Quel est le nombre de prières prescrites dans le Coran : 3 ou 5 ?

Au-delà des divergences sur l’existence de 2, 3, 4, 5 ou 6 prières obligatoires (reflétant les divergences de positions entre hadithistes et coranistes notamment, et parfois au sein de ces deux groupes), nous tenterons dans cet article de mettre en avant les deux positions principales les plus argumentées : celle affirmant que le Coran ne prescrit que trois prières quotidiennes et celle affirmant qu’il en prescrit cinq.

 

Premier avis : Le Coran ne prescrit que trois moments de prière

Cette position s’appuie déjà sur le fait qu’il existe dans le Coran six versets mentionnant les temps de prière et à chaque fois, il s’agit de mentionner les temps deux par deux :

  • 50/39

فَاصْبِرْ عَلَى مَا يَقُولُونَ وَسَبِّحْ بِحَمْدِ رَبِّكَ قَبْلَ طُلُوعِ الشَّمْسِ وَقَبْلَ الْغُرُوبِ 
« Endure donc ce qu’ils disent et célèbre la Louange ton Seigneur avant le lever du Soleil/ṭulû‘u–sh–shams et avant le couchant/al–ghurûb ».

La prière de l’aube et, selon eux, celle du couchant. Toutefois, on pourrait faire remarquer que le texte parle de « qabla al-ghurûb », donc probablement de la période située avant le couchant (certains diraient al ‘asr) et non de celle située au moment du couchant.

  • 40/55

¤فَاصْبِرْ إِنَّ وَعْدَ اللَّهِ حَقٌّ وَاسْتَغْفِرْ لِذَنبِكَ وَسَبِّحْ بِحَمْدِ رَبِّكَ بِالْعَشِيِّ وَالْإِبْكَارِ ¤

« Alors endure donc, la promesse de Dieu est vérité ! Demande le pardon de ton manquement et célèbre la louange de  ton Seigneur au crépuscule/al‘ashiyyi et à l’aurore/al–ibkâr »

La prière du crépuscule/soir (couchant) et celle de l’aube.

  • 24/36-37

فِي بُيُوتٍ أَذِنَ اللَّهُ أَن تُرْفَعَ وَيُذْكَرَ فِيهَا اسْمُهُ يُسَبِّحُ لَهُ فِيهَا بِالْغُدُوِّ وَالْأصَالِ رِجَالٌ لَّا تُلْهِيهِمْ تِجَارَةٌ وَلَا بَيْعٌ عَن ذِكْرِ اللَّهِ

« En les temples dont a permis Dieu l’élévation et qui soit invoqué Son nom, le célèbrent, au petit matin/al–ghuduwwi et le soir/al–âṣâl, des Hommes que ni le négoce, ni le troc ne distraient du Rappel de Dieu […] »

 La prière de l’aube et celle du couchant./soir. A ce titre, Maurice Gloton traduit al-ghuduwwi par « aube » et al-âṣâl par crépuscule, ce qui est équivalent.

 

  • 52/48-49

وَاصْبِرْ لِحُكْمِ رَبِّكَ فَإِنَّكَ بِأَعْيُنِنَا وَسَبِّحْ بِحَمْدِ رَبِّكَ حِينَ تَقُومُ ¤وَمِنَ اللَّيْلِ فَسَبِّحْهُ وَإِدْبَارَ النُّجُومِ

«Et endure le Jugement de Ton Seigneur. Alors vraiment tu es sous Nos yeux. Et célèbre donc par la Louange ton Seigneur lorsque tu te lèves. Dans la nuit/min al–layl célèbre-Le, ainsi qu’au déclin des étoiles. »

La prière de la nuit et celle de l’aube. Ainsi, on remarque que Dieu distingue la prière du soir et celle de la nuit (layl).

  • 17/78

أَقِمِ الصَّلاَةَ لِدُلُوكِ الشَّمْسِ إِلَى غَسَقِ اللَّيْلِ وَقُرْآنَ الْفَجْرِ إِنَّ قُرْآنَ الْفَجْرِ كَانَ مَشْهُودًا ¤

« Accomplis la prière entre le coucher/dulûk du soleil et l’entrée/ghasâq de la nuit ainsi que la récitation/qur’âna de l’aube/al–fajr ; certes, la récitation de l’aube a des témoins. »

La prière du couchant et celle de l’aube. Ceci dit, il y a des divergences de compréhension ici sur lesquelles nous reviendrons, notamment car le terme « dulûk » compris ici par « coucher » peut également être compris par « déclin » et donc ne pas faire référence au moment du couchant. De même, le terme « ilâ » qui fut traduit par « entre », comme pour indiquer qu’il s’agissait d’un laps de temps assez court, peut parfaitement être traduit par « jusqu’à » et donc englober plusieurs temps de prière, et non un seul.

  • 24/58

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لِيَسْتَأْذِنكُمُ الَّذِينَ مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ وَالَّذِينَ لَمْ يَبْلُغُوا الْحُلُمَ مِنكُمْ ثَلَاثَ مَرَّاتٍ مِن قَبْلِ صَلَاةِ الْفَجْرِ وَحِينَ تَضَعُونَ ثِيَابَكُم مِّنَ الظَّهِيرَةِ وَمِن بَعْدِ صَلَاةِ الْعِشَاء ثَلَاثُ عَوْرَاتٍ لَّكُمْ لَيْسَ عَلَيْكُمْ وَلَا عَلَيْهِمْ جُنَاحٌ بَعْدَهُنَّ طَوَّافُونَ عَلَيْكُم بَعْضُكُمْ عَلَى بَعْضٍ كَذَلِكَ يُبَيِّنُ اللَّهُ لَكُمُ الْآيَاتِ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ¤

« Ô croyants ! Que vous demandent permission [d’entrer] vos esclaves ainsi que vos enfants impubères par trois fois : avant la prière de l’aube/ṣalât al–fajr, lorsque vous retirez vos habits en plein midi/ẓahîra et après la prière de la nuit/ṣalât al–‘ishâ’, ce sont là pour vous trois occasions de nudité…»

La prière de l’aube et celle du soir/couchant. D’ailleurs, il est intriguant de constater que l’appellation généralement utilisée fait de la prière du ‘ishâ` celle de la nuit (layl), alors que linguistiquement et surtout coraniquement, le terme « ‘ishâ` » et ses dérivés font référence au soir, au crépuscule, au début de soirée, au commencement de l’obscurité. Par exemple, en 12/16, Dieu nous informe que les enfants de Jacob sont venus le retrouvés le soir (‘ishâ`an), et non dans la nuit (layl). Ceci est paradoxalement la traduction que l’on retrouve dans un peu partout et il en est de même en 3/41 (‘ishâ` : soir, crépuscule), en 6/52 (‘ashiyyi : soir, tombée de la nuit) ou encore en 18/28 (‘ashiyyi : soir).

