Les Ijmâ’ (consensus) contradictoires !

Que dire de l’argument du Ijmâ’ quand on sait qu’on l’a utilisé pour imposer tout et son contraire ?

Cet article est la traduction d’une partie des travaux d’Al Ḥasan Muḥammad Khayr.

Comme nous cela fut déjà mentionné et développé dans d’autres articles, vous savez que le Ijmâ’ (consensus) est considéré, à tort malheureusement, comme une source du droit musulman indiscutable (du moins pour le consensus considéré injustement comme «véritable» – Al Ijmâ’ as Sarîḥ). Après avoir déjà explicité les raisons de cela et le fait que ce fondement du droit ne repose en fait sur aucune source explicite, en plus d’être totalement invérifiable et improuvable, il convient d’aborder ce qui renforce cette analyse, à savoir les consensus qui se contredisent les uns les autres ou qui sont incompatibles.

En effet, si le Ijmâ’ est présenté comme une source et un argument irréfutable en islam, par lequel on rend mécréant, apostat ou défunt, voire que l’on rend licite le sang d’autrui, il ne peut laisser place à aucun doute, à aucun contradiction et à aucun paradoxe. Or, si des consensus contradictoires sont rapportés, c’est que ce fondement est tout simplement caduque puisqu’il est impossible, raisonnablement, de suivre deux consensus contradictoires ni même d’appeler « consensus » ce sur quoi il y a divergence.

1er cas de Ijmâ’ contradictoires : Rattraper la Ṣalât (prière) non accomplie

  • « Les musulmans sont unanimes pour dire qu’il est obligatoire de rattraper les Ṣalawât (prières) obligatoires délaissée que cela ait été volontaire, par inattention (distraction) ou à cause d’un sommeil. An Nawawî a dit après avoir mentionné la position d’Ibn Ḥazm : < Cet avis est contradictoire avec le consensus et faux d’un point de vue de la preuve (Dalîl). > » [1]

اتفق المسلمون علي وجوب قضاء الصلاة المفروضة المتروكة سواء ترك الصلاة عمدا ام سهوا ام من نوم وقال ابن حزم: ….. ثم نقل مذهبه، وعقب عليه فقال: وهذا القول مخالف للإجماع وباطل من جهة الدليل

  • « Celui qui, intentionnellement, délaisse la Ṣalât jusqu’à ce que son temps se termine, celui-là ne peut pas la rattraper. C’est l’avis de ‘Umar, Ibn ‘Umar, Sa’d ibn Abî Waqqâṣ, Sulaymân et Ibn Mas’ûd et on ne leur connait aucun contradicteur parmi les Ṣaḥâbah. » [2].

ومن تعمد ترك الصلاة حتى خرج وقتها فهذا لا يقدر على قضائها أبدا وهو قول عمر وابن عمر وسعد بن أبي وقاص وسليمان وابن مسعود وما يعلم لهم من الصحابة مخالف

 2ème cas de Ijmâ’ contradictoires : la dépense pour la femme en état de Nushûz (non-coopération)

  • « L’homme dépensera pour sa femme (afin de subvenir à ses besoins), qu’elle soit en étant de Nushûz (non-coopération) ou non, c’est l’avis de ‘Umar. Et nous ne lui connaissons dans ce sujet aucun contradicteur parmi les Ṣaḥâbah. Il n’a pas été retenue l’interdiction de la pension pour celle en état de Nushûz par l’un des Ṣaḥâbah. » [3]

ينفق الرجل على امرأته ناشزا كانت او غير ناشز وهو قول عمر وما نعلم لعمر في هذا مخالف من الصحابة ولا يحفظ منع الناشز من النفقة عن أحد من الصحابة

  • « Il y a accord unanime (Ajma’u) que la femme en état de Nushûz n’a ni pension ni logis. » [4]

اجمعوا على ان الناشز لا نفقة لها ولا سكنى

3ème cas de Ijmâ’ contradictoires : L’Imâm qui prit assis

  • « L’Imâmah (celui qui guide la prière) de la personne assise pour les gens en bonne santé est permise par le consensus des Ṣaḥâbah. Ceux-là prieront derrière (l’Imâm) en étant assis également et ce, par consensus. » [5]

ان إمامة القاعد للأصحاء جائزة بإجماع الصحابة ويصلي هؤلاء وراءه قعودا بالإجماع

  • « Il n’y a aucune divergence quant au fait que les orants prieront debout et ne suivront pas l’Imâm dans l’assise. » [6]

