Etre humain ou sperme : lequel provient (de la région) des lombes et des côtes d’après le Coran ?

Est-ce le sperme ou l’être humain qui provient (de la région) des lombes et des côtes de l’Homme ?

Analyse des versets 86/5 à 8 et réponse à certains chrétiens prosélytes et moqueurs du Coran…

فَلْيَنظُرِ الإِنسَانُ مِمَّ خُلِقَ ¤خُلِقَ مِن مَّاء دَافِقٍ ¤يَخْرُجُ مِن بَيْنِ الصُّلْبِ وَالتَّرَائِبِ ¤إِنَّهُ عَلَى رَجْعِهِ لَقَادِرٌ¤يَوْمَ تُبْلَى السَّرَائِرُ ¤فَمَا لَهُ مِن قُوَّةٍ وَلَا نَاصِرٍ

Traduction classique :

« Que l’homme considère donc de quoi il a été créé. ¤ Il a été créé d’une giclée « d’eau » ¤ sortie d’entre les lombes/reins (Ṣulb) et les côtes (Tarâ`ib). ¤ Dieu est certes capable de le ressusciter. ¤ Le jour où les cœurs dévoileront leurs secrets, ¤ Il n’aura alors ni force ni secoureur. »

 

D’après la traduction classique du verset 7 de ce passage, il serait dit que le sperme (giclée « d’eau ») serait donc issu de la région des reins et des côtes. Or, ceci est, d’un point de vue scientifique, une aberration, ce qui provoque les moqueries de plusieurs détracteurs.  Dieu se serait-Il trompé ? Évidemment que non, mais les Hommes oui quant à l’explication qu’ils ont donné de ce passage coranique.

Pour analyser ce passage, commençons donc par nous intéresser aux versets 5 à 10 de la même sourate :

فَلْيَنظُرِ الإِنسَانُ مِمَّ خُلِقَ ¤خُلِقَ مِن مَّاء دَافِقٍ ¤يَخْرُجُ مِن بَيْنِ الصُّلْبِ وَالتَّرَائِبِ ¤إِنَّهُ عَلَى رَجْعِهِ لَقَادِرٌ¤يَوْمَ تُبْلَى السَّرَائِرُ ¤فَمَا لَهُ مِن قُوَّةٍ وَلَا نَاصِرٍ

 « Que l’homme considère donc de quoi il a été créé. ¤ Il a été créé d’une giclée « d’eau » ¤ Yakhruju (il est sorti) d’entre les lombes/reins (Ṣulb) et les côtes (Tarâ`ib). ¤ Dieu est certes capable de le ressusciter. ¤ Le jour où les cœurs dévoileront leurs secrets, ¤ Il n’aura alors ni force ni secoureur. »

Or, en faisant cela, nous remarquons alors que tous les pronoms présents en ce passage renvoient à al-insân (l’Homme), que ce soit le « ya (il) » du verbe yakhruju (il sorti), le « hi » de « raj’ihi » ou le « hu » de « lahu ». Ainsi, si Dieu évoque l’Homme (insân) dans le verset 5, nous informe qu’il fut créé d’un liquide éjaculé dans le verset 6, qu’Il est capable de le ressusciter dans le verset 8 et encore qu’il n’aura ni force ni secoureur dans le verset 10, pourquoi Dieu évoquerait-Il d’un seul coup le sperme dans le verset 7 ?! Quelle est cette logique qui veut que le sujet principal passe d’un seul coup au second plan dans ce segment ?

La cohérence de la lecture textuelle veut déjà que le sujet soit toujours le même et que l’Homme, après avoir été un embryon par la rencontre d’un spermatozoïde et d’un ovule, puis un fœtus, devienne un bébé qui prend place progressivement dans l’utérus/ventre de la mère (dans une région comprise au niveau des lombes/reins et des côtes).  Il ne s’agit donc nullement du sperme qui proviendrait de cette zone, d’autant que cela n’a aucun sens coraniquement et scientifiquement.

Plusieurs mufassirûn (exégètes) ont ainsi commis une erreur grossière, peut-être dû à leur méconnaissance de certains éléments en matière de biologie. D’ailleurs, même Ibn ‘Âshûr, au niveau de l’attribution de ce pronom (verset 7) au sperme et non à l’Homme ne parlera pas de certitude, mais déclarera que c’est, selon lui, « ce qui vient en premier à l’esprit ».

Cela est donc ce qui vient à l’esprit d’une personne qui méconnait la biologie, qui applique la règle de base de la grammaire en matière de pronom et qui n’analyse pas ici ce passage coranique à l’aune de l’ensemble textuel (énoncé) dans lequel il est inséré. De plus, le verbe présent dans le verset est celui de « yakhruju », qui signifie littéralement « il sort » quand on le lie logiquement à l’Homme, puisqu’il est le sujet de ce passage et non pas « sortie » (au féminin) comme on le remarque dans la traduction classique puisque les traducteurs et exégètes ont lié le verbe à « l’eau » éjaculée.

