Suivre le Coran c’est être coraniste ?

Désirer suivre le Coran, et uniquement le Coran, n’est pas la preuve de l’appartenance à une secte que certains nomment, naïvement et sans connaissance profonde, le coranisme. Le Prophète Muhammad (paix sur lui) suivait le Coran et il ne suivait rien d’autre que cela… Or, dirait-on de lui qu’il fut coraniste au sens sectaire du terme ?!
قُلْ مَا كُنتُ بِدْعًا مِّنْ الرُّسُلِ وَمَا أَدْرِي مَا يُفْعَلُ بِي وَلَا بِكُمْ إِنْ أَتَّبِعُ إِلَّا مَا يُوحَى إِلَيَّ وَمَا أَنَا إِلَّا نَذِيرٌ مُّبِينٌ
« Dis: ”Je ne suis pas une innovation (bid’an) parmi les messagers; et je ne sais pas ce que l’on fera de moi, ni de vous. Je ne fais que suivre ce qui m’est révélé; et je ne suis qu’un avertisseur clair (nadhîr mubîn).” » (46/9, voir également 6/50, 7/203, 10/15).

En conséquence, désirer suivre le Coran est un acte de foi et revient à suivre ce que le Prophète a suivi, c’est ce qui s’appelle être croyant, alors que certains, sans aucune preuve coranique, veulent imposer, en plus du Coran, le suivi d’une prétendue et présumée sunnah prophétique (que ne suivait pas le Prophète lui-même évidemment) comme si le Coran en dépendait.

Aujourd’hui, nombreux sont les musulmans qui veulent imposer le suivi du Coran par le prisme de la compréhension des théologiens, comme si ces derniers recevaient, tels des Messagers, la révélation venant de Dieu et que leur compréhension avait force de loi tout en définissant une forme d’orthodoxie à suivre sous peine d’excommunication… C’est dire si cette position est cléricale… Mais est-ce que le suivi des théologiens émane d’une demande divine ? Qui a le droit d’imposer à la masse la compréhension du Coran venant du Créateur par le prisme de l’une de ses créatures ?!

En réalité, et sans entrer dans les détails ici, il n’existe aucun verset coranique demandant ou imposant à l’Homme de passer par la compréhension de tel ou tel théologien pour comprendre la Parole de Dieu et ce, sachant la manipulation entourant l’explication ou la traduction des versets 16/43 et 21/7.

La raison de cela est en fait très simple : si Dieu ne demande jamais de se référer à la compréhension des Hommes, fût-elle celle attribuée au Prophète Muhammad, c’est que Son Kitâb est définit par Dieu Lui-même comme étant mubîn (explicite, clair), ne contenant aucun rayb (doute), sans ‘iwaj (tortuosité), sans ikhtilâf (contradiction, divergence) et comme étant suffisant puisque Dieu explique à Son Messager que le bayân (explication) du Coran Lui incombe en tant qu’Auteur du Kitâb :

لَا تُحَرِّكْ بِهِ لِسَانَكَ لِتَعْجَلَ بِهِ ¤إِنَّ عَلَيْنَا جَمْعَهُ وَقُرْآنَهُ ¤فَإِذَا قَرَأْنَاهُ فَاتَّبِعْ قُرْآنَهُ ¤ثُمَّ إِنَّ عَلَيْنَا بَيَانَهُ
« Ne remue pas ta langue pour hâter sa récitation: ¤ Son rassemblement (dans ton cœur et sa fixation dans ta mémoire) Nous incombent, ainsi que la façon de le réciter.. ¤ Quand donc Nous le récitons, suis sa récitation. ¤ A Nous, ensuite incombera son Bayân (explication). » (75/16 à 19)

C’est donc à Dieu qu’incombe le bayân du Coran, non à Son Messager. Tout ceci implique que le tafsîr (dans le sens de sharḥ – explication – et non de ta`wîl – interprétation) du Coran se fasse par le Coran lui-même (tafsîr al Qur`ân bil Qur`ân), ce qui représente, et de loin, la meilleure méthode explicative du Coran comme le reconnaissent d’ailleurs des théologiens tel qu’Ibn Taymiyyah.

Après cela, qui a pouvoir et autorité pour contredire Dieu et imposer que l’on doive passer par le l’exégèse de telle ou telle créature, quand le Créateur dit Lui-même que c’est à Lui qu’incombe l’explication du Coran et qu’Il définit Son Œuvre comme se suffisant à elle-même pour que son message soit compris et compréhensible ?!