Les partisans de cette position font remarquer les deux éléments suivants :

  • Même si ces versets ne citent que deux moments de prière à chaque fois, l’alliance ou l’appariement entre ces deux moments est changeant et semble mettre finalement en avant trois moments distincts : l’aube, le couchant et la nuit.
  • D’ailleurs, les termes utilisés pour désigner ces différents moments, non synonymes, permettrait selon eux de donner les limites inférieures et supérieures des temps de prière. Ainsi, on se retrouve par exemple avec les délimitations suivantes concernant la prière du fajr dont le temps d’accomplissement va du fajr (aube) à al-ikbâr(aurore).

 

En outre, les partisans de la positiondes trois prières mentionnent quatre passages faisant référence cette fois-ci à trois temps de prière distincts :

  • 50/39-40

فَاصْبِرْ عَلَى مَا يَقُولُونَ وَسَبِّحْ بِحَمْدِ رَبِّكَ قَبْلَ طُلُوعِ الشَّمْسِ وَقَبْلَ الْغُرُوبِ – وَمِنَ اللَّيْلِ فَسَبِّحْهُ وَأَدْبَارَ السُّجُودِ

« Endure donc ce qu’ils disent et célèbre par la Louange ton Seigneur avant le lever du Soleil/ṭulû‘u–sh–shams,avant le couchant/al–ghurûb ».¤ et célèbre Sa Louange une partie de la nuit/min al-laylet à la suite des prosternations.

La prière de l’aube, du couchant (à discuter) et celle de la nuit.

  • 76/25-26

وَاذْكُرِ اسْمَ رَبِّكَ بُكْرَةً وَأَصِيلًا وَمِنَ اللَّيْلِ فَاسْجُدْ لَهُ وَسَبِّحْهُ لَيْلًا طَوِيلًا

« Invoque le nom de ton Seigneur matin/bukratan et soir/aṣîlan et dans la nuit/min al–layl, alors/fa prosterne-toi devant Lui et loue-Le la nuit longuement.»

La prière de l’aube, du couchant et celle de la nuit.

  • 20/130

فَاصْبِرْ عَلَى مَا يَقُولُونَ وَسَبِّحْ بِحَمْدِ رَبِّكَ قَبْلَ طُلُوعِ الشَّمْسِ وَقَبْلَ غُرُوبِهَا وَمِنْ آنَاء اللَّيْلِ فَسَبِّحْ وَأَطْرَافَ النَّهَارِ لَعَلَّكَ تَرْضَى ¤

« Endure donc ce qu’ils disent et célèbre la Louange de ton Seigneur avant le lever du soleil/ṭulû‘u–sh–shams et avant son couchant/ghurûb ainsi qu’à partir du temps/ânâ’i de la nuit/al–layl. Alors/fa, célèbre aux extrémités/aṭrâf du jour ; puisses-tu obtenir satisfaction !  »

La prière de l’aube, du couchant et celle de la nuit.

Comme cela apparaît assez clairement,  il est évoqué à chaque fois trois temps de prière :

  1. aube
  2. couchant
  3. nuit

Mais le dernier verset mentionné semble faire référence à un autre moment :

  1. les aṭrâf du jour…

En effet, le terme aṭrâf est ici au jam’ (pluriel) et non au muthanna (duel). En conséquence, il impliquerait au moins trois moments de jour puisque le pluriel en arabe commence à partir de trois.

Comment donc expliquer l’utilisation de ce terme au pluriel ?

Les partisans de la prescription coranique de trois prières expliquent qu’il s’agit d’une reprise des moments cités en amont, à savoir celui avant le lever et avant le coucher du soleil… Certains pourraient alors répondre que ceux-ci ne constituent que deux temps de prière en journée et non trois minimum comme l’impose normalement l’utilisation du pluriel arabe (jam’).

Leur réponse consiste alors à expliquer le Coran par le Coran et à faire référence au verset 11/114 :

 

¤وَأَقِمِ الصَّلاَةَ طَرَفَيِ النَّهَارِ وَزُلَفًا مِّنَ اللَّيْلِ إِنَّ الْحَسَنَاتِ يُذْهِبْنَ السَّيِّئَاتِ ذَلِكَ ذِكْرَى لِلذَّاكِرِينَ

« Accomplis la prière aux deux extrémités/ṭarafiya du jour et aux abords/zulafde la nuit/al–layl ; certes les bonnes actions repoussent les mauvaises. Ceci est un rappel pour ceux qui veulent se rappeler.»

En effet, en ce verset Dieu demande notamment d’accomplir la prière aux deuxextrémités du jour (ṭarafiya). Ainsi, Dieu ne fait pas référence à trois moments de jour, mais à deux uniquement et explicitement. En d’autres termes, les partisans de cette position expliquent que l’utilisation du jam’ « aṭrâf » en 20/130 serait en réalité un jam’ al-qilla (حمع القلة), c’est-à-dire un pluriel dit de paucité, mais ayant la valeur du duel mentionné en 11/114.

Cette position s’appuie également sur le fait que le dernier segment du verset 20/130 est introduit par la particule « fa » ayant pour fonction d’insister sur les deux moments de prière mentionnés en journée. C’est d’ailleurs ce même procédé anaphorique que l’on retrouve en 76/25-26 déjà cité lorsque Dieu invite à prier « min al-layl » (durant la nuit) et qu’Il insiste à nouveau sur ce moment dans le dernier segment du même verset en l’introduisant par la particule « fa » :

فَاسْجُدْ لَهُ وَسَبِّحْهُ لَيْلًا طَوِيلًا

« […] alors/fa prosterne-toi devant Lui et loue-Le la nuit longuement.»

Au passage, les partisans de cette position font remarquer que le verset 11/114 fait référence également à trois moments de prière :

  • aube et couchant : cela correspond aux deux extrémités du jour.
  • nuit (zulaf min al-layl) : Certes, le terme zulaf est un pluriel (véritable ou de paucité) et est le terme pris en compte dans la lecture selon Ḥafṣ. Toutefois, en tant que pluriel, il pose problème à la compréhension du texte car on ne comprend pas à quelles prières il ferait référence en plus de celle de la nuit (layl). Or, selon une autre lecture acceptée de ce passage, c’est le singulier « zulufan » qui est utilisé en ce verset. Ainsi, avec l’emploie de ce terme au singulier, il s’agit alors de la prière de nuit.

 

Enfin, quant au fait que Dieu mentionnerait en 30/17-18 quatre moments de prière, voici ce qu’ils répondent :

فَسُبْحَانَ اللَّهِ حِينَ تُمْسُونَ وَحِينَ تُصْبِحُونَ ¤وَلَهُ الْحَمْدُ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَعَشِيًّا وَحِينَ تُظْهِرُونَ ¤

« Gloire à Dieu/subḥâna–llâh quand vous êtes au soir/tumsûna et quand vous êtes au matin/tuṣbihûna, à Lui la Louange en les cieux et la terre, et la nuit venue/’ashîyan et quand vous êtes en plein midi/tuẓhirûna.»