Ci-joint, voici un texte de grammaire relatif au Ḍamîr (pronom). Généralement, la règle veut que l’on renvoie le pronom à l’élément de la phrase le plus proche… C’est donc ce qui s’est passé avec l’analyse des mufassirûn qui ont renvoyé le pronom de « yakhruju » au liquide éjaculée (« eau » giclée). Cependant, il y a une précision à cette règle que l’on trouve notamment dans le tafsîr d’Abû Ḥayyân et qu’il convient de rappeler :

عود الضمير على المحدث عنه أولى من عوده على الأقرب

« …renvoyer le Ḍamîr au sujet dont on parle est préférable au fait de le renvoyer à l’élément mentionné le plus proche »

  عود الضمير على المحدث عنه أولى من عوده على الأقرب، هكذا قال أبو حيان في قوله تعالى: 1- {وقالوا لا تذرن آلهتكم ولا تذرن ودا ولا سواعا ولا يغوث ويعوق ونسرا وقد أضلوا كثيرا} [71: 23–24] {وقد أضلوا} عوده على الرؤساء أظهر؛ إذ هم المحدث عنهم. [البحر:8/342]، [الكشاف:4/619]. 2- {إذ أوحينا إلى أمك ما يوحى. أن اقذفيه في التابوت فاقذفيه في اليم فليلقه اليم بالساحل يأخذه عدو لي وعدو له} [20: 38–39] «الظاهر أن الضمير في {اقذفيه} عائد على موسى، وكذلك الضميران بعده؛ إذ هو المحدث عنه، لا التابوت، إنما ذكر التابوت على سبيل الوعاء والفضلة». ولقائل أن يقول: إن الضمير إذا كان صالحًا أن يعود على الأقرب، وعلى الأبعد، كأنه عوده على الأقرب راجحًا، وقد نص النحويون على هذا؛ فعوده على التابوت في قوله: {فاقذفيه في اليم فليلقه اليم} راجع. والجواب: أنه إذا كان أحدهما هو المحدث عنه، والآخر فضلة، كان عوده على المحدث عنه أرجح، ولا يلتفت إلى القرب؛ ولهذا رددنا على أبي محمد بن حزم في دعواه أن الضمير في قوله {فإنه رجس} عائد على {خنزير} لا على {لحم}؛ لكونه أقرب مذكور؛ فيحرم بذلك شحمه، وغضروفه وعظمه وجلده، – بأن المحدث عنه هو {لحم خنزير} لا خنزير. [البحر:6/241]. وكذلك رجح السيوطي عود الضمير على المحدث عنه في قوله تعالى: {ووهبنا له إسحاق ويعقوب وجعلنا في ذريته النبوة والكتاب} [29: 27] قال في [همع الهامع:1/65]: «ضمير (ذريته) عائد على إبراهيم، وهو غير الأقرب؛ لأنه المحدث عنه من أول القصة». ونقل أبو حيان عن التبريزي مثل ذلك في قلوه تعالى: {وإنه على ذلك لشهيد} [100: 7] قال الزمخشري: الضمير في {وإنه} عائد على الإنسان أو على الله. [الكشاف:4/788]. وقال التبريزي: هو عائد على الله تعالى، وربه شاهد عليه، وهو الأصح لأن الضمير يجب عوده لأقرب مذكور، ولا يترجح بالقرب إلا إذا تساويا من حيث المعنى، والإنسان هنا هو المحدث عنه، والمسند إليه الكنود، وأيضًا فتناسق الضمائر لواحد، مع صحة المعنى، أولى من جعلهما لمختلفين، ولا سيما إذا توسط الضمير بين ضميرين عائدين على واحد. [البحر:8/505].

 

Ainsi, cette règle grammaticale appliquée à notre verset indique que le sujet dont on parle (al-muḥdath ‘anhu) dans ce passage coranique est l’Homme (insân) car c’est lui qui fut créé et qui peut être ressuscité.

A titre d’exemple, citons les versets 71/23-24 :


وَقَالُوا لَا تَذَرُنَّ آلِهَتَكُمْ وَلَا تَذَرُنَّ وَدًّا وَلَا سُوَاعًا وَلَا يَغُوثَ وَيَعُوقَ وَنَسْرًا ¤وَقَدْ أَضَلُّوا كَثِيرًا وَلَا تَزِدِ الظَّالِمِينَ إِلَّا ضَلَالًا

« et ils ont dit: « N’abandonnez jamais vos divinités et n’abandonnez jamais Wadd, Suwâ’, Yaghûth, Ya’ûq et Nasr.” ¤ Elles [les idoles] (en) ont déjà égaré plusieurs. “Ne fais (Seigneur) croître les injustes qu’en égarement.” »

Ici, on constate que la traduction a indiqué que ceux qui égaraient étaient les idoles en renvoyant le pronom aux éléments le plus proches du verbe mentionnés dans le verset, c’est-à-dire Wadd, Suwâ’, Yaghûth, Ya’ûq et Nasr, en somme les idoles.

