3. Que signifie le terme « Jilbâb » ?

Dieu dit :

يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ قُلْ لِأَزْوَاجِكَ وَبَنَاتِكَ وَنِسَاءِ الْمُؤْمِنِينَ يُدْنِينَ عَلَيْهِنَّ مِنْ جَلَابِيبِهِنَّ ۚ ذَٰلِكَ أَدْنَىٰ أَنْ يُعْرَفْنَ فَلَا يُؤْذَيْنَ ۗ وَكَانَ اللَّهُ غَفُورًا رَحِيمًا

« Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs Jalâbîb : ceci est plus à même qu’elles soient reconnues et à ce qu’on ne les offense point. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »[1]

Ce texte n’est pas un texte législatif, mais il s’agit plutôt d’un discours (Khiṭâb) indirect devant être prononcé par le Prophète (paix sur lui) afin d’orienter les femmes de son époque vers le choix d’un vêtement qui engendre pour elle la protection contre les torts de la société.

Le terme traduit par « grands voiles » dans beaucoup de traductions correspond en arabe au terme « Jalâbîbihinna » (sing. Jilbâb), qui est un possessif féminin pluriel dont l’un des dérivés est le terme « djellaba ».

Il apparaît donc clairement qu’il ne s’agit pas d’un voile porté sur la tête, mais d’un vêtement avec lequel on se couvre. Le voile de la tête s’apparente d’ailleurs davantage à des habitudes de commodité qu’à des pratiques religieuses. Il n’y a qu’à voir les hommes et les femmes en occident ou en orient, travaillant aux champs, dans le désert ou en mer, pour comprendre que l’on travaille plus confortablement avec les cheveux ramassés et la tête protégée du soleil.

A l’époque de la révélation, le Jilbâb est un vêtement de sortie ample qu’on laissait flotter sur le vêtement de corps. La traduction la plus précise de ce terme serait donc celui de « mante », comme le propose le docteur et islamologue Baber Johansen[2], puisque ce dernier correspond à un vêtement féminin ample (et parfois sans manche) porté par-dessus d’autres vêtements lorsqu’il fait froid par exemple. Le Jilbâb est donc une sorte de manteau ample que la femme mettait pour sortir.

1. D’autres informations concernant le Jilbâb :

Dans le dictionnaire Miṣbâḥ al Lughah:

والجلباب: القميص وثوب أوسع من الخمار دون الرداء تلبسه المرأة رأسها

Le Jilbâb est le Qamîṣ (sorte de chemise) et un vêtement plus large que le Khimâr (portée) en dessous du Riddâ` (sorte de manteau que l’on met au-dessus des vêtements comme la Jubbah et la ‘Abâ`ah).

Dans les dictionnairesMu’jam al Wâsîṭ(1/340) et Lisan al ‘Arab(14/316), on apprend que le Riddâ` fait partie des Malâḥif (vêtements que l’on met au-dessus de tous les autres) et qu’il est une sorte de grande couverture. De même, dans Nihâyahd’Ibn al Athîr[3](2/217), le Riddâ` est le vêtement ou le manteau que met l’homme sur les épaules au-dessus de ses vêtements et dans Lisan al ‘Arab, le Riddâ` est comme la Miqna’ah avec laquelle la femme [arabe médiévale] couvrait sa tête, son dos et sa poitrine.

Dans Miṣbâḥ al Lughah:

في مصباح اللغة: والجلباب ما يُغطّى به من ثوب وغيره

Le Jilbâb est ce avec quoi on se couvre parmi les vêtements ou autres.