Ici, il est évoqué quatre temps :

  1. Le soir
  2. Le matin
  3. La nuit
  4. Le midi

Les partisans de la prescription de trois moments de prière expliquent que ce verset ne fait en réalité référence à aucun moment de prière. D’ailleurs, il est intriguant de constater que dans plusieurs traductions, une manipulation de sens est opérée au moment de rendre le sens du segment « subḥâna–llâh ». On trouve ainsi :

  • « Vous glorifierez Dieu… »
  • « Glorifiez donc Dieu… »
  • « Glorifiez Allah donc… »

Les traductions et exégèses ont ainsi orienté le sens du texte coranique comme s’il s’agissait de traduire le verbe « sabbaḥa», signifiant « louer, célébrer la louange » avec la locution « subḥâna » qui n’est pas un verbe, mais un ism al-fâ’il (nom d’action) annexé à Dieu (Allâh). Il n’est donc nullement question d’inviter à célébrer Dieu à quatre moments, mais plutôt de faire prendre conscience à l’Homme que Dieu est glorifié en permanence par Sa création, les cieux et la terre et ce, en faisant référence aux différents moments qui recouvrent l’entièreté d’une journée : matin, midi, soir et nuit. Il n’y a donc ici aucune référence à des moments de prière.

Reste alors le verset 2/238 évoquant la salât al-wusṭâ : s’agit-il d’une prière de journée ?

حَافِظُوا عَلَى الصَّلَوَاتِ وَالصَّلَاةِ الْوُسْطَى وَقُومُوا لِلَّهِ قَانِتِينَ

« Préservez les prières et la prière médiane ; et tenez-vous debout devant Dieu, avec humilité. »

Ici, ce verset évoque deux éléments intéressants :

  • Le terme « ṣalawât » est un pluriel (jam’) impliquant au moins trois prières.
  • Le terme « ṣalât al-wusṭâ » qui ferait référence à un temps supplémentaire et donc à plus de trois prières au total.

Ceci dit, précisons déjà que linguistiquement, la particule « wa » n’indique pas forcément la séparation de deux éléments distincts dans leur essence (dhât). En effet, le « wa » peut parfaitement indiquer une distinction (mughayyarah) quant aux ṣifât (attribut, qualité) d’un même objet, ce qui impliquerait que la ṣalât al-wusṭâ ne soit qu’une partie de l’ensemble des ṣalawât, et non une prière supplémentaire aux ṣalawât mentionnées. En conséquence, il ne s’agirait pas forcément de plus de trois moments de prières.

En outre, précisons que chez certains partisans des trois prières, il est expliqué que la ṣalât al-wusṭâ fait référence à une prière de mi-journée et ce, conformément au sens lingusitique du terme « wusṭâ ». Ainsi, selon eux, les trois prières seraient celles de l’aube, celle du couchant et celle de la mi-journée (celle de la nuit étant surérogatoire. Leur argumentation se fondant sur l’analyse des versets 17/79, 76/26 et 73/20). Pour d’autres, conformément à ce qui fut susmentionné, les trois prières sont celle de l’aube, du couchant et de la nuit.

Selon nous, si cette position devait être retenu, c’est plutôt la deuxième compréhension qui nous semble la plus argumentée.

Ceci dit, le docteur Moreno propose une autre explication de ce que serait la salât al-wusṭâ et ce, en tentant d’expliquer ce passage par la référence à d’autres passages coraniques. Voici donc ce qu’il explique dans son article dédié à cette question (https://www.alajami.fr/index.php/2018/01/27/3-les-heures-de-priere-selon-le-coran-et-en-islam/#_ednref18) :

 « L’activité exégétique est sans nul doute postérieure à la mise en place des éléments constitutifs de l’Islam. Ceci explique que les exégètes face à un Coran qui manifestement ne mentionne jamais explicitement l’obligation de prier cinq fois par jour s’évertuèrent à lui faire avouer ce que l’Islam soutenait uniquement à partir du Hadîth. Le verset précédent illustre bien cette démarche a posteriori, mais le verset à suivre plus encore, en voici la traduction standard : « Soyez assidus aux prières et surtout à la prière médiane ; et tenez-vous debout devant Dieu, avec humilité. »[15]

 En cette perspective exégétique, l’exploitation de la locution « la prière médiane » a donné lieu à la production de 223 avis, propos et hadîths relatifs à la détermination de ladite « prière médiane ». Cependant, bien que de nombreuses prières ait été ainsi candidatées,[16] il a été retenu de manière majoritaire qu’il s’agissait là de la prière de l’après-midi dite al–‘aṣr, car elle se trouve au milieu/fî–l–wustâ, c’est-à-dire entre deux prières canoniques la précédant et deux la suivant. Nous ferons observer que par définition toute prière se trouve entre deux prières la précédant ! Ceci étant, l’ensemble de ces spéculations n’est rendu possible que par une décontextualisation majeure de notre v238. En effet, ce verset s’inscrit au sein d’un long chapitre coranique, vs220-242, envisageant diverses mesures relatives à la question des droits de l’épouse. Dans ce cadre, l’on note alors que le v240 est relatif au testament/waṣiyya en faveur des épouses : « ceux d’entre vous dont la fin est proche, laissant des épouses, doivent laisser un testament/waṣiyya en faveur de leurs épouses… »[17] À moins que notre v238 ne soit “tombé du ciel” à la mauvaise place, il ne peut donc se comprendre qu’en fonction de ce qui le précède et de ce qui le suit. Le sujet est alors évident puisqu’il est indiqué par ailleurs que ledit testament doit être fait devant témoins : « Ô croyants ! Lorsque se présente à l’un de vous la mort, témoignage entre vous lors du testament/waṣiyya par deux personnes intègres des vôtres, ou non, s’il advient que vous parcouriez le monde et que l’épreuve de la mort vint à vous atteindre, vous les retiendrez après la prière… »[18] Ainsi, s’explique la mention de la prière en notre v238, il s’agissait de dire que puisque pour garantir la fiabilité des témoins du testament « vous les retiendrez après la prière », alors ḥâfiẓû ‘ala–ṣ–ṣalâwat,[19] ce qui se comprend donc mot à mot par « observez attentivement les prières », c.à.d. la prière de ceux qui prient,  et non pas par « soyez assidus aux prières » comme l’exégèse décontextualisée l’a imposé. Cette recommandation coranique est immédiatement explicitée par le syntagme wa–ṣ–ṣalâtu–l–wusṭâ qui signifie alors mot à mot : « et la prière du juste milieu/wusṭâ[20] ». C’est-à-dire une prière équilibrée ;  ni trop longue, car l’ostentation dévoile l’insincérité, ni trop courte, car la négligence dénote le manque de sérieux. Les témoins ainsi retenus « apprêtez-vous à vous conformer sincèrement à Dieu »,[21] c’est-à-dire à dicter votre testament/waṣiyya. Notre v238 se lit donc en réalité : « Observez attentivement les prières et la prière du juste milieu, et apprêtez-vous à vous conformer sincèrement à Dieu ». Pour l’analyse littérale détaillée de ce verset, voir: S2.V238-242.

