme ayant la valeur du ‘Ilm Ḍarûrî (science indubitable) par rapport à la véracité de l’information qu’elle contient et comme étant Qaṭ’î ath Thubût (d’authenticité indiscutable). Encore faut-il, ici, définir clairement ce que l’on entend par Mutawâtir (car il y des divergences importantes sur point), d’autant qu’il ne faut pas confondre la multiplicité des voies et le fait que le premier maillon de la chaîne ait directement entendu du Prophète. En effet, il existe plusieurs cas de Mursal Sahâbah, c’est-à-dire de propos rapporté par un Compagnon comme s’il l’avait entendu directement la parole du Prophète alors qu’il l’a en réalité entendu d’un autre Compagnon.
  • La Sunnah Mashhûrah représente des récits relatés par un ou plusieurs Ṣaḥâbah. On est «sûr» qu’elle provient d’eux , mais on ne peut affirmer de manière absolue qu’elle émane du Prophète (paix sur lui). Sa force probante est donc moindre que celle de la Sunnah Mutawâtirah et le fait qu’elle provienne du Prophète n’est que probable. Les Ḥanafites lui accordent toutefois une valeur différente, plus proche du Mutawâtir.
  • La Sunnah Aḥâdah, quant à elle, s’oppose à la Sunnah Mutawâtirah en ce sens qu’elle n’indique pas le ‘Ilm (la science) car elle est Ẓannî ath Thubût (d’authenticité incertaine) et peut contenir l’erreur, la confusion, l’imprécision ou le mensonge  (quant à son contenu). Il existe une légère divergence sur ce point (notamment chez Ibn Hazm), mais l’argumentaire est très discutable.

Ainsi, chaque sorte de Sunnah (Ḥadîth) susmentionnée peut être authentifiée ou affaiblie, selon la vérification des conditions (d’acceptation) du Ḥadîth[2]. On exceptera de cela le Mutawâtir, puisqu’il indique à priori la certitude de l’information (Mufîd lil ‘Ilm) peu importe l’état de ses chaînes de transmission et de ses Ruwwât (transmetteurs).

En résumé, le Ḥadîth Aḥâd (singulier) n’indique pas la certitude du contenu, même s’il est qualifié de sain (Sahîh) et ce, car d’une part l’erreur, la confusion ou encore l’omission sont possibles de la part du transmetteur, et que, d’autre part, ce type de Ḥadîth fut souvent rapporté, non pas littéralement, mais par le sens compris par le transmetteur et donc supposé, car il ne rapporte par précisément les propos du Prophète (voir notre article sur cette question).

RÉFLEXION SUR LE HADÎTH AHAD

Comme nous avons vu que le Ḥadîth Ṣaḥîḥ (sain) n’indique nullement la certitude au niveau de son contenu (l’information) et que ceux qui l’authentifient sont des Hommes dont le travail est, certes respectable, mais sujet à l’erreur, une question reste en suspens:

Comment peut-on mettre en pratique le contenu d’un tel Ḥadîth lorsqu’il autorise de prendre la vie d’une personne ou d’en rejeter une autre par exemple ?

En somme, comment peut-on, en son nom, appliquer l’information qu’il contient lorsque sa portée est lourde de conséquence ?

En l’absence de certitude quant à ce que le Prophète Muhammad (paix sur lui) a réellement dit, notre raison ne devrait-elle pas nous pousser à plus de prudence en pareil cas à l’instar de ce que préconisait certains Compagnons ?

Qu’Allah nous permette de comprendre.

Equipe La voie du Hanîf

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Sources :

‘Ilm al Uṣûl al Fiqh de ‘Abd al Wahhâb Khallâf

Nazm fî ‘Ilm Uṣûl al Fiqh al Islâmî muhâdh li Waraqât Imâm al Ḥaramayn par ‘Abdallah Althaparro

Uṣûl al Fiqh de Hasan Amdouni

[1] Ce qui est jugement quand même très subjectif et loin d’être impartial.

[2] Cela fait référence à l’école des Muḥaddithûn (Al Bukhârî, Muslim et d’autres), sachant qu’il existe une autre approche du Hadîth depuis l’époque des Salafs que nous exposerons plus tard et qui nous semble plus pertinente. C’est ce que certains appellent l’école des Fuqahâ ou celle des premiers Salafs.

 

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