Cependant, selon Abû Ḥayyân le pronom est renvoyé aux élites du peuple de Nûḥ car cela est ce qui semble le plus pertinent puisque ce sont eux qui sont mis en cause dans le verset en question (23) et par Nûḥ dans le verset 21 dont la traduction serait donc :

« Ils [les chefs, les élites du peuple de Nûḥ] en ont déjà égaré plusieurs. “Ne fais (Seigneur) croître les injustes qu’en égarement.” »

 C’est-à-dire que les chefs du peuple de Nûḥ ont égaré des gens en les appelant à ne pas délaisser les idoles.

De même, Dieu dit dans le verset 20/38-39 :

إِذْ أَوْحَيْنَا إِلَىٰ أُمِّكَ مَا يُوحَىٰ * أَنِ اقْذِفِيهِ فِي التَّابُوتِ فَاقْذِفِيهِ فِي الْيَمِّ فَلْيُلْقِهِ الْيَمُّ بِالسَّاحِلِ يَأْخُذْهُ عَدُوٌّ لِي وَعَدُوٌّ لَهُۚ وَأَلْقَيْتُ عَلَيْكَ مَحَبَّةً مِنِّي وَلِتُصْنَعَ عَلَىٰ عَيْنِي

« Lorsque Nous révélâmes à ta mère ce qui fut révélé: « Mets-le dans le coffret, puis jette celui-ci dans les flots pour qu’ensuite le fleuve le lance sur la rive; un ennemi à Moi et à lui le prendra ». Et J’ai répandu sur toi une affection de Ma part, afin que tu sois élevé sous Mon œil. »

Ici, ce qui est apparent c’est que le pronom « hi » dans « iqdhifihi » renvoie à Mûsâ : « met/jette (le) ». Il en est de même pour les deux pronoms suivant allant avec le deuxième élément « fa-qdhifihi » et le troisième élément « fa-lyulqihi » car c’est de lui dont on parle (al-muḥdath ‘anhu) dans ce passage et non du coffret (tâbût).

En français, la traduction du verset 39 serait alors : « Mets (Mûsâ) dans le coffret, puis jette (Mûsâ qui est dans son coffret) dans les flots pour qu’ensuite le fleuve le lance sur la rive… »

Quelqu’un pourrait alors dire que s’il est valide que le pronom renvoie au plus proche élément mentionné ou au plus éloigné, c’est comme si le fait de le renvoyer au plus proche était prévalent, et des grammairiens ont stipulé cela textuellement. Donc le renvoyer au coffret dans le segment coranique « mets le – faqdhifihi – dans le fleuve – falyulqihi al-yammu » le « hu » correspond au coffret (tâbût).

La réponse sera que si l’un des deux pronom renvoie au sujet dont il est question (al-muḥdath ‘anhu) et que l’autre est un « excédent », alors son renvoi vers l’élément dont il est question sera prévalent et on ne se tournera pas vers l’élément mentionné dans la phrase le plus proche. Or, dans ce verset, c’est de Mûsâ dont il est question, non du coffret.

C’est pour cela par exemple qu’Abû Muḥammad ibn Ḥazm peut être réfuté dans sa prétention que le pronom « hu » (dans le verset 6/145) présent dans le segment coranique « fa innahu rijs » renvoyait au « khinzir » (porc) et non à sa viande, car il est l’élément mentionné le plus proche du pronom. A cause de cela, on a interdit également son cartilage, ses os et sa peau, alors que ce dont on parle (al-muḥdath ‘anhu) c’est de l’ensemble « laḥm al-khinzîr » (la chair de porc) non le porc (en lui-même).

As-Suyûṭî a fait prévaloir le fait de renvoyer le pronom au sujet dont on parle (al-muḥdath ‘anhu) dans le verset suivant :

ووهبنا له إسحاق و يعقوب و جعلنا في ذريته النبوة و الكتاب

« Nous lui donnâmes Isaac et Jacob, et plaçâmes dans sa descendance la prophétie et le Livre. »

Il dit dans (Hama’ al-hawâmi’) : « Le Ḍamîr dans {ذريته} (dhuriyatuhi) renvoie à Ibrâhîm, bien qu’il ne soit pas (l’élément) mentionné le plus proche (الأقرب), mais il est celui dont on parle depuis le début de l’histoire. »

« ضمير {ذريته} عائد على إبراهيم، وهو غير الأقرب؛ لأنه المحدث عنه من أول القصة »

Abû Ḥayyân a retranscrit selon at-Tabrîzî des propos similaires dans le verset suivant :

و إنه على ذلك لشهيد

« et pourtant, il est certes, témoin de cela. »

Az-Zamakhsharî a dit :

الضمير في {وإنه} عائد على الإنسان أو على الله.