 De même, l’Analyse contextuelle permet de mettre au jour le Sens littéral du v239, car en S5.V106, verset référent ci-dessus cité, il est dit : « s’il advient que vous parcouriez le monde », notion que l’on retrouve alors logiquement au v239 : « Si vous craignez, que vous soyez à pied ou montés, alors, quand vous serez en sécurité, rappelez-vous de Dieu en ce qu’Il vous a enseigné ce que vous ne saviez point. »[22] Propos qui est donc sans rapport avec la prière dite de la peur/ṣalât al–khawf comme l’Exégèse l’entend selon sa propre logique, mais qui signifie contextuellement : s’il se trouve « que vous parcouriez le monde et que l’épreuve de la mort vient à vous atteindre », ceci « que vous soyez à pied ou montés », et si « vous craignez » de ne point pouvoir faire en ces conditions votre testament, « alors, quand vous serez en sécurité rappelez-vous de Dieu », c’est-à-dire rappelez-vous ce que Dieu « vous a enseigné » et «  que vous ne saviez point », à savoir : faire ledit testament/al–waṣiyya. Au final, en dehors du miracle herméneutique exégétique en vigueur, S2.V238 est sans aucun rapport avec un quelconque temps de prière, mais avec une manière de sélectionner des témoins potentiellement fiables, comme indiqué en S5.V106 ci-dessus mentionné. »

En conclusion, il semble que cette position des trois prières soit bien argumentée, d’autant que le Coran ne fait référence qu’à trois prières lorsqu’il mentionne le terme « ṣalât », à savoir ṣalât al-fajr, ṣalât al-wusṭâ et ṣalât al-‘ishâ` ce qui pourrait éventuellement correspondre aux trois temps mis en avant par les partisans de cette position, l’aube, le couchant et la nuit ou encore l’aube, le midi et le couchant.

Cependant, les partisans de cette position doivent faire face à la divergence existante du point de vue coranique, mais également aux nombreux récits extra-coraniques appuyant la position des cinq prières quotidiennes, ainsi qu’à la pratique notoire de centaines de millions de musulmans existant et véhiculée depuis des siècles… En outre, une question se pose : dans quel but aurait-on modifié le nombre de prières prescrites pour l’augmenter de deux ? quel intérêt cela servirait-il ? quelle preuve a-t-on que le nombre de prières dites « prescrites » fut augmenté par la main de l’homme, voire du pouvoir politique ?

Deuxième avis : Le Coran ne prescrit que cinq moments de prière

Les partisans de cette position reprennent notamment les versets 30/17-18 :

 

فَسُبْحَانَ اللَّهِ حِينَ تُمْسُونَ وَحِينَ تُصْبِحُونَ ¤وَلَهُ الْحَمْدُ فِي السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ وَعَشِيًّا وَحِينَ تُظْهِرُونَ ¤

« Transcendance de Dieu/subḥâna–llâh quand vous êtes au soir/tumsûna et quand vous êtes au matin/tuṣbihûna, à Lui la Louange en les cieux et la terre, et la nuit venue/’ashîyan et quand vous êtes en plein midi/tuẓhirûna.»

Selon eux, et après avoir expliqué que le sens de la locution « subḥâna-llâh »en expliquant signifiait « glorifier Dieu » aux moments cités, ils expliquent que ce verset ne fait en réalité pas référence à quatre temps de prière, mais à cinq… Ainsi, leur explication de ce verset est la suivante et se fonde en outre sur des récits extra-coraniques attribués notamment à Ibn ‘Abbâs ou Al-Hasan   :

  • tumsûna: ce terme ferait référence à deux prières, celle du maghrîb (couchant) et celle du ‘ishâ` (nuit).
  • tuṣbihûna:  ce terme fait référence à la prière du fajr (aube).
  • ashîyan: ce terme fait référence à la prière du ‘asr (après-midi).
  • tuẓhirûna: ce terme fait référence à la prière du ẓuhr (midi).

Toutefois, cette position ne semble pas tenable pour les raisons suivantes :

  • Coraniquement, la prière de nuit est toujours mentionnée par l’utilisation du terme « al-layl », alors que la période du soir ne correspond qu’à la prière du couchant.
  • Qui plus est, pour soutenir la présence de cinq prières dans ce passage coranique, l’exégèse a dû expliquer que le terme « ‘ashîyan », faisant référence dans l’ensemble du Coran au soir/crépuscule, indiquait en fait l’après-midi… Or, linguistiquement, le terme ‘ashâ` et ses dérivés font référence à des moments liés au soir, comme le repas du soir, le souper, etc. Comment peut-on dès lors soutenir qu’il s’agisse de l’après-midi ?
  • Enfin, ce verset ne fait en réalité pas référence à des temps de prières prescrites comme cela fut explicité auparavant.

En dehors de ce détournement de sens, certains ont tenté d’expliquer la présence des cinq prières en faisant référence à d’autres versets :

  • En 76/25-26 : prières du matin, de la nuit et de l’après-midi ?

وَاذْكُرِ اسْمَ رَبِّكَ بُكْرَةً وَأَصِيلًا وَمِنَ اللَّيْلِ فَاسْجُدْ لَهُ وَسَبِّحْهُ لَيْلًا طَوِيلًا

« Invoque le nom de ton Seigneur matin/bukratan et aṣîlan et dans la nuit/min al–layl, alors/fa prosterne-toi devant Lui et loue-Le la nuit longuement.»

Ici, si « bukratan » fait bien référence au matin et « al-layl » à la nuit, le terme « aṣîlan » est compris comme faisant référence à l’après-midi. C’est ce que l’on retrouve dans plusieurs traductions de ce segment. Or, linguistiquement, le terme « aṣîl » fait référence au crépuscule, au soir ou encore au moment du déclin de la lueur du jour. A ce titre, Maurice Gloton traduit ce terme en ce verset par « déclin du jour », ce qui correspond au couchant et non à l’après-midi.

Cette seconde volonté de justification ne peut donc pas être retenue.

