Les causes principales de divergence entre les savants (Fuqahâ)

Il s’agit ici de mettre en avant les causes principales expliquant, qu’après la mort du Prophète (paix sur lui), les savants aient divergé quand bien même ils se basaient sur les mêmes sources primaires : le Coran et la Sunnah.

D’autres causes de divergences, notamment entre les écoles du Ḥadîth et de la langue arabe, seront mises en avant prochainement.

Après la mort du Messager d’Allah, les Fuqahâ (juristes) ont eu recours à l’Ijtihâd[1] étant donné le nombre important d’événements, de faits inconnus et de questionnements nouveaux. Ceci mena à la divergence entre les Ṣaḥâbah en premier lieu, puis entre les savants en général.

Rappelons ici que la divergence concorde naturellement avec la nature de l’Ijtihâd et qu’elle est une conséquence inévitable et même aimable dans le sens où elle est la preuve de la souplesse de la Sharî’ah (législation) et du fait qu’elle observe les intérêts des Hommes et leurs usages.

Ceci dit, il est important de préciser que la divergence ne devrait pas être pas synonyme de discorde, de désunion ou d’incohérence, mais plutôt l’expression de la disparité des idées et des esprits humains quant à la compréhension des textes qui leur sont parvenus et qui impliquent une compréhension présomptive, car subjective.

Maintenant, voici quelques causes expliquant la divergence entre les Fuqahâ :

  1. La polysémie des mots arabes. Un mot peut avoir deux significations ou plus, osciller entre un sens réel et un sens figuré ou encore entre un sens linguistique, conventionnel ou coutumier.
  2. La différence relative au récit de la Sunnah, c’est-à-dire le fait que le Ḥadîth parvienne à certains et pas à d’autres, qu’il leur parvienne par des voies différentes (plus ou moins douteuse), que certains transmetteurs soient affaiblis par des savants et non par d’autres, etc.
  3. La différence relative au caractère de l’action du Prophète. Est-ce un acte propre à lui ? Est-ce un acte qu’il fit en tant que Prophète, en tant que juge ou en tant qu’arabe ?
  4. La différence des sources secondaires de la Sharî’ah comme la définition du consensus est son effectivité, l’utilisation de l’Istiḥsân (analogie réfléchie), des Maṣâliḥ al Mursalah (intérêts absolus), du Qawl as Ṣaḥâbî (l’opinion du Compagnon), l’Istisḥâb (la sauvegarde de l’état des choses), le Sadd adh Dharâi’, etc.
  5. L’utilisation de la notion de Ijmâ’ (consensus) faisant croire à certains qu’il y a uniformité alors qu’il n’en n’est rien. En effet, certains savants ont utilisé le terme « Ijmâ’ » pour désigner le « consensus » au sein de leur école ou ce qu’il estimait être l’avis du Jumhûr (majorité). Or la majorité n’est pas l’unanimité et le consensus présumé d’une école, n’est pas la concorde de la Ummah entière.
  6. La différence des normes méthodologiques fondamentales comme, par exemple, l’interrogation concernant ce qu’indique le mode impératif ou l’impératif négatif d’une phrase, sur ce que peut spécifier le texte général ou sur la possibilité de limiter par un Khabar Aḥâd (une information singulière) un texte absolu.
  7. L’Ijtihâd à travers le Qiyâs (analogie), qui semble être la plus immense de toutes les raisons des divergences et ce qui révèle la place du raisonnement humain dans la Sharî’ah.
  8. La contradiction et la balance entre les sources. Il s’agit donc de la question du Nâsikh (abrogatif) et Mansûkh (abrogé), de l’interprétation, de l’adaptation, de la conciliation, etc. Nous reviendrons plus tard sur ces notions, notamment celles de l’abrogeant et de l’abrogé.

Qu’Allah nous permette de comprendre.

Equipe Al Amânah

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[1] Effort intellectuel de déduction des statuts et des règles juridiques à partir des sources fondamentales.

 

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