« Le Ḍamîr dans {وإنه} (wa innahu) renvoie à l’homme ou à Dieu. » (Al-Kasshâf 4/788)

At-Tabrîzî a dit :

هو عائد على الله تعالى، وربه شاهد عليه، وهو الأصح لأن الضمير يجب عوده لأقرب مذكور، ولا يترجح بالقرب إلا إذا تساويا من حيث المعنى، والإنسان هنا هو المحدث عنه، والمسند إليه الكنود، وأيضًا فتناسق الضمائر لواحد، مع صحة المعنى، أولى من جعلهما لمختلفين، ولا سيما إذا توسط الضمير بين ضميرين عائدين على واحد.

« Il (le pronom) renvoie à Dieu le Très haut, Son Seigneur lui est témoin, et c’est ce qui est prévalent car il faut renvoyer le Ḍamîr à l’élément le plus proche. On ne fera prévaloir la proximité (du terme précédent le Ḍamîr) que lorsqu’il y a égalité du point de vue du sens [c’est-à-dire que si l’on renvoie le Ḍamîr à l’élément mentionné le plus proche (أقربالمذكور) ou bien au sujet évoqué (المحدثعنه), cela ne changera pas le sens], l’Homme – l’être humain – (dans les versets 6 à 9) est ici celui dont on parle (al-muḥdath ‘anhu) et à qui on impute l’ingratitude « al-kanud » (verset 6). Mais en plus de cela, l’harmonisation/la coordination des Ḍamâ`ir (pronoms) pour (désigner) un seul élément, si tant est que cela ait un sens valide, est préférable au fait de les renvoyer à différents éléments, surtout si le pronom se trouve au milieu de deux autres renvoyant à une seule chose ou personne. » (Al-Baḥr 8/505)

En d’autres termes, la traduction la plus pertinente du passage coranique 86/5 – 8 sera la suivante :

فَلْيَنظُرِ الإِنسَانُ مِمَّ خُلِقَ ¤خُلِقَ مِن مَّاء دَافِقٍ ¤يَخْرُجُ مِن بَيْنِ الصُّلْبِ وَالتَّرَائِبِ ¤إِنَّهُ عَلَى رَجْعِهِ لَقَادِرٌ

« Que l’Homme considère donc de quoi il fut créé. ¤ Il (l’homme) fut créé d’un liquide éjaculée ¤ Il (l’homme) sort (ou est sorti) d’entre les lombes/reins (Ṣulb) et les côtes (Tarâ`ib). ¤ Certes, (Dieu) est capable de le (l’homme) ressusciter. »

A ce titre, il faut noter que la traduction pertinente proposée par Maurice Gloton est la suivante :

« Que l’humain considère alors de quoi il a été créé – d’un liquide éjaculé, il a été créé – sorti d’entre les reins et les côtes. – Vraiment, Lui est capable de vous faire revenir. »

Ceci doit également pouvoir nous faire réfléchir sérieusement sur les sacrosaints tafsîr (exégèses) que nous brandissons sans cesse comme si ceux qui les avaient rédigés avaient reçu la révélation divine leur donnant le sens correct des versets coraniques et ce, alors qu’ils furent capables d’affirmer que le sperme était issu des lombes et des côtes…

Wallahu a’lam

LVDH

Information complémentaires de Afif Doghri :

L’un des problèmes relatifs à la traduction de ce passage coranique est le segment « mâ`in dâfiq » car le terme dâfiq fait penser à un écoulement. Or, le sperme ne s’écoule pas naturellement et on a donc penser aux giclées pour conserver le sperme comme élément de ce verset.

Certes, le terme dâfiq, de dafaqa, peut signifier à la fois le fait de s’écouler, mais également de jaillir ou de gicler puisque le verbe implique le fait de « se manifester brusquement, de jaillir, de déferler, de gicler, de se répandre, de couler, etc. ». C’est en revanche la forme dâfiq (entrain de…) implique quelque chose de continue.

Il semble que le t’expression « mâ`in dâfiq » indiquent les sécrétions continues qui aboutissent à la création de gamètes (spermatozoïdes ou ovules). En ce sens, on respecte ainsi, en outre, la neutralité du mot insân qui évoque aussi bien l’homme que la femme.

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