  • Ils utilisent également le passage en 50/39-40 :

 

فَاصْبِرْ عَلَى مَا يَقُولُونَ وَسَبِّحْ بِحَمْدِ رَبِّكَ قَبْلَ طُلُوعِ الشَّمْسِ وَقَبْلَ الْغُرُوبِ – وَمِنَ اللَّيْلِ فَسَبِّحْهُ وَأَدْبَارَ السُّجُودِ

« Endure donc ce qu’ils disent et célèbre par la Louange ton Seigneur avant le lever du Soleil/ṭulû‘u–sh–shams,avant le couchant/al–ghurûb ».¤ et célèbre Sa Louange une partie de la nuit/min al-laylet à la suite des prosternations.

Ainsi, selon eux, ce passage fait référence à trois prières : celle de l’aube, celle d’avant le couchant (donc al-‘asr, l’après-midi) et celle de la nuit.

Compréhension de la lecture des versets 17/78 et 11/114 :

Première lecture

En 17/78 : prière du midi

 

¤أَقِمِ الصَّلاَةَ لِدُلُوكِ الشَّمْسِ إِلَى غَسَقِ اللَّيْلِ وَقُرْآنَ الْفَجْرِ إِنَّ قُرْآنَ الْفَجْرِ كَانَ مَشْهُودًا ¤

« Accomplis la prière au dulûk du soleil jusqu’à l’entrée/ghasâq de la nuit ainsi que la récitation/qur’âna de l’aube/al–fajr ; certes, la récitation de l’aube a des témoins. »

Si la prière de l’aube est reconnue par les partisans des trois et des cinq prières quotidiennes, via l’expression « qur`âna al-fajr », l’expression « dulûki ash-shams » est quant à elle comprise par ceux des cinq prières comme faisant référence au déclin du soleil et non comme faisant référence à son coucher. Ainsi, ils expliquent que le déclin dont il est question ici correspond au moment où le soleil quitte son zénith, et non au moment où il s’apprête à disparaître à l’horizon puisque le déclin n’est pas l’équivalent de la disparition.

Ceci dit, les partisans des trois prières expliquent que la suite du verset évoquant « ilâ ghasaqi al-layl » (entrée de l’obscurité, début de la nuit) impliquerait que le dulûk mentionné soit le déclin du soleil correspondant à son coucher et que ce segment fait en réalité référence à un seul temps de prière. Ceci peut se discuter.

Ainsi, l’expression « li-dulûki ash-shamsi ilâ ghasaqi al-layl » est comprise par les partisans des cinq prières comme faisant référence au temps de la prière du midi jusqu’à à celle du couchant. En d’autres termes, le Coran mentionnerait ici trois prières :

  • Déclin du soleil : ẓuhr (midi)
  • Entrée de la nuit : maghrîb (couchant)
  • Récitation de l’aube : fajr (aube)

En outre, la prière du couchant est mentionnée notamment dans le verset 11/114 :

وَأَقِمِ الصَّلاَةَ طَرَفَيِ النَّهَارِ وَزُلَفًا مِّنَ اللَّيْلِ إِنَّ الْحَسَنَاتِ يُذْهِبْنَ السَّيِّئَاتِ ذَلِكَ ذِكْرَى لِلذَّاكِرِينَ

« Accomplis la prière aux deux extrémités/ṭarafiya du jour et aux abords/zulafde la nuit/al–layl ; certes les bonnes actions repoussent les mauvaises. Ceci est un rappel pour ceux qui veulent se rappeler.»

Selon les partisans de cette approche, l’expression « aux deux extrémités du jour »désignerait la prière du fajr (extrémité en tant que début de journée) et la prière du ‘asr (en tant que commencement de la fin de journée et puisque le couchant c’est le soir et non une extrémité du jour). Cela ferait donc un total de cinq prières puisque le premier verset ferait référence aux prière de l’aube, du midi, et du couchant, alors que le second verset ferait référence à celle de l’après-midi et celle de la nuit.

Deuxième lecture :

En 17/78 : prière du midi  

¤أَقِمِ الصَّلاَةَ لِدُلُوكِ الشَّمْسِ إِلَى غَسَقِ اللَّيْلِ وَقُرْآنَ الْفَجْرِ إِنَّ قُرْآنَ الْفَجْرِ كَانَ مَشْهُودًا ¤

« Accomplis la prière au dulûk du soleil jusqu’à l’entrée/ghasâq de la nuit ainsi que la récitation/qur’âna de l’aube/al–fajr ; certes, la récitation de l’aube a des témoins. »

L’expression « qur`âna al-fajr » désigne toujours et sans divergence la prière du fajr (aube) et l’expression « dulûki ash-shams » est comprise comme faisant référence au couchant (maghrîb). Ainsi, ils expliquent que le déclin dont il est question ici correspond au moment où le soleil se couche.

En conséquence, l’expression « li-dulûki ash-shamsi ilâ ghasaqi al-layl » est comprise comme faisant référence au temps de la prière du couchant puis à celle d’une prière de nuit. En d’autres termes, le Coran mentionnerait ici trois prières :

  • Déclin du soleil : maghrîb (couchant)
  • Entrée de la nuit : ‘ishâ` (nuit)
  • Récitation de l’aube : fajr (aube)

En outre, les autres prières seraient mentionnées notamment dans le verset 11/114 :

وَأَقِمِ الصَّلاَةَ طَرَفَيِ النَّهَارِ وَزُلَفًا مِّنَ اللَّيْلِ إِنَّ الْحَسَنَاتِ يُذْهِبْنَ السَّيِّئَاتِ ذَلِكَ ذِكْرَى لِلذَّاكِرِينَ

« Accomplis la prière aux deux extrémités/ṭarafiya du jour et aux abords/zulafde la nuit/al–layl ; certes les bonnes actions repoussent les mauvaises. Ceci est un rappel pour ceux qui veulent se rappeler.»

Selon les partisans de cette approche, ils considèrent la lecture utilisant le terme pluriel « zulaf ». Ainsi, selon eux, ce terme implique qu’il s’agisse de faire référence à trois moments de prière de nuit ou entourant la nuit (couchant, nuit et aube). En conséquence, l’expression « aux deux extrémités du jour » désignerait la prière du midi (extrémité en tant que zénith) et la prière du ‘asr (en tant que commencement de la fin de journée). Cela ferait donc un total de 5 prières puisque le premier verset ferait référence aux prière de l’aube, du couchant, et de nuit, alors que le second verset ferait référence à celles de midi et de l’après-midi.