لا خلاف في ان المأمومين يصلون قياما ولا يتابعون الإمام في الجلوس

4ème cas de Ijmâ’ contradictoires : La sentence de celui qui retarde la prière

  • « Il y a consensus sur le fait de retarder la peine du fouet jusqu’à ce que la forte chaleur et le grand froid disparaissent, de même pour le malade pour qui l’on espère la guérison. » [7]

الإجماع على تأخير الجلد حتى تزول شدة الحر والبرد والمرض المرجو شفاؤه

  • « On appliquera au malade dont on espère la guérison la peine et on ne la retardera pas. C’est ce que fit ‘Umar et ceci se diffusa chez les Ṣaḥâbah qui ne reprouvèrent pas cela de lui. C’était un Ijmâ’ » [8]

المريض الذي يرجي شفاؤه يقام عليه الحد ولا يؤخر وهو فعل عمر وانتشر ذلك في الصحابة فلم ينكروه فكان إجماعا

5ème cas de Ijmâ’ contradictoires : Fouetter avant de lapider (Rajm)

  • « Ils sont unanimes (ittafaqu) sur le fait que la personne lapidée (al Marjûm) doit être fouetté cent fois avant d’être (lapidée). » [9]

واتفقوا على أن المرجوم يجلد مائة جلدة قبل ان يرجم

  • « ‘Umar n’a jamais fouetté une femme mariée (Muhṣanah) avant sa lapidation. Il fit cela en présence des Ṣaḥâbah. » [10]

عمر لم يجلد محصنة قبل رجمها فعل ذلك بحضرة الصحابة

6ème cas de Ijmâ’ contradictoires : Utiliser la pierre uniquement pour le Rajm (lapidation)

  • « Les savants sont unanimes (ittafaqu) quant au fait que la lapidation se réalise au moyen de la pierre, du morceau de terre compact (solide), d’os ou d’objets en terre (céramique), de bois ou tout autre chose qui permet de tuer. On ne précisera donc pas (le moyen), par consensus (Ijmâ’). » [11]

اتفق العلماء على ان الرجم يحصل بالحجر او المدر او العظام او الخزف او الخشب او غير ذلك مما يحصل به القتل ولا تتعين بالإجماع

  • « Ils sont unanimes (ittafaqu) sur le fait qu’il n’est pas permis de mettre à mort avec d’autres que le moyen de la pierre. » [12]

واتفقوا على انه لا يجوز قتله بغير الحجارة

7ème cas de Ijmâ’ contradictoires : La condition pour que la personne soit considérée comme voleuse (à qui on coupe la main)

  • « Il y a comme condition que le bien volé (al Masrûq) soit à l’endroit où on le garde habituellement (Ḥirz) pour rendre obligatoire la peine (de couper la main). Ceci est l’avis des Fuqahâ al Amṣâr (les juristes de partout) et de leurs compagnons. » [13]

يشترط أن يكون المسروق في حرز حتى يجب الحد وهو قول جميع فقهاء الأمصار وأصحابهم

  • « Celui qui vole (un bien) de l’endroit où on le garde habituellement (Ḥirz) ou (d’un autre endroit), il sera un voleur et il a certes acquis un bien volé sans divergence. » [14]

إن من سرق من حرز أو من غير حرز فانه سارق وانه قد اكتسب سرقة بلا خلاف

8ème cas de Ijmâ’ contradictoires : Se fier aux dires de la femme pour le début et la fin de ses menstrues

  • « Il y a accord unanime (ittafaqu) sur le fait de se fier à la femme quand elle dit qu’elle a eu ses règles et quand elle dit qu’elle est purifiée (plus de menstrues). » [15]

اتفقوا على تصديق المرأة في أنها حاضت وفي قولها انها طهرت

  • « Les règles (al Ḥayḍ) et la pureté (at Ṭuhr) sont certifiées par la preuve et non par le dire de la femme. C’est l’avis de ‘Alî et il n’y a rien d’authentique provenant des Ṣaḥâbah disant son contraire. » [16]

يثبت الحيض والطهر بالبينة لا بقول المرأة وهو قول على ولا يصح عن من الصحابة خلافه

Note Al Amânah : Cet article n’a pas vocation à aborder le thème des peines comme le Rajm ou le fait de couper la main du voleur. Cela fera l’objet d’autres publications si Allah le permet.