2. Dans Lisan al ‘Arab (1/271-273) :

في لسان العرب (… والجلباب: القميص وثوب أوسع من الخمار دون الرداء تلبسه المرأة رأسها وصدرها، وقيل: هو ثوب واسع دون الملحفة تلبسه المرأة، وقيل هو الملحفة، وقيل: هو ما تغطي به المرأة الثياب من فوق كالمحلفة، وقيل: جلباب المرأة ملاءتها التي تشتمل بها… وقيل: الخمار… الإزار قاله ابن الاعرابي، وقال أبو عبيدة قال الأزهري: معنى قول ابن الإعرابي الجلباب الإزار لم يرد به إزار الحقو، ولكنه أراد إزارا يشتمل به، فيجلل جميع الجسد، وكذلك الليل، وهو الثوب السابغ الذي يشتمل به النائم، فيغطي جسده كله… الرداء… وهو كالمقعنة تغطي به المرأة رأسها وظهرها وصدرها) / المصدر 1ص 271 ـ 273

Le Jilbâb est le Qamîṣ, un vêtement plus large que le Khimâr et moins large que le Riddâ` que la femme [arabe du Moyen-âge] porte sur sa tête et sa poitrine, on a dit : « C’est un vêtement large plus petit que la Milḥafah [sorte de Riddâ`] que la femme porte. »

On a dit : « c’est la Milḥafah. »[4]

On a dit : « C’est ce avec quoi la femme couvre les vêtements de dessus comme la Milḥafah. »

On a dit : « Le Jilbâb de la femme est sa Malâ`a (vêtements ample d’une seule pièce possédant deux fentes jointes) avec laquelle elle s’enveloppe… »

On a dit : « Le Khimâr. »

Ibn al A’râbî[5]a dit : « [le Jilbâb] est le Izâr. »[6]

Abû ‘Ubaydah a dit qu’Al Azharî a dit que la signification de la parole d’Al A’râbî concernant le Jilbâb n’indiquait pas le Izâr porté sur la taille, mais plutôt le Izâr avec lequel on s’enveloppe tout le corps.

Cette parole d’Azharî est très surprenante puisque, comme à l’accoutumé, on s’aperçoit que dès lors que la parole d’un spécialiste n’est pas satisfaisante au regard de l’idéologie dominante, il faut alors sans cesse l’interpréter, quitte à faire d’un Izâr un Jilbâb…

Notons ici qu’outre le fait que cette définition fasse référence à la manière dont pouvait être porter le Jilbâb par la femme arabe par tradition et coutume, il ne s’agit pas de savoir comment il était porté, chacun étant libre à ce niveau, mais ce qu’il était. Notons également qu’il y a de nombreuses divergences et que personne n’est en mesure de déterminer précisément ce que fut le Jilbâb porté à cette époque et demandé dans le verset coranique.

3. Dans Tâj al ‘Arûs (1/186) :

وفي تاج العروس (هو في الأصل الملحفة ثم أُستعير لغيرها من الثياب، قاله الخفاجي في العناية

C’est à la base la Milḥafah, puis on a fait la métaphore avec autre qu’elle parmi les vêtements. C’est ce qu’a dit Al Khafâjî[7]dans Al ‘Inâyah.

On a dit : « La Milḥafah est tout ce avec quoi on se cache comme vêtements et autres. »

4. On trouve dans Al Kashshâf [8] :

الجلباب: ثوب واسع أوسع من الخمار دون الرداء، تلويه المرأة على رأسها، وتبقي منه ما ترسله على صدرها، وعن ابن عباس: الرداء الذي يستر من فوق إلى أسفل.

« Le Jilbâb est un vêtement large, plus large que le Khimâr, plus petit que le Riddâ`, que la femme [arabe médiévale] entoure sur sa tête et dont il reste de quoi le lâcher sur sa poitrine. Et selon Ibn ‘Abbâs, le Riddâ` est ce qui dissimule de haut en bas »

Dans Al Fatḥd’Ibn Ḥajar (chapitre des menstrues, Ḥadîth n°318), on trouve ce qui suit concernant le Jilbâb :

وفي الفتح لابن حجر” كتاب الحيض » حديث 318

وَهَذَا يَنْبَنِي عَلَى تَفْسِيرِ الْجِلْبَابِ – وَهُوَ بِكَسْرِ الْجِيمِ وَسُكُونِ اللَّامِ وَبِمُوَحَّدَتَيْنِ بَيْنَهُمَا أَلِفٌ.