Ajoutons que les partisans de cette position utilisent également le verset 2/238 qui est majoritairement interprété comme faisant référence à la prière du ‘asr :

حَافِظُوا عَلَى الصَّلَوَاتِ وَالصَّلَاةِ الْوُسْطَى وَقُومُوا لِلَّهِ قَانِتِينَ

« Préservez les prières et la prière médiane ; et tenez-vous debout devant Dieu, avec humilité. »

Ainsi, il faut savoir que l’orthodoxie a grandement divergé sur le sens de la « ṣalât al-wusṭâ » et c’est ainsi que des dizaines d’avis (si ce n’est plus) semblent avoir été émis, en fonction des hadîths divergents ou des propos de tel ou tel. Dès lors, on retrouve des avis affirmant qu’il s’agit de :

  • la prière du ẓuhr (Abû Sa’îd al-khudrî, Usâma ibn Zayd, une version de ‘Âïsha…),
  • la prière du ṣubḥ (Ash-Shâfi’î, ‘Umar, Mu’âdh, Ibn ‘Abbâs, Ibn ‘Umar, Jâbir, ‘Atâ, ‘Ikrimâ, Mujâhid, Ar-Rabî’, Mâlik ibn Anas, les Gens de Médine, la majorité des shâfi’îtes…),
  • la prière du maghrîb (Qubaysa ibn Dhu’ayb…),
  • la prière du ‘ishâ` (plusieurs savants d’après Ibn Sayyid an-Nâs ou encore les imamites),
  • la prière du vendredi (plusieurs savants d’après le Qâdî ‘Iyâḍ et cité par An-Nawawî),
  • l’une des 5 prières sans spécification (Zayd ibn Thâbit, Ar-Rabî’ ibn Khaytham, Sa’îd ibn al-Musayyib, Nâfî’, Shurayḥ…)
  • toutes les prières puisqu’elle sont concernées par cette qualité (Al-Hasan, Ath-Thawrî…)
  • les prières du ‘ishâ` et du ṣubḥ (Abû ad-Dardâ…)
  • la prière en commun (Al-Mawardî)
  • la (soi-disant) prière de la peur (cité par ad-Dumyâtî)
  • la prière du witr (Abû al-Hasan ‘Alî ibn Muhammad as-Sakhâwî al-Muqrî)

Ceci dit, l’avis ayant vraisemblablement reçu l’approbation de la grande majorité des théologiens est celui stipulant qu’il s’agirait de la prière du ‘asr. En effet, cette prière de l’après-midi est située au milieu de la journée, c’est-à-dire entre aube/midi et couchant/nuit (toutefois, chacune des cinq prières est située entre deux autres…). Cet avis est notamment attribué à ‘Alî, Abû Ayyûb al-Ansârî, Ibn ‘Umar, Ibn ‘Abbâs, Abû Sa’îd al-Khudrî, Abû Hurayrahn Ubay ibn Ka’b, Sumra ibn Jundûb, ‘Abdallah ibn ‘Amr ibn al-Âs, Ibn Mas’ûd, ‘Âïsha, Hafsa, Umm Salama, Al-Hasan al-Basrî, An-Nakhâ’î, Al-Kalbî, Qatâda, Ad-Daḥḥâk, Muqâtil, Abû Hanîfa, Ahmad, Ibn al-Mundhir…

En 20/130 Dieu aurait également mentionné la prière du ‘asr :

فَاصْبِرْ عَلَى مَا يَقُولُونَ وَسَبِّحْ بِحَمْدِ رَبِّكَ قَبْلَ طُلُوعِ الشَّمْسِ وَقَبْلَ غُرُوبِهَا وَمِنْ آنَاء اللَّيْلِ فَسَبِّحْ وَأَطْرَافَ النَّهَارِ لَعَلَّكَ تَرْضَى ¤

« Endure donc ce qu’ils disent et célèbre la Louange de ton Seigneur avant le lever du soleil/ṭulû‘u–sh–shams et avant son couchant/ghurûb ainsi qu’à partir du temps/ânâ’i de la nuit/al–layl. Alors/fa, célèbre aux extrémités/aṭrâf du jour ; puisses-tu obtenir satisfaction !  »

L’expression « qabla tulû’i ash-shams » (avant le couchant du soleil) impliquerait qu’il s’agisse non pas du moment du couchant, puisqu’il est spécifié que cela se déroule « qabla » (avant), mais de celui le précédant et donc qu’il s’agisse de la prière du ‘asr (après-midi).

La prière de la nuit, quant à elle, serait encore mentionnée dans le verset 20/130 susmentionné et dans le verset 24/58 :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لِيَسْتَأْذِنكُمُ الَّذِينَ مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ وَالَّذِينَ لَمْ يَبْلُغُوا الْحُلُمَ مِنكُمْ ثَلَاثَ مَرَّاتٍ مِن قَبْلِ صَلَاةِ الْفَجْرِ وَحِينَ تَضَعُونَ ثِيَابَكُم مِّنَ الظَّهِيرَةِ وَمِن بَعْدِ صَلَاةِ الْعِشَاء ثَلَاثُ عَوْرَاتٍ لَّكُمْ لَيْسَ عَلَيْكُمْ وَلَا عَلَيْهِمْ جُنَاحٌ بَعْدَهُنَّ طَوَّافُونَ عَلَيْكُم بَعْضُكُمْ عَلَى بَعْضٍ كَذَلِكَ يُبَيِّنُ اللَّهُ لَكُمُ الْآيَاتِ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ¤

« Ô croyants ! Que vous demandent permission [d’entrer] vos esclaves ainsi que vos enfants impubères par trois fois : avant la prière de l’aube/ṣalât al–fajr, lorsque vous retirez vos habits en plein midi/ẓahîra et après la prière de la nuit/ṣalât al–‘ishâ’, ce sont là pour vous trois occasions de nudité…»

Outre les différents versets mentionnés, leur position s’appuie sur nombre de narrations, plus ou moins critiquables, attribuées au Prophète (paix sur lui), sur la pratique rapportée en masse de plusieurs compagnons du Prophète (paix sur lui) et de tâbi’ûn (suiveurs), ainsi que sur le mutawâtir ‘amalî puisque les prières, dans la trame de leur pratique et dans leur nombre quotidien, se sont transmises ainsi, de génération en génération, depuis des siècles et par imitation.

Ceci dit, bien que l’objectif ne soit pas en cet article d’analyser les différents ḥadîths ayant trait à cette thématique, ceux-ci n’étant pas considérés selon nous comme une source de loi (universelle et intemporelle comme l’est le Coran), nous considérons en revanche que les narrations peuvent avoir notamment un rôle d’indication historique à prendre en compte (avec esprit critique).

Mais alors, il faudra faire face à certains récits troublants. Certes, nombre d’entre eux font référence à la pratique de cinq prières quotidiennes, mais d’autres peuvent remettre cela en question. Nous pensons par exemple aux récits, rapportés notamment par Al-Bukhârî, stipulant que la prière fut initialement prescrite en deux rak’ât (ce qui peut se soutenir coraniquement) et qu’elle fut maintenue ainsi durant le voyage. Mais qu’on y a ajouté deux autres rak’ât en résidence. Mais sur quelle base coranique ?