9ème cas de Ijmâ’ contradictoires : La Zakât sur les marchandises

  • « Il y a consensus (Ijmâ’) sur l’obligation de la Zakât sur les marchandises destinées au commerce lorsqu’une année a été écoulée en les possédant (littéralement : lorsqu’une année s’écoule sur les marchandises) » [17]

إن الإجماع على وجوب الزكاة في العروض التي يراد بها التجارة إذا حال عليها الحول

  • « Le Ijmâ’ est authentique sur le fait qu’il n y a pas de Zakât dans les marchandises destinées au commerce. » [18]

صح الإجماع علي انه لا زكاة في عروض التجارة

10ème cas de Ijmâ’ contradictoires : Le Ghusl du vendredi

  • « Les savants des musulmans anciens et récents sont unanimes (Ajma’u) sur le fait que le lavage (Ghusl) pour la prière du vendredi (Jumu’ah) n’est pas obligatoire, mais qu’il est une Sunnah très recommandée (Sunnah Mu`akkadah). » (19)

اجمع علماء المسلمين قديما وحديثا علي ان غسل الجمعة ليس بفرض واجب وإنما هو سنة مؤكدة

  • « Il y a consensus (Ijmâ’) des Ṣaḥâbah sur l’obligation du lavage (Ghusl) le jour du vendredi (Jumu’ah). » [20]

إجماع الصحابة علي وجوب فرض الغسل يوم الجمعة

11ème cas de Ijmâ’ contradictoires : Le Adhân pour les prières

  • « La Ummah est en accord unanime (Ajma’at al Ummah) sur le fait que l’appel à la prière légiféré (al Adhân) pour les cinq prières n’est pas obligatoire par consensus (Ijmâ’). » [21]

أجمعت الأمة علي أن الأذان مشروع للصلوات الخمس وهو غير واجب بالإجماع

  • « La nécessité du Adhân est obligatoire et c’est le consensus (Ijmâ’) certain (assuré) provenant des Ṣaḥâbah. » [22]

وجوب الاذان فرض هو الاجماع المتيقن من الصحابة

Terminons cet article avec des paroles de contemporains dont les suiveurs font parties de ceux qui invoquent le plus ce fameux Ijmâ’ (consensus)

Le savant Ibn ‘Uthaymîn (qu’Allah lui fasse miséricorde) a répondu à la question suivante :

قال العلامة ابن عثيمين – رحمه الله -: « مسألة من نعتد به في نقل الإجماع؟

 « Qui prenons-nous en considération dans la transmission du Ijmâ’ ? » 

والجواب ان نقول: لا بد ان يكون الإنسان ممن عرف بالاطلاع وسعة العلم لأنه في بعض الأحيان ينقل الإجماع وليس في المسألة إجماع، بل وأحيانا ينقل الإجماع والإجماع على خلافه. ومن ذلك: نقل بعضهم أن من طلق زوجته ثلاثا في كلمة واحدة او في مجلس واحد فإنها تبين منه. وقال آخرون: ينبغي أن يكون الإجماع على ضد ذلك، لأنه في عهد النبي صلي الله عليه وسلم وعهد أبي بكر وسنتين من خلافة عمر طلاق الثلاث واحدة فالإجماع القديم على ان الثلاث واحدة. وذكر ابن القيم رحمه الله في (الصواعق المرسلة) أكثر من عشرين مسألة نقل فيها الإجماع، وليس فيها إجماع

« La réponse est que nous disons qu’il est nécessaire que la personne soit sont connu par la recherche profonde et la largesse en science, car certaine fois on rapporte le Ijmâ’ alors que dans la question il n’y en a pas. Plus encore, on rapporte le Ijmâ’ et celui qui le contredit. 

Parmi cela, certains ont rapporté que celui qui divorce pas trois fois son épouse séance tenante ou en un seul endroit (une seule assise) ne peut plus se remarier avec elle. D’autres ont dit qu’il incombe que le Ijmâ’ soit contraire a ceci car à l’époque du Prophète (paix sur lui), celle d’Abû Bakr ainsi que durant deux ans du califat de ‘Umar, le divorce par trois fois (séance tenante) équivalait à un seul divorce. Le Ijmâ’ ancien était resté sur le fait que les trois fois n’en valait qu’une.  