Dieu se contredirait-Il ? Aurait-t-il finalement confié cette tâche d’explication à une catégorie de gens sans nous en avertir, sans même qu’un seul verset n’en parle et sans nous donner le moindre critère nous permettant de reconnaître ces « élus » ? Qui sont-ils donc ? Qui parmi les « non-élus » auraient la capacité de les reconnaître ? Cessons la mascarade !

Il n’y a ni clergé ni intermédiaire en islam… Cessons avec cet islam clérical dans lequel se retrouve des « évêques » et des « papes » à tous les coins de rue pour dicter, à base d’arguments d’autorité ou extra-coraniques, la conduite à suivre de la ummah entière.

Alors, face à l’évidence, certains aiment déclarer que si l’on ne passe pas par le prisme d’Ibn Kathîr ou d’At Ṭabarî c’est que l’on comprend alors le Coran avec nos passions… Mais qui sont ces gens pour déterminer cela ? Lisent-ils les cœurs ? Qui sont-ils pour imposer l’explication d’une créature quand le Créateur nous dit que Son Kitâb se suffit à lui-même et qu’il n’a nul besoin d’une explication extra-coranique afin d’être compris dans l’essentiel du message qu’il véhicule ?

Pourquoi Ibn Kathîr et At Ṭabarî, pour ne citer qu’eux, n’auraient pas interpréter le Coran avec leurs désirs, leurs passions, leur éducation, leur culture, leurs connaissances limitées et leur partialité…. ? Sont-ils des Hommes exempts des défauts des Hommes ? Sont-ils préservés de l’erreur, de la passion ou de l’oubli ? Auraient-ils reçu la révélation divine tamponnant leur tafsîr ? Combien d’informations incohérentes, fausses, contradictoires ou influencées par les récits judéo-chrétiens (isrâ’îliyyât) retrouve-t-on dans leur explication du Coran ?

Personne n’a autorité à venir imposer des intermédiaires entre Dieu et l’Homme alors que Dieu Lui-même ne les impose pas !

Le Message de Dieu se trouve dans le Coran, le Prophète ne suivait rien d’autre que le Coran et Dieu ne nous a demandé de ne suivre que la Révélation coranique en tant que sharî’ah (voie, Législation).

Les gens ont tellement complexifié le dîn que la chose a atteint son paroxysme. On entend dès lors des phrases incroyablement stupides à l’instar de celle-ci : « il faut des dizaines d’années d’études, auprès des grands Shuyûkh, pour tenter de comprendre le Coran ».

Foutaise ! Le Coran est défini par Dieu comme explicite et dont le bayân incombe à Dieu, non au Prophète ou aux théologiens. Le Coran s’adressait en premier lieu à des Hommes simples du désert… Certes, ces gens connaissaient l’arabe, ce qui est la base de la compréhension du texte coranique. Mais aujourd’hui, l’impression laissée est qu’il ne s’adresse qu’à une pseudo élite orthodoxe, elle seule étant habilitée à le comprendre et laissant derrière, pendus à ses lèvres, 99,9% de la communauté musulmane.

En réalité, outre le passage nécessaire et évident par la langue arabe, ce qui a énormément complexifié la compréhension du texte coranique c’est le fait d’imposer le recours à des sources extra-coraniques telles que le hadîth, le athâr ou les tafasir, pour tenter d’expliquer son message.

L’islam est devenu une religion semblable au christianisme en ce sens qu’il posséde un clergé ayant un rôle d’intermédiaire entre nous et Dieu… Dieu nous dit que Son Livre est explicite et les gens de répondre :

« Non ! En fait le Coran a besoin de l’explication de shaykh untel et de docteur untel qui ont fait 150 ans d’études à eux deux… sinon toi tu es trop stupide et incompétent. Tu ne peux rien comprendre et tu ne peux pas réfléchir par toi-même, malgré le cerveau dont Dieu t’a doté. Donc suis ces gens aveuglément, ne réfléchis pas, ne raisonne pas, tais-toi… au bout, tu trouveras la lumière… »

Non chers amis, au bout nous ne trouverons qu’un mur…

Comme le disait Muhammad Al Ghazzâlî :

أنا لا أخشى على الإنسان الذي يفكر وإن ضلّ، لأنه سيعود إلى طريق الحق، ولكني أخشى على الإنسان الذي لا يفكر وإن اهتدى، لأنه سيكون كالريشة في مهبّ الري

Rédaction LVDH

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