De même, un autre récit rapporté par Muslim (n°1146) stipule que le Prophète (paix sur lui) aurait regroupé les prières du ẓuhr et du ‘asr, ainsi que celle du maghrîb et du ‘ishâ` alors qu’il n’était ni en danger ni en voyage. Ainsi, sans raison particulière, ce récit affirme que le Prophète aurait regroupé, et non accompli l’une à la suite de l’autre, deux prières en une. Or, le fait de regrouper, et non de faire suivre, a ici toute son importance car regrouper deux prières en une, qui plus est sans raison, équivaut à faire de deux prières une seule et donc cela revient à pratiquer trois prières dans la journée et non cinq… D’ailleurs, même certains ḥadîths font la distinction entre les deux actes (regrouper et faire suivre) puisque dans le Ṣaḥîḥde l’imâm Al-Bukhârî, on apprend au ḥadîth n°598 (chapitre des temps de prières) que le Prophète a accompli une fois la prière du ‘asr après le coucher du soleil (ba’da mâ gharabati ash-shams), puis (thumma), il pria le maghrîb.

A ce titre, précisons que les chiites pratiquent quelque chose de similaire en ce sens qu’ils prient cinq prières mais en trois temps, puisqu’ils font suivre généralement la prière du ẓuhr avec celle du ‘asr, et celle du maghrîb avec celle du ‘ishâ`.

Citons encore les récits rapportés par Al-Bukhârî au chapitre des temps de prières (n° 529 et 530) et dans lesquels on apprend que le Compagnon Anas, alors à Damas (Syrie) se mit à pleurer. Quand on lui en demanda la raison, il aurait dit : « Je ne reconnais plus rien de ce que j’ai laissé (du temps du Prophète, voir n°529), si ce n’est la prière. Et encore, même celle-ci s’est perdue. »

En réalité, il semble que la prière répandue ait peut-être été influencée ou a pu influencer elle-même la pratique juive, bien que cette dernière ne ressemble plus à ce qui est décrit dans l’article fort intéressant du rabbin converti ou proche de l’islam, Ben Abrahamson :

https://drive.google.com/file/d/13I6Z2juXyroXTzwIlg_CfQRYO9g00E1E/view?fbclid=IwAR1a2jFDCrwSHmWkJyl4-BBzerVr2LUJ0fj38peb9ssYVqSkFnudMq5xD68

Cette proximité s’expliquerait par l’influence, voire l’infiltration, très précoce du courant talmudiste via Ka’b al-Aḥbâr et ses élèves. Plusieurs sources semblent aller dans ce sens :

دلت بعض الأحاديث الصحيحة على أن شعائر الإسلام بعد زمان رسول الله صلى الله عليه و سلم قد تغيرت فلم يبق منه شئ إلا وطالته يد التحريف حتى الصلاة التي هي عمود الدين فإنها قد ضيعت كما ضيع غيرها .

ومن تلك الأحاديث
ما أخرجه البخاري في صحيحه عن الزهري أنه قال : دخلت على أنس بن مالك بدمشق وهو يبكي ، فقلت : ما يبكيك ؟ فقال : لا أعرف شيئا مما أدركت إلا هذه الصلاة ، وهذه الصلاة قد ضيعت .

وفي رواية أخرى ، قال : ما أعرف شيئا مما كان على عهد النبي صلى الله عليه وسلم . قيل : الصلاة ؟ قال : أليس ضيعتم ما ضيعتم فيها ؟ ! ( 1 ).

وأخرج الترمذي في سننه ، وأحمد بن حنبل في المسند عن أنس أنه قال : ما أعرف شيئا مما كنا عليه على عهد النبي صلى الله عليه وسلم . فقلت : أين الصلاة ؟ قال : أولم تصنعوا في صلاتكم ما قد علمتم ؟ ( 2 )

وأخرج مالك بن أنس في الموطأ عن أبي سهيل بن مالك عن أبيه أنه قال : ما أعرف شيئا مما أدركت عليه الناس إلا النداء للصلاة ( 3 ) .

وأخرج أحمد في المسند عن أم الدرداء أنها قالت : دخل علي أبو الدرداء وهو مغضب ، فقلت : من أغضبك ؟ قال : والله لا أعرف منهم من أمر محمد صلى الله عليه وسلم شيئا إلا أنهم يصلون جميعا ( 4 ). وفي رواية أخرى قال : إلا الصلاة ( 5 ).
——
(1) صحيح البخاري 1 / 133 كتاب مواقيت الصلاة وفضلها ، باب تضييع الصلاة عن وقتها .
(2) سنن الترمذي 4 / 633 ، كتاب صفة القيامة والرقائق والورع . قال الترمذي : هذا حديث حسن غريب . مسند أحمد بن حنبل 3 / 101 ، 208 .
(3) الموطأ ، ص 42 .
(4) مسند أحمد بن حنبل 6 / 443 ، 5 / 195 .
(5) المصدر السابق 6 /443

Ceci n’est en fait qu’un petit échantillon et certains affirment que l’entreprise aurait été énorme avec pour but le retour en terre sainte pour rebâtir le troisième temple, c’est à ce moment-là que le calife ‘Umar aurait découvert la réalité de son conseiller Ka’b al-Aḥbâr et qu’il le remettra à sa place (ceci est cité chez At-Ṭabarî, mais aussi dans des sources externes non musulmanes) en le menaçant d’expulsion. L’histoire des débuts de l’islam doit donc être étudiée de manière plus approfondiepour voir plus claire dans cette période trouble…

Ceci dit, certains pourraient répondre qu’il convient de mentionner également les autres narrations en lien avec cette histoire de Anas, notamment car il font référence au   تضييع الصلاة (retardement des temps de la prière) :

قال الحافظ ابن رجب رحمه الله :
 » إنما كان يبكي أنس بن مالك من تضييع الصلاة : إضاعة مواقيتها ، وقد جاء ذلك مفسراً عنه فروى سليمان بن المغيرة عن ثابت قال : قال أنس : ما أعرف فيكم اليوم شيئاً كنت أعهده على عهد رسول الله صلى الله عليه وسلم ، ليس قولكم : لا إله إلا الله [ يعني: إلا قولكم ..] .

قلت : يا أبا حمزة ، الصلاة ؟ قال : قد صليتم حين تغرب الشمس ، أفكانت تلك صلاة رسول الله صلى الله عليه وسلم ؟ خرجه الإمام أحمد .

ورواه حماد بن سلمة ، أن ثابتاً أخبره ، قال : قال أنس : ما شيء شهدته على عهد رسول الله صلى الله عليه وسلم ، إلا وقد أنكرته اليوم ، إلا شهادتكم هذه . فقيل : ولا الصلاة ؟ فقال : إنكم تصلون الظهر مع المغرب ، أهكذا كان رسول الله صلى الله عليه وسلم يصلي ؟ .
وهذا استفهام إنكار من أنس ، يعني : أن هذه لم تكن صلاة النبي صلى الله عليه وسلم .