Ibn Qayyim (qu’Allah lui fasse miséricorde) a mentionné dans (As Sawa’iq al Mursalah) plus de 20 questions sur lesquelles on a transmis un Ijmâ’ dessus alors (qu’en réalité) il n’y en a pas. » [23]

Le Shaykh Sa’dî Abû Ḥabîb a dit :

قال الشيخ سعدي ابو حبيب: « وقد خرجنا بعد العمل بالملاحظات الاتية: … الثانية: ان بعض اهل العلم اطلق الاجماع في مسألة مع ان القائل بها هم عوام الناس فقط، او ان القائل به عالم واحد فقط، او عدد قليل جدا من العلماء. الاخيرة: بعض العلماء ينقل الاجماع في مسألة، وغيره ينقل الاجماع على نقيضها.. وهو كثير

« Après notre travail, nous sommes parvenus à formuler les remarques suivantes : […] La deuxième c’est que certains gens de science ont affirmé (invoqué) le Ijmâ’ sur une question alors que celui qui le prétendait faisait seulement partie des gens du commun, était un seul savant ou représentait un très petit nombre parmi les savants. La dernière est que certains savants rapportent le Ijmâ’ sur une question, et d’autres rapporte le Ijmâ’ sur son contraire…et ceci est très redondant. » [24].

Qu’Allah nous permette de comprendre que le Ijmâ’, cet argument présenté comme la troisième source de la Sharî’ah (législation) islamique, n’est en fait qu’illusion et supercherie.

Equipe Al Amânah

******

[1] Al Muḥallâ (278), Al Istidhkâr (13811), Al Mughnî (2/372), Nayl al Awṭâr (2/26), Sharḥ de Muslim (3/367), Bidâyah al Mujtahîd 1/175 et transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique du Shaykh Sa’dî Abû Jayb (955).

[2] Al Muḥallâ (279), retranscrit l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (955).

[3] Al Muḥallâ (1922), Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (1179).

[4] Al Muḥallâ (84), al Mughnî (8/211), Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (1179).

[5] Al Muḥallâ (299), Fatḥ al Bârî (2/139), Nayl al Awṭâr (3/171), Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (148).

[6] Al Mughnî (2/185), Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (148).

[7] Al Baḥr az Zakhâr (5/156), Nayl al Awṭâr (7/113), Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (334).

[8] Al Mughnî (9/17), Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (334). On précisera tout de même ici que la non-contradiction n’est absolument pas une preuve d’un Ijmâ’ indiscutable (as Sarîḥ). Nous expliciterons cela dans un article prochain.

[9] Bidâyah al Mujtahid (2/426), Marâtib al Ijmâ’ (124), Al Mughnî (9/4), Sharḥ Ma’ânî al Âthâr (3/140), Sharḥ Muslim (7/209), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique du Shaykh Sa’dî Abû Jayb (341).

[10] Sharḥ Ma’ânî al Âthâr 3/140, transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (341).

[11] Sharḥ Muslim (7/220), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (342).

[12] Sharḥ Muslim 17, Marâtib al Ijmâ’ (130), Al Muḥalla (2069), Al Ijmâ’ (131), Al Mughnî (9/156), Nayl al Awṭâr (7/109-113), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (343).

[13] Bidâyah al Mujtahid (2/440), al Istidhkâr, transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (353).

[14] Al Muḥalla (2263), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (352).

[15] Marâtib al Ijmâ’ (65), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (378).

[16] Al Muḥalla (287), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique (378).

[17] Bidâyah al Mujtahid (1/246), Al Majmû’ (6/144), Nayl al Awṭâr (9/137), Al Ijmâ’ (137), Al Mughnî (3/28), Fatḥ al Bârî (3 /255), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique du Shaykh Sa’dî Abû Jayb (p. 524).

[18] Al Muḥallâ (641), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique du Shaykh Sa’dî Abû Jayb (p. 524).

[19] Al Majmû’ (4/411), Al Istidhkâr (5682), Bidâyah al Mujtahid (1/159), Fatḥ al Bârî (2/286), Al Mughnî (2/287), Nayl al Awṭâr (1/133-131), Al Baḥr az Zakhâr (109,110), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique du Shaykh Sa’dî Abû Jayb (p. 858).

[20] Al Muḥallâ (178), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique du Shaykh Sa’dî Abû Jayb (p. 857).

[21] Al Istidhkâr (386), Al Mughnî (3571), Al Majmû’ (3/82), Al Istidhkâr (3860-4063-4235-9411-9441), Al Baḥr az Zakhâr (1/187), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique du Shaykh Sa’dî Abû Jayb (p. 90).

[22] Al Muḥallâ (315), transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique du Shaykh Sa’dî Abû Jayb (p. 90).

[23] Manzûmah Uṣûl al Fiqh wa Qawa’iḍuhu (p.212-213)

[24] transcrit de l’Encyclopédie des consensus du Fiqh islamique du Shaykh Sa’dî Abû Jayb (p. 42).

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