 قِيلَ: هُوَ الْمُقَنَّعَةُ أَوِ الْخِمَارُ أَوْ أَعْرَضُ مِنْهُ، وَقِيلَ الثَّوْبُ الْوَاسِعُ يَكُونُ دُونَ الرِّدَاءِ، وَقِيلَ الْإِزَارُ، وَقِيلَ الْمِلْحَفَةُ، وَقِيلَ الْمُلَاءَةُ، وَقِيلَ الْقَمِيصُ. »

On a dit : « C’est la Muqanna’ah ou le Khimâr ou plus large que lui. »On a dit : « C’est le vêtement large qui est en dessous du Riddâ`. »On a dit : « C’est le Izâr. »On a dit : « C’est la Milḥafah. »On a dit :« C’est la Mulâ`ah. »On a dit : « C’est le Qamîṣ. »

Il faut ici remarquer que c’est la formule du « Tamrîḍ » qui est utilisée dans la définition du Jilbâb, à savoir la formule « Qîla – قيل» (on a dit) qui est, en général, une marque de faiblesse de l’avis rapporté ou un signe de divergence.

Osons également affirmer que la définition, censée à priori expliciter un terme pour le rendre compréhensible en déterminant ses caractéristiques, embrouille dans le cas du Jilbâb davantage qu’elle ne permet de sortir avec une explication claire du terme. Ainsi, on trouve parfoisqu’il s’agit d’un vêtement qui couvre un coup tout le corps, parfois qui couvre la tête, parfois le dos et la poitrine, parfois qui est comme un Khimâr, ou comme un Izâr ou encore qui est une longue couverture que l’on porte comme un manteau.

En somme, ceux qui définissent ce terme ne sont pas plus avancés que ceux qui cherchent à le comprendre avec précision et ce, car il est très difficile de décrire un vêtement et la façon de le porter en se référant à une époque que l’on ne pourra jamais connaître en tant que témoin. D’ailleurs, même Ibn Ḥajar fait entrer près de sept vêtements dans ce qui pourrait expliquer ce qu’est le Jilbâb. En réalité, ce qu’il convient de comprendre ici, et même concernant le Khimâr, c’est que le Jilbâb est un vêtement qui pouvait être porté de différentes façons selon les besoins, qu’il en fut très probablement de même pour le Khimâr, et que le fait de citer ce vêtement dans le Coran n’impose aucunement une façon précise de le porter.

Il convient donc d’affirmer que le Jilbâb est simplement une pièce d’étoffe portée comme un vêtement de sortie, dont on peut se vêtir de différentes façons et qui se rapproche de ce qu’on appelle une mante, c’est-à-dire un vêtement ample porter comme un manteau.

Rédaction LVDH

 

Références :

[1]Coran (Al Aḥzâb (33/59)

[2]Directeur d’étude à l’EHESS de Paris.

[3]Historien du XIIIe siècle. Il est mort à Mossoul en 1233.

[4]Notamment chez Al Jawharî et l’Imâm As Sindî (d’après l’un des avis).

[5]Son nom est Abû ‘Abdillah Muḥammad ibn Ziyâd ibn al A’râbî al Hâshimî. Linguiste de référence en langue arabe ayant vécu au IXe siècle en Irak (Samarra).

[6]Certes, Abu ‘Ubaydah a dit qu’Al Azharî avait expliqué : « Ibn al ‘Arabî ne voulait pas parler du Izâr que l’on met au niveau de la taille, mais il a voulu parler d’un Izâr dans lequel on enroule le corps entièrement dedans ». Mais nous répondons à cela qu’il et intrigant de voir qu’on tente d’orienter la compréhension du terme dès lors qu’il ne correspond pas à l’idée que l’on s’en fait. De plus Ibn al ‘Arabî est tout à fait capable de s’exprimer correctement en langue et d’utiliser les termes qui conviennent sans que l’on ait besoin d’expliciter ses propos pour le faire dire ce qu’ils ne disent pas.

[7]Son nom est Shihâb ad Dîn al Khafâjî. Il est né au XVIe, était originaire d’Égypte et fut juge suprême (Qâḍî al Quḍât).

[8]Exégèse du Coran rédigé par le célèbre linguiste et exégète Zamakhsharî (Mu’tazilite).

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