وخرج الإمام أحمد من حديث عثمان بن سعد ، قال : سمعت أنس بن مالك يقول : ما أعرف شيئاً مما عهدت مع رسول الله صلى الله عليه وسلم اليوم . قيل له : ولا الصلاة ؟ قال : أوليس قد علمت ما صنع الحجاج في الصلاة ؟

ويقال : إن الحجاج هو أول من أخر الصلاة عن وقتها بالكلية ، فكان يصلي الظهر والعصر مع غروب الشمس ، وربما كان يصلي الجمعة عندغروب الشمس ، فتفوت الناس صلاة العصر ، فكان بعض التابعين يومئ في المسجد الظهر والعصر خوفا من الحجاج  » انتهى .
« فتح الباري » ـ لابن رجب (3 /56-57)

وقال الحافظ ابن حجر رحمه الله :

 » قَوْله ( قِيلَ الصَّلَاة ) أَيْ : قِيلِ لَهُ الصَّلَاة هِيَ شَيْء مِمَّا كَانَ عَلَى عَهْدِهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ، وَهِيَ بَاقِيَةٌ ؛ فَكَيْفَ يَصِحُّ هَذَا السَّلْب الْعَامّ ؟

فَأَجَابَ بِأَنَّهُمْ غَيَّرُوهَا أَيْضًا بِأَنْ أَخْرَجُوهَا عَنْ الْوَقْتِ …

وَرَوَى اِبْن سَعْد فِي الطَّبَقَاتِ سَبَب قَوْلِ أَنَسٍ هَذَا الْقَوْل , فَأَخْرَجَ عن ثابت الْبُنَانِيّ قَالَ : كُنَّا مَعَ أَنَس بْن مَالِك , فَأَخَّرَ الْحَجَّاج الصَّلَاةَ , فَقَامَ أَنَس يُرِيدُ أَنْ يُكَلِّمَهُ ُ ، فَنَهَاهُ إِخْوَانُهُ شَفَقَة عَلَيْهِ مِنْهُ , فَخَرَجَ فَرَكِبَ دَابَّتَهُ فَقَالَ فِي مَسِيرِهِ ذَلِكَ  » وَاللَّهِ مَا أَعْرِفُ شَيْئًا مِمَّا كُنَّا عَلَيْهِ عَلَى عَهْدِ النَّبِيّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ إِلَّا شَهَادَة أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّه  » . فَقَالَ رَجُل : فَالصَّلَاةُ يَا أَبَا حَمْزَة ؟ قَالَ  » قَدْ جَعَلْتُمْ الظُّهْرَ عِنْدَ الْمَغْرِبِ ُ أَفَتِلْكَ كَانَتْ صَلَاة رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ؟  » انتهى .

وروى البخاري (724) عَنْ بُشَيْرِ بْنِ يَسَارٍ الْأَنْصَارِيِّ عَنْ أَنَسِ بْنِ مَالِكٍ أَنَّهُ قَدِمَ الْمَدِينَةَ فَقِيلَ لَهُ : مَا أَنْكَرْتَ مِنَّا مُنْذُ يَوْمِ عَهِدْتَ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ؟ قَالَ مَا أَنْكَرْتُ شَيْئًا إِلَّا أَنَّكُمْ لَا تُقِيمُونَ الصُّفُوفَ

Ainsi, selon ces autres informations, il semblerait qu’Anas ait fait en réalité allusion au retardement de la prière qui aurait été monnaie courante sous l’impulsion d’Al-Ḥajjâj, qui même sans avoir occupé le poste de gouverneur de Syrie jouissait d’une influence notoire dans la cour damascène.

Toutefois, les textes des narrations en question semblent montrer clairement qu’il s’agit de tentatives de justification. Le contenu des narrations à lui seul montre cette volonté, car il paraît exagéré de prétendre que la prières du ẓuhr était retardée jusqu’au maghrîb

 » قد جعلتم الظهر عند المغرب »

ou le semblant de rétractation de Anas sur la question, comme quoi il ne s’agissait de rien d’autre que le fait qu’ils n’alignaient pas correctement les rangés de prière :

 » انكم لا تقيمون الصفوف »

En effet, rien que ces deux informations sont divergentes et présentent deux motifs différents : retardement du temps de prière ou mauvais alignement en prière ? Il semble clair qu’il s’agisse d’un exercice habituel et fréquent de justification à posteriori.

D’après les récits d’Al-Bukhârî, Anas Ibn Mâlik pleurait pour des tas d’innovations ou de pertes, et non pour la seule prière. D’ailleurs, il n’y a que la prière qui s’était relativement préservée du reste, et encore de façon discutable, et c’est cela le fond du message d’Anas. Toutefois, pleureur pour ce qui se passe à Damas, loin des terres de la Révélation, ne signifie pas que la situation était la même dans l’ensemble du monde musulman. En effet, il paraît peu vraisemblable qu’une telle situation ait pu se produire à Médine par exemple. Cette époque nécessite une étude plus approfondie par la recherche d’autres témoignages chez d’autres compagnons, partant du principe que l’on doit toujours se baser sur plusieurs témoignages pour établir un fait historique.

 

Conclusion

Les deux positions ont leurs arguments. Toutefois, conformément à ce que nous avons développé dans d’autres articles, ils nous semble dans un premier temps important de ne pas rejeter par principe l’ensemble des informations ou narrations transmises et attribuées au Prophète ou à des Compagnons par exemple. En effet, même si ces récits n’ont pas de valeur normative, il n’y a pas de raisons de tous les rejeter au prétexte qu’on les nomme ḥadîths ou athâr puisqu’ils peuvent avoir une dimension historique intéressante et à prendre en compte dans une certaine mesure. En outre, il semble également important de ne pas rejeter fanatiquement la pratique qui est transmise par imitation de génération en génération depuis des siècles et par des centaines millions de musulmans à travers le monde. Aussi, conformément à ces deux principes rationnels et au fait que la lecture du texte coranique stipulant que le nombre de prière serait de cinq trouve sa justification via une analyse intra-coranique, il nous semble alors plus pertinent de considérer la position des cinq prières quotidiennes prescrites.

Évidemment, notre position n’est pas figée, mais en l’absence de preuve explicite et d’argument irréfutable permettant (1) de réfuter définitivement la thèse des cinq prières et (2) d’expliquer comment et pourquoi nous serions passés de trois prières prescrites à cinq prières accomplies, nous ne voyons pas de raison légitime et suffisante pour diverger de cette position. Ceci dit, des zones d’ombres entoure la période des débuts de l’islam et il faudrait absolument approfondir les recherches afin de déterminer à quel points ces premiers temps ont influencé l’islam dont nous avons hérité…

Wallahu a’lam

Rédaction LVDH

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close